irfr.k' MEMOIRES BE LA SOCTETE ACADEMIQUE DE SAVOIE. /tf. £2/^ Exlrait de I Article 54 Memoires imprim.es a chacun de ses McmLres » efifectifs. » Elle en remet egalement mi exemplaire a » ceux de ses Associe's on Correspondans qui lui » ont fait parvenir miekpies Memoires dc nature » a etre accueillis avec interet. » Extrait de V Article 5g. « La Societe n'entcnd ni adopter, ni garantir » toutcs les opinions emises dans les Memoires » dont elle aura autorise 1 impression ou la lec- » ture puLliquc. » MEMOIRES DE LA SOCIETE ACADEMIQUE DE SAVOIE. TOME PREMIER. L=WC>CC0aWC0X^?XC =3 TABLE DES MATURES. Page*. TfOTICE PRELIMINAIRE sur Vdtablissement et les premiers travaux de la Socio te ; par M. G.-M. RAY- MOND , Secretaire Perpetuel r Agriculture , £conomie rurale , Statistique , Population 17 Arts industriels 22 Sciences mathematiques et physiques , His- ioire Naturelle , Sciences medicates 27 Sciences morales, Litter aturc et Beaux-Arts. 5j Biographie 5tj Memoires 45 .Rapport sur cinq Memoires relatifs a V Agri- culture et a quelques mesures proposees , etc. 5 par M. BURDET aine ibid. § i. er Des circonstances topographiques et morales qui modifient les theories d' agriculture en Savoie , etc 4$ § 2. Des Reglemens champetres et de leur formation 59 § 5. De la conservation des bois; de leur utilite relativement aux vignobles ; duparlage des communaux 66 § 4* Du defrichement des terres incli- nees , et de V ecobuage 75 § 5. Du defrichement et du dessdchemcnt des marais , ^-r) § 6. Du parcours et la vaine pdture . . i>3 y} TABLE P«ges. Notice sur la Charrue Beige; par M. le Docteur GotJVERT , q8 Memoire sur les causes de Virregularite des vents dans la par tie iaferieure de V atmosphere ; par I\L l'Abbo RENDU 120 Resume des observations meteorologiques faites a Chambery en 1822: par M. le Chanoine BlLLlET. 128 Apercus Geologiques sur les environs de Cham- bery ; par le meme i55 Chapitre I.« r Du calcaire coquillier . ... 106 § 1 . er Nature du calcaire coquillier du bassin de Chambery ibid. § 2. Chaines princi pales 137 § 5. lnclinaison des couches ... i58 § 4- De la formation des tnonta- gnes calcaires 14.1 § 5. Degradation des roches cal- caires 1 5a § 6. Dans quel temps s'est operee I excavation du bassin de Chambery i54 Chapitre II. Du Gres , i5j § i. er Son gissement et sa nature . . ibid. §. 2. Origine du Gres du bassin de Chambery , 1 5f) § 5. Gres blanc de Plein-Palais . . 161 Chapitre III. Des cailloux route's 162 MemOIRE sur la nature et la signification de Fexpression analylique generale - ; par M. G.-M. Raymond, Secretaire Perpe'tuel de la Socie'te' .... 17* Precis HISTORIQUE de V introduction et de la propagation de la vaccine dans le Duche de Savoie ; par M. le Docleur Gouvert 196 NOTICE sur la recherche des monumens antiques en Savoie; par M. le General Comte de Locue . . 224 DES MATIERES: vij Paget. Notice sur la vallee d'Aosle ; par le meme . . 2J7 Geograpiiii, : Afoniagnes et riyieres .... ibid. Antiquites : Monnmens romains ?.5f) Monumens du niojen age 24a Histoirk : Salasses, Romains 2/|5 Sous les Empereurs 244 Maison de Savoie 245 Agriculture 248 Population 252 hlstoire naturelle 254 Observations critiques sur le sjsteme de Baii.i.y touchant Vorigine des Arts et des Scien- ces ; par M. RAYMOND, Secretaire Perpe'tuel .... 260 Eiat des dons fails a la Society , , , 29S FIN DE LA TABLE. ERRATA. Pa"e <"), ligne it : l'Aacdeniie, lisez : 1' Academic' 55, — 1 8 : la Socie'te, lisez: la societe. I 5 I , — 2, au-dessous du tableau : 4-55° 6 — 5° 6, lisez : h- 53°, 6 et — 5% 6. Ibid, ligncs suivantes : 39 2 , lisez : 5g% 2. 133, — 3 au-dessous du tableau : 5 m 900™™ , lisez : 5 m , 9oo n,m . Corrigcz de mime les exemples ana- logues qui suivent. N.B. Dans quelques-unes des colcnnes de ces tableaux, on a omis egalement, par inadvertauce, la virgule qui doit se'parer les dixiemes de degre. 207 , — 20 et 21 : a ces coups, lisez : a ses coups. _ 2i5, _ 16 et 17 : ilne faudrait. . . . i.° Yacciner que , etc. , lisez : il faudrait i.° Ne yacciner que, etc. 2 4q — 23 ct 24 : par un scul vieux taureau , quclquet'ois par un mulet, et rarement par deux , lisez : d'un seul vieux taureau, quelquefois d'un mulet, ct rare- ment de deux. NOTICE PRELIMINAIRE SUR L'ETABLISSEMENT DE LA SOCIETE ACADEMIQUE DE SAVOIE ; ET SUR SES TRAVAUX, Depuis son origine jusqu'en mars i8a5 ; Par M. r G.-M. RAYMOND, Secretaire Perpetuel de la Societe" (i). 'N a toujours desire, et avec raison, qu'il put s'etablir a Chambery une Societe specialement occupee de recherches utiles au pays et de recueil- lir toutes les vues qui peuvent conrourir au bicn public. Des lentativos en ce genre ont ete faites a diverses epoques. On sait cpi'il s'etait forme' dans (i) Membre de 1' Academic Royale des sciences de Tu- riu , de la Societe Royale des sciences de Goe'ttingee, de la Societe' pour l'avanceuient des arts de Geneve', de l'Acade'mie Philharinonique de Bologne . de la Societe' Plii- loteckniquc de Paris , des Acade'inies de Dijon, de Nismes , de Lyon, de Grenoble , de Soissons, d' Arras , etc, I. ti NOTICE cette ville, en 1772 , une reunion observations appartenant les unes a la pi lice rale et forestiere , les autres a l'agriculture tiro- prement dite. Sous le premier rapport , ces Me'moires don- nent lieu d'apercevoir la necessite de mieux faire connaitre a la population de notre pays combien nos lois generates , nos re'glemens et nos usages particuliers fournissent de ressourc.es pom- pro- teger , conservcr et augmenter les produits de notre sol. Lcs constitutions royales et le reglement par- ticulier pour la Savoic , promulgue' par Patentes OB 1 3 aout 1775, sont encore en vigueur pour Co RAPPORT les objets de police forestiere et ruralc qui ne sont pas compris dans les Lettres-Patcntes du 1 5 octoLre 1822, sur les bois et forets. Ces lois generates ne pouvaient entrer dans tons les details varies qu'exigeraient les circons- tances accidentelles de cbaque lien. Si elles eussent aspire a. tout regler , on les tronverait sonvent excessives, impraticables dans certains lieux et insuffisant.es dans d'antres. Mais , disons - le avec reconnaissance : nous jouissons , dans les Etats de notre Roi, d'un avantage que beaucoup d'autres peuples peuvent nous envier : c'est la faculte laissee aux babitans de cbaque commune, et sanctionnee par un long usage , de proposer et d'etablir, sous 1'approba- tion du Senat, des reglemens champetres con- tractuels. II ne faut pas confondre ces reglemens avec les Bans cbampetres proprement dits, quoiqu'ils fus- sent publies de la meme maniere, et que les bans cbampetres eussent aussi ponr objet soit la conservation des bois , paturages et autres productions de la campagne , soit la meilleure maniere d'en tirer le plus d'avantage possible dans l'interet commun , soit principalement le mode den user avec le moins possible de preju- dice pour autrui. La faculte d'etablir des Bans cbampetres et des dispositions de police personnelle ou urbaine ne sur l'agriculture. 1 6i pouvaient avoir lieu que par une infeodation (i) en faveur des seigneurs , on par une concession speciale du prince en faveur des communes qui l'obtenaient (2). Ce sera preparer les consequences de ce rap- port et le rendre utile, que d'iudiquer ici le mode assez peu connu de la formation des reglemens ehampetrcs. On fondait leur legitimite sur des usages tres- ^anciens reconnus par les Constitutions royales (3) et par le Reglement de Savoie (4) , et principale- ment sur ce qu'ils etaient eonsideres comme un contrat enlre des proprietaires , possesseurs ou usagers. Pour former un tel contrat, il fallait preala- blement que la permission de se reunir fut ac- cordee par l'autorite compe'tente. Avant la revolution on convoquait au son de la cloche tons les chefs de famille dans le lieu destine aux assemblies ge'nerales. II fallait aussi, pour la validite de la deliberation , qu'ils s'y trouvas- sent reunis au nombre de deux tiers au moins. La , ils convenaient entr'eux des dispositions reglementaires qu'ils voulaient adopter. Un no- (1) C. R.. liv. VI, tit. 5 , chap. 1, §. 9, chap. 5, §. 6. (2) Reg. gen. de Pub.* du (J juiu 1775, §. /„ ch. 5, tit. 5. (3) Liv. II, tit. 5, ch. 1 , §. 10. (4) Liv. Ill, chap. i.«, art. l<5. 62 KArPORT . laire (i), assiste de deux temoins instrumentaires $ redigeait cette convention comme etant une sti- pulation de tons les proprietaires , une sorte dissociation pour l'avantage commun. II etait bien reconnu en effet que ces com- mun isles, vraiment parties contractantes, n'exer- eaient point une attribution legislative. Les amendes prononcees par le reglement etaient considerees comme dues a titrc de clause conventionnelle penale et de dommages-inte- rets presque toujours applicables au profit tant du denonciateur que de la commune, ou de ses institutions de charite, ou a des objets d'utilite particuliere. Dans Facte raeme de la convention reglemen- taire, les contractans nommaient deux deputes et leur passaient une procuration speciale pour tontes les diligences necessaires afin d'obtenir l'ap probation du Senat , et pour consentir , au Lesoin, a toutes modifications et rectifications qui parailraient devoir etre apporlees dans le pro jet de reglement. L'Avocat- fiscal- general verifiait si l'assemblee generate avait ete tenue regulierement el en nombre snffisant , et si les deux deputes avaient les pouvoirs necessaires. (i) Secretaire de la commuue. SUR l'agriculture. 63 11 examinait smtout si aucune des dispositions proposees n'etait un attentat au pouvoir souverain et legislatif; si aucune n'etait deja etablie dans les lois existantes, on n'etait en opposition avee ces lois. Cette recherche prealable, dans 1 interet de la commune et de l'ordve public, pouvait attirer au projet de reglement une repulsion ou totale ou partielle. 11 arrivait frequemment cpie le minister* pu- blic proposait lui-meme des dispositions ou una redaction qui lui paraissaient plus convenables que celles du pi'ojet , et quil requerait d'offiee des corrections et des amendemens. Presque tou- jours la commune se conformait h de telles re- quisitions , sans attendre que le Senat prononcal a cet egard. Le Senat ordonnait la publication du projet de reglement propose et fixait un delai pour y former opposition , par-devant l'actuaire ou le gre flier quil commettait. A cet appel, tous les interets contraires ve- naient se manifester. Les opposans etaient deter- mines par diflferens mobiles. Les adversaires les plus actifs du projet etaient d'abord ceux qui retiraient un profit reel des abus a supprimer et qui s'etaient insensiblement attri- bue , pour ainsi dire , 1'usufruit des proprietes de la commune et des particuliers ; parce qu e- tant voisins de ces proprietes , ils avaient , plus 64 RAPPORT que les autres babitans , la faeilite den retirer des avantages. Par exemple , l'homme qui avait beaucoup de fermiers , beaucoup de bestiaux , et avec cela pen de bois et pevi de paturages , s'em- pressait de combattre t.oute proposition tendante a restreindre l'aflbuage et la palure en comrau- naute. Celui au contraire qui pouvait se suffire a lui-meme par ses proprietes n'apercevait pas assez les besoins qu'il ne partageait pas , et se pronon- cait contre le gaspillage , au point d exposer le pauvre a etre prive de ressources indispensables. C'est ainsi que , cliez un peuple essentielle- ment bon et loyal , les passions peuvent encore se cacher sous l'aspect de l'amour du bien et se- duire ceux meme dont lame est habituee aux sen- timens genereux et legitimes. Cependant , au milieu de ces conflits, le pro- jet ne manquait jamais d'etre severement critique devant le Senat. L'avocat- general donnait ensuite de nouvelles conclusions : le Senat decidait. Quelquefois , soit en consequence des obser- vations des opposans , de celles du ministere public et du consentement des fondes de pouvoir de la commune , soit d'office, en vertu de sa juri- diction supreme , le Senat , en approuvant le re- glement, y faisait telles additions, suppressions et modifications qu'il reconnaissait justes on uti- les. 11 commcttail le juge et ordinairement le SLR L' AGRICULTURE. 65 rhatelain du lieu pour prononcer sur les contra- ventions. La faculle de pourvoir ainsi a l'avantage com- mun nest point abolie. Elle semble meme de nouveau legitimee pour toutes les communes, par l'Edit du 29 juillet 1797, cpii, en abolissant divers droits feodaux dans le Piemont, a attribue aux villes et communautes la prerogative de for- mer de3 bans cbampetres , sous l'approbation du Senat, dans tons les territoires ou cette faculte etait annexee a la juridiction infeodee (1), et par le Billet royal du 18 octobre 181 6 (2). Depuis la restauration, des Reglemens communaux ont en- core ete proposes et approuves; mais quelques cliangemens avantageux ont etc introduits dans leur formalion. Autrefois l'assemblee generale de tous les pay- sans dune commune devait etre une cohue. Cette tourbe ignorante , tumultueuse , incapable de meditation, ne pouvait guere embrasser, appro- fondir toutes les combinaisons dun pro jet dont clle entendait a peine la lecture, et qui le pins souvent n'etait que l'ouvrage particulier du secre- • — — — — • (i) Peu de territoires etaient lifores d'infe'odation. (2) Dans ce Rescrit, occasionne' par les instances de la commune de Bene , S. M. declare que les aiuendes des Bans champetres restent acquises aux. communes. 11 i'aut toujours la permission royale pour faire des Re'- sJcmens de police. RggL de Savoie, 11 v. Ill, ch. 6, §. 18. 5 66 RAPPORT taire de la commune. Des rixes ont plus (Tune fois trouble les deliberations des Solous villageois. II est plus convenable , et maintenant on admet que l'assemble'e generale soit remplaeee et les babitans representees par le conseil com- munal , dont on augmente le nombre de mem- bres, en y appelant des plus imposes ou notables. Le consentement individuel de ehaque habitant nest pas moins cense resulter de la deliberation du conseil extraordinaire , et du defaut d'opposi- tion raisonnable dans le delai fixe par le Senat; car le droit de former opposition est conserve intact. Les archives du Senat conliennent tin grand nombre de bans et reglemens champetres. On ne saurait croire combien de precautions attentives etmeme ingenieuses ont ete prises, des les temps les plus anciens, en difFerens lieux de la Savoie , pour y etablir une police rurale calquee sur leur topographie et leurs besoins. |. III. De la conservation des bots. — De leur utilite relativement auac vignobles. — Du partage des communaux. Jusqua ce moment , l'economie du bois s'est presque bornee , de la part des particuliers , & SUR l'agriculture.' 67 I invention , au pcrfectionnement et a l'emploi des apparoils calori feres propres a procurer le plus de chaleur avec le moins possible de bois. He- las ! on ne saurait renoncev a aucune jouissance : tel deplore la destruction des forets, qui fremirait d'indignation et pousserait les hauts cris, si Ton remontait jusqu'a ses foyers somptueux , pour y eteindre la cause du mal. C'est done avec raison que MM. de Loclie et de Chevillard, dans leurs Memoires , recommandent l'economie comme premier moven conservateur, et que M. de Chevillard propose de propager chez tous les cultivateurs 1' usage des fourneaux econo- miques. En effet, lorsque les cheminees se multiplie- ront dans chaque maison ; lorsqu'au four banal on verra succeder une multitude de fours parti- cnliers et des boulangeries nombreuses , parce que Thabitant des campagnes commencera a de- daigner le pain rustique ; lorsque des etablisse- mens industriels , travaillant en petite exploita- tion, consumeront chacun la meme quantite de bois qu'une exploitation en grand, qui fournitune plus grande quantite de produits ; il arrivera que les bois seront alors tellement recherches , que lelevalion du prix deviendra une prime d'encou- ragement pour les depredaleurs, et qu'il sera de plus en plus difficile d'empecher les contraven- tions. 68 RAPPORT En Savoie, Ton n'avait pas attendu Ic cri d'a- larme de Sully, pour s'occuper de cet important objet. Deja, par Arret du 9 decembre i559, le Senat avait defendu de faire des essarts auoc montagnes et forets , d'j mettre le feu, et d'j faire aucune taille ni depopulation. Le 8 mars i5g4, il defendit de faire trans- marcher le bois de haute futaie hors des Etats. Enfin, une suite d' Arrets et de dispositions sou- veraines a pourvu constamment a la conservation des bois. Les diverses precautions successive- merit ordonnees ont etc reunies en systeme re- gulier , avec des ameliorations , dans le Regle- ment particulier de la Savoie, promulgue en 1725, et dans les Constitutions de 1729 et de 1770. Mais , en aucun temps , la Savoie n'a ete soumise a des mesures plus completes et plus attentives que celles prescrites par les Patentes du i5 oc- lobre 1822 , et par plusieurs aiitres dispositions subsecruentes reglementaires de lexecution de celles du i5 octobre. Si quelque localite elait encore susceptible de soins plus detailles que ceux qui ont du etre prevus par les lois generales; la voie des bans champetres, le recours a. l'autorite souveraine pour obtenir des Rescrits particuliers, peuvent pourvoir a tons les cas. De cette maniere, la pre- caution indiquee par l'auteur de l'un des Me- moires, laquelle consisterait a etabjir une amende SUR l'agriculture. 69 r.onlre tout habitant qui sortirait des Lois de la foinmune, sans etre portenr de certificats d'ori- gine, cette precaution radiealc pouirait etre mise a la disposition des communes qui la croiraient utile. L'auteur dun autre Memoire, M. Gouvert , a observe que, lorsque des coupes etaicnt accor- dees aux habitans d'unc commune pour lenr affouagc, cette operation, dans laquelle le plus fort et le plus prompt etaient toujours les mieux partages , se faisait souvent avec un desordre qui lui donnait l'air dun pillage. Les arbres seraient, abattus de maniere a laisser sur racine une par- lie considerable du tronc, et sans auctine de ces attentions qui pourraient faciliter la reproduction. La, cbacun ne songeant qua soi , il ne resterait au vieillard , au faible, a la veuve et a l'orphelin, que les plantes dedaignees. La precipitation, la confu- sion, la rivalite des travailleurs occasionneraient bcaucoup d'accidens et de querelles. Les arbres qui tomberaient a l'improviste, les billots qui rou- leraient sur la pente, les blocs de picrre deta- ches par la fouguc des mouvemens, l'usage im- petueux des instrumcns tranchans ne feraicnt que trop frequemmcnt des victimes. Les Patentes de 1822 portent (1) que, dans (.) Art. 54. 7<3 RAPPORT ces coupes , on se conformera aux couturaes legalcment introduites. Or, les Reglemens con- tractuels et approuves pouvant etre consideres comme une coutume legalcment introduite , li sera encore facile aux personnes intelligentes et Lien intentionnees de chaque commune de pro- voquer un mode a operations juste, regulier, sans danger, adapte a l'etendue et a la configuration de leur terri Loire forestier, ainsi qu'au nombre et au caractere des habitans. D'ailleurs les Pa- tentes royales de 1822 prescrivent des precau- tions susceptibles d'etre alors mises en usage (1). Le meme observateur, M. Gouvert, attribue a la destruction des bois qui couronnaient nos vigno- Lles des environs de Chambery, la degeneration qu'il dit avoir remarquee dans leur produit. U pense que les vignobles sont devenus plus snjets qu'autrefois a la secheresse, aux entraine- mens du terrain , parce que les eaux et les pierres n'etant plus retenues ni divisees dans la partie superieure du vignoble , il s'y forme facilement des ravins et des avalanches qui viennent couvrir la terre vegetale dun torrent de pierres et de gravier. Mais les bois, en conservant les neiges au- dessus des vignobles, garantissent ceux-ci de (1) Art. 65, 64, 65. SUR L' AGRICULTURE. 7 I 1 action des cbangemcns de temperature brusques et inegaux. La fonte insensil)le des neiges im- pregne doucement le sol dhumidite. Les eaux s'infiltrent lentement et profondemcnt dans le terrain boise; elles s'y saturent de principes fe- condans, qui decoulent ensnite sur les vignes in- ferieures. Autrefois, les arbres qui couronnaient les vignes detournaient les vents, brisaient les orages, et, servant de conducteurs electriques , preservaient de la grele. M. Gouvert desire done avec raison qu'on laisse subsister une zone de bois au-dessus des vignobles et an bord des ravins, pour servir de digues. On ne peut qu'approuver cette consequence , mais les moyens de la niettre en pratique exi- gent beaucoup de combinaisons. Qui devra in- demniser le proprietaire eondamne a ne poiut couper ses bois, alin de proteger les vignobles inferieurs , divises entre un grand n ombre de .personnes ? Quelle elendue, quelle importance, quelle qualite devra avoir le vignoble inferieur, pour qu'on lui sacrifie le territoire superieur? Toutes ces choses devront varier scion les lieux. Quoi qu'il en soit, rien n'emptcbe les particuliers qui seraient proprietaires tout a In fois et des vignes et des bois dominans, de proiiter de laver- iissemenl qui leur est donne. Esperous (^ue Ion trouvera quelque moveu plus positif de realiser les excellentes vues de- 72 RAPPORT M. Gouvert , au moins pour nos vignobles les plus precieux, qui contribnent si puissamment a completer les douceurs de la vie, que la nature dispense a l'heureux habitant de la Savoie. Et deja il semblerait que le but propose pourrait etre atteint _, du moins sous plusieurs rapports , si Ton developpait, par des Reglemens commu- naux particuliers, les consequences de lart. 37 des Patentes de 1822. Ces Patentes contiennent un grand nombre de dispositions tres-sages pour la replantation et la reproduction des bois. L'un des Memoires com- muniques conseillerait, dans ce meme but, le partage des communaux, a la charge par chaque habitant de planter en bois la portion qui lui echerrait. La question du partage des communaux a deja cte soulevee par plusieurs ecrivains. Elle est sus- ceptible de grandes controverses sous le rapport de son efficacite , et sous celui du droit de pro- priete. Aussi ne dirons-nous pas qu'elle doive etre decide'e par les habitans faisant des regle- mens particuliers ; car ils seraient des juges trop interesses a se prononcer poiir une operation qui depouillerait la commune , pour leur donner ce qui ne leur appartient pas comme individus. Ce- pendant, en France, la loi du 10 juin 179^ avait accorde aux habitans des communautes la faculte de se partager leurs communaux. Peut-etre cclle SUR l'agriculture. 75 loi agraire fut-elle jugee utile au systeme alors en vigueur. Toutefois il n a ete de'clare nulle part, et la loi de 1 795 n'allait pas jusqu'a supposer que le partage dut etre constamment avantagenx; puisqu'elle laissait aux interesses le soin de de- cider s'il devait avoir lieu. Bienlot tant de reclamations et de difficulle's s'elevercnt de toutes parts , que la loi du 2 1 prai- rial an 4 ordonna de surseoir a toute action en partage, et que celle du 5 ventose an 9, en main- tenant les partages entitlement contractus, ne latifia ceux deja executes, dont l'acte n'etait pas encore passe, qu'a la charge de payer une rede- vance annuelle a la commune. Les Liens nou compris dans ces deux sortes de partages furent rendus a leur ancien etat d'indivision. jN'oublions pas qu'une corporation est un etre moral dont les droits et les interets sont tres- distincts de ceux des individus prives qui la com- posent. Les habitans ne sont que des usagers., et leur droit d'usage cesse a l'instant ou ils dc- viennent etrangers a la commune. Nous en convenons : il est certain que les com- munaux deviendraient plus productifs etant divises. Mais doit-on ne voir que des interets materiels? Le maintien du droit de propriete et la pre- voyance des besoins de l'avcnir n'entrent-ils pom rien dans leconomie pidjlique ? Toutpeut se concilier.L'Autorite supreme serif 74 RAPPORT ton jours, dans les cas de necessite oil d'utilite, l'arbitre bienveillant, souverainement juste, sou- verainement eclaire , et essentiellement legitime, pour prononcer sur un partage , a titre gratu.it. II sera toujours facile a une commune de lui en soumettre la demande, dans les circonstances speciales oil elle y verra de veritables motifs, si elle peut en avoir de suffisans (i). (i) On a perrais ties partages a titre onereux, c'est- a-dire , a la charge de payer a la commune le prix de cbaque lot , au moyen d'une somme ou d'une redevance convenables. Alors on les a conside're's comme des ventes sans encberes; et lorsque l'immeuble vaut plus de 24° "• n., c'est le Se'nat qui est compe'tent pour dispenser des formalite's , en vertu des C. R. , auxquelles les Patentes du 22 juin 1 781 et l'Edit du 27 septembre 1822 n'ont pas deroge' a cet egard. Circulaire du Bureau d'J&tat, du 26 mars 1825. Au-dessous de 240 liv. 11. , on recourt aus Intendans. — La commune de Marlens avait resolu, le 24 septembre 1823, de partager 829 journaux de corn- munaux boises , moyennant un prix pour cliaque lot, et sous des conditions propres a assurer la conservation des bois. La deliberation fut publie'e ; il n' j eujt aucune oppo- sition. L'Avocat-fiscal -general observa que, pour par- venir a un partage par vente, on s'adressait an Senat ou au Roi , que la commune avait pris ce dernier parti j qu'en l'espece , le prix des lots e'tant destine a des reparations , il fallait s'assurer si elles seraieut utiles - , que Flntendant avait de'ja rendu une ordonnance pour leur ve'rification ; que le partage propose' ne'cessiterait beaucoup d'ope'rations locales tres-detaille'es et de diverse nature , et qu'il deve- nait alors opporLun d'obtenir de S. M., qu'en eyoquant a SUR L AGRICULTURE. >]$ 5. IV. Du defrichement des terres inclinees , et de Vecobuage. Les resultats du defrichement des bois sont ce-nnus ; la legislation empeche les abus (1) : ce n'est pas de cet objet qu'il s'agit dans nos obser- vations. Le defrichement des terrains non boises , mon- tagneux ou inclines en pente plus ou moiiis ra- pide, est celui que Ton a en vue. M. Marin distingue les pays absolument raon- tueux,ou les vallees n'offrent que peu ou prcs- que pas de terrain cult if , et les pays montueux Elle la connaissance de l'alienation par forme de partage des communaux dont il s'agissait, Elle la commit a l'ln- tendant du Genevois, qui avait de'ja proce'de' quant aux reparations , pour, s'il y avait lieu, approuver la deli- beration du 24 septembre et ordonner les ope'rations subsequentes. Ainsi . quoiqu'il soit peu dans les attributions adminis- trativcs de connaitre de ce qui tient a la surete' du droit de proprie'te, les accessoires ont emporte le fonds dans ce cas particulier, et S. M. a aecorde', le i5 avril 1824, a la commune de Marlens, des Lettres-Patentes conformes aux conclusions de rAvocat-fiscal-ge'iie'ral , derogeant a cet effet a toutes dispositions contraires. (1) G. R. tit. 9, liv. 6 ; Patentes du i5 octobre 1822, art. 18, 19, 20 ct 21. 76 RAPPORT ail bas desquels sont des vallees fertiles. II pensc que dans ceux-ci les defrichemens sont un des plus grands fleaux de l'agriculture. On pent en eftet remarquer cette tendance des habitans des campagnes a exploiter des terrains nouveaux; tandis que la plaine presente taut de parties negligees, et que ses productions ne sont point encore parvenues an degre d'abon- dance et de qualite qu'elles pourraient atteindre. II observe que Ion y manque douvriers. Ne se- rait-il pas preferable que les bras qu'exige le defrichement fussent tons employes au sol deja livre a l'agriculture ? Les montagnes respectees se couvriraient de bois : au contraire, la terre ameiuSlie par le la- bour est constamment entrainee dans les bas- fonds par son propre poids , par les pluies et par les ravins qu'elles forment. Le roc ne tarde pas a se decouvrir; nos monfagnes n'offriront bientot plus que des flancs decbarnes et dune hideuse nudite. De tels inconveniens sont reels : cependant 1 accroissement continuel de la population rend difficile d'intervertir cet ordre de choses. Com- ment transporter dans la vallee lhomme qui ba- bite les hauteurs ? Comment le rendre ouvrier journalier chez autrui, tandis qu'il est propxie- taire chez lui , et qu'en faisant sortir un champ des ronces et des broussailles qui lui appartien- sur l'agriculture. 77 nent , il acquiert une subsistance independante pour lui et pour sa famille ? En Savoie, 011 le terrain est si illegal, il ne serait pas aisc de restreindre la culture aux plai- nes seulement, ni de determiner par des mesures generales, a quelle hauteur, a quel degre d'incli- naison le defrichement devrait etre permis ou de- fendu. D'ailleurs, comme les terres montueuses, non eullivees , sont toujours ou des landes (i) qu'il convient de rendre productives, ou des prai- ries que Ion n'a jamais defrichees , ou des rocs que Ton defriche encore moins , ou des Lois et broussailles qu'il est defendu d essarter et de de- fricher sans la permission de S. M. (2) ; on peut esperer que le mal commis jusqu'a ce jour, et que M. Marin deplore avec raison , va diminuer d'une maniere sensible. Ce qui , selon lui , aggrave les funestes effets du defrichement , est Tabus de l'ecobuage. M. Marin n'en approuve l'usage que dans les terrains humides , tenaces et argileux , dont les molecules fortement adherentes ne peuvent etre divisees et dessechecs autrement. Ce moyen se- duit; mais M. Marin assure que l'ecobuage ne tarde pas a etre suivi de sterilite , par aridite ou par epuisement. (1) Vulyairement appelees teppes. (?) Art. 20 des Paleates du i5 octobre 1822. 78 RAPPORT II ne faut clone l'employcr que comme remede dans certains cas, et non comme un moyen uni- versel. M. Marin s'accorde ici avec les meilleurs au- teurs. Dira-t-on que le brulement des mauvaises plantes procluit des sels fecondans? L'odeur dc corne bridee, qui s'exhale dans cette opera- tion , l'acrimonie de la fumee alors si cuisante pour les yeux, prouvent que les sels sont dissipes dans les airs ; tandis que si Ton eut enfonce dans la terre par le labour , les berbes et les racines , on eut conserve an sol les sels volatilises, et les plantes enfouies eussent agi en quelque sorte me- caniquement et long-temps. Vantera-t-on l'avantage de l'ecobuage pour diviserle terrain? Quelques tombereaux de sable pur vaudraient beaucoup mieux, lorsqu'on pour- rait se les procurer avec facilite. En general , si Ton creuse profondement dans line terre argi- leuse, on trouve des couches de sable au-dessous. L'avantage le plus incontestable de l'ecobuage est la destruction des broussailles et des mauvaises plantes. II est certain qu'il est funeste aux ter- rains maigres , sees , legers et sabloneux. Et pour ofFrir quelque utilite a l'amendement du sol , il doit etre fait avec des soins qui sont rarement employe's. Le grand art de l'ecobuage consiste a enlevcr SUR l'agriculture: 79 la portion de tcrre penetrec par les racincs et a conservcr aux tranches toutc la terrc attachee anx racincs. On coupe ensuite ces tranches carrement } et apres les avoir laisse secher au soleil , on les arrange en petits fourneaux. La surface garnie d'herbes est tournee vers linterieur de la voute: la surface tcrreuse forme l'exterieur du fourneau. II est bon de mouiller et de petrir la terre exterieure ; il faut presque boucher la porte , ne pas laisser de comant d'air et proceder par tin feu lent et etouffe, comme pour rednire la matiere combustible en charbon. On doit boucher les gercures et cievasses des fourneaux, a mesure qu'elles se forment. S- v- Du defrichement et du dessechement des mar a is. Deux des Me'moires communique's ont traite du defrichement des marais dune maniere d'au- tant plus interessaute pour nous , qu'ils mani- festent «a cet egard des opinions tres-opposees. Les deux Memoires s'accordent h. reconnaitre qiie les marais sont tres -insalubrcs , et Tauteur merae qui opine le plus contre leur desse'che- ment, convient, dans son second Memoire relatif au parcours, qu'ils sont nuisibles aux bestiaux, So RAPPORT dont ils occasionnent la degeneration et l'abatar- dissement. Les marais sont fanesles surtout a la popula- tion de leur voisinage, et cette consideration seule serait determinante ; car est-il rien de plus pre- cieux que la sante des homines ? M. Marin re'pond qu'il n'existe pas en Savoie de ces marais immenses dont on fait de si tristes descriptions. II soutient que ceux que nous posse- dons sont utiles par la quantite d'engrais qu'ils fournissent. M. de Chevillard, au contraire, se prononce pour le dessechement. 11 pense que,s'il est des marais favorises par leur sol et par leur position, qui rendent sans soins et sans frais des produits aussi conside'rables que les bonnes terres culti- vees, ils sont fort rares. II croit que l'emplacement des autres marais produirait plas etant desseche que dans son etat actuel. Voici les moyens de dessechement qu'il indiquc et les resultats qu'il y apercoit. On creuserait des canaux et des fosses, au bord desquels une grande quantite de sanies et de bois taillis seraient plantes. En absorbant l'air malfai- sant, ces arbres rassainiraient l'atmosphere; leurs feuilles , insensiblement accumulees , devien- draient un terreau fertile qui eleveraitle sol; leur tonte, tons les trois ans , fo urn i rait de la nour- xiture aubetail; leur bois remplacerait, pour les SUR L' AGRICULTURE.' 8 1 paysans, celui qu'ils vont derober dans les forets domaniales, eommunales, ou particulieres. Occupe a defricher les marais, le paysan serait moins tente de defricher les montagnes. L'avoine, le seigle, le mai's, les pommes de terre, le faux seigle on fenasse, et surtovit le chanvre , vien- draient abondamment recompenser ses travaux. La paille, le foin, le trefle, la feuillee, ne rempla- ceraient-ils pas avantageusement, sous tous les rapports , les fourrages marecageux? Un autre moyen facile consiste a barrer les eaux par des digues en terre dans les marais , de telle sorte que la vase qui y entre n'en sorte plus. On forme ainsi les uns apres les autres des etangs, dont le fond s'exhausse de lui-meme par des depots et par des atterrissemens. Entre les opinions contraires ou favorables au dessechement , on ne peut se decider sans quel- qnes restrictions. En general, il existe , au has des grands vigno- bles, ou a leur proximite , des marais en quelque sorte necessaires a leur fertilisation; et lorsqu'on voit ces terrains marecageux loues a des prix tres- eleves , il faut Lien en conclurc qu'un tel genre de propriete est, en ce cas , reellemcnt tres-utile a lagriculture. Mais enfm la question du dessechement est- clle decidee? Dans on royaume voisin, ou se Ucr.ivent, en divers endroits, des murais de plu- 6 83 RAPPORT sieurs lienes d etendue , il n'a pas encore ete prononce sur cette question , par une affirmative entiere, puisque la loi du i . er mai i 790 a decrete que chaque assemblee de departement s'occupe- rait des moyens de dessecher les marais.... dont la conservation , dans l'etat actuel , ne serait pas jugee d'une utilite preferable du desseche- ment. La loi du 16 septembre 1807 se borne a enoncer, par son art. i. er , « que la propriete des marais est soumise a des regies particulieres; que le gouvernement ordonnera les dessechemens null croira utiles et necessaires; et qu'ils se- ront executes par l'Etat 011 par des cessionnaires.» Les vingt-six autres articles de la loi sont eonsa- cres a tracer le mode d'execution du premier. En France meme, tout depend done encore d'un examen local. An reste on ne pent pas craindre que le terrain des marais ne soit propre qua des productions aquatiques. La surface presquc entiere des terres actuellement cultivees n'a ete que boue et forets. La plaine de Chambery , maintenant si riante et si fertile , n'est pas sor- tie des eaux prete a recevoir la semence au me- me instant. Une remarque peut rassurer les ennemis des marais. C'est que ceux-ci diminuent chaque jour tout naturellement par la vaporisation et qu'ils se comblent insensiblement par leur propre vege- tation, par les feuilles morto, par la poussiere sur l' agriculture: 83 que les vents y jettent , par les maticrcs terreu- ses que les ruisseaux y apportcnt. L'homme fera Lien d'a] outer son travail a celui de la nature et de metamorphoser sans balancer, en champs ct en prairies , tons les marais que leur valeur ve- nale on locative ne rendra pas plus precieux pour lui qu'un terrain Lien cultive. S- vi. Du parcours et de la vaine pdture. ■ Le parcours est le droit, ordinairement mutuel, de lliire passer et paitre ses Lestiaux sur les fonds d'autrui. Ce n'est pas tout-a-fait la meine servitude que le droit de vaine pfiture (i). Le parcours tire son origine de l'enclavemcnt des proprietes. 11 a lieu de commune a com- mune, et aussi cntrc les haLitans dune meme commune. Le parcours est reciproque; s'il neletaitpas, ce ne serait plus que la servitude de passage , et la pature ne serait que le jus pecoris pascendi. II s'etablit legalement par unc convention expresse, ou par un usage immemorial qui cqui- vaut a une convention tacile, en devenant ce qu on nommc coutume prescrite. La yaine pature est le droit de faire Lrouter (() On paru?t pen s'attaclier h rclte distinction en Sayoio. 84 RAPPORT les productions de la terre, les residus de recol- tes qui ne sont pas profitables dune autre ma- niere , et que Ton peut abandonner aux bestiaux, sans qu'il en resulte du prejudice pour le pro- prietaire du fonds. Tels sont les produits vege- taux des grands cherains, Therbe des pres a la suite de la derniere depouille , les guerets , les chaumes, les terres en friche, les bois tallis de- fensables ; et ceux-ci sont estimes tels, apres la qUatrieme ou la cinquieme ou la dixieme annee depuis la derniere coupe, selon l'espece d'ar- bres (i). Enfin est susceptible de vaine pature tout ce qui est comestible pour les animaux, en vegetaux q'ii ne sont pas reserves pour produire des fruits, des semences, ni pour servir a l'utilite ou a Tagrement. Cette vaine pature , nne fois qu'elle est ac- quise legitimement aux habitans d'une commune, s exerce an moyen du parcours, bien que celui-ci paraisse devoir etre quelquefois plus precieux ; puisqu'en certains cas il donne le droit de con- sommer meme des choses utiles et non vaines. En police rafale , on distingue ce qui concerne la pature sur son propre fonds et celle sur les fonds dautrui , communs ou particuliers. Quant a la premiere , ce qu'on appelle par- (i) LetUes-Patentes du i5oct. 1822, art. 26. SUR l 'agriculture. 85 cours el vaine picture , n'e'tant reellement qu'une servitude , on ne pent appliquer ces denomi- nations a la faculte qu'exerce nn proprie'taire , lorsqu'il fail, pail re ses troupeaux sut son domaine. Or, telle est latlention dc nos lois a veiller sur les productions de la terre , que Ion a empeche le proprietaire lui-meme d'abuser de sa chose. Ainsi, pour lui comme pour le public, les Constitutions de 1770 (1) ont defendu de faire paitrc aucune cspece de betail, et specialement des chevres et des brebis dans les bois qui auraient ete coupes , jusqu'a ce que les plantes fussent dans un ctat a'ne pouvoir etre endommagees. II y a semblablc de- fense relativement aux terrains qu'on aurait semes on plantes en bois. Le Reglement particulier de la Savoie , promulgue le 22 novembre 1770 > porlc (2) que les proprielaires , les possesseurs de vignes et les vignerons (3) ne pourrcnt mettre dans les vignes, en quel temps que ce soit , des chevaux , mulcts , vaches , boeufs , pourceaux , brebis, montons , ni aucun autre betail. Les Letlrcs-Palcntes du i5 ortobrc 1822 (4) renouvellent et delerminent avec plus de preci- sion encore les restrictions portees incme coitre CO Lir. G, tit. 9, §. i5, 16 cl 17. (2) Lit. 5, cli. 2 , art. 12. (5) El a plus forte raisbn d'autres pcrsounes. (4) Art. a5 et 26*. 86 rApfort le proprietaire paries Constitutions de 1770, relativcment aux bois. Mais combien notre legislation n'a-t-elle pas du etre plus severe relativement a la pature dans les fonds d'autrui ! Deja le 26 aout i55q et le 28 aout 1 565 , le Senat, par deux Arrets gene- raux , manifestait sa sollicitude a cet egard, en prononcant des araendcs et des confiscations ; il permettait meme a chacun de tuer les bestiaux trouves dans ses possessions. On voit que, depuis pres de trois siecles, Tabus du parcours est condamne , proscrit en Savoie , de la maniere la plus energique. Cependant la faculte de tuer le betail surpris en contravention, devait occasionner des desordres. Un Arret du i:> octobrc i578ne l'a plus mentionnee , quoiqu il ait renouvele les defenses. La menace que les habitans de la campagne s'adressent quelquefois entr'eux dans leur colore de tuer les bestiaux mai'audeurs, prouve que toutes les traces de l'ancien droit ne sont pas encore eflfacees. Les dispositions probi- bitives du parcours et de la pature sur les fonds d'autrui ontete conlinuees par les trois Reglemens particuliers de la Savoie, qui ont accompagne les Constitutions de 1723, 1729 et 1770. Le dernier Reglement defend (x) de conduire aucun betail dans les possessions d'autrui, a peine dc 10 liv. (1) Liv. Ill , chap. 3, art. i5 et 14, SLR L AGRICULTURE. 87 <) amende , outre la reparation du dommage. II statue que ceux qui trouveront , dans les forets qu'ils possedent ou cultivent , du betail taut gros que menu, avant que la recolte soit entieremcnt faite, et pendant qu'il y aura de la pature , pour- ront y saisir le betail et le conduire a la geole. Toulefois il y aurait en des inconvenicns a tout aLolir : il est des droits et meme des abus intro- duits par la necessite. On ne pent les delruire sans blesser des interets beaucoup plus precieux que Tabus n'est nuisible. Aussi le Reglement de la Savoie (1) a excepte de la prohibition du parcours , les pres et les champs ou il est permis, suivant les coutumes et les reglemens particuliers , de faire paitre le betail en commun, apres la recolte. Encore defend -il generalement la vaine pature dans les pres et les prairies, depuis le i. er avril , jusqu'apres la lecoltc , a moins qu'il n'y ait un autre temps fixe par quelque convention, Arret ou Reglement (a). Le parcours et la vaine pature sont aussi mo- deres par divers principes des servitudes et du (1) Art. 1 5 , ibid. (2) Art. 16, ibid. Un jurisconsulte des plus rrcom- mandables m'a assure' qu'uu Arret relatif a la commune d'Albens avait decide , peu d'anne'es avant la rr'volulion , que la possession imme'inoriale n'etait pas admissible pour rcmplacer les Conveulions , Arrets ou Rc'gleuiens exige's par cct art. 16. 88 RAPPORT contrat de societe applicables a cette jouissance reciproque. Un tel avantage etant constitue par des conventions , par l'nsage et par la posses- sion, e'est la surtout que se tronvent ses regies et ses li mites. Les dispositions adoptees dans le plus gi'and nombre de localites torment le droit commun special snr la matiere, parce qne e'est requite, e'est la raison qui partout les ont suggerees. De ce que les servitudes sont dues au fonds plu- tot qua la personne, de ce qu'elles ontete etablies pour un temps perpetuel ou indefini , et pour des besoins ordinaires qui ont ete prevus et calcules d'apres l'importance des propi'ietes; il resulte que Ion ne pent envoyer au parcours des bestiaux en nombre disproportionne avec l'exploitation du domaine ou ils sont places, ni ceux qui ne sont acbetes que pour etre revendus com in e objet de speculation industrielle et mercantile, ni le be- tail des domaines qu'on possede hors de la com- mune qui a le droit de parcours , quoiqu'on ait des immeubles dans celleTci (i). (i) II est mdme exige en France que le maitre des bes- tiaux soit memhre tie la commune qui jouit de la pature. Le i ." mai 1 786 , le Se'nat de Savoie a de'clare' Gatheritt Lamarche et Noel Songeon , qui habitaient a Sales, n'etre en droit de jouir des bois , ilcs , paturages commons de la commune de Marlioz que pour raison de leurs fonds ii SUR l'agriculture. 8g Ainsi, Messieurs, on ne nous avail pas de- vances sur cet olqet avant la revolution; et, quoi- que des-lors on se soit Leaucoup occupe des avantages et des inconveniens du parcours et de la vaine pature, nous allons juger si nos voisins ont encore , en substance , lien adopte definilive- ment que ce qui existait dcia chez nous. Marlioz et par proportion desdils fonds avec les autres de cette commune. La regie qui exclut le be'tail e'tranger et fixe le droit au parcours d'apres la proportion des fonds avait aussi e'te exprime'e par les conclusions de l'Avocat-fiscal-ge'ne'ral , signe'es Bonjean , relativement au Re'gleinent de Therini- gnon, approuve' en partie par le Se'nat, le 8 avril 1775, et par celles du 5 aout 182.5, signe'es Calvi , dans le proces entre les freres Folliet d'Abondance et la commune de la Chapelle, dont le Re'glement, fait en 1682, exclut les bestianx non hivernes dans la commune. Le comte Negri de Montalengbe possedait deux cas- sines sur la commune de Saint-Georges. L'une des deux, la cassine neuve, fut de'membree de cette commune et re'unie a la commune de Saint-Just. La cassine vieille , qui de'pendait toujours de la meme communaute, fut en- suite de'truite par les eaux , et le comte Negri la rebatit a Saint-Just, contigue a la cassine neuve. Ayant transfe're' tout son betail a Saint- Just, il Toulut ronlinuer a l'envoyer en parcours a Saint-Georges , oil il lui restait divers immcubles. Cette commune s'yopposa, en observant que l'art. 52 de ses Bans cbampetres de'fen- dait aux particuliers elrangers de faire paitre leurs bes- tianx dans ses communaux, et que les me'tayers du comtR JS'< J gn demeuraient a Saiut-Just. L'Avocat- general se 90 RAPPORT La loi francaise des 28 septembre - 6 octobre 1791 (1) a regie que le parcours continuerait provisoirement d' avoir lieu, lorsqu'il serait fonde sur un litre ou sur une possession autorisee par les lois et coutumes. A tons autres egards , elle a aboli cette servitude reciproque. Elle n'a eon- serve la vaine pature que la 011 ce droit existait en vertu dun titre , dune loi , ou d'un usage immemorial. Les articles 5, 9, 10 de cette loi, relatifs aux terres ensemencees, aux prairies, aux usages et Reglemens locaux, semblent etre notre Regle- montra incline a admettre que les droits et les avantages territoriaux devaient etre consideres comme accordes principaleraent au fonds, et secondairement a la per- son nc, et comme ne dependant pas de la re'sidence du maitre.Toutefois, il fut d'avis que la commune de Saint- Georges fut achemine'e a prouvcr le prejudice qu'elle eprouvait de l'admission du be'tail etranger; parce que le territoire de Saint-Georges appartenait en grande partie a des habitans d'autres communes. Mais le Sc'nat de Pie'mout, par Arret du i5 avril 1825, a declare permis au comte Negri de faire paitre dans les communaux et en vaine pature, sur la commune de Saint-Georges, la quantite de ceux de ses bestiaux re'unis a Saint-Just que des experts arbitreraient, d'apres les regies de l'agriculture , e:re proportionnee aux biens que le comte Negri conservait a Saint-Georges. ( Diario Forensc de i8a5, 2/ Sem.,n.°4. ) (r) Section IV. SUR L'AGRICULTURE. f)T ment dc Savoie , taut ils reposcnt sur les memes bases. Le code civil a reconnu encore lexistence dn parcours et de la vaine pature , dans les cas 011 ces servitudes ont ete maintenues.il dispose (i) que le proprietaire qui vent se clore, perd son droit an parcours et a la vaine pature , en pro- portion da terrain qu'il y soustrait. (i) Art. 648. On voit dans Pancienne pratique legale , partic II , tome 5, titre 22, cles Arrets du Senat de Turin, de'cidant qu'on peut en general soustraire son terrain a la vaine pature reciproque ainsi qu'a reflet des Bans champetres, en renoneant soi-menie aux avantages dont on jouit a oe titre sur les funds d'autrui. On n'admet pas cette dissolu- tion de communion , si le bien general s'y oppose. Elle nc peut avoir lieu sans connaissanee de cause*, car les Re'glc- mens contractuels obligentmeme les personnes qui elaient encore sans inte'ret dans la commune , lors des publica- tions , en ce qu'ils out ete des -lors un usage coutumier local. La demande de soustraire du terrain au parcours doit etre propose'e et publie'e , afin d'etre contredite dans la forme usite'e pour les Bans et Re'glemens champetres. Nihil tain naturale quidquid dissolvi r etc. } 1. 55, fl". de r. j. L'Avocat- general de Pie'mont a dit , dans ses conclu- sions du i5 juillet 1825 , que les proccs oil il s'agissait dc 1 interpretation des Bans champetres restaient de la con- naissanee du Senat, ct que la seule application des Bans appartenaitaux tribunaux-, e'estpourquoi ila vu unenullile dans la sentence du tribunal de . . . . Le tribunal de Turin vient aussi de faire cette distinction , le 12 aout i8?5. ( Diario Forcnse de 1825, n.° 8. ) 92 RAPPORT Le projetde code rural, redige en France par des commissions, tendait a supprimer le droit de parcours et de vaine patnre sans indemnite, Jorsqu'il serait reeiproque on sans im titre , et avec indemnite , lorsqu'il y aurait titre. On l'abo- lissait meme sur le bord des chemins , pour le reserver aux seuls propinetaires riverains. Le droit de vaine patnre pouvait etre maintenu selon les cas , dans les landes , marais , patis, bruyeres , jacheres , terres en friche , bois de haute futaie , bois taillis defensables. II devait etre maintenu dans les pres et bois defensables appartenans a l'Etat, lorsqu'il etait fonde sur un titre ou sur les usages locaux; alors il aurait ete rachetable. Inhibition aurait ele iaile d'inlroduire , en tout temps , dans les bois meme defensables , les cbevres , les brebis et les moutons. La grande majorite des commissions du pro jet approuvait l'abolition du parcours et de la vaine pature. On ne variait que sur quelques details accessoires, tels que le delai pour 1 abolition, les circonstances du rachat, les clotures, les terres ou le parcours pourrait etre maintenu. Ainsi , en France meme, on a ton jours ronle dans un cercle de principes et d'idees qui exis- taient dcpuis long-temps dans nos lois. Doit-on desirer l'abolition de quelques Regle- mens et usages qui, en certains lieux de la Sa- SUR LAGRICULTURE. q5 voie, maintiennent la servitude tlu parcours et tie la vaine pature ? Voila pour notre pays le p ro- ll leme reduit a ses derniers termes, et ton jours il faut reconnaitre qu'on ne peutle resoudre dune maniere absolue. D'un cote, Ton representera qu'en grevant la pro- priety privee, enlarendantpuLliqnesousplusieurs rapports, on decourage le proprietaire, on nuit a ses projets de culture et d'amelioration , et par consequent a l'agricnlture. Le parcours propage les maladies. La chaleur; les transitions de la nourriture seche dans l'ecurie a la pature verte indisposent les bestiaux. La nourriture qu'ils pi'onnent dans l'elable est plus uniforme, plus reguliere, plus feeonde. Les marais, dans les- quels le parcours s'exerce principalement, sont funestes a la sante des animaux et les font dege- nerer. Dun autre cote, Ion repondrait en faveur du parcours que lenclavement des proprietes prodnit la necessite de cet usage, comrae par force ma- jeure. Des conventions expresses ou lacites en ont etabli le droit, qui sonvent s'est constitue sous des clauses et des conditions a titre one- reux. 11 no serait pas facile de denouer tant dc liens. Dailleurs on n'a point a rcdouter en Sa- voie , comrae dans quelques pavs,oes innombra- bles troupeanx qui, scmblables a des armees, ia\agenl et de'truisent tout sur leur passage. Dans 94 RAPPORT certaines communes, un petit nombre de paMi- cithers possedent la presque generalite des fonds, et la population s'y reduirait a ees particuliers riches; elle se detruirait, si les pauvres ne pou- vaient faire subsister leur betail sur la propricle de l'opulent. II y aurait de la durete a laisser perdre des plantes vaines, sans permettrc a la vache qui nourrit l'indigent d'en profiter. Au milieu des raisons et des inconveniens que nous venons d'exposer , quel systeme preferer? Reconnaissons qu'une bonne statisfique com- munale peut seule fournir les moyens de pro- noncer, et que tout se reduit a la connaissance de faits locaux. Les craintes manifestoes , relati- vement a la continuation on a la suppression du parcours et de la vaine pature, peuvent etre fon- dees dans un lieu, et frivoles dans un autre. La question pour cliaque commune depend aussi du denombrement des habitans auxquels le parcours est necessaire , et de eeux auxquels il ne Test pas; par-la on apprecierait limportance, les avantages et le prejudice de l'abolition. Les parties interessees pourraient faire elles-memes ce de'nombrement comparatif, et sollicker ensuite les mesures convenables pour le mainticn , la suppression ou la modification du parcours. C'est a ellcs a s'assurer de toutes les circonstances influentes. Avant de terminer, nous ne saurions passer sur l'agriculttjre. q5 sous silence que M. lc comtc de Loche a prouve eombien il serait utile pour les proprielaires par- ticulicrs de clore leurs bois, a fin de les defendre coiitre les hestiaux. 11 conseille tin fosse de trois a quatre pieds de largeur, avec une haie vive plantee, du cote du Lois, sur la terre extraite du fosse. La depense en serait differente selon les lieux, mais souvent tres-modique. La faculte de (•lore ses fonds est etablie par le droit commun. Quelquefois on pent craindrc des oppositions, s'il existe des pretentions contraires (i). (i) Le droit de vaine pature, a l'appui duquel on n'al- lc'guerait aucuntitre, mais seulenient une possession im- memoriale , peut-il empechcr de clore le fonds servant? Un tel droit, lorsqu'd existe au profit des habitans d'une commune , doit-il etre envisage' comme un usage local ou comme une servitude, quelle a du etre sa nature pour qu'il ait e'te' supprime' par la loi de 1791 ? Si le proprietaire du fonds servant L'a garanti par une cloture , sous fempire de cette loi , peut-on , depuis qu'elle est abrogee , demander la suppression de la clo- ture , en articulant des faits de possession imme'moriale ? Ces trois questions out ete agitees dans la cause entre les coinmunes de Viuz- la -Chaise et Mure, et le sieur Michel Rous. L'Avocat-fiscal-gene'ral fut d'avis, le 25 mars 1819, qu'il y avait lieu a admettre les fails. Lc Senat les rejeta, par Arret du 17 fevrier 1821, en de'houtant la commune de ses conclusions. Kile pre'tendait etre en pos- session de faire paitre sur le pre du sieur Roux , depuis la coupe des foins jusqu'au dernier jour d'avril. Ici le Se'nat a pu encore apercevoir la question de sayoir si 96 RAPPORT Nous venons, Messieurs, de presenter un si grand nombre d' observations de diverse nature , qu'il serait impossible de les resumer et de les reunir autrement que par des repetitions fasti- dieuses, ou par une seche enumeration. Nous ne pouvons exprimer que le sentiment dont nous etions animes en remplissant notre tache. C'etait le desir de faire connaitre combien nous possedons de moyens et d'elemens protec- teurs de notre prosperite asricole ; heureux si nous pouvions contribuer a en faeiliter l'emploi ! Aucune administration general e ou communal e nevoudraitcouvrirles campagnesd'armees de pro- poses et d'agens salaries : aucune ne peut deviner tons les abus qui naissent et se commettent cba- que jour, ni venir au secours des personncs qui ne veulent pas lui reveler le prejudice qu'on leur a cause : aucune ne peut apercevoir non plus toutes les parties de terrain menacees d'un ebou- lement , tous les ravins qu'il faut armer de digues ou de plantations. C'est done au proprietaire , e'est a l'homme notable a etudier le territoire qui l'environne , a servir d'indicateur, a solliciter les mesures qu'il croira necessaires, et a faire regner un bon esprit autour de lui. l'art. 16, liv. 5, chap. 4 du Reglement de Savoie permet de supple'er par la possession a des Conventions 5 Airets ou lioglemens. (Voir la note de la page 91.) SUR L'AGRiCULTURE. 97 Mais nous insislons a observer qu'avant toute entreprise, il est indispensable que o.elui qui i'aura concue ait bien tout verifie, afin de ne point fatigner , par un esprit inquiet et leger , l'homme paisible , content de son sort , et de ne pas montrer a 1' Auto rite dinconsequentes preten- tions. Elle a toujours veille sur nous avec une sol- licitude dont nous voyons sans cesse de nouvelles preuves , et avec une sagesse qui lui a acquis rattacbement , la confiance et la reconnaissance immemoriale des peuples. powGSoooooacsceooooooooooooooooeocaaeoaBaooeooeooeo^l NOTICE SUR La Charrue Beige, par M. le Docteur Gov VERT; ( Lue clans la Seance du 24 ele'eembre 1824- ) JJejA, Messieurs, la charrue beige a ete le snjet de quelques-unes de vos discussions ; mais cette charrue etant peu repandue encore , et par-la meme trop peu connne ct Irop peu appreciee, vous avez suspendu votre jugement, par une sage retenue, en attendant d'etre plus eclaires sur l'innoyation et la reforme du premier et du plus utile de tons les instrumens. Nous devons a MM. Francois et Chevalley, d'Aix, son intro- duction dans le pays; ils s'en servent depuis cinq ans a leur entiere satisfaction. Le rapport q\\e vous en fit M. Chevalley l'annee dcrniere, quoi- que tres-succinct, vous en disait assez pour vous en faire apercevoir les grands avantages et son immense siiperiorite sur notre charrue usnelle. Mais, malgre la confiance due a une autorite anssi recommandahle , votre opinion ne fiit point fixee : vous attendites que le temps et de nouveaux ren- NOTICE SUR LA CHARRUE BELGE. C>g Eeignemens fournis par 1' experience vons permis- sent de vous prononcer suf ret important objet; Aujourdhui, Messieurs, jc vais vous exposer ce que j'ai vu touchant l'emploi de la nouvelle char- rue , et les reflexions qui en ont ete la suite. Penetre , comnie tant d'autres , des inconve- iiiens , des grands et nombreux defauts attaches a notre charrue courante, j'ai vonlu m'assnrer par moi-meme des avantages et de la sliperiorite qu'oti accordait sur elle a la charrue beige. A cet effet, deux fois pendant ces vacances dernieres, je suis alle a Aix , avec M. de La Noix , agronome dis- tingue, chez MM. Francois et Chevallev, pour voir travailler la nouvelle charrue. Notre examen ne s'est pas borne aux diverses parties qui la composent : notre attention s'est partieuliere- ment fixee sur la mise en pratique j car 1'utilite dune machine quelcortque s'apprecie moms par les pieces qui la composent, que par la maniere dont elle remplit l'objet pour lequel elle a ete construite. MM. Francois et Chevallev eurent la com- plaisance de faire labourer en notre presence. La charrue du premier, attelee de qitatre pet its becufs , sillonna plusieurs Ibis, de neuf a dix polices de profondcur, un champ de treflc dont le fond, principalement argileilx, constitue tine terre forte ct compacte. Cet attelagc marcliait avec une aisance el one rapiditc auxquelles oft TOO NOTICE ne saurait comparer la march e lenle ct pesante de nos attelages ordinaires. A noire seconde visite, M. Chevalley fit de- foncer urie luzerniere, avec quatre vaches et un cheval. Tout le monde connait la force neces- saire a un pared travail , surtout dans des terres fortes; elle est telle, qu'on est le plus souvcnt oblige de le faire par un minage a la beche. Cet attclage l'executait lihrement, et la terre se trou- vait si hien tournc'e , que toules les racines de cette plante pivotante, tournees vei-s le ciel, res- semblaient a un Lois naissant depouille de ses feuilles. Sat is fait de tout ce qne nous avions vu et ob- serve, M. de La Noix pria M. Francois de lui envover sa charrue et son houvier, pour en laire lessai dans son domaine a Bissy , ou il laisserait a cet effet un derm- journal de trefle a labourer. Les pluies continuelles de l'antoinne ont fait difierer cette partie, a la fois d'instruclion et de plaisir, jusqu'au 2 3 novembre. MM. Francois, Chevalley, Gillet, ancien Commissaire des guer- res , plusieurs paysans et moi, assislames a cet interessant essai. Le temps, beau et serein, nous permit de soumettre la charrue a divers degres de force, en variant les attelages. C'est ainsi que quatre vaches, deux boeufs et deux vaches, deux boeufs et un cheval, et finalement deux boeufs seulsfLirentsuccessivement atteles.ll suffira, pour SUU LA CHARRUE BELGE. ioi notre experience , de nous arreter au dernier attelage, comnje le moindre en nombre et conse- quemment le plus faible. Les deux boeufs souls , alaverite jeunes et forts, marchaient librement, sans qu'on les pressat trop par l'aiguillon , et sans paraitre employer un degre de force qui ne leur eiit pas perrnis de continuer long-temps. On parvint pen a peu a donner de laterrc a la ehar- rue , an point d'obtenir an sillon dun pied de profondcur et autant de largeur , mesurc que j'ai prise plnsicurs fois avec le pied meme. Nous ne portames le labour a ces excessives dimensions, que pour nous faire line juste idee de la force neeessaire pour couper, soul ever et tourner en entier cette grandc lame de terre avec la cbarrue beige, et mettre ensuite ce degre de force en parallelc avec celui neeessaire pour obtcnir le meme effet avec la cbarrue ordinaire; or, sans exagoralion ct sans prevention, on ne doit pas craindre d'avancer qu'avec un senl degre de force, la cbarrue beige operera avec la meme facilite que la cbarrue commune avec deux , et. l'ouvrage en sera tou jours meillcur : car ordinairement , pom defoneer, a cinq on six ponces settlement « un champ de trefle qui aurait scrvi de paturage pendant toute vine automnc habituellement bu- mide, qui, foule par un pietincment continuel, aurait afeqnis une densile exti-eme , on cmploie- rait six bwuls, on lout all moins quatre forts , et J02 NOTICE 1'ouvragc n'aurait ete ni mieux^ ni plus prompt tement. fait. Apres ce court expose de ce que 1'experience nous a montre de plus essentiel a observer dans l'usage de la charrue beige, line remarque digne de toute votre attention et faite pour piquer vive^ ment votre curiosite , c'est qu'elle reunit dans sa structure et remplit dans sa mise en pratique toutes les qnalites et conditions proposees , il y a cinquante ans , par 1'illustre marquis Costa, dans son Essai sur I amelioration de lagricul- (ure flans les pays montueux et en particulier dans la Sauoie , 1774- Ce savant agronome , dont la mpmoire se rat t ache a taut de services et a tant dameljorations agricoles, gemissant sur les nombreuses imperfections de notre charrue , faisait des vreux pour sa perfection. « Quelquo i> petit que cetobjet paraisse d'abord , nous dit-il i> (Ouv.prec, pag. 78), il est cependant digne des )>> speculations les plus serieuses dun conseil- » d'etat, et on le trouvera bien grand, si Ion V fait attention qu'en le perfectionnant , un >> homme fait l'ouvrage de deux, en le faisant » infiniment mieux; que la moitie des bestiaux » du labourage serait changee en bestiaux de v rapport; que la moitie des journees perdues >> a ces mauvais labours serait employee a d'au-. » tres travaux utiles et exiges par la nouvelle V methode : clorc , planter, elever des arbres, SUR LA CHARRUE BELGE. ro5 » utiles , faire des transports de tcrre , dcs en- » grais, etc. Quel bien n'entrevoit-on pas dans » ces heureux changemens! » Dans I'elan de son fecond et bienfaisant ge- nie , notre auteur trace {ibid, page 82 et sui- vantes ) en neuf articles , les regies, et propose ies conditions d'apres lesquelles cet instrument doit ctre construit pour atteindre le but desire. Le croiriez-vous , Messieurs? Ces regies et ces condi- tions se rencontrent fidelement dans la charrne beige; de sorte que riiomme ou les homines de genie qui out preside a sa confection , n'ont fait que realiser litteralement ses hautes conceptions, et c'est a le prouver que je consacre encore quel- ques pages, dans lesquelles je ferai ressortir de mon mieux les avantages inappreciables offerts par la nouvelle charrue. Premiere condition : u Que 1'homme qui conduit la charrue n'ait pas besoiu « d'aide ; j La charrue beige pent faire un labour d'au- tant plus profond qu'on peut a volonte lui don- ner de la terre, en baissant l'appui qui so trouve a lextremite de la perche ou aiguille , et en alongeant la chaine de l'attelage; les efforts pour obtenir un profond labour seront encore d'autant moins grands que, d'un cote, la charrue, par sa forme , eprouve beaucoup moins de resistance , vu quelle laboure en coupant la terre par tran- ches ou par sections , et non par refoulement , pression ou dechirure , comme le fait la charrue ordinaire, et que, deTautre, les dispositions de l'attelage portant directement toute la force de Ja puissance sur la resistance, elle ne se decom- pose point et neprouve aucun dechet, Le labour, SUR LA CHARMJE BELGE. io5 par celte manoeuvre , aura enfin toute la perfec- tion qu'on voudra lui donner , soit par sa pro- fondeur, soit par l'epaisseur de la lame de terre qu'on pent graduer a volonte. Troisieme condition : cc Une bonne cliarrue doit etre faite de telle facon quo « les animaux de l'attelage ne marchent pas sur le terrain « laboure en travaillant. o La cliarrue beige coupant , relevant et ren- versant parfaitement la tei-re du cote de 1'oreille, et ne laissant aucune bavure du cote oppose , forme apres elle un sillon large et propre, dans lequel la terre ne peut retomber. L'un des boeufs de l'attelage march e dans ce sillon , et l'autre sur le bord du champ non laboure; de sorte que la terre labouree est a l'abri de tout pietinement. D'ailleurs l'attelage etant pen nombreux , et la route qu'il a a suivre etant parfaitement ti'acee, il aura tou jours une marche plus sure et ne saurait s'en ecarter, en se portant sur les cotes, com me on l'observe souvent dans nos attelages ordinaires plus compliques. Quatrieme condition : c< Que votre cliarrue soit simple dans toutcs ses parties. » « Cettc qnalite, dit M. le marquis Costa, est » une des premieres perfections. Defiez-vous da 106 NOTICE >> toutc addition de parlies ; c'est coraiue des » etais aux batimens , qui doivent etre sol ides » sans cela. Celui-la a fait un grand pas vers la » perfection , qui a produit le mcme effet avec » un secours de moins. » La perfection d'une machine quelconque con- sis te a n'etre composee que des parties essen- tiellcment necessaires an but quelle doit attein- dre , a ce que l'ordre et l'arrangement de ces inemes parties soient tels que le tout qu'elles composent ne puisse supporter ni addition , ni soustraction daucune partie , sans que ces mo- difications ne prejudicient a sa marchc et a l'en- semble des fins qu'on se propose. Toute ideale que soit cetle perfection supposee , l'examen et l'analyse des pieces qui composent la charrue beige semblent nous l'y faire rencontrer. Cinquieme condition : « Que votre soc soit absolument plat. » Le soc de la charrue beige est parfaitement plat et horizontal sur la plus grande partie de sa surface , a partir de la pointe ; il s'elargit en se portant en arriere _, de maniere que , mis en mouvement , son tranchant coupe la terre en sciant ; releve vers sa partie posterieure et in- terne , il commence la spirale que forme le ver- soir et dans laquelle s'engage la lame de terre SUR LA CHARRUE BELGE. 107 coiipee par le soc en-dessous. Le coulre, qui lui est inherent , se portant obliquement de devant en arriere , et de bas en haut , la coupe et la detache en hauteur, sous un angle incline a l'ho- rizon , dont il serait aise de mesurer le nomhre de degres : on concoit que, par cette disposition avantageuse , le soc , le versoir , le coutre et le sep , formcnt une sorte de pyramide a poinle tronquee et tranchante , dont deux bords egale- ment tranchans coupent et detachent du sol la lame de terre par deux sections, l'une par-dessous, horizontale , et l'autre par-dessus et sous un angle incline a l'horizon. Siocieme condition : re Que l'oreille soit tonrne'e en portion on labour, ne sera cependant ton jours qu'un instrument passif qui , comnie une montre, ne porte point en ltii le principe de son action; la force qui la meiit , la resistance quelle doit vaincre , tout est hors d'elle. Trainee par mi nombre phis ou moins grand d'animaux dont la marche n'est pas loujours regulierc , cachee dans un sol qui , par sa nature et par celle des obstacles qui s'y ren- contrent, pent la faire varicr a chaque instant, elle aura toujouis besoin d'une main intelligente pour la gouverner; et sa perfection sous ce rap- port sera d'autant plus grande, qu'elle sera plus facile l|t diriger. Or , comnie nous l'avons deja fait rcmarqucr , la charrue beige offre dans sa structure tonics les qualilcs propres a en rendre la direction libre et facile. Beaucoup plus lcgcre que la charrue ordinaire , le laboureur la porte ct la tourne sans effort; les parties par lesquelles tile se fixe dans la terre , presentant dans leur IIO NOTICfi ensemble une forme triangulaire , elle roule suf nne de ses faces , tandis que les deux autres la tiennent droite et ferme entre le bord gauche de la raie , c'est-a-dire , du champ , et la lame de terre coupee qui , en se soulevant , s'engage dans la partie spirale du versoir , dans laquelle elle tourne sur son axe , pour etre reiiversee en entier par la partie la plus posterieure de cette piece essentielle. On concoit facilement qu'ainsi disposee , la charrue beige marcherait en quel que sorte seule sans deviation , si elle ne rencontrait point d'obs- tacle dans la terre, et si la puissance qui la fait mouvoir agissait toujours avec le meme degre de force et sur la meme ligne j aussi la main des- tinee a la diriger la maitrise et la conduit a sa vo- lonte , n'ayant a surveiller que ces circonstances accidentelles. Huitieme condition : c< Une charrue parfaite doit labourer a la voloule de <■< son conducteurj a plat ou a plates bandes. » La charrue beige n'ayant qu'une oreille ou ver- soir, fixee a droite d'une maniere immobile, ne peut satisfaire a cette condition , parce quelle ne peut aller et venir en faisant de suite des sil- lons contigus ; ce que l'agronome de la Savoie appelle labourer a plat , ou a plates bandes : SUR LA CHAB.B.UE BELGE.' 1 1 1' aver, elle , comme aver, toute charrne a nne oreille fixe , on ne pent labourer que par plan- ches , e'est-a-dire , que ne pouvant pas remplir en revenant, la raie faite en allant, on est oblige de commencer lc labour sur deux points differens qui sc trouveront a la fin de l'ouvrage separes par un large sillon, lequel se comble ensuite par le labour suivant. Cet inconvenient n'est pas si grand qu'il le parait d'abord ; on doit le consi- derer comme un bien dans les champs en plaine, ton jours exposes aux fnnestes effets des eaux sta- gnantes; les deux dernieres raies qui aboutissent au raeme sillon , laissent un fosse d'ecoulcment touj ours utile. Dans les terrains en pente , la charrne nou- velle parait devoir presenter quelques difficultes. L'experience a cependant deja prouve a MM. Francois et Chevalley , dont les champs sont pour la plupart inclines du plus au moins, qu'elle laboure tres-bien, lorsque la pente n'est pas plus de dix a douze ponces par toise ; que, par elle, les sommites ne se degradent point , vu qu'elle ieur conserve ton jours la merae qnantite de ter- rain. On pout facilement son former nne juste idee : qu'on se figure un demi- journal de champ d'un carre long , du Nord au Midi , et dont la pente soit de l'Est a I'Oucst ; on vent , pour la premiere fois , labourer ce champ avec la charrne beige ; on conmiencera b^ sillon supe- ( H2 NOTICE rieur a l'extremite Sud; l'oreille etant a droite$ la tranche de terre sera relevee a l'Est ; on coni- mencera ensuite le sillon inferieur a l'extremite Nord , dont la tranche sera tournee dans le sens de la pente , et consequemment a l'Ouest. Le lahonr fini, il restera an milieu du champ le fosse dont nous avons parle. On veut, l'annee suivante , labourer ce meme champ : on commencera le premier sillon au Nord et au hord superieur de ce fosse , et le se- cond sillon au Sud et au Lord inferieur du meme fosse, en tournant la terre en haut, de maniere que, par ces deux premiers tours de charrue, il se trouve entierement comble. En continuant ainsi le labour de ces deux planches , on replace la terre telle quelle etait avant le labour pre- cedent. 11 est bon d'observer que , pour labourer avec la charrue beige sur des plans inclines <, on doit renforcer l'attelage ; car la tranche de terre qui doit se tourner en haut et contre son propre poids, faisant eprouver plus de frottement, aug- mente d'autant la resistance. On annonce qua Geneve , ville qu'on citera toujours pour ses lumieres , son Industrie et son activite dans la recherche des moyens d'amelio- ration et de perfectionnemens en tout genre, on est parvenu a rendre la charrue beige, comme la charrue couranle , allant et venant pax* sillons SUR LA CHARRUE BELGE. i i5 contigus , en lui clonnant un double sep garni du soc , du coutre et de l'orcille ou versoir , place au-dessus de la perche, et en rcndant les cornes de la charrne mobiles; de sorte que, lors- uu'oii a fait un sillon aver le scp dont l'oreillc est a droite , on renverse la charrue pour faire le sillon suivant avec le sep dont l'oreille est a. gauche. C est a l'experience a jngev de Tutilite de cette addition , qui , tout ingenieuse quelle est, pent bien avoir ses inconveniens, ne fussent- ils que de rendre I'instrument plus materiel, plus pcsant et plus vacillant dans sa marche. Neuvieme condition : a Que la charrue- ne fasse que ce qui est ne'cessaire. » M. le marquis de Costa, en exigeant cette condition, qu'il regarde comme la plus essen- tielle des bons labours , jclte les yenx snr noire charrue ordinaire; il en analyse les parlies rt en developpe les defauts, qu'il fait ressortir avoo raison de ce quelle fait beaucoup plus que ce qui est necessaire ; laissons parler cet habile agro- nome : « Qu'on s'approche dune do nos charrues en » action, ce prineipe a la main, quelle barbaric » on y trouvera ! On vena une enorme bavure de » terre remonter sur le terrain non encore la- >> boure^ on vena deux oreilles, dontaueune parlie, 8 i4 NOTICE aucun ouvrage n'est regie par le bon sens, operer mal en tout ; l'une est en meme temps inutile et nuisible , l'autre ne fait qu'une parlie de son devoir, et encore le fait mal : elle ne renverse qu'une petite parlie de la terre quelle a a retourner, et laisse l'autre en chemin retombant dans la raie. L'au- tre oreille heurte continuellement contre les inegalites du terrain , et montant en partie dessus, balotte et fait vaciller perpetuellement toute la machine, par la resistance violente quelle essuie a contre sens et d'une maniere inutile. Le soc, en coin rond, dont nous nous servons, est absolument reprouve par le meme principe, comme occasionnant des efforts inu- tiles et ne pouvant mordre peu de terrain a la fois, ce qui force a prendre des lames trop larges, et ce qui non-seulement nest pas ne- cessaire , mais de plus est nuisible. Qu'avec cette regie , on etudie toutes les parties de l'instrument, pour supprimer tout ce quelle proscrit i soit en bois , soit en fer , et pour qu'aucune n'ait plus de poids et ne presente a. la terre plus de face et de frottement que ce que la necessite de bien opei-er exige absolu- ment, et avec toute la solidite convenable. » Je me bornerai a dire que la re forme voulue parnotre auteur, dans le jugement qu'il porte de la charrue usuellc, se trouve entierement dans SUR LA CHARRUE BELGE. r i 5 lii charrue beige , qui , conduite par une main inlelligente , ne fera jamais rien cle superflu. Cependant nous devons le prevoir el mcme le dire, la charrue beige _, malgre son immense su- periority sur la charrue ordinaire , superiorite dont les nombreux resultats sont autant de sour- ces de prosperite pour l'economie rurale , ne manquera par d'oiFrir de graves inconveniens aux yeux des homines esclaves dune routine aveugle, veritables machines ouvrieres et ennemis formels de tout pcrfeclionnement. Les legeres difficultes quelle presentera dans quelques eirconstanees de localite settlement, comme dans les fortes penles, dans des espaces etroils et irreguliers, on autres analogues , scront d'abord juges comme des obstacles invinciblcs a son usage et a son admission. Les bornes resserrees de leurs vues et de leur capacite , plus encore l'amour-proprc et un fol entetement , ne leur permeltront pas de voir qu'avec la nouvelle charrue ils epargne- ront la moitie des animanx de trait, ct pourront doubler le nombre de ceux dun rapport plus direct et journalier; que l'ouvrage sera beaucoup mieux fait et en plus grande quantite ; car on peut evaluer qu'avec une force moindre, la char- rue beige fera dun tiers a un quart de plus par jour que ne fera la charrue ordinaire a\ee une force superieure. La nouvelle charrue une fois admise^ on pour-. Ii6 NOTICE rait demander s'il ne serait pas possible de sup- primer 1'usage des boeufs, surtout pour la culture de la plaine. Le bien qui en resulterait est a mes yeux incalculable , et c'est par lui seul que j'en juge la possibility. Pour nous faire une juste idee des resultats de cette reforme , voyons ce que sont nos fermes ordinaires, sous le rapport des animaux qui les composent. Quatre boeufs , trois on quatre va- ches , un ou deux eleves s'y trouvent commune- ment. Remarquons d'abord que les boeufs, ani- maux voraces et tres - dispendieux , fixent de preference l'attention et les soins du metayer , et cela, en raison directe de leur valeur. II a a cosur de les maintenir en bon etat, pour ne pas y perdre en cas de revente; en consequence, en ete corame en hiver, tout le bon fourrage de la ferme leur est reserve. Cette preference est toute an prejudice des vaclies , qui, mal nourries et mal soignees, languissent, restent chetives et ne produisent pas la moitie de ce qu'elles produi- raient si elles etaient mieux tenues. Quelle est au fond l'utilite des boeufs? 5o a / t o joxirs de labours par annee ; 5o ou 60 de char- rois , pour transporter la recolte et les engrais : ils ne sont done oecupes qu'un quart de l'an- nee environ. Quatre boeufs mangent autant que six vaches , cela est reconnu. En supprimant les premiers, la ferme pourra fournir a la nour- STJR LA CHARRUE BELGE. 1 17 riturc de dix vaches, qui, mieux tenues et mieux nourries, pourront, a l'aide de la charrue beige, labourer aussi bien que les bceufs , et eela d'au- tant plus faoilemenl qu'etant en nombre double et nieme plus , elles marcberaient alternative- nient, et supporteraient parfaitement, sans beau- coup nuire a leur produit journalier, les travaux de la ferme , meine aux epoques de l'annee 011 ils sont les plus pressans et les plus nombreux. Remarquons dailleurs que l'agriculture elant la principale ressource du pays , le nombre des proprietaires elant considerable, et les proprietes divisees a l'infini , le systeme des petites fermes , sans doute le plus favorable aux interets du pos- sesseur et de la population, se trouve forcement ctabli. Le plus grand nombre des metairies ne pent que deux boeufs et deux vaches ; beaucoup meme ne peuvenl alimenterque quelques vaches. Pour ensemencer et preparer leurs champs , les metayers se pretent reciproquement leur atte- lage pour labourer alternativement un jour pour l'un , un jour pour l'autre. Ceux qui n'ont que des vaches ne cultivent leur terse qu'avec des attelages etrangers et d'une maniere coutcuse. Leurs ouvrages ne se font le plus souvent que tard , a contre temps et toujours mal ; d'ou il arrive que la recolle suffit a peine pour en payer les frais. L'usage de la charrue beige, en rendant les labours moins difficilcs el les executant mieux, 1 1 8 NOTICE pent seulc prevent ccs graves inconvenlens , on tout all nioins en adoucirlarieueur, et donne enfin la faculte de modifier a l'infmi la re forme pro- poseej ear, avec elle, tel qui tient quatre bceufs , n'en aura besoin que de deux, en leur associant an besoin deux vacbes, dont il pourra augmenter le nombre dans son ecurie; tel autre qui occupe denx boeufs, les remplaccra avanlageusement par \\n plus grand nombre de vacbes, ou par un on denx chevaux, selpn la qualite et la quantite de fourrage qu'il aura pour les nourrir, lequel pent convenir aux tins et ne pas convenir aux autres. JEnfin, j'entrevois dans l'admission de la nouvelle cbarrue , les plus grands avantages pour notre economie rurale , par les modifications infinies.. quelle pent permettre dans le genre et le nom- bre des animaux de trait, surtont dans la classes nombreuse des petits proprietaires. L'obstacle le plus vrai et le plus essentiel kjf vaincre , ponr nationaliser la charrue beige , est; le prix excessif auqnel elle revient, si on la tire de lelranger,etqnine saurait en permettre l'usage qu'aux proprietaires aises ; elle ne pent devenir commune , tant qu'on ne parviendra pas a la fabriquer dans le pays. Nous en possedons toutes . les matieres premieres ; nous avons nos forges , nos martinets et nos ateliers : pourquoi restei^ tributaire de l'etranger pour cet important objet I Je me bornerai , en finissant , par proposer a la SUR LA CHARRUE BELGE. i xcj Socie'te d'ouvrir une discussion sur les moyens a prendre pour nrms procurer cet avantage. J'ai les donnees snffisantes pour l'assurer ffue cette char- rue etant faite parmi nous , le prix n'en excedera pas celui de la charrue ordinaire ; on pourrait meme dire rpi'il deviendra de beaucdup inferieur, parce qu'etant plus solide et plus durable, a prix egal, la charrue beige deviendiait moins coiiteuse. MEMOIRE SUR Les causes de lirregularite des vents dans la partie inferieure de I atmosphere ; par M. I abbe Rendu (i); ( Lu dans la seance du 18 mal 1825.) JLjA marche des nuages dans 1 atmosphere indi- que la vitesse des vents qui les transporte rt. Lorsque les premiers sont a tine elevation asse • considerable pour n'etre genes dans leur marche par aucun des corps qui tiennent a la surface de la terre , cette marche estreguliere et la vitesse uniforme pendant tout le temps ou le vent con- serve une egale intensite. Ainsi la vitesse des vents est uniforme dans toutes les couches d'air qui sont hors de l'atteinte des obstacles terrestres. II n'en est pas ainsi des couches inferieures qui baiguent la surface de la terre. La le vent n'a pas la meme vitesse <*»t cela se concoit : le frottement des so- lides doit produire sur les molecules aeriformes (1) Professeur de Physique au Colle'ge royal de Cham- bery. MEMOIRE SUR LES CAUSES , ETC. 1 21 un retard sensible, a-peu-pres semblable a celui que les bords et le fond des rivieres font eprouver au courant des eaux. Ce n'est pas tout : outre ce retard que des experiences pourraient facilement constater, ily a une grande irregularite dans la course des vents inferieurs. Dans un temps d'orage, on passe, en quelques minutes, du calme all vent, et du vent a un calme plus on moins parfait. Le vent ne marche que par bouftees , et quel- quefois avec une telle force , qu'on croirait qu'il sort d'un antre , oil il aurait ete comprime pen- dant quelque temps. C'est dans les pays montueux surtout que Ion rcssent le plus violemment ces secousses de l'air. Pendant ces intermittences , si Ion ecoute attentivement , on entend un bruit sourd qui s'accroit par degre ; on voit. , dans le lointain , la cime des arbres s'agiter , se courber vers la terre , et bientot l'orage est la ; l'onde passe et le vent redcvient modere. 11 y a dans ces ondes aeriennes des particularites qu'il importe de decrire. Quelquefois l'instant de leur plus grande force est celui ou Ton commence a les rossentir, et de la elles vont en decroissant. D'autrcs fois (et c'est le cas le plus ordinaire) , > exlialaisons qui s'amassent et qui fermentent » dans la moyenne region de Fair peuvent en- » core occasionner des monvemens dans l'atmos- » phere. C'est la pensee de M. Humbert et de BE L IRREGULARITY DES VENTS. 125 » plusieurs autrcs savans; ct si les vents peuvent » naitre de cette cause, comme il est probable, » on ne doit point etre surpris qu'ils soufllent » par sccousses et par bouffees, puisaue les fer- » mentations auxquelles on les attribue ne peu- » vent etre que des explosions subites et inter- » mittentes. » Kncycl. Tom. 17. — Vent. 11 est inutile de refuter metbodiquement nne tbe'orie aussi invraisemblable que celle qui attri- bue l J irregularite du vent aux explosions subites produites par la fermentation des exhalaisons. Autant vaudrait dire que ces explosions sont la cause generale des vents , puisque , dans nos contrees , les vents sont toujours accompagne's pie ces intermittences. II est difficile de cbercber aillcurs que dans les obstacles que le vent rencontre sur la surface de la terre, la cause de toutes ces irregularites. Dans les pays plats, sa marche est plus uniforme, sans letrc parfaitement ; et sur mer , elle Test encore davantage. C'est dans les pays 011 les obs- tacles sont les plus nombreux et les plus eleves, que les irregularites sont plus grandes. Ces dif- ferences suffiraient pour prouver que les obsta- cles sont la scule cause que Ion puisse leur assi- gnor , quaud mrme on ne eomprendrait pas de quelle maniere ils produisent cc phenomene. Si l'effet que les obstacles produisent sur lair resscmblaient a ceux qu'ils produiraient sur l'eau, 124 MEMOIRE SUR LES CAUSES il ne devrait point y avoir d'intermittenee. Un ruisseau qui coule sur un lit de sable presente line surface unie qui cede presque sans murmure a la pente qui l'entraine. Que Ton jette un roeher vers le milieu , aussitot l'harmonie est dc'truite ; le canal est retre'ci , le niveau de l'eau s'eleve, la pression augmente, et le courant de- vient plus rapide de chaque cote de l'obstacle ; mais a moins que cet obstacle ne change de po- sition ou de dimension, ou que la quantite du liquide ne change elle-meme, le courant conser- vera constamment , dans ce passage , la force et la vitesse qu'il a acquises. Si Ton considere la nature des deux fluides , on sentira que 1'efTet ne saiirait etre le meme. L'eau n'est pas sensiblement compressible , tan- dis que le volume de I'air peut etre facilement reduit. Or c'est de la compressibilite et de lelas- ticite de lair, que je pretends tirer l'explication de rirre'gularite de la vitesse dans la partie infe- rieure de latmosphere. Supposons qu'une masse d'air soit transporte'e d'un lieu a un autre a leavers un espace egale- ment libre dans toute la longueur a parcourir; la vitesse de l'air sera nniforme dans tons les points de la longueur, suppose que la force qui met lair en mouvement conserve pendant toute cette longueur cette intensite primitive; mais divisons la masse d'air en trois colonnes qui DE L'lRREGULARITE DES VENTS. 12^ s'avancent de front dans l'espace; que, pendant le trajet, celle dn milieu rencontre un obstacle inebranlable , tel qu'une montagne : celle-ci lui fera eprouver un choc proportionne a sa vitesse ct a sa masse; mais comment et par quel point pourra-t-elle continuer sa marche , car elle ne pent re'trograder? Si elle vent s'elever, elleeprouve la pression d'une colonne dair superieure (jui la retient. Sur les cote's , elle rencontre d'autres co- lonnes qui sont d'une densite , d'un mouvement et d'une resistance egale a la sienne , avec les- quelles elle est par consequent en e'quilibre. 11 faudra done , pour s'echapper , qu'elle prenne une force respective superieure, qu'elle ne pourra trouver que dans l'accroissement de son ressort; et comme le ressort augmente en raison de la compression, lair retenu de toute part par des forces egales, se comprimera jusqu'a ce qu il ait acquis une force de ressort assez grande pour vaincre les obstacles. A 1 instant meme oil lequi- libre sera rompu , la colonne s'echappera avec impetuosite et formera une bouflee. L air s'eeou- lcra jusqu'a ce que l'e'quilibre soit relabli , et alors commencera lintermiltence, qui ne tardera pas a elixi suivie d'une nouvelle boufil'cc partant du meme point que la premiere. Des-lors tout devient facile a expliquer dans les diflfcrences qui les caracterisent. Si l'obslacle est plus grand, les ondes seront plus prolonge'es , parce qu'une 126 MEMOIRS SUR LES CAUSES grande masse d'air aura ete comprimee et sersf plus long-temps a s'ecouler. Par la mcme raison, elles pourront n'avoir pas toutes la meme duree. Si, sur la meme ligne, il se rencontre plu~ sieurs obstacles de differentes elevations, onsen- lira sur le meme point des Louffees de differente force. Si Ton se trouve pres de lobstacle a l'inslant ou le vent s'echappe , on sentira que la plus grande force de l'onde est a son premier debor- dement. Mais a mesure qn'elle s'eloigne du point de depart, la plus grande force se rapproch.edu milieu, parce que la premiere couche , qui etait d'abord poussee avec plus de violence , se met peu a pen en rapport de vitesse avec le reste de l'atmospbcre. On voit fmelquefois une onde passer a qucl- que distance de soi, tandis que l'air dans lequel on se trouve n'a pas cbange de mouvement ; c'est que Ton est alors en dehors de la colonne qui a rencontre lobstacle. Si la masse d'air comprimee porte des images, ces images se condensent, et la pluie commence a ce point. Quelqucfois ces images , apres avoir franchi l'obstacle , se precipitent le long de ses flancs ; et s'ils ne se reduisent en pluie , ils commencent a se rarefier. C'est prcsque toujours dans les gorges et les defiles des montagnes que commencent les ora- DE L'IRREGULARITE DES VENTS. 127 ges; c'est la en eflet que i'air, oblige de se com- primer par deux obstacles , eprouve une plus grande condensation et acquiert une plus grandc force dc rcssort. II me parait inutile de multiplier les applica- tions de cettc theorie, mais jc crois quelle peuf servir a faire comprendre un grand nombrc dc phenomencs produits par le vent. RESUME DES Observations metcorologiques faites a Chambery en 1 822 ; par M. le Chanoine BlLLIET (1). (Extrait d'un Memoire lu clans la seance du 18 mai 1825.) T a b l e a v de la marche mojenne du ihermomelre centigrade , et des plus grandcs variations qiiil ait cprouvees en vingt-quatre heures, dans tous les rnois de 1822. N M S PLUS GRANDE ties TEMPERATURE VARIATION MOIS. MOYENNE. + I, 19. EN UN JOUR. Janvier , 8° 5. Fevrier , + 5, 60. 1 5° 0. Mars , -t- 9' 5 9- 1 5° 2. Avril ., -f 12, 10. 1 5° 3. Mai, + *7* 7°- 1 5° 0. Juin , -t- 2/j, 52. 1 5° 2. (1) Vicaire - ge'neral et Supe'rieur tin Se'minairc dm diocese de Chanibe'ry. RESUME DES OBSERVATIONS, ETC' I 3$ NOMS des TEMPERATURE PLUS GRANDE VARIATION MOIS. MOYENNE. EN UN JOUR. Juillet , + 31, 20. i5° 5. A out , + 20, 7 2. 1 5° 0. Sepiembrc, * 18, 27. 12° 5. Octobre , 4~ i3, 06. 12° 2. Novembre, + 9, i5. 11° 3. Decembre, -f o, 21. 6° 5. Moyennes, + l'2° 7 5. 12° 76. J A r . B. Le thermometrc tlont on a fait usage pour ces observations , est place a Tune des fe- netres du Seminaire , a l'ombi*e, an N. E , a 5 metres et demi au-dessns du sol. Son tube est isole. Cette position est peut-etre un peu plus froidc que la temperature ordinaire de la villa de Chambery, parce qu'elle est tres-exposee ail courant du Nora, et parce qu'au moment du maximum 1'instrument se trouve a environ \1 metres des rayons solaircs. D'apres plusieurs experiences, le mcrcure, dans ce thermometry est trop eleve de 0,4 de dogre. On a cotrigd cette errcur en dressant ces tableaux. •9 l3o RESUME DES OBSERVATIONS Tableau des maxima et des minima moyens du thermometre centigrade en 1822. NOMS MAXIMUM DES MOTS. MOYEN 4- 5° • Janvier , 0. Fevrier , 4- 9° 1 . Mars, + ■1 3° 6. Avril , 4- >7° 0. Mai , + 22° 9- Jmn , 4- 5o° 0. Jnillet , + 25° 5. Aoiit , 4- 25° 5. Septembre, 4- 22° 3. Octobre , + I 6° 6. Novembre , 4- 11° 8. Deeembre , 4- 1° 9- Moyennes , 4- 1 6° 5. MINIMUM DIFFE- MOYEN RENCES. — o° 6. 5° 6. 4- i° 9- 7° 2. 4- 5° 5. 8° i. 4- 7° 1. 9° 3. 4- 12° 7- IO° 2. + 1 9 1 . 10° 9. 4- 1 6° 8. 8° 7. 4- 1 6° 3. 9° 0. + * 4° 3. 8° 0. 4- 9° 5. 7° i- 4- 6° 5. 5° 3. — 2° 3. 4° 2. + 8° 9- 7° 6. i3r' METEOROLOGIQUES. ^TABLEAU des variations extremes du tlier* mometre centigrade durant chaque mois de L'annee 1822. NOMS DES MOIS. Moy ennes MAXIMUM. Janvier , *+ 6° Fevrier, ■+■ 1 5° Mars , ■+■ iq° Avril , -+- 24° Mai , *¥■ ^9° Jnin , -t- 35° Juillct , + 32° Aout , 4- 3o° Septembre , ■+■ 27 Octobrc , >+■ 24 Novembre , •+- 1 6° Decembrc , -t- 8° 22 I . 6. 6. 6. 6. 6. 6. 1 . 6. o. 1 . 6. MINIMUM. 5° i° o° o° 6. 1 5° n° ii° 8° 4° 5° 5° 4- 9- 1 . 3. 1 . 6. 1 . 6. 6. 6. 1 . 6. + 3° g5. DIFFE- RENCES. 1 1" 1 5° '9° 24 2 5° 1 8° 21° 1 8° 1 9° 1 9° 1 3° 1 4° 5 5 7 9 5 o 5 5 o 4 o o. 1 8° 22. Les extremes des temperatures ont done ete, en 1822, H- 33° 6 — 5° 6 , d'ou il resulte que le ihermometre a parcouru tin interval le de 69° 2 centigrades. I 32 RESUME DES OBSERVATIONS TABLEAU de la marche mojenne du baro* metre en 1822. - 9 HEURES 5 HEURES MOIS. DIFFERENCES. du matin. du soir. Janvier , 742, 92. 74*, 99- O, 93. Fevrier , 746, o5. 744, 63. I, 40. Mars , 745, 74- 743, 99- x, 7 5. Avril , 7 3 7> 58. 7 5 6, o3. i, 55. Mai, 7 56, 56. 7 55, o5. 1, 5i. Juin , 7% 83. 7 58, 38. I, 45. Juillet , 7 5 7' 28. 736, 58. O, 90. Aoiit , 758, 79- 7 5 7> 63. i, i5. Septembre, 758, o5. 756, 9 1 - 1, 12. Octobre , 756, 94- 755, 64. 1, 3o. Novembre , 74o, 79- 7 3 9> 69. 1, 10. Decembre , 738, 7 1 - 758, *9- O, 52. Moyennes , 7 5 9> 90. 7 38, 7 1 - i> 19* METEOROLOGIOUES. I 33 Tableau des oscillations extremes du barometre. MOIS. MAXIMUM. 75 r, 5 MINIMUM. DIFFERENCES Janvier , 722, 8. 28, 7 . Fevrier , 75i, 5. 7 5 9> 0. 12, rr 3. Mars , 7D2, 752, 6. !9» 4- Avril , 745, 726, 7- 18, 5. Mai , 745, 1 726, 0. "&. 1. Juin , 745, 5 75o, rr 0. 1 3, 2. Juillct , 742, 7 73o, 7- 12, 0. Aoiit , 742, 9 752, 9- 10, 0. Septembre, 745, 7 2 7> 8. 1 5, 2. Octobrc , 745, 1 • 725, 5. l 9> 6. Novembre , 746, 7 • 7 5o > 7- 16, 0. Decembre , 747> 6 720, 7- 26, 9- Moyennes , I 746, 36 . 728, 80. r 7> 56. Le barometre dont on a fait usage pour les observations, est place au Seminaire; sa cuvette se trouve a 5 m 900 mm au - dessus du sol du jardin. Dans les tableaux ci-joints , toutes les hauteurs sont reduitcs a o° de temperature : elles n'ont point subi la correction relative a la capillarite. Lc diametre du tube etant d'environ 5 mm , il faut , pour operer cette correction , ajoutcr a tonics les donnees environ 1 ram 4- J£n 1822, l'abaissement barometrique mojen, >j54 RESUME DES OBSERVATIONS , ETC. entre g heures du matin et 5 heures du soir , £ ete a Chambery de i mm 1 9 , et a Paris seu- lement de o mm 83. Cette difference, qui a eu lieu dans le meme sens a tous les mois de Tan- nee , parait dependre de ce que Chambery se trouve moins eloigne de l'equateur que Paris , et a une plus grande elevation au-dessus du niveau de la mer. D'apres le dernier tableau , les extremes du bare-metre, en 1822 , ont ete 762, o et 720, 7. La pression atmospherique a done varje de 5 1 mm 3 . APERCUS GEOLOGIQUES SUR Les environs de Chamhery ; par 31. le CJia- noine BlLLIET ; ( Lus dans la seance du 18 raai 1825.) OBSERVATIONS PRELIMINAIRES. Uepuis un siecle, les philosophes ont paru s'etre concertes pour attaquer directement ou indirec- tement l'histoire sainte, surtout en ce qui regarde lc delutre et la creation. Dans la vue de donner an monde une anliquite plus reculee, on ecarte avec soin tonte idee de catastrophe; on expliqne tons les phenomenes qne presente anjourd'hui la surface du globe, par Faction lente des causes ordinaircs. Buffon a ouvert cette carriere : scion lui, nos montagnes ont ele formees lentement sous les caux de I'Ocean ; la mer est soumise a un niouvcment rogulier d'Orient en Occident, on vertu duqucl elle parconrt successivomcnt tout le globe; a inesurc quelle s'avance, elle submerge les anciens continens et en laissc dcrriere elle de nonveaux a decouvert. M. Patrin aussi pretend deja presque generalement recouverte par la culture, et au Couchant un escarpement presque vertical, une espece de mur forme par la tranche des couches posees les unes sur les autres. Ce- pendant le plan de ces couches n'est pas toujours regulier; quelquefois le banc superieur enveloppe un peu les autres en s'abaissant des deux cotes , comme en le voit a la colline de Lemenc , vis- a-vis la Croix-Rouge; quelquefois aussi elles sont flechies , ondees et diversement contournees , comme on l'observe a la montagne de Clarafond et a celle de la Thuile, dessinee par M. de Saussure. Linclinaison a l'Est est commune a toutes les couches calcaires de ce bassin; les exceptions peu nombreuses qui s'y rencontrcnt , paraissent dependre dune cause locale. Ainsi , cntrc le Chateau de la Batie et le village de Saint- Jeoire, I'4<> APERCUS il existe une colline dune demi-lieue de lon- gueur, dont les couches sont inclinees au Sud- Ouest de 20 a 5o°; mais il est aise de voir que cette colline n'est qu'une masse isolee detachee de la montagne voisine , dans un moment ou nn immense courant rongeait sa base; la fente elar- gie derriere cette colline forme aujourd'hui une petite vallee , dans laquelle on reconnait la place que ce rocher occupait jadis. Un fragment de cette masse , separe au moment de sa chute , s'est abaisse dans le torrent de Saint-Jean-d'Ar- vey. Le monticule sur lequel sont baties les an- ciennes tours de Chignin , et dont les couches sont inclinees au Sud, n'est aussi qu'une portion detache'e de cette montagne, probablement dans la meme cii-constance. Outre rinclinaison des couches , il est un autre phenomene que Ton pent appeler les inflexions ou les ondulations des chaines. En venant d'Aix a Chambeiy, on z-emarqne que depuis Clarafond jusqu'a Saint-Saturnin, la chaine calcaire baisse constamment ; k Saint-Saturnin les couches s'af- faissent de part et d'autre dans le passage ; en- suite , apres avoir para un moment presqu'hori- zontale , cette chaine prend une pcnte uniforme de 8° ou 9 , qui se prolonge jusqu'a Chambery, et au Sud de la villc, elle va en remontant jusqu'a la montagne de Saint-Cassien. Si Ton observe ce fait du haut de la colline de Leflicnc , on remain GEOLOGIQUES. t^t piteront en forme de sediment; et la elles » formeront une premiere couche , laquelle sera » bientot recouverte dune autre semblable et y> produite par la meme cause. » Theorie de la Terre , edit, de Rene Richard -Castel, tome I, page 5a. Une seule observation suffit pour refuter ce systeme. Le sediment dont parle Buffon aurait ete compose de particules fournics par toutes les montagnes primitives situees sur les bords de la mer; mais les montagnes primitives contiennent du quartz, du feldspath, du mica, de la serpen- tine ; et le calcaire compacte dont il est question ne presente qu'ime pate homogene, composee de chaux et d'acide carbonique; on ne peut done pas y cbercher les debris de rocbes plus anciennes. Buffon lui-meme aurait sans doute renonce a cette explication , s'il avait connu la nature de la chaux. c-arbonatee comme on la counait aujourd'hui. GEOLOGIQUES. i45 Le Docteur Hutton attribue la formation des roches calcaires a Taction clu feu : co sentiment nest pas plus admissible q.ic le precedent; car, i .° Taction du feu aurait calcine tous les coquil- lages et de'compose les pierres calcaires deja for- mees , en reduisant Tacide carbonique a Tetat de gaz , au lieu d'en former de nouvelles ; 2. dans cette hypothese , les couches seraient comme autant de laves ; mais des laves n'auraient pu former des couches ni si etendues , ni si uni- formes dans leur epaisseur; des laves d'ailleurs se rapporteraient necessairement a un ou a plu- sieurs crateres , et en suivant leur direction , on reconnaitrait les points d'ou elles seraient parties; Tobservation ne decouvre rien de semblable. II est done certain que ces strata ont ete formes par la voie humide ; mais les eaux ont pu avoir, alors une chaleur plus ou moins intense. M. r Patrin a dit des choses curieuses sur la formation des montagnes. Selon lui , le globe terrestre est tin etre vivant et organise; les mon- tagnes primitives sont « des excroissances pro- » duites par cette etincelle de vie, qui ne s'eteint » jamais , qui est inherente a la matiere et qui la » fait tend re sans cesse a Torganisalion » , o\\ plutot ce sont, pour la Tene « des cspeces d'or- V games qui lui servent au me me usage que les » trachees dans les animatix et les vegetaux; car, » ajoute-t-il, ce serait msuUer a U sagesse de la *44 apercl's » nature, que de supposer que, tanclls quelle » organise avcc tant d'appareil les plus misera- » bles insectes, elle permit que les astres eux-» » memes ne fussent que des masses de matiereS •» inertes et destitutes d'organisation. » II existe done dans le globe terrestre une sorte de vie ; il s'etablit, dans les couches qui forment son ecorce, une circulation de divers fluides; l'eau, entrained avec ces fluides, y a ete decomposec comme elle 1'est dans les trachees des plantes par la vegeta- tion ; et ses elemens, combines avec les autres fluides, ont produit, en s'assimilant aux substan- ces terreuses , d'abondantes matieres calcaires qui , venant a s'echapper a travers les pores des montagnes primitives, ont forme toutes ces roches calcaires dont nous cherchons longinc. Nouw Diet, dhist. nat. art. Geol. Cestui dire , quil faut desormais ranger le globe terrestre ou dans le regne vegetal ou dans le regne animal, point sur lequel l'auteur nous laisse indecis; il faut le regarder , par exemple , comme un enorme tu- bercule, ou une monstrueuse baleine ; les mon- tagnes primitives sont des excroissances , ou , si vous voulez, des especes de vermes dispersees sur l'epiderme de cet animal, sur lequel Thomme a son domicile; les matieres calcaires sont comme un exces de bile dont son estomac s'est debarrasse dans un moment de malaise. Vraimcnt , si un moine du temps de Charlemagne avait dit des GEOLOGIQUES. 1 43 ethoses aussi savantes , son siecle aurait pcut-etrc ete appele le siecle des lumieres. Le menie M. Patrin , M. de la Metherie , et plusieurs attires geologues , ont suppose que les eaux de la mer couvraient jadis les montagnes les plus elevees \ qu'elles ont eprouve de tout temps et qu'elles eprouvcnt encore aujourd'bui une diniinulion graduelle et insensible , et que nos montagnes secondaires ont ete formees dans son sein ou sur ses bords , a mesitre que sa re- traite s'operait. Patrin , ibid; de la M 'ether ie , Legons de Geologic Or, i .° ces geologues reconnaissent done que les eaux de la mer ont autrefois reconvert les mon- tagnes les plus elevees ; en cela ils sont d'accord avec Moi'se : nous prenons acte de cet aveu ; il n'y aura plus de different que sur la maniere doht la retraite des eaux s'est opeiee. Quant a la diminution insensible dont ils parlent, clle est destitute de toute preuve. « On a bicn sou- » tenu , dit M. Cuvier, que la mer eprouve une » diminution generale et que Ton en a fait l'ol.' » servalion dans quelques lieux des bords de la » Ballique ; mais quelle que soit la cause de » ccttc apparence , il est certain qu'on n'a rien » observe de semblable sur nos cotes , et qu il » n'y a point en dabaissement general des eaux; » les plus aneiens ports de mer ont encore leimi » quais et tous leurs ouvrages a. la mcme ban- l46 ArERCUS » teur au-dessus du niveau de la raer qu a l'e'po- » que de leur construction. » Recherch. sur les Oss. foss. Disc, prelim. 2. On a fait aux partisans de ce sVsteme une petite difficulte qui ne les a pas long-temps em- barrasses. On leur a dit : Si tout le globe a ete jadis sous les eaux , il fut done un temps ou il n'y avait sur la terre ni vegetaux ni animaux ; comment expliquez-vous leur origine ? M. de la Metherie s'est charge de re'pondre; il a traite la question avec une profondeur comparable a celle de M. Patrin. « C'est, dit-il, dans ces instans » ou une partie des terrains primitifs fut decou- » verte par les eaux, que nous pouvons supposer » la formation des etres organises. Comment ces » vegetaux et ces animaux ont-ils etc produits ? » C'est , sans doute , ajoute-t-il , une des ques- » tions les plus difficiles de la physique. » 11 a quclque peu raison. Des hommes d'une capacite ordinaire se seraient bonnement contentes de repondre avec le Catechisme : Qui nous a crees et mis au monde ? c'est Dieu. Mais, pour un sa- vant, ce n'est pas la une autorite a citer. L'origme du genre humain n'est pas telle que le vulgaire pense : elle a quelque chose de plus phjloso- phique. temps , dit M. Cuvier , pouvoir expliquer par » les causes aotuelles les revolutions anterieu- » res; mais malheureusement il n'en est pas » ainsi ; le fil des operations est rompu , la » marche de la nature est changee , et aucun » des agens quelle emploie aujourd'hui ne ltti » aurait suffi pour produire ses anciens ouvra- » ges. » Recherches sur Les Oss. foss. Disc. prelim. a. La cause qui a forme les roehes calcaires n'a pas toujours existe ; elle n'existe plus de temps immemorial. On ne pent done lui attribuer qu'une durec temporaire. Elle n'exislait pas dans le temps on furcnt formees les montagnes pri- mitives , ni memo dans le temps ou furent for- mees les roehes de transition de la Tarentaise et de la Maurienne , puisqu'on n'y trouve nulle part des couches de chaux carhonatee compacte , analogues a celles du bassin de Chamhery .Elle n'existe plus aujourd'hui : les envoyes de la Geo- gnosie ont pareouru le globe en allant d'une pierrc a 1 autre ; ils ont tout explore , et nulle part ils n'ont surpris la nature oecupee a former line couche de caleaire eomparte. Elle a done cesse den former , et par consequent on ne pent attribuer la formation de celui qui cxiste qua une revolution dune duree limitee. 5.° L'inclinaison constante des couches an le- vant confirme eclte assertion. En elfet, quelle I 5o APERCUS est 1'origine de cette inclinaison ? Sans doute elle ne depend pas exclusivement de la configu- ration primitive du sol. Si cela etait , elles se- raient plutot inclinees an couehant , dans le meme sens qne le versant occidental des Alpes. Ont-elles done recu cette situation immediate- ment de la cause qui les a produites , ou faut-il supposer qu'elles ont ete formees dans une posi- tion horizontale et inclinees ensuite ? II existe quelques raisons pour et contre. En effet , il pa- rait, d'apres les observations locales que, depuis v le Pont-de-Beauvoisin jusqu'a l'Hopital , toutes les couches sont engagees les unes sous les au- tres par leur extremite inferieure , sur une lon- gueur d'environ quinze lieues. Pour s'en assurer completement , il faudrait enlever partout la terre qui les recouvre , ce qui serait quelque peu jnal aise ; mais , a en juger par ce qui est a decouvert , cette assertion est assez probable. Or, cela suppose , si elles ont ete jadis horizon- tales , on peut , par l'imagination , les remettre en place , et se faire ainsi une idee de leur an- eienne situation : mais alors toutes ces couches se trouveraient comme empilees les vines sur les . autres , en sorte que la premiere , prise au Pont- de-Beauvoisin , formerait la base , et la derniere, prise a l'Hopital , occuperait le sommet de cette pile. On aurait ainsi une chaine de montagnes en forme de mux, dune largeurpeu considerable GEOLOGIQUES. l5l ct J'une hauteur demesure'e. Le pen de vraisem- blance que presents cette bvpotbese porterait a croire que les couches ont toujours ete inclinees comme elles le sont aujourd'hui. D'un autre cote, la presence constante de coquillages marins , et l'absence de tout debris d'animaux terrestres dans ces roches calcaires , prouvent qua l'epoque ou elles ont ete forme'es , ce bassin se trouvait ou depuis long-temps , ou momentanement , plong£ sous les eaux de la mer. L'etendue des memes couches , 1'uniformite de leur epaisseur , leurs deux surfaces presque toujours planes et unies , portent a croire que ces couches ont du etre d'abord deposees dans une situation horizontale , et qu'une eau peu agitee a pu seule les nivelcr d'une maniere aussi reguliere. Mais quelque sen- timent qu'on adople sur ce point , l'inclinaison des couches calcaires , telle quelle existe au- jourd'hui , nous fournira toujours la preuve cer- taine d'une grande catastrophe. Preferez-vous la premiere opinion ? on vous dira avec raison que la mer , dans son etat ordinaire , ne peut former que des depots a couches a peu pres ho- rizontales , et que des bancs dune inclinaison aussi irreguliere , d'une inclinaison de So^ou 4o ° , tela qu'on les voit a Merande , a la Biollc ct a Hautecombe , ne peuvcnt etre attribues qu a des eaux agitees parleft'cLde la plus violcnte ca- tastrophe. Supposez-vous que les couches ont etc 1 52 APERCUS formees horizontalement et inelinees ensuite , ce qui est le sentiment de M. Cuvier et de la plupartdes geognostes ? II est encore plus incon- testable alors qu'une immense revolution a pu seule produire un aussi grand ^enversement. Enfin , ajoutera-t-on , dans toutes les hypotheses, on est oblige d'avouer que le bassin de Cham- Jjery a ete une fois totalement recouvert par les eaux de la mer ; que Ton explique ce phenomene au moyen ou dim grand debordement de l'Ocean, ou dun soulevement du sol , on est ton jours egalemcnt force de recourir a. une catastrophe. §. V. — Degradations ties roches calcaires. Lorsqu'en allant de Chambery a Aix , on exa- mine a la colline de Lemenc et a la chaine du INivolet , la cassure nette que presentent les cou- ches calcaires de ce cote , on ne peut s'empecher de penser qu'elles ne se soient autrefois etcndues teaucoup plus loin , et qu'une cause violente n'ait cmporte ce qui y manque. Si du sommct de la colline de Saint-Louis-du-Mont , on eonsidere avec attention les roches du INivolet , de Chaflar- don , dc la Thuilc et de Granier , a la vue de ces restes empiles d'anciennes couches suspen- dues de part et d'autre a une hauteur correspon- dante , on ne doute plus qu'un immense eou> rant n'ait produit autrefois la vallec qui les separe. GEOLOGIQUES. 1 53 Si Ion examine de meme toutes les aittres parties de ce bassin , on verra que partout les roches caleaires n'oflrent a l'ceil que des mines et les restes dune grande excavation ; souvent mcme on pourrait evalucr, poiir ainsi dire , a la toise , la quantite de matiere enlevee , et se representer quel etait l'etat du Lassin avant cette catastrophe. C'est ainsi que, lorsqu'on examine les mines d'un vieux palais , limagination supple'e a ce qui manque et rappelle ce quil a ete. Ces excavations paraissent avoir ete faites peu apres la formation des couches caleaires, avant leur consolidation : un immense courant vint creuser de larges et profonds sillons dans cette matiere encore pateuse et mal durcie , il la de- laya , la roula dans ses flots , et alia en former de nouveaux depots a des distances plus ou moins considerables. Deux raisons prouvent incontesta- blement que ces excavations n'ont pas ete ope- rees exclusivement par les eaux du bassin de Chambery. i .° Toutes les eaux de ce bassin vont se reunir dans le lac du Bourget avant de passer dans le Rhone ; si elles avaient charrie elles- memes peu a peu tout ce qui manque aux cou- ches caleaires de nos environs , elles auraient rempli cent fois le bassin du lac ; il n'y a qu'un torrent dun volume immense , d'une rapidite extreme , qui ait pu transporter tant de debris aa-dela de cette cavite suns la combler. 2. Le *54 APERCUS meme courant qui a produit des excavations dans ce bassin , y a importe de dehors , comme on le dira ci-apres , les materiaux du gres ct tous les cailloux rouJes primitifs qui s'y trouvent ; il venait done de dehors lui-mome , et il n'a pu y penetrer qu'en franchissant ses bords. $• VI. — Dans quel temps s'est operee Vexca- vation du bassin de Chambery. La date de cette revolution ne peut pas etre tres-ancienne. En effet , i .° on sait que l'Aisse forme un depot a Ten tree du lac du Bourget ; ce depot s'augmente chaque jour, et cependant il n'en a encore envahi qu'tine partie bien peu con- siderable ; il n'y a done pas tres-long-temps qu'il est commence. 2. On rencontre dans le lignite de Sonnaz et de Servolex , des troncs de bois par- xaitement conserves ; l'ecorce en est quelquefois tres-reconnaissable , le tissu fibreux n'est point altere; on y trouve des elytres d'insectes coleop- teres noires ou vertes , ainsi que les feuilles dune cspece de jonc encore bien caracterisees , et des graines , les unes petites et arrondies , les autres un peu plus grandes et applaties. Or il me sem- ble qu'on ne pent , sans choquer toutes les vrai- semblances, donner a ces divers objets une anti- quite plus grande que de qnatre ou cinqmilleans; et pourtant ils sont assurement contemporains GEOLOGIQtES. 1 55 de la derniere catastrophe operee dans ce bassin. 5.° La colline de Saint-Louis-du-Mont presente a l'Ouest , depuis la Croix-Rouge jusqu'a Saint- Saturnin , nn escarpement vertical sujet a des degradations eontinuelles. Ces eboulemens jour- naliers s'accumulent an pied de la montagne et y forment un plan incline , qui s'elcve peu a pen en recouvrant la base de l'escarpement. Or, si Ton eonsidere attentivement combien ce travail est encore peu avance , combien ce plan incline renferme encore peu de materiaux , on en con- clura avec certitude que letat present de ce bas- sin n'est pas tres-ancien. On pent faire la meme observation a la montagne de Cliaffardon , ainsi qua l'escarpement de la cbaine du Nivolet , de- puis Saint-Saturnin jusqu'au Montcel. II viendra un temps ou toutes les roches de ce bassin ne presenteront plus que des collines arrondies et recouvertes par la culture. 4-° En faisant une excursion hors du bassin de Cbambery , on trouverait la confirmation de cette preuve dans les atterrissemens de la Mau- rienne. Cette province est fort etroite dans toute sa longueur ; la riviere d'Arc y coule entre deux versans tres-inclines ; de distance en distance , ces versans ont ete profondcment sillone's par 1 eau des torrcns ; ce qui a ete enleve sur le haut des montagnes a ete depose en partie au bord de la riviere. Aussi remarque-t-on auc , presque l56 APERCUS partout , les bourgs et villages y ont e'te batis sur ces alluvions. Les torrens qui promenent leurs lits sur la surface de ces depots , continuent a les augmenter en y ajoutant successivement de nouvelles couches. Or, si dans toules ces locali- tes on examine attentivement la cause et l'eflfet, on demeurera convaincu que la formation de tons ces atterrissemens a commence simultanement , et que cette epoque ne peut pas etie fort an- cienne. On pourrait generaliser ces observations : par- tout en effet les agens actuels travaillent a nive- ler la surface de la terre. Si le monde etait aussi ancien que certains philosophies ont voulu le faire croire , et s'il n'avait jamais eprouve de re- volution , le nivellement serait acheve : « Non , » disait Dolomieu , cette tendance constante au » nivellement , qui a encore si peuapplani , ces » agens de decomposition toujours actifs , qui » ont si peu detruit , ces eaux charriant sans » cesse , qui ont si peu porte , ne sauraient pre- » senter a ma raison l'idee d'une anciennete in- » commensurable pour le moment ou leur ac- » tion a commence. » Journ. dePhys. torn. 42 pag. 108. « Je pense done , avec MM. De Luc » et Dolomieu , dit aussi M. Cuvier , qne , s'il » y a quelqne chose de constate en geologie , » e'est qne la surface de noire globe a ete vic- » time dune grande et subite revolution , dont GEOLOGIQUES. 1 5j » la date ne pent remonter beaucoup au- deist » de cinq ou six mille ans ; que c'est depuis » cette revolution , que le petit nombre cles in- » dividus epargnes par elle se sont repandns et » propages sur les terrains nouvellement misa » sec. » Rech. sur les Oss. fuss. Disc, prelim. CHAPITRE II. DU GRES. 5- I. er — Son gissement et sa nature. Le bassin de Chambery rcnferme line lisiere de gres assez considerable ; clle s'etend depuis Saint-Jean-de-Couz jusqu'au lac du Bourget , et forme le sol sur lequel se trouvent les communes de Saint-Jean et de Saint-Thibaut-de-Couz , de Vimines, de Saint-Sulpice, de Cognin, de Bissy, de la Motte et du Bourget. Cette lisiere se pro- longe ensuite dans la Chautagne et dans la val- lee de Rumilly. Mais on n'en trouve aucune trace entre Chambery et Montnaelian , ni dans les pro- vinces de Maurienne, de Haute-Savoie et de Ta- rentaise. Ce gres est depose par Couches de im a trois pieds d'epaisseitr ; elles sont horizontals ou inclinees dans le memo sens que le sol sur le- quel elles reposent : elles sont cependant , en quelqucs cndroils , dans un etat de deiordre to- I 53 APERCUS tal ; on en voit au torrent de Foresan , ' dont 1& situation est p res que verticale. Faut-il regarder ce gres comme un depot chi- mique , ou comme un depot mecanique ? c'est-a- dire , les molecules qui le composent ont - elles ete formees en place , par voie de cristallisation , ou doit-on les regarder comme des grains roules et agglutines par un ciment calcaire ? Dans la plus grande partie des couches, ces particules sont si tenues, si peu sensibles, qu'en les exa- minant, on serait porte a adopter le premier sentiment; mais une observation plus attentive ramene au second. En eflet , dans le gres le plus fin, on distingue a la loupe des grains verts, rouges ou noirs. Vers l'extremite des couches, les grains grossissent insensiblement et finissent par etre comme des noix, en sorte que Ton passe imperceptiblement du gres au poudingue. Or, dans ce poudingue , il est evident que tous les fragmens sont roules ; ce qui prouve que les particules de gres le sont aussi. On reconnait egalement , a l'inspection de ces fragmens, que les materiaux de notre gres et ceux du poudingue, qui n'en est qu'un accessoire, sont le quartz, le jaspe rouge, le jaspe vert, le jaspe rubane, le jaspe noir, le porphyre , le talc et la serpentine, meles avec quelques varietes de granit. On trouve assez souvent, dans ce gres, des glossopetrcs ou dents de squalus; on en a recueilli plus de GEOLOGIQUES.' l5g soixante au torrent de Foresan , dans Tespace de quelques pieds; les pins longs etaient de i5 milli- metres. 5- H. — Origine du gres du bassin de Chamber y . i.° La formation du gres dans le bassin de Chambery est posterieure a celle du ealcaire coquiller , puisqu'il lui est superpose \ il parait cependant que ces deux phenomenes se sont sums de pres, et meme que la fin de Fun a coincide avec le commencement de l'autre; car aux Deserts j pres de l'eglise, il y a allernance (i) de couches; a Vimines, on trouve une roche rou- geatre, qui est a moitie gres et a moitie ealcaire; ensuite le ciment ealcaire, qui lie entr'eux les materiaux du gres , indique qu'au moment de la formation, les caux tenaient encore en dissolution les restes de la substance dont sont formees les couches calcaires. 2." Le bassin de Chamberv est reconvert et comme tapisse dans toute son etendue par le ealcaire coquiller; je n'ai trouve que dans un seul endcoit, en-dessous de Saint -Baldoph , un rocher de micaschiste, qui apparait a fleur de (i) Altcrnance , expression employee et consacree par M. dc Humbolt. iGo APERCI1S terre. II est done evident que tous les msterlaits de notre gres ont ete pris en dehors de re bassin. L'extreme tenuite du grain semble prouver que ces materiaux viennenl de fort loin. 5.°L'etendue et lepaisseur uniformedesmemes couches, la presence, dans ces couches , de glos- sopetres et de coquillages raarins , lenr alter- nance, en quelques endroits, avec la chaux ear- bonatee, semhlent prouver suffisamnient que les materiaux du gres ont ete charries et de'poses dans ce bassin par des courans d'eau de mer. 4-° On distingue en Savoie des vallees trans- versales et des vallees longitudinales ; les pre- mieres sont perpendiculaires a la chaine des Alpes : ce sont celles de la Maurienne, de la Tarenlaise et du Faucigny. Les secondes sont paialleles k cette meme chaine. Or il parait incontestable que les materiaux du gres ont ete importes dans ce bassin du Nord au Sud , par les vallees longi- tudinales, et non par les vallees transversales ; car, i.° les materiaux du gres et du poudingue qui forme Comme la bordure de ses couches, ne se trouvent ni en Maurienne ni en Tarentaise ; ils sont pour la plupart etrangers aux Alpes de la Savoie ; ils nous viennent done d'ailleurs (i) ; (i) Ces materiaux paraissent analogues aux cailloux roule's, dont se compose la colline de Turin, au moins dans les environs de Supcrga. GEOLOGIQtES. t6l 2.° toutes les vallees longiludinales d'ici a Ge- neve ont leur fond rempli de cette meme espece de gres, tandis qu'oti n'en decouvrc aucune trace dans les vallees transversales. 11 faut conclure de ces observations qne le gres de nos environs a ete forme immediatement apres les roches caleaires , que cette partie de la Savbie etait alors recouverte par les eaux de la mer, que les materiaux de ce gres ont ete pais en dehors de ce bassin et y ont ete introduits par des cou- rans diriges du Nord au Sud ; il faut en conclure enfln que cette formation est due non aux agens actuels , mais a ime cause qui n'existe plus. 5- III. — Gres blanc de Plein-Palais. Il existe au village de Plein-Palais, commune des Deserts , une lisiere de gres blanc qui parait se prolonger plus au loin du cote des Beauges. 11 se trouve a environ 1200 metres au-dessus du niveau de la mer; il est si friable , qu'il faudrait plutot le regarder comme un sable quai tzeux , durci par la pression , que comme un veritable gres : il ne fait point effervescence avec les aci- des ; lous ses grains sontblancs , quartzeux, sans melange de corps etrangers , et d'une tennite si uniforme , qu'on ne pent discerner nulle part , meme avec la loupe , s'ils sont roules on a angles vifb. Cepcndant , a quclquc distance de la, on ex- 1 62 APERCUS trait dans les champs un gres plus dur et moins blanc , dans lequel on trouve frequemment des empreintes de terebratules. S'il est difficile d'ex- pliquer la formation de ce gres , il est au moins Lien certain qu'on ne peut aucunement l'attri- buer a Taction des agens actuels. CHAPITRE III. DES CAILLOUX ROULES. Le bassin de Chambery est recouvert , dans tonte son elendne , d'une conche de cailloux rotdes primitifs. Les ehemins de traverse en sont remplis , parce qu'on les y jette des champs voi- sins ; toutes les rues de la ville en sont pavees ; ils recouvrent tonte la lisiere de gres. S'ils sont plus rares au sommet des collines , ils sont pro- portionnellement plus abondans dans les vallees voisines. On en trouve jusqu'au sommet de la montagne d'Epines ; ils sont meme plus com- mims et plus volumineuxqu'ailleurs a Saint-Jean- d'Arvey et a Thoiiy. Depuis TEglise des Deserts jusqu'a la dent du Nivolet , ils disparaissent pres- qu'entierement ; on n'en trouve aucun aux Abi- mes de Myans , la montagne ecroulee les a re- converts. G?s cailloux roules sont surtout amonceles en tres-gtandc quantite dans le fond de la vallee , de- GEOLOGIQUES. l63 puis Chambery jusqu'au Bourgct. Ce n'cst plus ici une couchc legere deposee a la surface du sol , c'est une serie de collincs , qui en sent presqu'exclusivement formees. 11 en est de deux ou trois pieds de diametre. Quartz , sienite , gra- nite , diabase , amphibole ; telles sont les subs- tances que Ion y rencontre plus communement. En quelques endroits , ces cailloux roules sont lies par un ciment calcaire et forment ainsi un vrai poudingue ; mais ce poudingue ne pent pas etre confondu avec celui qui accompagne le gres, parce que les fragmens en sont d'une nature to- talement diffe rente. Puisque tous les environs de Chambery sont une region calcaire , les cailloux roules qui s'y trouvent ont done ete pris en dehors de ce bas- sin ; puisque tous leurs angles sont abattus par le frottement , ils n'ont pu y etre introduits que par les eaux ; puisque la quantite en est si consi- derable , et qu ils sont repandus dans toute l'e- tendue du bassin , depuis le coteau de Thoiry jusqu'a la niontagne d'Epines , ils y ont done ete charries par un courant dun volume d'eau ,assez grand pour remplir a la fois toute la vallee. Preuve incontestable que ce bassin a eprouve ja- |dis une violente revolution. Les cailloux roules du bassin de Chambery , riennent-ils des vallecs voisines de la Maurienne ct de la Tarentaise ? Cela n'est pas probable ; il 1 64 ArERCUS parait que la plus grande partie au raoins ont- ete transported de plus loin. Car , dans ces deux vallees , les roches ordinaires sont le calcaire grenu , le gypse , et de nombreuses varietes de schistes ; le sol n'y est pas generalement recon- vert de cailloux roules comme dans nos environs; on n en trouve communement que dans les tor- rens et les livieres , et la encore ils n'ont que peu d'analogie avec ceux de ce bassin ; le quartz n'y est pas aussi abondant; le granite blanc a mica noir et la sienite, si communs par ici , ne s'y trouvent presque pas (i). Cela etant ainsi , il devient difficile de conjecturer si nos cailloux roules ont ete introduits dans le bassin de Cham- bei v par les vallees longitudinales ou par les val- lees transversales. On distingue, done trois pbenomenes geologi- ques principalis dans ce bassin : la formation des rocbes calcaires, celle du gres , qui semble l'avoir sniyi.e immediatement, et l'introduction des cail- loux roules primitifs. Les deux premiers pheno- (i) Aux environs de Cbambe'ry , d'apres une moyeune- tie plusieurs observations , les cailloux roules primitifs ont ete trouves dans les proportions suivantes : Quartz 49 Granite 5i Sienite ou granitelle deDe Saussure. 12. Especes diverses 8 100 GEOLOGIQUES. 1 65 menes paraissent avoir ete operes dans un temps ou nos environs elaient un fond de mer; mais il n'en est pas ainsi du troisieme : des cailloux dun poids si enorme n'auraient pu etre charries si loin par des courans sous-maiins ; et, ce qui est encore plus precis, les depots de lignite de Son- naz et de Servolex , tou jours places entre deux couches de cailloux roules ( i ) , les hois , les plantes , les graines , les restes d inseeles qui s y trouvent, labsenoe de tout coquillage marin dans ces memes endroits : tout eela prouve que les eaux dc la mer ne recouvraient plus nos environs, lorsque cette derniere revolution s'est opere'e. Au total , il nous parait completement de- (i) Le lignite de Sonnaz vient d'etre rends eu exploi- tation; on a pe'ne'tre' dans la couche par plusieurs galeries souterraines dont l'e'tenilue actuelle est de quarante a cin- quante pas. Cette couche est entierement horizontale et d'une e'paisseur a peu pres uniforme d'environ dix pieds. On ue peut encore coujecturer jusqu'ou elle se prolongc sous la colline , qui pre'sente en ce moment au-dessus d'elle une e'paisseur de cinquante ou soixante pieds de terre, tie sable et de cailloux roules priinitifs. Quoique l'on rencontre souvent dans ce lignite des troncs ou des branches d'arbres toujours situes horizontaleuient et tres- applatis par la prcssion qu'ils out eprouve'e, cependant la masse principale parait etre produile par I'cntassement d'une immense quantite* d'une seule et mime feuille. Cette leudle est ensil'orme , large de six on huit lignes et longue d'uu a deux pieds. i 66 Apercus montre , par l'ensemble des observations preee"- dontes , que Vetat present du bassin de Cham- berj ne peut pas etre attribue exclusivement a I action lente et progressive des causes or- dinaires , et qn'on ne peut absolument l'expli- quer qu'au moyen dune ou de plnsieurs catastro- phes , dont I'epoque ne peut pas etre tres-an- cienne. II est vrai que des faits observes dans cette province ne demontrent directement qu'une revolution locale : je ne veux pas donner «\ mes preuves plus de I endue qu'elles n'en ont en effet; je n'ai eu en vue que de verifier, sur un point, des observations faites par les naturalistes pres- que partout ou il existe des monlagnes secon- daires ou des terrains de transport, et. confirmer, pour le bassin de Chambery en particulier , les conclusions geologiques que MM. Guvier, Deluc et Dolomieu ont appliquees a toute la surface du globe , a la suite de leurs savantes etudes et de leurs immenses recherches. Si Ton voulait traiter la meme question sous dautres points de vue , on aurait encore ici deux grandes preuves a developper : la premiere con- sisterait a rassembler les traditions eparses chez tons les peoples, nit'iue chez les anciens habitans de l'Amerique , sur l'existence et I'epoque d'un deluge universel: et la seconde, a montrer qu'en remontant le long des siecles, on reconnait que, chez toutes les nations de la terre, au-dela de 4 GEOLOGTQUES. 1 67 on 5,000 ans d'antiquite , le flambeau de lhis- toirc s'eteint completement. Sans cntrer dans dc plus grands details, je tcrminerai en cilant a ce snjet un passage de M. Cuvier : « En exami- » nantbien, dit-il, ce qui s'est passe a la surface » du globe, depuis quelle a c'te mise a sec pour » la derniere fois, Ion voit claiiement que cette » derniere revolution , et par consequent l'eta- » blissement de nos societes actuelles ne peuvent » pas etre tres-aneicns ; c'est un des resultats a » la fois les mieux prouves et les moins atlendus » de la saine geologic. » Brche-rch. sur les Oss. foss. Disc. prel. p. 68. « Ton jours voyons- » nous, dit-il ailleurs, que partout la nature nous » tient le niemc langage , partout elle nous dit que » lordre actuel des choses ne remonte pas tres- » haut; et, ce qui est bien remarquable, partout » l'homme nous parle comme la nature, soit que » nous consultions les vraies traditions des pevi- » pies, soit que nous examinions leur etat moral » et politique, et le developpement intellectucl » qu'ils avaient alteint au moment oil commen- » cent leurs mono mens his tori qnes. » En effet, la chronologic d'aucun de nos pen. » pies d Occident nc remonte, parun fil coulinu, « a plus dc 5,ooo ans; aueun deux ne pent nou s » offrir avan t cette epoque 11110 suite de faits lies » ensemble avec quelque vraiscmblance. Le nord » dc TEuropc n'a d'histoire que depuis sa con- G8 APEKCITS version au christianisme ; l'histoire de l'Espa- gne , de la Gaule , de l'Angleterre , ne date que des conquetes des Romains ; celle de l'ltalie septentrionale , avant la fondation de Rome, est aujourd'hui a peu pres inconnue : les Grecs avouent ne posseder l'art d'ecrire que depuis que les Pheniciens le leur ont enseigne, il y a 55 on 54 siecles. Nous n'avons de l'his- toire de l'Asie occidentale que quelques extraits contradietoires , qui ne vont , avec un peu de suite, qua 25 siecles. Un seul peuple nous a conserve des annales ecrites en prose avant lepoque de Cyrus , c'est le peuple Juif. On ne peut aucunement douter que le Pentaleu- que ne soit l'ecrit le plus ancien dont notre Occident soit en possession. Or cet ouvrage , et tons ceux qui ont ete faits depuis , quel- qu'etrangers que leurs auteurs fussent a Moi'se et a son peuple , nous presentent les nations des bords de la Mediterranee comme nouvelles; ils nous les demontrent encore demi-sauvages quelques siecles auparavant; bien plus, ils nous parlent tons d'une catastrophe generale , d'nne irruption des eaux qui occasionna une regene- ration presque tolale du genre humain, et ils n'en font pas remonter lepoque a un intervalle bien eloigne. » « Le Chouking est le plus ancien livre des Chinois ; on assure qu'il fut redige par Confa- GEOLOGIQUES. 169 » clus, il y a environ 2,25o ans; or ce livre, le » plus authentique cle la Chine, commence lhis- » toire de ce pays par un Emperenr nomme Yao, » quil nous represente occupe a faire ecouler les » eaux, qui s'etant elevees jusquau del y bai- » gnaient encore le pied des plus hautes » montagnes , cowraient les collines moins » elevees el rendaient les plaines impratica- » bles. Cct Yaodate, selon les uns , de 4> J 58; » selon les autres, de 0,958 ans avant le temps » actuel. » « Nous nc demandons pas des dates precises » aux Amcricains , qui n'avaient point de veri- » table ecriture, et dont les plus anciennes tra- » ditions ne remontaient qu'a quelques siecles » avant larrivee des Espagnols ; et cependant » Ion croit encore apercevoir des traces d'un » deluge dans leurs grossiers hieroglyphes ; ils » ont leur Noe on leur Deucalion , comme les >> Indiens , comme les Babyloniens , comme les » Grecs. Est-il possible que ce soit un simple » hasard , qui donne un resultat aiissi frappant, i> et qui fasse remonter a 4° siecles l'origine » traditionnelle des monarchies assyrienne, in- » dienne et chinoise? Les idees de peuples, qui » ont eu si pen de rapport ensemble , dont la >> langue, la religion, les lois, n'ont rien de com- » mun, s'accorderaient-clles sur ce point si elles » n'avaient la verite pour base ? » Ibid, page io4- MEMOIRE SUR La nature et la signification de Vexpression analjtique generate -; par M. G.-M. RAY- MOND, Secretaire Perpetuel de la Societe ; (Lu dans la seance tin 4 juillct 1824.) i^iH =£)Oro< — — I. Ol Ion suppose tine quantite constante a divisee par tine variable x } et que celle-ci soit assujetie a tine diminution successive, le quo- tient represente par - croitra indefiniment en proportion du decroisscment du denominateur. Si la variable x, en vertu de son decroisscment progressif et par 1'efFet de la loi de continuity , devient moindre que toute quantite assignable, la valcur du quotient _ sera superieure a toute x grandeur quelconque; si done Ion suppose enfin x — o 3 l'expression _ representera un quotient plus grand que toute quantite possible, e'est-a- dire, un quotient infini. L'expression trigonometrique de la tangent© r sin. a dun angle a, est : tang, a — cos«. MEMOIRE D 'ANALYSE. 17I A mesure que Tangle a augmcnte, en le stip- posant moindre que Tangle droit, le cosinus diminue et la tangente augmente de plus en plus. Si Tangle devient droit, le cosinus s'eva- nouit, on a : cos. « = 0, d'ou rsin. a lang.cr = cette tangente est infinie. De ces exemples et d'autres cas analogues , on a cru pouvoir conclure que Texpression - elait le symbole de Vinfini; mais cette interpretation, quoique la plus generalement admise , n'a pas laisse d'etre quelquefois conteste'e. 2. On sait que Tun des caracteres essentiels d'une definition rigoureusement juste est d'em- Lrasser la chose definie toute entiere, et de pou- voir s'appliquer avec la meme justesse a. toutes les cirr.onstanccs qui peuvent se presenter. En consequence , si Tinterpretation la plus generate donnee a Texpression - est exacte , il faut quelle convienne a cette expression dans tons les cas oil elle se presentcra, c'est-a-dire, que la valcur de la quantite representee par - puisse ton jours s'expliquer par Vinfini. 3. Soient deux hyperboles c.oncentriques , dont les axes coinrident respectivcinent, et dans lcs- quelles Torigine des coordonnees soit rapporlee 172 MEMOIRE au centre commun dcs deux courbes. Ces deux hyperboles auront respectivementpour equations: Dans le cas ou ces hyperboles se conperont y la combinaison de leurs equations donnera, pour Jcs coordonnees des points communs aux deux courbes, x an! V/,% — 1,'1 bb } V » — a'» i . u. it \ w — b '» Va'J £» — B 2 i'» VVi b* — ai &'* Si Ies deux hyperboles sont semblables, ce qui sera exprime par cette condition: b b' a a' les coordonnees des points d'intersection devien- dront : , ad V~ b i b'i b b' V a j cc = 4- . » y ■= i o ~~ o Dans ce cas, les branches respectives des deux courbes seront. paralleles deux a deux; en conse- quence, elles ne se rencontreront nulle part, et Ion dira que les coordonnees des points de con- cours sont infinies. Mais si nous prenons les equations de deux ellipses egalement concentriques et dont les axes coincident de memc, ces equations seront : J— — a Va*—jc~, J—\L a , Y a —x> D*ANALYSE. 173 I'eTunination appliquee a ces deux equations con- siderees comme simultanees , donnera, pour les valeurs des coordonnecs communes, les expres- sions suivantes : , a a 1 v'41 _ i'l . b b' V '* — Vo'i b* -ui 6'» „ » y — -1- ___ Et si Ton suppose les deux ellipses parallcles , en posant, comme precedemnient : b b' a—'a' 1 on aura de menie . aaVbi — b'* bb 7 \! „>i _„* Or, peut-on dire, dans ce dernier cas, que les coordonnees des points de rencontre sont infi- nies ? 11 est evident que si Ion veut donner aux resultats analogues des deux circonstances que nous venous de eonsiderer, une interpretation qui convienne egalement a l'une et a lautre , il faut quelle soit thee de ce qu'ellcs ont de com- niun , et non de ce qui ne pent appartenir qua l'une d'clles. Le dernier exemple que nous ve- nous de donner, oil la definition generale ap- pliquee a l'exprcssion ~ se trouve en defaut, u semble prouver qu'il faut chercher a expliquer le sens de cette expression autrement que j>ar 174 MEMOIRfi linfini , sauf a admcttre la consideration de l'in- fini , commc un cas particulier, lorsque la nature de la question le comportera. J'ai soumis cette observation a un savant ana- lyste , qui l'a communique'e a d'autres geometres. Voici ce qu'il m'a d'abord repondu : « J'ai recu, » Monsieur, le dernier Memoire que vous avez » eu la bonte de m'envoyer, et je lai lu avec » beaucoup d'attention et d'interet. C'est la un » paradoxe fort singulier, qui n'a pas encore e'te » remarque, que je sache. Bien que je n'adopte » pas tout-a-fait vos principes sur la question qui » en est l'objet, comme tout ee qui appartient a » la metaphysique des sciences est susceptible S> d'etre conlroverse, je suis persuade que vos » reflexions seront accueillies , meme par les » geometres qui auront sur ce sujet un avis » different du votre. » En consequence de mon observation, on a tente de plusieurs manieres de resoudre la difficulte que je viens d'exposer. 4- On a rcpris d'abord le cas de la division , et Ton a dit que , pour expliquer la nature du quo- tient - , on peut se representer plusieurs per- sonnes qui passent tour-a-tour devant un vase sans y rien mettre ; si Ion demande combien de per- sonnesdoivent mettre zero dans le vase pour qu'il soit rempli, on verra que, quel que soit le nombre de ces personnes, le vase ne sera jamais plein , ©'ANALYSE. iy5 Ct qu'ainsi le nombre des personnes doit clic plus grand qu'aucun nombre donne. A cela j'ai repondu qu'il n'etait point exact de dire que, pour remplir le vase, il fallait un. nombre infini de personnes, puisqu'apres le pas- sage d'un nombre de personnes superieur a toute quanlite assignable , le vase n'en restait pas moins aussi completement vide qu'auparavant. Et en effet, dans une division dont le diviseur est zero , a defiuit d'un quotient qui termine l'ope'ration sans reste, rien n'indiquela necessited'augmenter la valeur de ce quotient, puisque, quelque grand on quelque petit, qu'il soit, on trouve toujours le meme reste. J'ai dit qu'il me paraissait conve- nable de distinguer ce cas de celui ou. un reste dependant dune variable diminuerait sans cesse en raison de ^'augmentation de la variable, sans pouvoir jamais s'evanonir completement, quelque degre d'accroissement que Ton put donner a cette variable. Dans ce dernier cas, il y a un progres en vertu duquel, sans jamais attoindre an but, on pent neanmoins en approchei 1 d'aussi pros que Ion vent, et ainsi Ton est averti que la variable doit sans cesse etre augmentee. J'ajoute a cela qu'en admcttant la valeur ill- ume du quotient exprime par-, dans le cas de la division, je pcnse que Ton pent encore en expliquer le sens dune manierc plus g<;ncrale , 1 76 MEMOIHE qui, sans exclure la consideration de l'infini , pent convenir a d'autres cas auxquels cette considera- tion ne serait pas applicable. 5. On a dit ensuile que l'expression Vo e'tait peut-etre susceptible de quatre valeurs dine rentes, a cause des deux signes que porte le signe radical du second degre, et de lakei-native des signes H- et — dont le zero pourrait etre affecte, cest-a- dire, que Ion aurait ces quatre valeurs : ■+■ VTZ, — VTo, ■+■ V^Z, — V— oi ce qui porterait a huit le nombre des valeurs de ac et de y qui expriment les coordonnees suppo- sees communes a deux ellipses concenlriques et semblables; valeurs dont quatre seraient rejetees comme infmies, et dont les quatre autres ima- ginaires resoudraient la difficulte dune maniere satisfaisante. J'ai fait plusieurs remarques sur cette explica- tion i.° J'ai fait observer qu'il etait douteux que Ton puisse attribuer le double signe a zero. Soit, en effet la quantite a — b , qui pent secrire -r (a — b) ou — (b — a ) ; or, si Ion fait, a — b , la premiere forme donnera ■+• o , et la seconde, — o; mais comme Ton a : r>' analyse: 177 il s'ensuivrait que Ion aurait: fos — o, ct qu'ainsi V — o ne serait pas imaginairc. Peut-etre ce resultat -for: — o est-il tres-juste, par la raison que le zero, qui est intermediate entre 1'ordre posilif et l'ordre negatif , ne doit pas plus appartenir a l'un qu'a. 1 autre j dont il est la limite commune, et qu'ainsi il n'aurait, a proprement parler, aucun signc necessaire. D'apres les observations ci-dessus et celles qui suivent sur le meme point, on a a peu pres abandonne l'idee d'attribuer deux valeurs differentes a ■+■ o et — o. Peut - on dire qu'en vertu de la loi de conti- nuite, une quantite qui s'evanouit conserve, dans son aneanlisscment, le signe quelle portait au- paravant ; et qu'alors une variable negative de- croissante se reduira a — o, tandis que +o serait la limite dune variable positive decroissante ? Cela me paraitrait sujet a contestation; car ce qu'on peut dire dun rapport constant entre deux variables, ne saurait peut-etre s'appliquer a l'etat changcant d'une seule quantite qui, a mesure quelle s'elevc ou quelle s'abaisse vers zero, mar- clic vers un terme on elle depouillera precisem'ent et necessairement le signe quelle aura porte jus- ques-la, pour en revetir un dirccteuient contraire. 1.3 :jS MEMOIRE 2. Admettons toutcfois que Ton puisse donner V^o a quatre des valeurs des cocrdonnees con- siderees coanne communes aux deux ellipses concentriqu.es et semblables , et que cette expres- sion V — u puisse etre considere'e comme imagi- naire. Supposons alors que dans les expiessions an V£i — i'i bb \ r a '- — it! x= = ~F=r- > J= E on fasse b ~ b' , en meinc temps que Ton a, par hypothese , ab' s &«', ce qui entraine la condi- tion a — a . Dans ce cas , ou les valeurs de oc et de j seront nulles , si Ion veut evaluer les frac- tions par leur numerateur seulement ; ou ces valeurs seront imaginaires , si Ion tient compte de l'influence du denominateur : deux resultats egalement absurdes, puisque les conditions a'zl a et b'zzb supposent la coincidence absolue des deux ellipses dans tous leurs points , et qu'on doit avoir, en consequence, cczz ±2., j- ± - (i). u 6. Un geometre distingue a era pouvoir re- (i) Dans la supposition dont il s'agit, on remarquera que les valeurs de x et de jr ne peuvent reeevoir la forme qu'elles doivent avoir, ° , qu'autant que Ton aura o V^o=o; ce qui prouverait a la fois que l'expression V— To ne serait point imaginaire, et que le zero est indiife-- j lint a lout sigue -f- ou — . d 'analyse. 179 soudre la difficulte dont il s'agit de la manic re suivante. Les coordonnees communes aux deux ellipses etant : ad x oi _ i'i b\> V„'i _ n i oc= ± .._ ■. , J — - / -= ■ ' V a 'i/,»_ „ij', Vo'iji-flii'i si Ion fait 'z= >.&, on aura: a Vxi 1 o v i — k * ' o ^ o Or, 1'une des deux quantites ). 2 — 1 et 1 — >-' etant necessairement negative , il s'ensuit que l'une des coordonnees est imaginaire , ce qui suffit , dit-on , pour sauver l'absurdite de la ren- contre des deux ellipses a une distance infinie de leur centre coramun. Sur quoi je fais les obser- vations qui suivent : 1° 11 ne faut pas toujours prononcer sur la nature d'un resullat. d'apres la forme qu'il a pu prendre en vertu de tel on tel artifice particulier employe a sa transformation. On sait , par exem- ple que , pour connaitre si l'expression - repre- sente reellementune quant ite indeterminee, il faut remonter a la fraction primitive d'ou elle derive, et de'pouiller celle-ci de tout facteur commun a ses deux tci-mes , dont l'eVanouissement a pu etre 1'efFet de la presence dun facteur nul. Mais vuici un escmplc plus dircctement relatif a la question qui nous occupc. l8o ME MOIRE Reprenant les expressions generales des coor- donnees communes a deux ellipses concentriques quelconques : oc — zl aa V /,2 i'i V'a'i £'- — a* i'i J= £ — J V a 'i £2 — a i i'i nous supposerons que les deux ellipses ne soient point semblables , et nous poserons , par exemple, a et b' > b. a Dans ce cas, les deux ellipses auront necessaire- ment quatre points d'intersection. Et cependant les numerateurs des expressions ci-dessus sont imaginaires, en vertu des conditions monies qui entrainent les intersections. Mais si Ton effectue les divisions indiquees, et que Ion change les signes haut et bas sous le signe radical , il vien- dra : x -±aa' \f *' 2 - ftl T y=±,bb' \fZEEZ valeurs reelles, en vertu des conditions a' i £1 V «'j f,i — a i f,'i d analyse. lS\ Or , si Ion fait maintenant , d zz >a et b' zz >•&, on trouvera : , a vV — i i & V ),» _ i o o valeurs qui excluent le raisonnement ci- dessus et la consequence qu'on a voulu en lirer. 2. Le raisonnement employe a regard des expr essions o o pour justifier le sens de l'infini attribue a l'ex- prcssion generate - pcut etre completemenl o retorque. Car si Ion pouvait argumenter d'une seule de ces valeurs, pour tirer vine consequence, nous dirions que si lime de ces valeurs est ima- ginaire , l'aulre , qui , dans ce cas , serait neces- sairement reelle et infinie , dans le systeme que je combats, reproduirait la difficulle tout entrcre d'une quantite infiniment grandc , incompatil)lc avec la nature de {'ellipse. On a encore allegue que les expressions des coordonnees comnmnes a deux ellipses concen- triqucs , sont les monies que celles qui sc rap- portent a deux hyperboles , et Ion a dit que drs-lors rien n'indiquait si ces coordonnees ap- parlenaicnl a lime plulot qua l'autrc de ces deux combes. 1 83 MEMOIRE Qnandle fait serait vrai, je ne vois pas ce que Ton pourrait en rondure pour resoudre la diffi- culte qui nous occupe. Si Ton pretendait que les expressions des coordonnees dont il s'agit dussent etre telles qu'elles puissent convenir a l'hyper- bole , je repondrais qu'elles devraient aussi con- venir a l'ellipse. Or, si la premiere peut admettre des coordonnees infinies , les limites de la se- conde nons obligent de les rejeter, et. la difficulte reparai trait de nouveau dans toute sa force. Mais cette reponse sans replique est nieme superflue , car il n'est pas vrai qu'il y ait identite d'expressions entrc les coordonnees des points communs a denx ellipses , et celles qui appar- liennent a deux hyperboles. On a en effet, pour les deux ellipses : X = ± , J=± Va'T bi _ B rjij vV* J 1 — nl'i et pour les deux hyperboles : , an' v'/,i _ i, y u — c Si les vitesses sont egales , le dernier voyageur n'atteindra jamais le premier; et , a cause de b=. c , il viendra : _i_ o b ■_ a c ac-±~, JT = ± o o Dira-t on que la rencontre aura lieu lorsque les d'analyse. i 87 deux courricrs auront parcouru un cspace infini? Mais ils n'auront jamais parcouru un cspace in- fini , et de plus, quelque grand que soit lc che- min qu'ils fassent, ils ne seront jamais plus pics l'un de l'autre. Rien n'avertit que , pour opercr lc rapprochement, il faille augmcnter de plus en plus la distance parcourue, comme il arrive dans les asymptotes des courbes, 011 l'accroissomcnt de l'abscisse diminue de plus en plus la distance qui separe les deux lignes. Interpreter les resul- tats ci-dessus par linfini , e'est donner une re- ponse qui n'a pas plus de sens que lorsqu'on (lit que le point de concours de deux lignes paral- leles est a une distance infinie. Car le prolonge- ment de deux lignes paralleles ne produit aucun rapprochement. Si Ton pretend, par rapport aux courricrs, comme a l'egard des lignes paralleles, qu'nne distance finie aupres d'un espace infini est comme nulle, ce raisonnement, en supposant la coinci- dence produite par l'infini, la suppose des-lors sur tons les points de la route, car l'infini ne detruit pas le parallelisme; et alors on devrait avoir un res ul tat de la forme 2. o Une reponsc plus juste et plus intelligible est tout si m piemen t dans lirnpqssibilite evidenle et absoLue de La question proposes, et les re- sultats ci-dessus sont la forme sous laquelle lana- lyse exprime cctte unpossibiiite. iS8 Memoire 9. En trigonometric, la tangente et la secante d'un angle a ayant respectivement pour formules generales : . , r sin. a , r * tang, a =2 ± , sec. a = ± cos. a cos. a dies deviennent de la forme, r sin. a r"- o ' o' lorsque Tangle a, est droit. Or, ces lignes sont infmies dans ce cas ., parce qu'elles sont parallcles entre dies, et qu'ainsi dies ne peuvent se ren- contrer nulle part. Soit un systeme de coovdonnees rectilignes , faisant entre dies un angle quelconqne repre- senle par (3; et soit uneoi esprit non prevenu et dc bonne foi, se dissipe pen a pen, a la luenr dn flambeau de 1 experience . mais il n'en est pas de meme pour le commun des bommes, meme pour beaucoup dc ceux dim rang eleve, qui, vonlant lout soumettre au rai- sonnement, se refusent a tout ce qui se trouve bors de ses elroiles limiles, sans penser que ce nest que sur des faits bien vus et bien observes que s'elcvc l'edifice des principes et des verites dans les sciences physiques et medieales. En eflet , toute la science de la vaccine se reduit aux fails suivans : Vaeciuer un enfant qui n'a pas en la pelite-verole , c est lui administrer un remede simple et innocent, dont les effets sen- sables et primitifs sont constammenl les memes, et suivent dune maniere reguliere la meme mar- cbe : Premier fait. Apres le corns des pheno- menes vaceins, voir les enfans a l'abri de la pelite-verole, soit par 1 inoculation , soit par J influence des epidemies de ce genre : Second fait. Si la vacine garantit de la pelite-verole, cette derniere, a son tour, rend 1 inoculation de la vaccine sans efiel. Ces deux principes , aussi inconnus l'un que l'autre, soit dans leur nature, soit dans leur maniere d'agir, otent a lhoniine la susceptibilite d'etre infeele par Tun, lorsqu'une wis il a etc aiteint par 1 autre : Troisieme fait. Ces fails, constates par une experience soutenuc, ne deviennent t ils pas des verites inebranlables 202 PRECIS HrSTORIQUE que vien ne saurait alterer? Le raisonnement au-dessus duquel elles se trouvent placees, et qui, par-la meme, ne saurait les atteindre, loin d'ajouter a Ieur force, nc peut que les affaiblir et les convertir en opinions on en hypotheses plus on moins probables. Cette maniere de raisonner sea la vaccine, sur des faits bien etablis, fut celle de tons les medecins, et en general des hommes instruits; e'est pour cela qu'en pen de temps ils apprirent tout ce qu'ils pouvaient appi^endre a son sujet; qu'ils se halt-rent partout de la pro- clamer comnie preservatif assure de la petite- verole, et qu'ils se servircnt, pour persuader, de la force de l'exemple , en l'inoculant a leurs pro- pres< enfans. Le peuple, avenglement soumis a l'empire de rhabitude, qui reflechit peu , qui se train e servilement sur le chemin qu'il trouve fraye , sans oser en devier; im*-.u d'ailleurs de J'erreur commune a la plupart des hommes de tous les rangs , savoir, que la petite-verole etait essentiellement lie'e a la nature humaine, que e'etait par elle quelle s'epurait des pretendus vices et humeurs du premier age ; qu'attachee a notre existence, nous devions necessairement en eprouver le cours tot ou tard; que e'etait enfin aller contre la volonte du Createur, que de cher- cher ;i s'en preserver; le peuple , dis-je , repous- sait avec d'autant plus de force le bienfait qu'on lui presentail , que quelques hommes places au- sur la vAccmi:. ?.o5 dessus de lui, faits pour le dinger, dignes d'ail- lcurs de sa confiance , partageaient la meinc erreur. A cctte ol)jection , sans d'autres fondemcns que l'ignorance la plus grossiere et Tabus de quelqucs prineipes respectables , on en ajoulait d'autres tires du sujet mcme. Et d'abord , la vertu preservatrice de la vaccine n'etait attestee que par le temoignage dcs medecins etrangers , temoignage inaccessible et sans valeur aux yeux de la multitude. En accordant a la vaccine line vertu spe'cifiiju.e contre la petite-verole , on crai- giKiit le danger d'introduire cbez I "homme une maladie prise sur un animal, qui pouvait modifier notre constitution , de maniere a la disposer a d'autres maladies jusques-la inconnues, et peut- etre plus graves que la petite-verole meme. 11 etait aise de repondre a toutes ces objec- tions. Et en effet, il etait constate par l'expe- rience que la vaccine exemple de la petite-verole, puisque l'inoculatibn de retle derniere, et 1 in- fluence dcs Epidemics varioliques olaient sans effet. sur tons Ies vaccines. On ne pouvait pas mcme objecler encore que cello garantie pouvait n'etre que passagere et momentanee, qu'apres un temps plus on moins long les diets de la vaccine n'ayant plus d'action, flows devenions de nouveaux sujets si celle du virus vaiiolique. Genner, pratiquant la medecine dans un pays ou la maladie dcs va- 204 PRECIS HISTORIQUK cbes , en quelqne sorte endemique , se commu- niquait frequcmrnent et depuis des temps imme- moriaux , a eeux qui , n'ayant pas cu la petite- verole , meltaient en contact avec les pustules vaccinales, en trayant les vaclies , quelques par- ties de leurs mains seulement gcrcees , ou lege- rement ulcerees ; Genner , dis-je, inocula la petife-verole a plusieurs de ceux qui avaient ete ainsi vaccines, depuis 18, 20, 5o et plus d'an- nees, et toujours sans effet : d'011 il a puconclure avec raison que la vaccine garaatit pour toujours de la netite-verole. Le meme observateur ne nous a pas laisse ignorer ce que le temps nous a ap- pris depuis lors , savoir , que les individus vac- cines par le hasard, a des dales difTerentes , plus ou moins reculees, n'avaient offert a son cxamen aucun caraclere«particulier , soil dans leur tem- perament et leur constitution , soit dans l'ordre et la nature des maladies dont ils pouvaient etre atleints. L'introduction de la vaccine excita line sorte d'insurreclion, et divisa lopinion dune maniere Lien inegale ; car ses partisans , pen nombreux dans le principe , eurent long- temps a lutter mntre ses detracleurs. L'experience sur laquelle ils devaient s'appuyer pour persuader, leur nian- q tail par defaut de pratique; cependant, a force de perseverance , de sollicitations et meme de sacrifices en tout genre , ils parvinrcnt pen a SUR LA VACCINE. 2o5 pen a la faire recevoir. Les premieres epidemics cle petite-verole , en epargnant partout les vac- cines , parlerent hautemcnt en sa faveur, et lui gagnerent une eonfiance moins limitee. Les classes les plus elevees et les plus eclai- rees de la societe , se rendirent les premieres a l'evidence; mais lepcuple, retenu par un deplo- rable aveuglement , resta long -temps sourd a la voix de ses plus chers interets , aussi fut-il sou- vent victime de son erreur et de son indille- rence , en restant expose a l'induenee de la variole } qui , par les malheurs dont elle le frappait , l'obligea enfin d'adoptcr la nouvclle methode. Ces premiers sueces de la vaccine , ces preu- ves publiqnes et frappanles de son effieacite , auraient du dessiller tons les yeux , fixer l'opi- nion a son egard,et la faire adopter sans repli- que ; mais il est des homines dont l'espiit pie- venu se refuse a l'evidence meme , et qui , soit par amour propre , soit par entetement on mau- vaise foi, mettent une fausse gloire a rester ine- branlabies dans leur premier sentiment. Ces hommes ne pouvant allaquer la vaccine dans sa * • i- il \ • vertu anti-vanolique , Laccuserent injustement de tous les maux qui affligenl I'en lance; de sorte que si un enfant , meme plusieurs anni'-es apres avoir ete vaccine, vient a tomber roalade j ils Nunt , avec une sorte de complaisance el de sa- 1 2o6 riVECIS HISTORIQUE tisfaction, en rechevcher la cause dans l'influence tie la vaccine , tandis quelle se Irouve le plus souvent dans les auteurs meme de l'enfant. La vaccine, je le repetftj garantit de la petite-verole, mais clle est impnissante conlre la cohorte des affections bereditaires , lels qne les vices scro- pbulcux , dartrcux, cacbitiques, etc. D'ailleurs , l'observation de tons les temps a demontre que le premier age est celui de la plus grande mortalite , que le nonibre des maladies qui lui sont propres est relativement beaucoup plus grand; que la faiblesse et la mobilite du systeme nerveux, la delicatesse ct l'imperfection des organeS , la denlilion surtout, sont les sour- ces des maux qui aflligent nos premieres annees , et semblent s'opposer a notre entree dans le chemin de la vie. C'cst alors, en effet , que se montrent les convulsions , les diarrhees , les fluxions , les galles , les engorgemens glandu- leux ,' la rougeole , la scarlatine , la coquelu- cbe , les depots , et enfin la multitude des phe- nomenes morbifiques , lies a la premiere den- tition. A combien de reproches ne serait done pas exposee la vaccine , si Ion avait 1 injustice de lui reprocher des maux qui out existe avant elle , et quelle n'a pas la propriete d'empecber? Le temps, ce juge impartial qui devoile et met au plus grand jour les verites comme les erreurs, a place la vatecine au rang des plus importanles SUR LA VACCTHE. 207 decouverles , et la partoul sanctionnee sous le double rapport de savertu et de sou innocence. On t.rouve la preuve vivantc de ses heureux cf- fets dans cette nombreuse et brillante jennesse, dont les traits reguliers , la fraicheur et le poli ■de la peau , contraslent d'une maniere si frap- pante avec ceux des generations qui l'ont prece- dee. C est elle qui, en pen de temps, a cicatrise les nombreuses et profondes plaies faites a la generation act nolle de 1 Europe , par les mal- heurs des temps d'oii nous sortons. La beaute et 1'accroissement de la population dans le Ducbe de Savoic , comme ailleiu-s , sont evidemment 1'ouvrage de la vaccine. Comment pourrait-on avoir quelque dotitc a. cet egard ? Ne se rappclle-l-on pins les nom- breuses viclimes que faisait annuellement la pe- tite-verole , et 1'eflVoi qr.'elle portait dans le* families, qui n'etaient rassurees sur la vie de leurs enfans que lorsquils avaient echappe a ccs coups, heureux si elle se bornait a si-llonnor dune maniere plus ou moists hideuse les traits de lour > isage ! Un tableau qui retracerait d'une maniere exacte tous les bienfaits de la vaccine depuis 20 ans, ou seraient cxposees en detail toutes les vaccinations iaites , qui relaterait les nombreuses epklemies varioliques quelle a arretees ou etouffees a leui naissance , ofliirait un ouvrage aussi consolanl: 3o8 TRACKS IIJSTORIQUE pour I'humanite quinteressant pom- I'histoire des decouvertes medicales ; inais limmense qtiantite de materiaux a recueillir, la difficulte, pour ne pas dire linipossibilile de les rassembler , ne saurait permettre une pareille entreprise. Quoi- que membre de tons les Comites de vaccine ela- blis a Chambery par le Gouvernement prece- dent, je ne puis indiquer que d'une maniere ge- nerate , les vaccinations que j'ai faites , mais je puis et je dois annoncer avec certitude que tous mes confreres du Duche ayant adopte , des le principe, la nouvelle methode, out constammenl. rivalise de zclc et de desinteressement dans sa pratique. Vers la fin de i'hiver de 1799, j^ ius nomine par la Prefecture pour le service d'une epidemie variolique si meurtriere , dans la belle paroisse de Saint-Pierre-d'Albigny , qu'en moins de trois mois elle cnleva 008 enfans sur 847 q iu etaient a la contracter; deia l'epidemie s'etendait sur la commune de Frelerive , lorsque je fus prie par M. Dubeticr, Maire de cctte commune, de vac- ciner deux de ses enfans. La vaccine fut belle et m'en fourniL pour vacciner un grand nombre d'enfans , qui tous furent preserves du fleau , ainsi arrcte dans sa course. Au mois d'avril 1 800 , la commune de Saint- Paul , canton d'Yennc , vit la pelite-verole se deVelopper sur plusieurs points ; j'y portai le SUB. LA VACCINE. 20Q specifique, avec le regret de ne pouvoir le cora- muniquer qua trois de mes neveux , qui senls furent preserves; je trouvai plus de confiancc ct de docilite dans les habitans de la commune de Saint- Jean-de-Chevelu, voisine de celle de Saint- Paul , dont tons les enfans furent vaccines en deux voyages , et ainsi mis a l'abri de la conta- gion qui les menaeait. Dans laulomne de 1801, j'arretai le cours d'une epidemie varioliquo dans la commune de Mery-sur- Aix , en y portant promptement la vaccine. Le 16 du mois de mai 1806, je fus appele an hameau du Villaret , paroisse de Saint-Alban > pour voir le fils aine du Marecbal Brechet , at- teint de petite-verole , dont il mourut la nuit suivante; son frere cadet l'avait aussi , mais belle et sans danger. Dans cette meme maison etait un nourrisson qui la gagna quelques jours apres , et en guerit malgre des suites tres-perilleuses. II est bon d'observer que cette maison , placee an centre d'un grand village , etait la seulc infer.lee. Penetre du danger que courait cette belle et po- puleusc commune , je rcclamai l'appui de la confiancc justement meritee dont jonissait le respectable pastenr, M. Chevallier, <[ui , daus cette importante cireonstance , me scconda si ntilement, que je ne trouvai pas le plus leger obstacle, ctqu'en pe u de temps 193 enfans fu- rent vaccinei. La petite-verole, etouflTee dons soi^ 14 2IO PRECIS HISTORK^UE berceau, ne sortit pas de la maison du marechal. Au mois de juin 1807, la ville de Chambery fut attaquee d'une petite-verole du plus mediant caractere , qui fit quelques victimes dans le fau- bourg de Mache ; la vaccine en limita prompte- ment le cours. L'annee derniere (1820), au mois de Janvier, le canton de la Mo Ite-Servolex fut menace de la pe- tite-verole; une vaccination generate et tres-nom- breuse, faite dans l'etablissement de charite fonde parM. le marquis de Costa, l'enpreservaenentier. Telles sont les principalcs epidemies que j'ai combattues avec tant de succes par la vaccine. Je ne parle pas des vaccinations faites sans in- terruption , depuis plus de 20 ans , soit chez les particuliers, soit chez moi, pendant le cours de la belle saison ; je passe egalement sous si- lence les vaccinations generales , faites de com- mune a commune , sans etre reclamees par la presence de la petite - verole , telles que celles que j'ai pratiquees pendant l'ete de 181 3, durant lequel douze communes de l'arrondissement de Chambery furent successivement , et de proche en proche , vaccinees en entier : St.-Ombre , Voglans , le Ronrget , la Motte-Servolex , Saint- Sulpice, Vimines, Bissy, Cognin, Montagnole, St.-Gassien , St.-Baldoph et Entremont , ou je terminal mes courses par une vaccination de 297 enfans de tout age. *UR LA VACCINE. 21 1 Aujourd'lmi que la vaccine est recue avec em- pressement dans les campagnes comme dans les villes, il resterait a determiner le mode le plus propre a la generaliser uiliformement , de ma« niere que les communes les plus eloignees des chefs - lieux puissent en jouir annuellement , aussi bien que celles qui en sont les plus rap- procbe'es , et cela avec le moins de peine et le moins de frais possible , pour les membres des Juntes chargees par le Gouvernemcnt de la pro- pager. C'est encore a l'experience a dieter le regle- ment qui fixerait ce mode d'une maniere avan- tageuse et aux vaccines et aux vaccinateurs. C'est, en effet, par elle que nous savons : i.° que la metbode de vacciner de bras a bras est la seule admissible , comme la plus prompte , la moins douloureuse et la plus Sure; i.° que toute autre metbode ne doit ctre suivie que pour se procurer le virus a l'etat frais , lorsqu'une fois on l'a perdu; 5.° que, quoique la marcbe de la vaccine dans le developpement de ses periodes soit assez constante et regulicre , elle prescnte copendaut parfois quelques anomalies , de ma- niere que le temps de la maturile de la pustule vaccinale n'est pas toujours le mrtne. J'appelle viaturitede la pustule, le point ou le virus pout etre pris et communique avec succes j ce moment, qu'il est important de saisir , varie du buiticuie an 2 12 PRECIS HISTORIQTJE dixieme jour de 1'inoculation : le neuvieme est le terme moyen que j'ai ton jours adopte ; car souvent au liuitieme la pustule n'est pas assez developpee , et generalement die est trop avan- cee au dixieme. Ces considerations rendent im- praticable l'article troisieme de linstruction pour la propagation de la vaccine, donnee a Turin le i. er Janvier 1820. Cet article fixe d'une maniere invariable , de hint en huit joiirs , les vaccinations periodiques, et suppose que la vaccine est toujours communicable le huitieme jour, tandis qite ne l'etant que le neuvieme, la vaccine communiquee le dimanche ne sera arrivee a sa maturite que le lundi subsequent , et ainsi de suite ; de sorte qu'apres sept vaccinations , tons les jours de la semaine auront ete successivement jours de vac- cine; 4-° T 116 p our conserver loute 1'annee la vac- cine a I'etat frais , c'est-a-dire, par la commu- nication de bras a bras , il faut avoir de grands etablissemens , avantage que les grandes villes peuvent seules fournir , la population y etanl assez forte et assez active pour procurer journel- lement des sujets a vacciner. D ailleurs, en vaccinant isolement dans le pu- blic, nombre de circonstances peuvent faire per- dre le virus j l'operation peut etre sans effets, ou ne produire qu'une fausse vaccine ; l'enfant vac- cine peut ccraser ou decbircr les boutons ; les parens meme peuvent ne pas permettre den SUR LA VACCINE. 2i3 prendre , dans la fausse idee que e'est nuire a. l'enfant. Do plus , il fant ., de la part du vaccina- tenr, une attention etune surveillance active pour epier le moment: il se trouve dans une sorte de captivite qui le lie an jour et a l'heure ; 5.° que les vaccinations partielles et isolees faites dans les communes occasionneront toujours auxvacci- nateurs Leaucoup de peine , et n'auront jamais qu'un faible resultat ; que les communes des monta«mes eloignees des chefs -lieux et d'un abord difficile, ne jouiront jamais des bienfaits de la vaccine , comme par le fait elles en ont pen joui jusqu'a piesent. De toutes ces considerations il suit que , pour fairc participer tons les points du Duche aux avantages de lanouvelle me'thode, il ne faudrait.... i.°\'acciner que pendant le cours de la belle saison , comme depuis le mois d'avril jusqu'au mois d'octobre, a moins que la petite-verole ne vint a se developper, et , dans ce cas, on lui opposerait le specifique dans toutes les saisons. 2.° Etablir, comme on la deja fait dans clia- qiie province , une Junte de vaccine qui fut assez nombrcuse , soit par elle-meme, soit par ses cor- respondans, pour pouvoirvaccincr, chaque annee, toutes les communes composant la province, dont on ferait une exacle division , de maniere qu'un nombrc determine de communes scrait confie a chaque vaccinateur. 2l4 PRECIS HISTORIQUE 5.° Au commencement du printcmps, chaqua vaceinateur voulant commencer ses operations , porterait la vaccine dans nne des paroisses du canton qui lui serait assignee , commencant tou- jours a l'une des extremites , afin de ne laisser aucune lacune j il la porterait on dans des tubes, on sur du verre, on de toute autre maniere , en assez grande quantite pour pouvoir la communi- quer a huit ou dix, en fans, qui lui en fourniraient pour la vaccination generale de toute cette com- mune, que je suppose la commune A. Ce memo jour, il fera venij- quelques enfans de la com- mune voisine , que j'appelle B ,■ a la vaccination generale de la commune A, poury etre vaccines, et qui, neuf jours apres, lui fourniront la vaccine necessaire pour la vaccination generale de leur propre commune , c'est-a-dire , de la commune B, et ainsi de suite. Comme il est essentiel d'exa- miner les vaccines neuf jours apres linoculation , afin de s'assurer du succes de l'operation, l'ope- rateur fera 1 inspection de tous les enfans de la commune A , le jour qu'il ira faire la vaccination de la commune B. Ces vaccinations generales se- raient annoncees chaque annee au commence- ment du printemps , par des circulaires , soit do la part de M.gr I'Archeveque a MM- les Cure's, soit de la part de M. 1'Int.endant ou Vice-Inten- dant a tons les Syndics. L'operatcur, a son tour, previendrait du jour et de l'heure 4e ses operas SUR LA VACCINE. 2 i~5 tions , et prierait M. le Cure de le faire connaitre a ses paroissiens, en designant le lieu de reunion; il previendrait en mcme temps le Cure ou le Syndic de la seconde commune qu'il aurait a vacciner, d'cnvoyer quelques enfans a la vacci- nation .generale de la premiere commune , pour y prendre la vaccine et en fournir ensuite, neuf joins apres , a la vaccination generale de leur propre commune. 4-° Ces operations devraient se faire sous l'ins- pection du Syndic ou d'un membre du Conseil. On aurait un registre sur lequel seraient annuel- lemcnt et nominativement inscrits tons les enfans vaccines. Le vaccinateur en prendrait, pour son compte , un releve exact , signe par le Syndic , et qu'il deposerait au secretariat de la Junte dont il serait membre. 5.° Messieurs les Cures et les Syndics seraient invites a surveiller le developpement de la petite- ve'role, dont ils donneraient de suite avis a la Junte de leur province, qui, a son tour, inviterait le vaccinateur charge de la vaccination de la com- mune ou se montrerait la petite-verole , a y porter de suite la vaccine. En proposant ces reflexions sur la maniere d'uliliser le plus avantageusement possible le ve- ritable specifique contre la petite-verole, je n'ai pas en l'intention d'attaquer linstniction donnc'e par la Junte superieure de la vaccine, dans la- 2l6 PRECIS HISTORIQUE quelle on reconnait tout le merite de la nouvelle methode, en manifestant le plus vif interet a sa propagation. Occupe de la vaecine depuis le moment de sa decouverte , j'ai long-temps re- jfle'chi sur les moyens propres a la generaliser au point de ne laisser aucune prise a la petite-verole, qui , avec le temps , et apres quelques genera- tions vaccinees en entier , n'anrait peut - etre plus d'action sur l'homme, et alors meme la vac- cine deviendrait inutile. Pendant plusieurs annees on avait trop de preiuges a vaincre, trop de dif- ficultes a combattre, pour se promettre d'arriver promptement a ce but. II fallait que le temps et l'experience vinssent constater a tous les yeux l'emcacite du remede, par des faits et des succes multiplies. Aujourd'hui que tout est applani, que la verite est dans tout son jour, il est de la plus haute importance de ne laisser dans la popula- tion aucune lacune qui puisse fournir aliment a la petite-verole , et pour cela , il n'y a que les vaccinations generales , faites de proche en pro- che, et de commune en commune. Je les ai pra- tique'es plusieurs fois, et toujours avec succes et satisfaction. Malgre le zele des Conservateurs de la vaccine et des Juntes etablies , l'ouvrage restera toujours imparfait , si des reglemens particuliers ne tra- cent pas a chacun , et d'une maniere precise , letendue des obligations que lui impose sa place J SUR LA VACCINE. 217 car tel est le caractere dc l'liorame : il faut que les limites de son devoir Itii soient connues ; sa tache ainsi tracee , il la regarde comme sa pro- priete , et alors 1'honneiir et un noble amour- propre excilent son zele, et le portent a s'en ac- quitter. D'ailleurs , quoique les habitans de la cam- pagne recoivent la vaccine sans difficulte , ils portent a tout ce qui ne touche pas leur interct present et materiel, une indifference et vine apa- thie telles qu'ils ne feront jamais la plus petite demarche ni les plus legers sacrifices pour se la procurer. II faut necessairement qu'ils soient presses par le danger , et encore ne les deter- mine-t-il pas toujours a rechercher le moyen de lV'viler : il faut le leur porter et le leur presenter gratis , surlout dans les communes des monta- gnes eloignees des villes , on la pratique de la vaccine est presque inconnue , et qui servent encore de retranchement a la petite-verole. NOTE SUR LEMETINE, Par M. CjLLOUD, Pharmacien, Correspon- dant de la Societe; ( Lite dans la seance du 4 ayril 1824.) Uepiiis un petit nombre d'annees , la chimie organiqne a entierement change de face; les tra- vaux de M. Chevreul snr les corps gras , de MM. Pelletier et Cavenlou sur le quina, etc. , ont ouvert une route nouvelle qui conduit cha- que jour aux decouvertes les plus important.es, et pour la chimie elle-meme, et pour les sciences nombreuses qui sont plus ou moins directement dans sa dependance. Parmi ces dernicres, on pent nommer specia- lemcnt la Pliarmacie ; c'est elle , en effet , qui a le plus profile de limpulsion donnee a la Chi- mie. Les quinas, l'ipecacuanha, la noix vomique, 1'opium, la fausse angusture, la cevadille, et une infinite d'autres substances nous ont cede Ieurs prineipes actifs dans un etat d'isolement, qui, en les delivrant dcs matieres inertes ( ou presque telles pour le plus grand nombre ) , dont la na- ture les enveloppait , permet d etudier comple- tement leur mode d'action et sur l'homme malade NOTE SUR L'EMETINE. 219 et sur l'homme en sante : ainsi quelques grains des sels de quinine on de cinehonine (1) dans les fievres intermittentes les plus rebelles , des atonies de morphine, de strychnine, de brucine, demetine , produisent des effets qui paraissent boi's de toute proportion avec leurs causes. Mais ce nest pas seulement sous le rapport de la curiosite scientilique que nous devons nous arre- tcr ici. D'autres points de vue bien plus impor- tans reclament noire attention; la diversite des especes vegetales dans chaque genre, le moment de la recoltc, le plus ou moins de soin que Ton y met , faisant varier considerablement la force de la plupart des medicamens que nous livre le commerce , ceux-ci trompent trop souvent l'at- tente du medecin et l'esperance du malade. 11 devient done evidemment du plus haut in- teret de remplacer lemploi , souvent incertain , de la majeure partie des vegetaux doues de gran- des proprietes , par l'usage fixe et constant de leurs principes actifs. D'ailleurs, en isolant ainsi ces ilerniers , on pent a volonte les associer a nne (1) J'ai fait inserer dans le Jo urn til. de Savoie , en. 182?., une Note concernant la cinchonine , prise a l'e'tat de purete et salilie'e dans 1'estontac. Depuis , j'ai recu des lettres de plusieurs medecins , qui ont confirm^ les re- sultats obtenus dans le principe par MM. Caille et Carron, niedccins d'Auuecy. 210 NOTE foule d'excipiens qui les dirigent et les modifient suivant toutes les indications que comportent les maladies, les ages, les sexes et les temperamens. Mon etat et mes gouts m'ont impose l'obliga- tion de sttivre de mon micux la march e de la science dans cette partie. Mes travaux n'ont pas ete taut-a-fait infructneux. Qnelques-uns ont ete accueillis par la Societe de Pharmacie de Paris et inse'res dans son Journal ; plusienrs ne sont pas aeheves , et d'autres qui le sont n'ont pas encore ete publics. Je me propose d'en soumettre le resultat a la Societe Academique de Savoie , en plusieurs Memoires, si ellc vent bien agreer cet hommage et le recevoir favorablement; d'ailleuiSj elle n'oubliera pas que ce sont essentiellement des donnees pratiques, reduites ici a leur plus simple expression , et que je m'abstiens de toutes con- siderations theoriques et hypothetiques qui don- neraient plus d'agrement a mes Memoires , mais qui presentent trop de chances aux divagations et a lerreur. PROCEDE. Celui de MM. Pclletier et Magendie, le seul a ma connaissance qui ait ete public, et que jai suivi jusqu'a cette annee , on, apres diverses ten- tatives et la meditation des ouvrages des savans qui nous ont ouvert cette nouvelle carriere , j'ai etc conduit a modifier leur procede; celui, dis-je, SUR L'iiMETINE. 22 1 deMM. PelletieretMagendife, consiste a epuiser 1 ipecacuanha par l'elher soumis a lad ion de la chaleur , ensuite a le traiter par l'alcool fort et bouillant qui dissout. le gallate d'emetine et les antics principes solubles; on distille ensnite. La matiere restee dans le bain-marie , evaporee prcsque a siccite , est dissoute par lean froide ; elle abandonne par ce moyen un pen dc eire et de matiere grasse ; le liquide est traite par la magnesie en exces , qui decompose le gallate d'emetine, se combine avec la matiere coloiante; et Ion reprend l'emetine sur l'alcool recline. (Vovez, pour plus de details, les e'crits des au- teurs de cette preparation). Voici maintenant la modification que jc pro- pose et que j'ai reiteree plusieurs fois avec suece.*>. Prenez cent vingt-ciuq grammes dc la partie corticale de lipecacuanha reduite en poudre, et la delaycz dans bnit cents grammes d'eau, prea- lablement aiguisee par seize grains d'acide sul- furiquc : portez le melange a l'ebullilion, et main- tenez-le x\n pen au-dessous de cette temperature, pendant une demi-beure , en agilant eontiuuel- lement avec une spatule de bois; versez ensnite le lout dans une terrine de gies qui preseate le plus de surface possible. Laissez refroidir cette decpction acidulee, et ajoutez-y cent vingl -cinq grammes de chaux en poudre , ou reduite. en consistence de gelee par 222 NOTE suffisante quantite d'eau; faites secher a. Tetuve - ," sans que la temperature depasse cinquante degres de Reaumur. Pulverisez la masse , qui est un compose* de sulfate de chaux , de gallate de la raerae base, de matiere grasse et eolorante combinee avec l'exces de chaux , de 1 emetine libre , de la fe- cule et du ligneux. En la soumettant a Taction de l'alcool ( a 56 ou 38 ) bouillant , il dissoudra 1' emetine avec tres-peu de matiere etrangere; en- suite on l'obtiendra par Tevaporation de l'alcool. Pour l'isoler entitlement et la blanehir , dis- solvez - la dans de l'eau legerement acidulee , trailez-la par le charbon animal tres-ptirifie ; fil- trez la dissolution, que vousconcentierez convena- blement; saturez l'acidc par rammoniaque faible; fdtrez, lavez avec un peu d'eau distillee, et laissez secher le residu .sur le filtre , a la temperature ordinaire et a l'abri de la lumiere : ce sera eniin lemetine pure. Pour obtenircelle qui reste dans leseaux meres et de lavage, suivez les conseils de M. Pelletier, (Formulaire Magistral, article Emetine). Ainsi , en me resumant, le procede que j'ai 1 honneur de vous soumettre, differe essentielle- ment de celui de MM. Pelletier et Magendie. Sous le rapport del'economie, jesnpprime Tether, dont la quantite etait de huit a dix fois le poids de Tipecacuanha : pour Tcpuiser par l'alcool , il SUR i/EMETINE. 225 en fallait jusqu'a vingt fois ct plus; et les memes traitemens que je propose avaient lieu ensuite, pour obtenir les memes resultats. J'espere done que la Societe Aeademique voudra Lien en pren- dre date et le consigner daus ses Memoires. COoX^»^00003X5©OXrXOCOoXDMOOWCDaX5 NOTICE SUR LA Piecherche de monumens antiques en Savoie , par M. le General Comte de Loche (i). (Lue dans la seance du n mars 1821.) XJES restes des monumens antiques connns dans noire patrie, annoncent assez combien elle doit etre riehe en pareilles depouilles. On sait d'ail- leurs que l'Allobrogie fut occupee par les Ro- mains long-temps avant la conquete des Gaules. Les mne'hrs et les usages des vainqueurs furent etablis plus tot en Savoie ; ce qui donne aux monumens de ce dernier pays une sorte de droit d'ainesse. 11 suffit d'ouvrir les Commentaires de Cesar pour voir que les succes du conquerant n'eurent lieu qua la faveur de loceupation du pavs des Allobroges , dont une partie vers le Nord lui procura les moyens de resister aux Suisses. Ce (1) Membre de l'Acade'mie Royale des Sciences et de la Socie'te Royale d'Agriculture de Turin, de la Socie'te de Physique et d'Histoire Naturelle de Geneve , et de la Societe des Naturalistes de la meme vdle. NOTICE SUR LA RECHERCHE, ETC. 2!>L> f et un pied, six onces d'epaisseur. C'est-a-dire , que la dimension de la largeur est la meme que celle de l'epaisseur. On voit, au milieu de chaque face superieure et inferieure, an trou pratique dans le Lloc, d'environ deux onces d'ouverture, destine a recevoir une tigc de fer qui liait cc Lloc a d'autres pieces, de maniere a indiquer qu'il a ete porte sur un socle et surmonte d'un couronnement; ce qui indique un monument sepulcral destine a £tre vu isole. On fait oLserver que cette inscription ne com- prend ni date , ni aucune des formules ordi- naires , telle que Diis mariibus , ou autre ex- pression tumulaire. Mais d'apres la seule forme du Lloc, on ne pent que presumer un monument sepulcral , puisque la piete filiale de Tat Hi us Priscianus Rujinus s'est plu a rendre ainsi un (i) Vonce est la douzieme partie du -pied liprand , qui vaut 5i4 millimetres (i pied de roi, pouces, 1 1 lig-)j l'once vaut ainsi i pouce. 7 lignes, BE MONUMENS ANTIQUES EN SAVOIE. 229 tcmoignagc public a set mere tres-pieuse, et dun exemple unique. La reticence du nom de cetle mere a d'aulres excmplcs analogues dans le style lapidaire, dont la brievete et l'energie sont les premieres lois. D'ailleurs le nom Pris- cianus , qui se retrouve dans un fragment d'in- scription , sur une pierre employee au mur de 1'eglisc voisiue des mines du chateau, ou Ton lit: . . RISCMI. . . indique ici plusieurs monumens dc la meme famille. Des rccherches failes dans la ville de Cham- bery et ses environs ne m'ont encore fait decouvrir que des debris trop mutiles pour fournir des no- tions precises. Parmi ces debris il en est un dont on peut tirer induction qu'il a existe des monu- mens remarquables sur le sol de lancien Lem- nicuiti. C'est un bloc depose dans le jar din de la Bibiiotliequc publique. On y voitunc sorte de table grande et fort epaisse, de roche calcaire. Sa longueur est de quatre pieds, quatre onces (en- viron 6 p. G p. de roi), sur deux pieds , sept on- ces (5 p. 8 p.) de hauteur. Ce carre-long, ou plutot carre - large , parce qu'il presente une in- scription dans le sens de sa largeur, n'est pas tattle dc tous les rules. La face opposee a celle de linscription est resle'e brute et inegalc, ce qui demontre que celle table a etc plac.ee contre un ?.3o NOTICE SUR LA RECHERCHE jnur auquel elle a eteliee, et que peut-etre elle a Fait partie dun grand monument. Quoi qu'il en soit , on ne saurait ossigner quelle est precise- ment son epaisseur, vu linegalite de la face res tee brute. Cette table a recu une inscription romaine , entouree d'une moulure qui saillit sur le plan ou les lettres furent gravees. Cette moulure saillante est de Lon gout; elle indique un soin d' execution que Ton ne rencontre quaux grands monumens. Mais l'inscription romaine a disparu; le tailleur de pierres la effacee, a la hate sans doute, puisqu'il a laisse subsister 9a et la quelques traces de let- tres romaines, et notamment vers Tangle supe- rieur de la droite ces lettres entieres : . . . MEM- II . . . qui terminaient la pi^emiere ligne, ce qui sem- l)le annoncer le mot memoria. D'ou Ton est autorise a conclure que l'inscription a appartenu a quelque monument de consideration. On voit que cette inscription a ete mutilee pour faire place a une autre plus moderne qui , qnoique fort honorable pour le temps et pour les magistrals municipaux qui Font fait graver, et devcnant meme utile pour l'histoire moderne, ne saurait neanmoins excuser ceux qui ont fait mu- tiler lanciennc inscription. On voit, a peu de distance de cette ville , les restes d'un reservoir, dont la forme et 1'execii- DE MONUMENS ANTIQUES EN SAVOIE. 23l lion paraissent annoncer un ouvrage romain. lis gissent au pied du mamelnn sur le soramet du- quel est I'eglise de La Kavoire , du cote du Nord-Est. Des excavations faites par le proprie- taire du sol ont mis a decouvert trois enceintes quadrangnlaircs jointes ensemble sur la meine ligne. Celle du milieu a ete manifestement un reservoir : on y voit encore un canal de trois ou quatre onces de vide, tres-solidement construit. II est eleve d'environ six pieds au-dessus du fond du reservoir qu'il alimentait. On voit, a la meme hauteur et a cote du canal, le seuil dune porte qui parait avoir ete placee pour entrer dans ce reservoir, dont la voute n'existe plus. Ces trois enceintes contigues ont ete enfouies dans un sol a pente inclinee , dans une terre cultivee , de maniere qae la parlie la plus basse des cloisons qui formcnt ces enceintes , a pres- que entierement disparuj tandis que , du cote oppose, les pousse'es des terres en ont enseveli une autre partie. La degradation des murs de refend est aussi plus prononcee vers le bas de la pente. On distingue neanmoins tres-bien l'e- tendue de ces trois pieces divisees par deux murs. Celle du milieu, designee sous le nom de reser- voir, a de longueur a pen pies quatorze pieds (?.i p. de r.) et douze pieds ( 18 p. de r.) , de large. Les pieces lalerales ne different qu'en lar- geur. Celle du cole de l'Est n'a qu'environ six 2 52 NOTICE SUR LA RECHERCHE pieds (9 p. de r.); mais celle dn cote du Nora excede en largeur la piece intermediaire , ayant environ quatorze pieds (21 p. de v.), ce qui la rend carree, ainsi que le fait voir cette figure. B E D A C N A, reservoir. B , piece late'rale a l'Est. C, piece late'rale au Nord. D , canal par oil l'eau e'tait introduite. E, seuil de porte. Les murs qui forment ces trois pieces sont cojistruits par assises de deux on trois onces sett- lement de hauteur, composees de moellons de diverses sortes de roches et d'eclats de briques , parfaitement lies avec du mortier. Cette sorte de construction est bien connue pour etre romaine. La piece A est encore revetue en grande partie d'nn enduit de ciment compose de briques pi- lees, de chaux et d'une certaine quantite de sable; sans qu'il y ait indice d'aucune autre substance , ainsi que la prouve faction des dissolvans aux- quels ce ciment a ete soumis par M. le professeur de physique Saint-Martin , Membre residant de la Societe, qui a obtenu le resullat suivant: DE MONUMENS ANTIQUES EN SAVOIE. 2^5 Quatre onces de ciment ont donne : Chaux i Yi Areile i Sable quartzeux * l A Total 4 « Le ciment, dit-il, se brisait avcc faeilite, » et se dissolvait difficilement dans les acides , >> dont Taction a la surface du ciment degageait » beaucoup d'acide carbonique absorbe avec le » temps par la chaux, puisque le centre du mor- » ceau ne produisit que tres-peu d'effervescence. « II parait que la brique seule ne pouvaiL pas » contenir antant de sable siliceux ; par conse- » quenl ce sable aura ete melange a la brique » pilee. » Ce qu'on vicnt d'exposer sur la nature du ci- ment , et la structure des murs destines a le rece- voir, s'annonce deja comme un exemple des soins toutparticuliers qu'employaient les Romains pour la conduite des eaux. Si l'analyse du ciment nc prouve pas l'avantage d'une grande durele, on pent voir, par les echantillons que je place sous les yeux des Membres de la Societe , qu'il a etc revetu par la nature dun depot pierreux forme par les eaux ; que cede concretion a joule a la solidile de L'enduit, quelle devient unc nouvclle couche impermeable , enfin que l'art consistail a faciliter la formation dc cette concretion ; ce qui 2 34 NOTICE SUR LA RECHERCHE est connu par l'examen qui en a deja ete fait, et par les citernes que Ton voit a Alexandrie, con- struites depuis pres de deux raille ans , ainsi que par bien d'autres constructions de ce genre. Apres ce qu'on vient de dire du ciment romain corarae ayant revetu la piece intermediate de- signee sous le nom de reservoir A , il me reste a faire mention des deux pieces laterales. On a vu que la structure des murs de celles-ci est la meme, et. qu'ils furent sans doute enduits de ci- ment; mais il a presque entierement disparu, et Ion n'y en voit que quel que pen; ce qui parait indiquer que l'eau qui aura ete deposee dans ces pieces n'aura pas produit autant de concretions , dont l'absence ou le peu d epaisseur ont favorise la chute du ciment. On pent conjecturer que l'eau n'entrait d'a- bord que dans la piece A, ou elle se depurait en y deposant la plus grande partie de la chaux car- bonatee qui s'y concretait en formant une croute surles parois de cette premiere piece : qu'ainsi pu- rifiee en majeure paitie, elle auraitete transportee dans les pieces laterales, ou les depots auraient ete moindres. Ici je termine toute conjecture , et en rappelant que cet assemblage de plusienrs divisions dans les anciens monumens hydrauli- ques , tels que citernes et autres , ne sont pas sans exemples. D'ailleurs les principes qui les ont diriges se trouvent ainsi dans Yitruve au liv. DE MONUMENS ANTIQUES EN SAVOIE. 2 55 VIII , ch. VII , ou , lorsqu'apres avoir decrit les differentes sortes de moyens de conduire lean, il s'exprime ainsi : « Cum veneril ad moenia, emeiatur castellum, » et castello conjunctum ad recipiendum aquam » triplex immissarium , colloeenturque in cas- » tello ties fistula? sequaliter divisse intra recep- » taenia conjuncta, uti cum ahundaverit ab ex- » tremis in medium receptaculum redundet. lla » in medio donentur fistula? in omnes lacus et » salientes. » D'apres ce teste , les mines du monument hvdraulique que Ion a decouvert a La Ravoire , appartiendraient a un chateau d'eau (castellum) , et ces trois divisions seraient des reservoirs (re- ceptacula). — ( Voyez Pline , liv. xix, ch. i ). Un monument de ce genre laisse desirer , entr'autres indications, que la direction du canal qui v apporlait l'eau put etre bicn connue, ce que d'autres circonstanees peuvent suppleer , comme aussi des indices d'habitations on d'autres edifices, dont le voisinage avail, determine la con- struction sur un mamclon, ou il n'existe pas de fontaine , mais seulement un puits. « Les ouvrages de ce genre construits par les » Romains , ont \mc perfection qui devrait les 5> faire prendre pour modeles (IWLlin, Diclion- nairedes beaux- arts , an mot Citerne). » Les mines que Ton vient de decrire ne complement pas les notions que Ion pourrait en tirer, puis- 536 NOTICE SUR LA RECHERCHE , ETC. qu il reste encore a decouvrir le canal qui coll'' duisait l'eau, pour le suivre dans sa direction, et peut-etre d'autres particularites uliles a connaitre et que des circonstances peuvent meltre au jour. 11 serai t important de reunir des exemples ana- logues , afm den profiler, soit pour les villes, bourgs et autres habitations on Ion n'a que des eaux seleniteuses , comme sont les lieux voisins des marais, tels que le site de La Ravoire , a. cote des marais de Challes; tel est Alberts, ou la bifurcation des routes d'Annecy et de Geneve , fait naitre un village chaque jour plus considerable; la fat une villa romainc, et Ton y voit des res- tes remarquables dun bel aqueduc souterram. Combien les citernes des fortei esses ne rece- vraient-elles pas d'avantages, si Ion y appliquait les precedes des Romains , lorsqu'elles sont pla- cees sur des sites eleves, ordinairement prives de fontaines ! On ne saurait reunir trop de lumieres pour procurer de l'eau saine et en grande quan- tite , a ceux qui peuvent etre exposes a ne pou- voir en puiser que dans 1' enceinte qu'ils doivent defendre. CONCLUSION. J'aitache, dans cette Notice, de faire pressentir que l'elude de l'archeologie, considered sous les rapports d'utilite pablique , n est point une science oiseuse , et qu'elle a tons les droits d'ob- tenir une place dans les travaux de la Societe' , qui n'a pour objet que les avanlages de lapatrie. NOTICE SUR LA VALLEE D'AOSTE ; Par M. le General Comte de Loche. (Lue dans la seance du 2 juillet 1824.) IVoTA. On n'a point aborde dans cette Notice ce qui appartient a 1'Jiistoirc militaire ni a la guerre dc postc , dans une -valle'e que la nature a fait le plus fort boulevard du Piemont. On a passt; sous silence les persomiages illustres de ce pays , soit parce qu'il n'en est que panui les ccclesiastiqucs , tela que saint Anselme , docteur de l'Eglise , uu Pape et des feveques, places aunorehre des saints, soit a cause de Pisolement ou est cette eontiee, qui g'oppose aux corumunications necessaires a ceux que la nature a forme's pour s'illustrer dans les leltrcs ou par d'autres voies. Plusieurs autres sujets ont ete omis. GEOGRAPHIE. Montagues et rivieres. JLie Duelie d'Aoste occupe dans le sein des Alprs une place remarquable. 11 est situe dans cette partie dc la grande chaine qui , depnis la Mcdi- terranee, court vers le JNord et forme une sinuosite sensible pour se dirigervers le Nord-Est. Cette si- nuosite ou flexion du sommet de la chaine est signa- ge par le pic du JVIont-Blanc. Une suite d'autres 258 NOTICE pics tres-eleves, enchaine's entr'eivx, circonscrivent tout le territoire de ce Duche. Les plus disf ingues appartiennent au Mont-Rose , au Mont-Cervin , au Grand-St. -Bernard, au Mont-Blanc, au Cra- mon, au Mont-Iseran , au Nometon et au Mont- Soane. Ce dernier termine lenceinte par deschai- nes secondaires qui se confondent avec celles du Mont-Rose, entre lesquelles la Doire s'est fraye une issue pour se joindre au P6. Cette enceinte est fort irregulicre dans sa largeur; mais elle est bien moindre que sa longueur, qui, en ligne droit e, depuis le Mont- Blanc jusqu'aux confins du ter- ritoire d'lvrce , est de quarante-cinq milles de Piemont. Circonscrile ainsi de tous cotes par les enchainemens de ces pics, cette vallee est sepa- rate du Val-de-Sesia par le Mont-Rose, du Vallais par le Mont-Cervin , du Faucigny par le Mont- Blanc , de la Tarentaise par le Mont-Iseran , et de la province d'lvree par le Mont-Soane. Au milieu de cette vaste enceinte, la Doire, qui en recoit toutes les eaux, serpente dans toute S3 longueur. Elle recoit dans son origine toutes celles qui, du cote de l'ltalie, s'ecoulent du Mont- Blanc sur une etendue d'environ quinze milles , dans les vallons de l'Allee-Blanche et du Ferret. Elle s'accroit ensuite , dans son cours , par le tribut dune multitude de torrens, dont quelques- uns out forme des vallees secondaires dans les- quelles se voient quelcra.es villages et hameaux. SUR LA VALLEE D'AOSTE. arty Entre ces torrcns se distingue l'impetucux Butier, qui descend du Grand-St.-Bernard. La Doire (on a dans la Savoie une riviere de ce nora ) , a un nom Celte d'origine , qui signifie en general ri- viere; il est ici specifie par l'addition de Bailee ( Doria baltea ) , pour distinguer cctte riviere de la Doria riparia, dont la source est au Mont- Genevre. A chaque jonction de ces torrens avec la Doire , on observe des atterrissemens , ou pe- tites plaines , dont letendue est en raison de limpetuosite et du volume de ces memes torrens. La plus considerable de ces plaines se voit a la reunion du Butier : c'est sur celle-oi que fut construite la Cite, capitale de la province. Parmi les ameliorations a desirer pour ce pays, celui de fixer le cours de la Doire dans la plaine ou git la Cite , aurait de grands avantages : la conquete de quelques milles carres d'un sol tres- fertile, le dessechement dune vaste etendue de marecages et la salubrite de lair. ANTIQUITES. Monumcns romains. La Cite a ete fondee par les Romains, sur un «ol ou n'etait pas une pretendue capitale des Salasses, mais sur lequel Varron etablit un camp de deux legions. Ce camp fixe (statarium) de* »4o NOTICE vint ensuile nnc ville reguliere et fort embellie, sous le regne d'Auguste, dont elle pnrte le nom. On y voit presqu'en entier im Lei arc de triom- phe , d'ordre Corinthicn , dont l'entablcment appartient an Dorique ; une majestueusc porte pretorienne , formee de trois arcades , dont les deux laterales servaient pour les gens a pied, et celle du milieu, plus large, donnait passage aux chars et aux voilures. L'inlervalle de quelques cents pas en tie ces deux monumens , places en face l'un de l'autre , maintenant occupe par le quartier de St. Ours, etait une magnifique ave- nue de la ville d'Auguste, surla route de Rome : ces deux monumens en formaicnt les deux ex- tremites. lis sont construits en poudingue dune sorte particuliere et revetus dun beau marbre. La Cite est enceinte de murs romains , dont on voit de beaux restes. lis ont ete construits sur la place meme ou avaient ete les retranchemens qui enveloppaient le camp, qu'ils remplacerent, pour former, non des fortifications avec des tours, ainsi que pour les villes de guerre du premier ord re , mais seulemcnt pour resister a un coup de main. La ville eut. ses rues tracees sur un plan re'gulier, a l'instar de celles du camp. La Cite formait alors le carre-long determine par ces murs. On doit voir les beaux restes d'aqucducs qui, comme ceux de l'ancienne Rome, nonime's cloaques , circulaient sous les voies publiques , SUR LA VALLEE D'AOSTE. 2/ { t pour la proprete et la salubrite des habitans. On y admire des rcstes tres-precieux dun beau cir- que ; leur conservation est due ;\ ce qu'une parti? a servi de novau a un ancien monaslere de reli- gieuses : eisconstance d'autant plus remarquable, qu'il est assez probable que sur lc meme sol aura coule autrefois le sang des Chretiens livres aux betes feroces, et peut-etre celui de quelques-iins des soldats de la legion Thebaine echappes au massacre qui eut lieu dans le Vallais. On peut considerer le sol aetuel de la Cite comme un vrai magasin de medailles , de vases , descriptions antiques (1). Une voie romainc parcourait toute la longueur de cette vallee jusqu'a la Cite, 011 elle se bifur- quait, dun cote, vers les Alpes greeques (Pelit- St. -Bernard) , de 1 'autre, vers les Alpcs-Pennines (Grand-St.-Bernard). Cette voie filt construite sous le regne d'Augustc; on voit encore plusicurs ponts romains qui lui ont appartenu. On admire a Donaz , l'un des bourgs de cette vallee , une coupurc faile a un rocher pour cette meme voie, sur laquelle est encore une colonnc milliaire. Cette \oic, comprise dans la table de Pculin- (1) L'auteur de cos Notices a fourni aux Mc'inoires de 1'Acaclcmie Royal e des Sciences de Turin des details ine- dits . accompagucs dc planches et de monumens. 16 2/ h 2 NOTICE ger , a ete savamment explique'e el appliquee an sol actuel , par M. J. Dnrandi. (V. Piemonte Cispad. Alpi Grate e Pennine. Tut. i8o4)- Monumens du moyen age. A la construe tiondes monumens romains a succede celle d'une multitude d'edifices du moyen age. 11 est interessant de visiter jusqu'atix ruines des nombreux chateaux et des tours dissemines dans la province, ainsi que la vaste etendue des souterrains de quelques-uns, et tout cc qui appar- tient au gout de ccs temps. Plus qu'ailleurs on petit y etudier quelquc cliose des beaux siecles de la chcvalerie. La Cite meme temoigne , par ses ruines, la protection queles hauts personnages d'alors accordaient a leurs serfs , c'est-a-dii-e , a leurs proteges. La ville d'Auguste fut enticrement depeuplee par 1'eflret des invasions des barbares , qui, non contens d'avoir exerce leur rage sur les monumens publics , avaient force les habitans a abandonner la Cite. Alors les seigneurs de ces temps se repartirent entr'eux toute letendue de l'enceinte ; chacun deux construisit un chateau sur une pai-tie de cette meme enceinte. La force et la capacite de ces chateaux furent proportion- nees aux vues ou aux ressources de chaque cons- tructeur, ce qui produisit les differences que Ion voit entr'eux. Ces seigneurs se chargerent ainsi de SLR LA VALLEE D'AOSTE. 2/ t 3 la defense dc la ville ; sous cette protection, on vint construire, sur nn tas de mines, un assem- blage d'habilations fort irrcgulieres. L'etat acluel de cette enceinte , ou les mines romaines sont confondues avec celles des temps feodaux , est tres-bien signale, quoique par des traits abreges, dans l'ouvrage si plein d'interet , intitule : Le Lepreuac de la Cite d'Aosle. HISTOIRE. Salasses , Romains. Les Salasses , sur I'origine desquels on a re- pandu Lien des fables , etaicnt , selon Pline et Strabon , une colonic de Liguriens. lis nc nous Sont connus que par les edits des Romains. Leur liistoire ne commence done que des le mo- ment ou le territoire des Salasses se trouva voisin des armees de Rome. Apres la complete de la Ligurie, ils furent bientot en guerre onverte avec les vainqueurs , puisque, Ian de Rome 610, ou i43 ans avant lore vulgaire , ils furent atlaques et baltns par le consul AppiltS Claudius. Pour les conlenir, on dut etablir 11110 colonic au de- bouclie dc la vallee d'Aosle, e'est-a-dire, a Ivree. Cette defaite nc produisit pas neanmoins lenr soumission. Les Salasses abandon i^e rent le fond de Ja vallee j et rcstercnt majtres des monlagnes 244 NOTICE on ils se refugierent. Dclu , ils saisissaient les occasions favorablcs pour tomber sur les troupes romaines, jusqu'a s'emparer de la caisse de Jules- Cesar , et a faire contribuerun corps de troupes conduit par Messala. Cette guerre , suspendue cependant par quelques treves , ne se tcrmina que par l'entiere destruction des Salasses , qui eut lieu i43 ans apres la victoire d'Appius (l'an i. er de notre ere). Le nombre des prisonniers vendus comme esclaves fut de 56 mille , sans y comprendre 8 a io mille en etat de porter les amies , et qui resterent attacbes aux Romains. Des Pretoriens, au nombre de 5 mille, qui avaient recu en partage les terres des Salasses , et des etrangers se joignirent successivement a eux. Sous les Empereurs \ Avant l'invasion des Francs, des Bourguignons et des Golhs, et sous le regne de Constantin, la Cite (dont le nom Augusta pretoria pent indi- quer sa suprematie) , a ete probablement la me- tropole de la province des Alpes Qrecques et Penalties , c'cst - a - dire , de la Tarentaise et du Vallais, et elle a eu un prefet du pretoirc. II est vrai que le nom de la metropolc de cette province des Gaules disparait dans la Notice des jtrovinces. Cette soustraction d'unc metropolc |)our line province , d'ailleurs comprise dans la SUR LA VALLEE D'AOSTE. 245 notice, indique l'epoque ou les evenemens poli- tiques dechiraient l'empire , dont les lambeaux ne pouvaient plus coineider avec la division qui avail assigne la Cite, quoique au-dela desAlpes, pour chef-lieu de la province. La vallee d'Aoste, envahie par les Lombards , passa ensuite sous les rois de Bourgogne. Charlemagne la rendit a l'ltalie. Dans le neuvieme siecle , on la vit sou- mise a l'empereur Arnoul , dont lc regnc finit en 899 , epoque suivic de nouvelles incursions des peuples du Nord , qui n'epargnerent pas la Cite , ainsi que le rapport e Resson. (V. Mtm. pour I'hist. eccles., 1769, pag. 267). Vers l'an 923, cette province fut de nouveau reunie «au royaume de Bourgogne. Maison de Savoie. Enfin , l'an 1024, le comte de Maurienne Humbert I. er etait alors souverain du pays d'Aoste, ce qui est maintenant bien prouve (V. Durandi, Loc. cit. , pag. 7). Dcs-lors , cette province a ete line partie des Etats de la maison de Savoie, dont clle est par consequent un des plus anciens domaines. Nos princes ont accorde a ce pays divers pri- vileges et concessions. En 1190, le comte Thomas l'affranchit de loute exaction forcee. Cette province hit erigec en duche , l'an 1258, 246 NOTICE sous Amedee IV. Le Comte Aimon lui accorda certains privileges auxquels ses successeurs en ont ajoute d'autres. Eloignec ct separee dans les premiers temps des provinces de Maurienne et autres , la vallee d'Aoste a conserve long-temps, sous nos princes, ime forme de gouverncment particulier. EUe a eu unbailli, dont la charge reunissait l'autorite mili- taire , civile et administrative , analogue a celle des prefets du pre'toire. Ce regime, necessite par les circonstances , s'est successivement mo- difie par 1'efTct de l'extension des frontiercs de l'Etat, et par une tendance graduelle a un regime uniforme , qui maintenant fait jouir les habitans des Lienfaits d'u'n gouvernement tout paternel. Le siege de la monarchic etant en Italie , a laquelle , par sa position geographique , appar- tient le duche d'y^oste , tons les interets de ce pays lalfacheul a cctte contree. La texture des liens qui la lient au Piemont reclame tout ce qui pent completer cette cohesion. Tel serait l'usage dun idiome comrnun. Dans tons les ages, les Valdaostins ont donne ennstamment. des marques non equivoques de fidelite envers le souverain, ct celles dun grand zele religieux. Parmi les preuves de leur fidelite, on se borne a en exposer deux exemples. En 1 554, pendant l'absence du due Philibert Em- manuel } et tandis que ses Etats etaient envahis SUR LA VALLEE D AOSTE. 247 par un cnnemi puissant, on voit le conseil ge- neral du duche conserver cette antique fidelite a son prince. A travers les plus grands obstacles , il communique avec sa personne alors dans la Flandre. On le voit encore recevoir les avis de son lieutenant-general , le comte Mazin , ct agir en consequence, quoique I'ennemi entourat sa pro- vince. Lorsque celui-ci forme le sie'ge d'lvree, le conseil presenteune force armee en attitude defen- sive , et par-la conserve intact le ierritoire du du- che. Par une prudente conduitc, il en me'nagea si Lien les inte'rets, qu'il obtint pour les habilans, apres la reddition de cette place, de pouvoir circu- lerlibrement dans I'intericur du Piemont. (V. les Registres manuscr. du cons, gen., an 1 554 » conserves dans les archives de l'lnlendance d'Aoste ). L'anne'e suivanle , 1 555 , fournit un exemple du zele religicux avec Icquel on rcpoussa les lentatives de Calvin. Cet heresiarque re'volution- naire s'etait introduit furlivement dans la pro- vince , et meme fort pres de la Cite. Selon la tactiquc de ses pareils, des emissaires et des bii- gands armes manceuvraient pour donner plus de force a son etrangc doctrine. Alors , lenergie des senlimcns religieux fit sevir si promptement conlre la pcrsonnc de l'audacieiix novateur, qu'il ne dut son saint qu'a la precipitation de sa fuile dans le Vallais , a travers les passages les plus 248 NOTICE perilleux. ( Voyez les memes Registres cites ). Divers exemples , dont plusieurs appartiennent a ces derniers temps, ont ete donnes par le peuple dc cette vallee , et prouvent la continuite des sages principes transmis par ses peres. AGRICULTURE. Les glaciers, les roches nues, les forets et les paturages occupcnt pros de la moitie du territoire dc la province. Si Ion y ajonte les terres arides, le cours des torrens et les escarpemens , il ne rcste pour la culture que le cinquieme environ dc toute la superfioie de cette con tree. L'indus- trie y a su conquerir quelques terres escarpees et les mettre en culture par la construction de terrasses en amphitheatre. L 'irrigation des prai- ries v es t menagee avec art ; elle a ete prati- quee des les temps anciens par les Salasses et les Romains. Elle y f"t protegee , meme a giands frais , par les liauts personnages des temps feodaux , ainsi que l'atlestent d'anciens titres et la presence de leurs utiles travaux , parmi lesquels il en est qui sont dus a des mem- bres du clerge. Les eaux qui servent a res irrigations parais- sent devoir leur principe fertilisant a la decom- position du fekl-spatli et d'autres elemens des roches primitives 3 reunies a la Doirc, elles vont SUR LA VALLEE D'AOSTE. 249 encore bors de cette province porter la fcrtilite dans celle d'lvree , dont les canaux font la prin- cipale richcsse. La vignc est cultivee avcc intelligence au pied des montagnes ou se trouvent de puissans alms, sni" un sol rocailleux qui ne pourrait avoir d'autre destination. Elle est disposee en trcillcs conti- nues , a trois ou quati^e picds d'elevation. Cette culture fournit d'abondantes recoltes. Les vins sont en general de qualite mediocre ; il en est cependant de fort agreables qui ont droit de riva- liser avec ceux de letranger. Le muscat blanc , connu sous le nom de Chambave , est seul un objet d'exportation. Le noyer et le chataignier conconrent a fournir quelques productions alimentaircs , ainsi que la pomme-de-terre. Le mais y parvient a une ma- turite complete. Le pen d'etendue des terres labourables livre a peine le seigle dont se nourrit la majeure partie de la population. On y cultive aussi de 1'orge , mais tres-peu de froment. La charrue n'est qu'une sorte d'arairc atlele'e le plus souvent par un seul vieux laiircau, quelquefois par un mulct, et tres-rarcment par deux : re qui suffit pour des terres legeres, formees de detritus plus ou moins biises de debris des rocbers. La principale production de cette vallee est celle des troiij>eaux de vaches , auxquelles on piodigue les plus grands soins. On nc les perd 25o NOTICE pas de vue. Le Valdaostin. vit avcc elles dans une sorte d'intimile qui rend ces animaux doux et paisibles. C'est ainsi qu'on ameliore toutes les races d'animaux domestiques. Le nombre des vaches est ties-considerable dans la province ; il n'est pas moindre de trente mille. La seide Cite en contient pres de quatre cent. La qualite des fromages livres a l'exportation laisse fortement a desirer un choix de pratiques micux entendues pour leur confection. Le vrai moyen de parvenir an but n'est pas d'avoir des etrangers pour operer dans les chalets , raais bien inieux d'envover des personnes intelligentes ct inte'resse'es a s'instruire elles-memes, dans les dif- ferens pays lesplus renommes pour cette fabrica- tion, afin de confectionner de preference le fro- magede telle on telle sorte. La nature des patura- ges n'est pas la racme sur toutes les montagnes. Les unes , comme celles d'Ayas , n'ont que des plantes fortement aromaliques et des paturages sees ; tandis qu'ailleurs , et meme a une plus grande elevation , les paturages sont fort humi- des. Ces diffe'rences ne'eessitent des modifications dans la pratique , parce que l'etat de lair a une grande action sur la nature du laitage. D'ail- leurs, la grande consommation de fromages ve- nant de letranger, qui alien en Piemont, invite ici a en preparer de tels que le Parmesan , ct autres qualiles rechercliecs. SUR LA VALLEE D'AOSTE. 25i La nature d'un pays oil les communications sont interdites dans l'interieur, an roidage, a fait introduirc bcaucoup de mulcts. Ces animaux que Ton recoil, dans leur Las-age, des contrees voi- sines, eleves dans la vallee d'Aoste, et par con- sequent rompus a la fatigue , sont ensuite fort recherchc's au dehors. 11 serait a desirer que Ton multipliat Fane , cctte bete de somme dont la sobriete et tant de bonnes qualites sont si con- venables pour soulnger une classe nombreuse de cultivaleurs forces de transporter sur leurs dos , par des routes difficiles, les productions de leur peniblc Industrie , et surtout les pieiTes et la lerre , dont le transport fait partie de leurs tra- vaux agricoles. L abeille oflfre une branche tres-utile d'indus- trie agricole. L'excellence du miel cueilli sur les hautes montagnes , et la grande fecondite de cet insecte , dans les expositions favorables des fonds de la valle'e, fournissent des essaims forts et pre- coces. Le recensement du nombrc des ruches existantes dans toute la province, au priutemps de 1816, avant le jet des essaims, etait dc 5oia. Quatrc blanchisseries exploitaieut le produit d'un pareil nombrc dc ruches ctouflfees l'anriee prece- denle. Le produit cji cire a livre 010 rubs de cire , ce qui est a-peu-prcs une livre et trois onces pour chaque ruche. La moitie de cettc cire a ete , a la verite, exportee ; mais on en a rccu 2 53 NOTICE de travaillee en cierges , melangee de celle du Levant , pour une somrae qui excede beaucoup celle qua produite l'exportation. La constitution physique de cette vallee invite a la culture de l'abeille , par la voie de la taille des ruches , et celle de leur transport sur les Alpes. Ce transport ne serait qu'un accessoire des voyages des troupeaux , que dirigeraient les memes personnes. La poix que Ton extrait de l'epicia (pinus picea) , le fruit de 1'amandier (arbre qui parait indigene dans les environs de la Cite), et celui des novers, sont des productions qui fournissent aquelques exportations. Les fruits a pepins, qui sont ici remarquables par leur saveur distinguee, et dont les recoltes abondantes se succcdent sans interruption , pourraient utilcment augmenter les objets d'exporlation. POPULATION. La population de cette province etait en 1816 de 65,645 habitans ; elle a varie en plus et en moins pendant les vingt annees precedentes. Le defaut de moyens de subsistances et de celui de toute industric manufacturicre qui pomrait y suppleer, determinent les migrations pendant la saison morte. Dans la mewe annec 1816, le nombre des emigraus fut de 1 4 2 1 , dont 1027 SUR LA VALLEE DAOSTE. 255 circulerent clans l'interieur de l'Etat, et 094 dans les pays etrangers. Les habitans des montagnes ont, en general, plus destruction que ceux du Las de la vallee , et sont d'aillenrs plus robustes et plus intelli- gens. On dirait volontiers que la vallee d'Aoste est peuplee de deux races differentes d'hommes. On voit qn'il s'agit ici du cretinisme , qui se manifeste plus 011 moins dans certaines localites. Cettc infirmite se pro-page par les mariages entre les gottrcux ; elle s'accroit ainsi successivement jusqu'au point de ne donner naissance qua des cretins absolus, c'est-a-dire,a des etres dont toutes les facultes se bornent a consommcr les alimens qu'on leur livre. Telles sont les causes du creti- nisme deja signalces par M. Fodere ; elles sont etrangeres a la nainre des boissons de neige fon- due et meme a eel le des caux seleniteuses , dont les eftets, quoique deleteres, n'ont pas d'action sur cette infirmite. Les causes en etant connues , elles laisscnt facilement entrevoir les moyens propres a attenuer , et meme a faire disparaitre dans la suite un fleau si aflligeant. Le penple pasteur qui liahilc cettc singuliere vallee, ne comiiiiiniquaiit que Ires-difncilemciif avec scs voisins , a conserve beaucpup d'usagcs antiques, ct mic simplicity de mceurs sous la- quelle se derobe souvent one certaine finesse. Avec la sobriele , il sail hitler contre la rarele 254 NOTICE des moyens de subsistences ; il conserve , avec les vertus hospitalieres , le sentiment de respect pour les personnages revetus de quelque auto rite; enfin , il est plus particulierement _, et plus (pie tons autres habitans des Alpes , tres- attache au sol qui l'a vu naitre. HISTOIRE NATURELLE. Cette vallee offre aux amateurs de toutes les branches dhistoire naturelle des objets curieux. Les effets des revolutions dont les Alpes signalent les accidens, sont plus fortement prononces du cote de l'ltalie , surtout au pied du Mont-Blanc , dont la pente du meme cote plus brusque , se detache mieux des monts voisins. On pcut y ob- server la structure de ces colosses a une grande profondenr. L'or , dont les anciens exploitaient des car- rieres, ne se rencontre plus que par des indices plus ou moins prononces sur divers points dans l'etendue de la province. La miniere de cuivre d'Ollomont , exploitee avec soin d'apres les lemons des meilleurs metal- lurgistes , fournit chaqne annee 10 a 12 mille rubs de rosette. On trouve ailleurs des indices de ce meme metal. Le fer de Gogne est le produit dune mine explojtee a ciel ouvert , au sommet d'une mon- SUR LA VALLEE D'AOSTE. 2 55 tagne quelle conronne dans une longueur d'en- viron deux niilles. Elle livre au commerce huit mille rubs de fer chaque annee ; ce qui est loin de repondre aux avantages des debouches ct a l'exccllence du fer de Cogue. Parmi les nombreuses productions mineralo- giques, on distingue comme plus usitees les suivantes : le manganese , dotat il existe une riche carriere dans la commune de St. Marcel. Elle fournit au loin ce mineral si utile dans les manufactures de verres , dont il facilite la fusion , et que 1 on design e en consequence par le nora vulgaire de savon des vitriers. On trouve dans le vallon de Cogne une sorte de gvpse primitif (compacte, uni forme) , dont la texture se prete au travail du sculpteur_, et qui, par le simple ratissage, parvient a etre facilement modele. On a construit avec cette substance des mausolees , des statues , dont on voit des resles a la Cite , et notamment le tombeau que Ion avail era etre celui du comte Thomas , conserve en entier. On en voit encore d'autres restes eehap- pes a la hache revolutionnaire. Le gvpse, a l'abri de l'action des injures de l'air, consei-ve sa blan- chcur et son poli , qui liennent de ceux de l'ivoire. Cctte substance poui-rait etre employee tres-iiti- lement eu bas-reliefs el autres decorations dans rintericur des edifices , et fournir une branche d'industrie a des habitans de ce pays. La piene 256 NOTICE ollaire se rencontre dans quelques vallees secon- daires , et particulierement dans celle de Val- tournanche , ou Ton en voit en rognons deta- ches. Elle est semblaLle a celle que De Saussure a vue dans le Vallais , et dont il fait mention dans ses Voyages dans les Alpes n.° 172.4- On en construit ici, corarae dans le Vallais, des poeles prcsqu'indestructibles. Apres quelques an- nees de sendee, cette sorte de pierre acquiert a sa surface un beau poli, etlapparenced'nn beau mar- bre noir. La pierre ollaire se nomine ici Lavet; cette denomination signaleune origineallemandc, Lavetztein , dont les Italiens ont fait Laverro. (Le langage est ici souvent mele de mots , d'ac- centuations, et meme de tours de phrases ctran- gers a la langue francaise). La facilite de travaillcr cette substance , de la polir , et par consequent d'obtenir des surfaces trcs-planes qui , par leur contact , forment des joints dune grande preci- sion , a laquelle ajoute l'onctuosite propre a la pierre ollaire , constitue tous les avantages a donner aux poeles, et meme celui de les decorer. lis conservent la chaleur bien plus long-temps que ceux de tcrres vernissees ou de toute autre matiere. II est surprenant que Ion n'ait pas em- ploye des poeles de cette sorte en Piemont. Leur usage contribuerait a diminuer la consommation des combustibles, et etablirait vine branche d In- dustrie dans le pays. SUR LA VALLEE D'AOSTE.' 25/ La vallee d'Aoste a plusieurs sources d'eaux minerales. Les plus frequentees sont celles de Pre-St.-Didier, ou se trouvent des sources d'eaux thermales. A peu de distance de la sont les fon- taines d'eaux froides acidulees, nominees la Saxe t la P ictoire el la Marguerite, plus generaletnent connues sous le nom d'eaux de Cormayeur. II suffit ici de les signaler comme celebres pour l'arfc de guerir. C'est aux villages de Pre-St.-Didier et de Cormayeur que vont se reimir, pendant l'ete, des societes choisies , ou , loin des affaires et des pluisirs tumultueux, a la faveur de lair si pur qu'on y respire , et des promenades neeessaires pour se porter aux diverses sources , elles vont jouir du calme et de la serenite qui font le charme de la \\q. C'est dans la vallee de Cormayeur quest le fameux labyrinthe de galerics taillees dans le roc vif, nomme le trou des Romains. Ces galeries, irregulierement tortueuses et inclinees, ne peu- vent etre visitees en entier que dans l'espace de plusieurs jours. Elles sont revetuesd'incrustations calcaires , qui met tent des obstacles aux recher- ches de ceux qui tentent de decouviir les sources ou (dit-on) les Romains trouva en t de lor. Cen'est pas seulement pour le geologuc et le mineralo- gist e que cetlc con tree est interessante : le bo- taniste y trouve les plantes les plus alpines et celles du midi de I'Europe. Allioni y a cueilli *7 258 NOTICE des espeees inedites qu'il a fait connailre. Les entoraologist.es, aprcs avoir saisi les insecles des plus hautes montagnes , trouvent dans la plaine cenx qui annoncent le beau cliraat de I'ltalie. Inde'pondamment des grands souvenirs que rappelle la vallee d'Aosle, on aime surtout a y joiiir de toute la magnificence des paysages alpins, formes de ees colosses qui s'elevent majestueu- sement dans l'espace. lis se montrent en partie a nu , sous la forme de rochers , ou vetus de superbes forets de melezes et de sapins, destines a hitter contre les efforts des orages, et a resister a la riguenr des frimats. De vastes prairies , sur lesquelles l'eeil aime a se reposer , sont distribue'es 9a et la; les humbles vegetans qui en forment le tapis , y sont proteges par la grandeur et la force de ces geans du regne vegetal; tel est Tordx-e si sagement etabli , qu'ils sont meme alimentes par le superflu de la substance de ces geans ; subs- tance broyee par les vents , et par enx transported sur le sol destine a ces plantes dedicates , qui ont ete derobees a Taction des frimats sous d'epaisses conches de neiges. La vue des Alpes qui eleve lame a des idees sublimes , lui procure en meme temps des jouissances delicieuses par l'effet ma- gique de tous les contrastes : tels que la chute de bruyantes cascades , au milieu du silence invpo- sant de la solitude ;les formes bizarres des roches primitives , si opposees aux formes gracieuses des SUR LA VALLEE D'AOSTE. 2^9 arbres qxii peuplent la foivt; l'ombrage epais de ceux-ci , qui couvre le sentier que suit le voya- geur, qtii , tout-a-coup, sc trouve transports en face dun site graeicux, ou la nature moins sau- vagc commence a deceler la main de l'homme. Si Ton s eloignedesrocbers sourcilleux,des forcts, et qu'on se rapproche du fond dune vallee , on decouvre tout -a -coup un changement subit de decoration. On reconnait ioi la presence des moissons; la, l'espoir des vendanges procbaincs, et le voyageur ne tarde pas a decouvrir un ba- meau. Deja l'astre du jour a disparu, la lumiere s'affaiblit , les froids glaciers se pcignent d'une vive coulcur de feu. C'est alors qua la fin de sa course, ce voyageur, pres du termc des fatigues de sa journee , sent ranimer son courage. C est riieure ou la fumee commence a s'elever sur les toits des cabanes; c'est le moment 011 le son des grelots anuonce le retour des troupeaux; il les voit arriver a la file; les habitans sc reunissent; cbacun deux oflrc a l'cnvi I'hospitalite au voya- geur, qui jouit du tableau delicieux du bonbeur domestique attache a linnocence de la vie pas- torale. Tcls sont les spectacles qui, sous les combi- naisons les plus varices , sc presentent a cbaque pas dans la grande vallee qui est 1 objet de cette Notice. ® OCOO»C> 0C0C^0CO0C0O3^0C0X30C0C0KOC<»CX'X>000CD»O9 OBSERVATIONS SUR LE Systeme de Bailly touch ant Vorigine des Sciences et des Arts ; par M. G.-M. RAY- MOND, Secretaire Perpetuel de la Societe. (Lues dans la seance clu 20 avril 1823.) I-JES savans ne sont point d'accord sur ce quils appellent le berceau des sciences et des arts. Preoccupes de systemes divers, ou diriges par des vues particulieres, ils ont varie sur le lieu ou il leur convenait de placer le foyer primitif des lumieres et de l'mdustrie, d'ou sont partis, selon eux, les rayons qui ont eclaire la terre. C'est ainsi qu'ils en font honneur tour a tour aux jEgyptiens, aux Chaldeensj aux Indiens , etc. II parait qu'on a tenu pen de comple d'une consi- deration itrtportante a laquelle il semble nean- moins tout nalurcl que Inn devait avoir quelqne egard. Les homines , considered dans une ccr- taine multitude rassemblee, sont doues, du plus an moins, des memes facult.es physiques et mo- rales. Est-il deraisonnable de penser que, places dans des circonstances analogues , ils doivent se OBSERVATIONS, ETC. 261 comporter dc la meme maniere, clans tons les temps ct dans tous les lieux; se livrer a des tra- vaux, a des efforts , a des recherches semblables, et arriver a pen pres aux memes resultats I Lc developpement des facultes , les produits de la reflexion , les fruits de 1 Industrie scront sans doute plus ou moins acceleres et diversenicnt modifies par le coneours et 1'efFet des besoins et des circonstanees locales ; ils porteront l'em- preinte des causes qui les auront determines. II est meme des genres de travaux et de decouver- tes qui seronl propres a certaines situations parti- cnlieres, scion la diversite des directions impri- mees a lesprit de recherche et a l'exercice des flicnltes individuelles. Mais toujours est-il vrai qu'il est une certaine mesure de connaissances positives, auxquelles les homines, en vcrtu dc lcur organisation general e et de la nature de leurs facultes communes , places toutefois dans les cir- constances convenables , peuvent arriver sepa- rement et independammcnt de toute communi- cation. Bailly reconnait la verite de ce principe pour les connaissances premieres et simples qui ont pu s'offrir d'elles-memes, mais il ne I'admet pas poui* cellcs qui n'ont pu naitrc, dit-il, qua la fa- veur du temps necessaire au developpement de lindustrie ] comme s'il etait impossible cnie plu- sieurs peuples anciens aicnt pu jouir du temps 262 OBSERVATIONS et des moyens necessaires pour ce developpement. Mettant a part les connaissances echappees au deluge, les observations qxie nous venons de faire nous paraissent. applicables a plusieurs des mi- grations qui , par l'eloignement et le laps de temps , avaient perdu la trace des arts et les no- tions qu'elles avaient pu emporter a l'epoque de leur separation. Est-il done indispensable de recourir , dans tous les cas, a un peuple primitif, unique et privi- lege , premier et senl depositaire des lumieres et de l'industrie , charge par la nature d'instruire les autres nations ? Et faut-il admettre que toute connaissance trouvee quelque part exige quon en aille chercher la source sur un seul point favo- rise du ciel, a l'exclusion de tous les autres I » Je ne puis croire , ditBailly, que les secrets de l'antiquile soient renfermes sous une clef, et quctoutes les fables aient ete jetees dans le meme moule et fabriquees sur un meme modele. » Bailly diflere done, a-t-on observe a ce sujet, de tous les auteurs de systemes, qui rapportent tout a rbypothese qu'ils se sont faite, tourmenlent ce qu'ils ont a expliquer et ne manquent pas de donner aux faits une interpretation et une coii- leur propres a leur faire signifier tout cequi s'ac- corde avec leurs vues interessees. On aurait pu ajouter que, puisque Bailly ne croyait pas que tons les mysteies de l'antiquite fussent renfer- SUR LE SYSTEME DE BAILLY. 2G5 mes sous une clef* il pouvait craindre lui-meme que la nouvelle clef qu'il avail a presenter ne flit peut-etre pas plus heurense que les autres. Nul ne rend plus de Justice que nous aux Iu- mieres, a letendue de 1 erudition de Bailly , et, nous ajouterions , aux qualites distinguees de son style, si ce dernier genre de merite n'etait tout- a-fait etranger a la question. Mais serait-il le pre- mier homme qui, avec du genie, du talent et de grandes eonnaissances, se serait expose a s'egarer dans le vasle champ des conjectures ? tant est puissante linfluence de l'esprit de systeme ! Nous placerons ici une remarque dont nous ne pre tendons faire ici aucune application parti- culiere; mais elle nous donnera lieu de rappeler une maxime trop ouLliee dans les recherches his- toriques. II n'est pas tres- difficile de creer des hypo- theses specieuses , en opposition avec toutes les idees recues. llya eu de tout temps des hom- ines a paiadoxes qui ont chcrche a frapper l'at- tention par des opinions nouvelles et extraordi- naires. II en est qui ont mis leur gloire a elever avec art l'edifice de quelcrue systeme ne ressem- blantarien de ce qui est general ement admis. En se prononcant contre toutes les opinions consa- crees , en contredisant toutes les traditions, en contestant I'autorile des mouumens les plus au- thentiqucs, on se donne uu air de superiorite qui 2 64 OBSERVATIONS impose; on passe pour avoir fait des decouvertes importantes , echappees jusques-la a toutes les etudes et a toute la penetration de ceux qui ont auparavant parcouru la meme earriere. II serait a desirer qu'cn matiere historique, les autcursn'eussent jamais perdu de vue le grand principe qui devait les dinger dans leurs rechcr- ches; et ce principe est le meme qui a fait faire de nos jours de si rapides progres aux sciences naturelles. Voici comment le sage et savant Go- guet en indique a la fois Timportance, et 1'usage qui] en a fait lui-meme dans son excellent ou- vrage (i) : « En exposant l'origine des lois , des arts et des » sciences, et en tra^ant leurs premiers progres » chez les anciens penp]es,/a/ donne a la con- » jecture le moins quil in a ete possible. J'ai » suivi, autant quil a de'pendu de moi, l'histoire » et l'ordre des fails. C'cst on principe dont, en » pareille matiere, on ne doit jamais secarter; » autrement ce serait donner l'histoire de ses » propres pensees , et non pas cello des evene- » mens. II faut, avant tout, s'assurer si le fait sur » lequel on s'appuic est bien constate; efalors, » quelque extraordinaire qu'il puisse paraitre , on (i) De VOrigine des lois, des arts etdes sciences, etc., Prciuce , page xxvm SUR LE SYSTEME DE BAILLY. 265 » dolt soumettre son imagination a la realite. » Avoir prouve qu'une chose n'est pas vraisem- » Liable , cst-ce avoir prouve qu elle est fausse ? » L'experience ne nous a-t-elle pas appris que » souvent le vrai n'etait pas vraisemblable? Parce » qu'un fait dement ime hvpolhese qu'il nous a » plu d'embrasser, est-ce une raison satisfaisante » pour le nier? Un raisonnement metaphysi- » que peut-il detruire une preuve historique? » L'homme n'est point condamne a la triste ne- » cessite de flotter perpetuel lenient dans l'incer- » titude sur les prineipaux fails que l'hisloire et » la tradition nous ont transmis. II ne faut pas » s 'imagine? qu'on ne puisse les apercevoir meme » dans l'antiquite la plus reculee. Tout ce qu'on » en rapporte n'est point arbitraire, problemati- » que et incertain. De la bonne foi, avecdela » droiture dans le cceur et dans I' esprit, suffi- » sent pour nous convaincrc de cette precieuse » verite , si l'on prend soin surtout de faire taire » cette vanite presomptueuse , on cette preven- » tion interessee, qui font souvent beaucoup plus » d'illusion qu'on ne pense. » On sait que Bailly, s'ecartant de toutes les opi- nions emises sur l'origine dcs connaissances hu- maines, avait avance, dans son Histoire de VAs- tronomie , que les lumieres semblaient venues du Nord, cnnlre le prejuge recu, dil-il, que la terre s'est eclairee comme elle s'est peuplee » 3 66 OBSERVATIONS du Midi au Nord. En parcourant Ics premieres decouvertes de l'Astronornie et les hautes con- naissances dans cette partie dont il croit trouver les vestiges chez quelques-unes des plus anciennes nations connues, il en attribue l'invention a un peuple primitif et unique, qui aurait precede tous les autres. Les Chaldeens , les Egyptiens , les Indiens, les Cliinois n'auraient ete que digno- rans heritiers de ce peuple savant , de qui ils au- raient recu des debris qu'ils etaient incapables d'apprecier. Bailly place ce peuple primitif dans cette partie de la Siberie qui s'etend au nord du 5o. me degre de latitude, depuis les rives de l'01)i, jusqu'au pays des Tongouses, a l'orient de la Lena. Cette opinion, preparee avec art et etayee de diverses considerations, n'etait presentee, il est vrai , que sous la forme d'une conjecture , mais qui laissait entrevoir toute la pensee de l'auteur. Elle excita les reclamations de Voltaire en faveur des Indiens , que celui-ci prenait sous sa protec- tion et qu'il voulait faire passer pour les institu- teurs du genre humain. G'est ce qui donna lieu a Bailly de developper plus amplement son sys- teme, dans ses Lett res sur Vorigine des scien- ces et sur V Atlantide de Platon. Commencons par examiner un principe qui est 1'une des bases fondamentales de son opinion. Bailly ne pense pas qu'une nation puissc assez SUR LE SYSTEME DE BAILLY. ?.6j degenerer pour perdre ou settlement alterer scs connaissances principales ; clle ne pent passer, dit-il, de la science a i'ignorance, de la raison a la demence. 11 y a deux moyens d'examincr cette assertion et de verifier si ellc a quelque fonde- ment; ces movens sont le raisonnement et le te- moignage de l'histoire. Tout ce que nous voyons sur la terre est sujet an deperissement; il n'est ricn dans lordre physi- que ni dans l'ordre moral qui puisse se soustraire a une degeneration progressive, a un pouvoir destructeur qui pousse ehaque chose vers sa fin. Nous n'avons pas besoin de confirmer cetle verile par une enumeration trop facile de faits et d'ex- emples : les preuves sont sous les yeux de tout le monde. Comment les nations echapperaient- elles a cette loi universelle , les nations , qui rcn- ferment dans leur sein tant de gcrmes de corrup- tion, qui sont exposees a subir les consequences de tant d evenemens , et dont tant de causes ex- terieures peuvent troubler l'cxistence ? Les na- tions ont une vie qui, comme celle des individus, a ses divers periodes d'enfance, de jcunesse , de matin vie , de vieillesse et de decrepitude. L'analo- gie est. frappanie dans tons les details. La duree naturclle de la vie humaine peut etre abregec par des causes nombreuses qui en accelerent le tcrme : lels sont les travaux excessifs, les ecarts frequens , de graves imprudences , des secousses morales. 5&S OBSERVATIONS Pourles peuples, ce sont les guerres, Ies revolu- tions politiques, de grands eve'nemens, de gran- des fautesen legislation ou en politique, des acci- dens varie's qui pcuvent naitre dans leur sein ou leur venir du dehors. Nous voyons des individus encore au milieu de leur carriere, fletris par le vice et l'abus de la vie, offrir les symptomes dune cadu- cite pre'coce. Ainsi voit-on des nations trcs-eclai- rees, mais corrompues par le luxe et la dissolution des mosurs, par un exces de civilisation, arriver a une decadence prematuree , au milieu des monu- mens du genie et de l'industrie , qui appartien- nent a un age qn'elles n'ont pas encore depasse. Cette vieillesse anlicipee differe essentiellement , de partet d'autre, par les memes traits et le meme caraclere , de la decrepitude naturelle qui n'est que le produit du temps. On voit les homines suc- ceder aux homines , comme on voit des peuples nouveaux remplacer les ancicns , de nouveaux empires s'elever sur les mines de ceux qui les ont precedes. Que Ion presse la comparaison, qne Ion pousse le parallele aussi loin que Ton voudra, partout on retrouvera la meme ressemblance, et Ion se convaincra de plus en plus que le cercle de la vie humaine est une image ahregee de ce qui se passe dans l'existence de cet etre collectif que Ion nomme un peuple, une nation. II n'est done point etonnant qu'un peuple vieilli par le temps puisse arriver a un etat ou il SUR LE SYSTEME DE BAILLY. 2Gg ne saura plus reconnaitre lui-meme L'origine de ses traditions alterees, ni la valeur dcs connais- sanccs dont il lui resle dcs debris quil ne sait plus rattacher a un meme ensemble, parce qu'il en aoublie les rapports. Une nation pent donc,com- me l'individn, perdre sa raison primitive : qui ne- sait pas que lexlrcme vicillcsse est plus stupide que lenfance? D'ailleurs, pour adniettre qu'un pcuple ne peut pas degenerer , il faudrait donner nn dementi a lhistoire tout entiere , qui n'est qu'une longue demonstration de la triste verite contraire a cette assertion. Les troubles poliliques, les devastations des conquerans, les changemens de dynasties, les croisemens de races, unc foide de causes ne tendent-cllcs pas a changer, de siecle en sieclc, la face des contrees ou ellcs exercent leur in- fluence, a modifier de millc manieres le caractere des peuples, leurs usages, leur Industrie, leurs connaissances? Les revolutions politiques respec- tent-elles constamment les oeuvres de la raison ct du genie? Est-il done vrai qu'on ne les ait jamais vues troublcrla marchc de l'espril . humain ? Ont- dles tou jours conserve precieiisemenl les fruits tics deconvcrles ? JN'ont-elles jamais mutile ou aneanti les monumens de la science? Portons nos icgnrds «urlcs regions qui out etc les plus florissantes dans r&ntiquite : partout nous serons, al)li^<\s du triste spectacle dc la degradation paitout nous trouve- 2 7° OBSERVATIONS rons les traces dune antique grandeur ensevelie dans la poussiere , partout nous verrons l'his- toire de la retrogradation ecrite avec des mines. Bailly demande comment les Indiens ont mis des reveries grossieres a cote de connaissances profondes, comment on pent reunir a la fois les jeux de l'age mur et ceux de l'enfance. Ce qui serait bien plus etonnant , ce serait un ordre de perfection absolue qu'il n'est pas donne a l'homme d'atteindre. L'homme, si sublime a la fois et sx faible , melange prodigieux de grandeur et de pe- titesse , est destine a donner a ses ceuvres l'em- preinte de sa propre nature; e'est la condition nccessaire de toutes les choscs humaines, depar- ticiper du doxdjle caractere qui distingue l'homme. On a fait observer a Bailly que, quelque surpre- nant qu'il paraisse que dans la raeme ville on ait pu inventer la Geometric et l'Astronomie , et croire que la Lunc n'est qua cinquante mille lieucs du Soleil , Galilee au milieu de ses juges, doit encore surprendre davantage. K'a-t-on pas vu Louis- le-Debonnaire , instruit en Astronomic, mouvir de frayeur a la vue dune eclipse ? Et , de nos jours, ne voyons-ncms pas les ecrits de Bailly lui-meme et ceux du celebre auteur de la Meca- niqxie Celeste, en meme temps que les Centuries de Nostradamus et l'Almanach de Liege? A l'aspcct des restes de l'astronomie des Chi- nois, des Indiens, des Chaldeens , on croit voir, SDR LE SVSTEME DE EAILLY. 1-]\ dit Bailly , une maison de paysans batie de eail- loux et de fragmens de colonnes dune Lcllc architecture ; d'oii Ton doit conclnre selon ltd , que ce sont la des debris d'un edifice construit par un architecte plus liaLile et plus ancien que les habitans de celte maison. Cette image est lieureuse , elle est specieuse meme en faveur du systeme dont Bailly est preoccupe. Mais le melange de l'ignoble et du grand, de la faiblesse et de la force , de l'erreur et de la verite , est-il done un phenomena si extraordinaire ? De ce que nous voyons de miserables echoppes adossees contre les murs dun palais, des etables aupres de belles mines dun temple , on les haillons de la frippcrie suspendus aux colonnes d'un porti- quc , s'ensuil-il que ces raonuniens soient l'ou- vrage d'une nation etrangere? Si les homines a. venir jettent les ycux a la fois sur nos livres tl' Astronomic et sur nos recueils d'horoscopes , seronl-ils en droit de nous refuser la propriete des tins , pour nous honorcr exclusivcment de celle des autres? Cclui qui aflirmera que la meme epoqtve n'a pu produire des ceuvres aussi dispara" tes , le fruit dune science profoiide et les reves absurdes dc la folie , celui-la dira pcut-elreune chose piquante pour ses contemporains, mais il n'avancera qu'un paradoxc sans fondement , ou- vevJement conlredit par les fails. Supposous que , par une suite de revolutions 273. OBSERVATIONS ou devenemens cfuelconques dont on concoit la possibilite , l'Europe , entre autres pertes nom- breuses , vint a etre privee tour a tour dcs savans da premier ordre qu'elle possede dans les diver- ses branches desconnaissanceshumaines, sans que ceux-ci eussent laisse des eleves capables de suivre lenrs traces et de les egaler un jour, ne voit-on pas que la culture des sciences marcherait rapidement vers son deelin, et que Ion arriverait enlin a une epoque ou il n'y aurait plus personne en etat de comprendre et dexpliquer les grands ouvrages qui auraient pu restcr ? Faudrail-il assu- rer alors qne l'Europe n'aurait que des connais- sances empruntees , et que les vestiges des sciences qu'011 y trouverait ne seraient que les restes de connaissances etrangeres transporters autrefois parmi ses habitans ? Autre hypothese non moins plausible : la re- naissance des Lettres en Occident est un fait accidentel qui pouvait ne pas arriver. L'ignorance et la barbarie pouvaient aflfermir et perpetuer leur regne sur 1 Europe, par la destruction successive de tous les monumens historiques; il pouvait se faire qu'aucune ctinccllc ccbappee de l'Orient n'eut rallume le flambeau des sciences, que rien n'eut mis sur la voie de retrouver l'histoire de la Grece et de Rome. Les Arabes pouvaient rester dans la meme ignorance ou les avait ploni, r e's Mahomet. Les stupides Musulmans pouvaient repeter partout le fatal dilemme dOmar et sacri- StIR LE SYSTEME DE BAlLLY. 27S ficr au Koran tons les mon aniens des sciences. L'irruption des Barbaras pouvait s'etendre sur l'Asie et lAfiique, ct prevenir tout retonr quel- conque aux lumieres. Dans cet etat de choses , rien n'aurait pu reveler aux Grecs modernes les litres de gloirc de leurs ancetres; ces titres fus- sent restes ensevelis pour cux dans un complet oubli. Snpposons maintenant que quelques hom- mes venus dun autre hemisphere ct n'ayant au- cune notion de l'histoire de celni-ei , eussent parcouru la Grcce et ohserve les mines admira- Lles de ses antiques monumens : ils auraient trouve la une belle matiere a faire la comparaison de la chaumiere batie avec des cailloux et des troncons de colonnes. Ne trouvant parmi les ha- bitans de cette region aucune trace de leur ancien. etat , aucune analogie entre leur avilissement actuel et les restes magniliques des edifices dont le genie des arts avait jadis convert leur sol , ils auraient pu conclure avec Baillv que cette pan- vre nation grecque n'avait jamais ete capable de s'elever au degre de civilisation, de connaissan- ces , de talent et de gout, indique par de telles mines. Un autre argument sur lequel Baillv insiste beaucoup, est lidenlite dun certain nombre de notions communes aux divers pcuples de l'Asie, lcsquelles n'ont pu, scion lui, se transmettre de I'un a I'autre par communication , qui n'ont pu 18 2 74 OBSERVATIONS iiait.re non plus d'clles-memes chez les uns et les autres separement, comme produit naturcl de la constitution humaine et des circonstances , mais qu'ils n'ont pu rccevoir que d'une mcme source. Bailly s'attache avec beaucoup de soin a etablir la repugnance des nations a adopter des systemes et des usages ctrangers. II convient que l'homme est naturellement imitateur, mais il n'en affirme pas moins que les homines tiennent fortement a leurs idees et sont disposes a repousser toute inno- vation. 11 attribue surtout cette disposition aux peuples de l'Asie, qui se montrent particulierc- mcnt ennemis de toute nouveaute etrangere. Nous conviendrons volontiers de cet eloignement de quelques peuples pour les usages des autres nations , et de tous les obstacles que Thabitude, l'amour-propre et l'ignorance peuvent opposer a certaines communications. Mais on ne peut se dissimuler, d'autre part, que ces obstacles n'ont pas etc toujours ni partout les mcmes; que l'evi- dcnce, l'utilite, l'ascendant de la superiority, les relations commerciales et beaucoup d'autres cau- ses n'aient souvent triomphe des difficultes dont il s'agit ; et des exemples modernes tres-connus nous prouvcnt assez tout le pouvoir de l'esprit d'imitation , mcme entre des nations rivales et de caracteres tout opposes. Mais admettons; si Ton veut, sans restriction, teUe. extreme repugnance de chacun des peuples SUR LE SYSTEMS DE BAILLY. 'JjS de l'Asie a reeevoir en communication les con- naissances et les usages d'un autre peuple : cette consideration se tourne tonte entiere contre lo systeme de Bailly. Comment se fait-il, en e(Tet, que ces memos nations aient admis sans obsta* clcs les lois, la religion, les sciences, la philo- sophic du peuple instituteur qui leur a apporte la lumiere des climats septentrionaux? Pourquoi cette ohstination a repousser les connaissances , les opinions et les usages qui leur seraient venus duMidi, et cette extreme docilite a les accueillir lorsqu'ils sont arrives du Nord ? Si l'Europe, dit Bailly, venait un jour a perdre ses connaissances et qu'il n'en restat que des lam- Leaux , un jurisconsulte philosophe qui viendrait, dans la suite , decouvrir des lois semhlahlcs chez les Allemands, chez les Francais, chez les Ita- liens , no pourrait trouver la cause de cette uni- formite dans la nature de l'homme; il remonterait necessairement a un peuple anterieur qui aurait impose a ces diverses nations le joug des memes lois. Or , si les debris dune meme legislation lui faisaient tirer cette consequence, h plus forte rai- son pourrait-il l'appliquer aux opinions philoso- phiques , aux veriles des sciences physiques et mathematiques. On soumet physiquement les homines , on leur impose le frein des lois , mais les esprits gardent leur liberte. Les principes des .sciences, qui supposent aussi lunite d invention, 376 OBSERVATIONS nc sc conimimiqnent pas sans difficult.es et ntf sont pas dune adoption si facile. On peut admirer ici la puissance de l'esprit de systeme pour dieter les jugemens les plus etran- ges. On concoit que la force est necessaire pour soumettre a des Iois uniformes, des peuples qui n'ont rien de commun dans leur caractere, leurs mocurs, leurs usages, leurs habitudes, la nature de leur climat, leurs besom*, leur langue, etc.; et le jurisconsulte raisonnerait avec justesse. Mais pourquoi les verites naturelles et positives seraient- cllcs plus difficiles a etablir? Les esprits gardent leur independance : e'est precisement par cette raison, qu'avant la faculte de rejeter des opinions arbitraires, ils ont celle d'adopter des verites ex- presses, qui exercent par elles-memcs leur em- pire. Les mreurs , les opinions , lc caractere, les besoins different dun peuple a l'autre ; mais les verites naturelles sont de tous les temps et de tous les lieux. Elles sont unes, et l'esprit est force de se rendre a leur evidence. Qui pourrait croire qu'une formule de Droit puisse s'etablir plus aisement qu'un axiome 011 un tlieoreme de Geometric ? On concoit autant de systemes de legislation qu'il v a de situations sociales essen- tiellement differentes ; mais il n'y a qu'une Geo- metric et qu'une Astronomic L'unite de legis- lation suppose unite de nation , on nne force majeure qui comprime les resistances; tandis qua SUR LE 5YSTEME DE BAILLY. 277 les savans dc tons les pays fovment nne settle re- publique qui reeonnait partout les Jmemes lois. Les vues politiques se eroisent, les interets natio- naux se heurtent, les armees ennemies se cora- hattent; mais les speculations des sciences n in- terrompcnt pas pour aulant lenrs relations pacifiques, et les savans se donncnt la main au travers des harrieres elevees par la politique. Enfin , pour rentrer plus directement dans la question, disons qu'une loi spc'ciale et positive pent s'imposer 011 se communiquer, mais ne sc devine gueres , tandis qu'une verite geometrique pout se decouvrir parlout sans aucune commu- nication. Sans rien prelendre prononcer snr la supposi- tion qu'une colonic d'Egyptions ait pu penelrcr autrefois a la Chine, il nous parait que Bailly a refute peu solidement cette opinion. Scion lui les ressemblances que Ion remarque cntre ces deux peuples remontent a la fondation des deux monarchies, et la marine n'est pas aussi ancienne; d'ailleurs les Chinois auraicnt ferme leurs ports aux Egyptiens. Que les traits dc conformitc qui existent cntre les Chinois et les Egvpliens datent dc la fondation des deux monarchies, e'est une pure hvpolhrse, on fait avance gratuitcmenl, qui , apics tout, ne prouverait rien dans la question dont il s'agit- Connncnt sc pourrait-il que Ion tgnoral l'usage 278 OBSERVATIONS des navires, dans un temps pu Ton connaissait Ie mouvement du Soleil, qui, selon Bailly, suppose des siecles d'observations ; dans un temps ou Ton avait determine les points des equinoxes et des solstices, la veritable duree de l'anne'e de 565 jours et un quart, l'annee bissextile, etc.? Les Phe'niciens etaient-ils aussi avances, lorsque lcurs Mtimens parcouraient deja les cotes de l'Afrique et de l'Europe? « Combien de siecles, dit Bailly, » n'a - 1 - il pas fallu donncr a l'etude du die! , pour » sonpconner settlement le mouvement du So- » leil ! Combien de siecles encore, pour determi- » ner les quatre intervalles de sa course ! » Peut- on penser que, pendant cette longue suite d'anne'es, des hommes presses par le besoin , exerces par l'indttstrie , n'aient pas songe a une foule d'autres recherehes que celle de la connaissance du Ciel I Les sciences et les arts enfantes par la necessite ont partout precede les speculations du loisir. Comment tine multitude de circonstances jour- nalieres, de de'sirs natttrels, debesoins, le simple mouvement de la curiosite , n'auraient-ils pas porte les hommes a essayer de franchir un fleuve, un lac, un bras de mer? Qui pottrrait soutenir que les premieres tentatives de navigation n'ont pas precede les grandes connaissances aslronomi- ques ? Les sauvages , qui ne sont pas des astro- nomes bien habiles, savent conslruire des canots plus ou moins ingenieux; la plupart des ties du SUR LE SYSTEME DE BATLLY. 279 Grand-Ocean nous ofFrent les preuves de migra- tions lointaines qui ont en lien parmi ces insu- laires. La connaissance du Ciel poussee aussi loin qu'on le suppose, a du reveler la forme et l'eten- dne de la Terre , et la Geographic a du fairc des progres paralleles a ceux de 1' Astronomic EV;s- lors on a du etre tente de visiter la surface, Vm Globe terrestre. Les connaissances geographiqucs determinent les voyages , ou du mains en indi- qucnt la possibility. S'il n'est done point absurde de supposer que, dans les temps recules, une colonie d'Egyptiens instruits ait pu arriver sur les cotes de la Chine, pourquoi cette colonie n'aurait-elle pas aussi bicn penetre dans le pays , qu'une colonic tartare \ Pourquoi ces Chinois, qui auraient repousse avee tant de resistance une flotlc egvptienne, ont-ils accueilli un Scythe avec une docilite telle « Que » jamais , dit Baillv, une influence plus profonde, » un empire plus durable n'ont ete accordes a un » homrae sur l'opinion des homines; que l'admi- » ration le suit, les homines se rassemblent au- » tour de lui , les villes s elevenl , un peuple » se forme , etc. » II est aise d'arranger des syste- mes , quand on dispose ainsi dc l'esprit des peu- plcs, de leur resistance ou de leur soumission. Nous avons deja fait quclqucs observations sur la possibilile que certain es decouvcrtcs et ccrtai- ncs connaissances positives aicnt pu naitre en 280 OBSERVATIONS divers lieux independamment de toute commu- nication. Bailly reconnait que les notions astro- nomiques rentrent les unes dans les autres et se supposent reciproqnement. 11 compare les anciens peuples a nos bergefs et a nos laboureurs. 11 est ra[j dit-il, que ceux-ci ont des almanachs qui, leirr annoncant la march e des saisons et l'ordre de leurs travaux, les dispensent de toute obser- vatiou, Mais, ajoute-t-il , les anciens qui, n'a- vaient ancun secours de ce genre, comhien de dithcultes ne durent-ils pas eprouver et comhien de temps ne leur fallut-il pas pour arriver a des connaissances certaines ! Sur quoi nous remarqne- yons d'ahord que les almanachs ne sont gueres, pour nos lahoureurs et nos bergers , an moyen de faire des decouvertes en Astronomie ; ensuite nous dirons que c'est parce que les anciens n'a- vaient point d'almanachs , quils furent obliges d'observer la marche des saisons , en etudiant les niouvemens des astres, et de faire des rccherchcs qui durcnt les conduire assez promptement a des connaissances positives. Or , les memes besoins drirent produipe partout les monies resultats. Bailly est principalement frappe de trouver chez plusieurs peuples diflerens l'annee divisee en 12 mois, le jour en 24 heures, l'hcure en 60 minutes, le cercle en 56o degres , etc.; ce qni , selon lui , indique necessairement une source commune. La division de l'annee en 12 rnois SUR LE SYSTETNIE DE BAILLY. 38 f procede de l'annee lunairc composee dp 12 lunai- sons, laqiielle a ete naturellement adoptee par tons les penples qui ont pris le corns de la Lune pour la premiere mesure du temps. Quant an rcste, il etait tout simple que, cherchant des nombres qui pusscnt se preter facilemenl aux usages auxquels on les destinait, on choisit de preference ceux qui admettaient le plusde divisions etde subdivisions; Nous ne nous arreterons pas aux periodes et aux Tables astronomiques dont on a fait taut de bruit pour etablir la haute antiquile des decou- vcrfes auxqnelles on les rapporte. On sait que ces tables et ces periodes ne prouvent rien sous ce rapport, puisqu'elles ont pu etre calculees en remontant , a partir des epoques recent cs qui correspondent a quelques-uns de leurs termcs. M. de La Place a fait voir que les Tables astro- nomiques des Indicns ont, en effet, ete calculees en relroi-radant, ce qui rcnverse dun seul trait , comme nous l'avons dit aillcurs, toutcs ces vaines consequences que Ion voulait tirer d'observations pretendues, lesquellcs ne sont que des inductions de pbenomencs possibles qui auraient eu lieu aux epoques ou Ton reculc en s'appuyant sur des fails posterieurs. Des observations astronomiques rapportees a telle ou telle latitude ne fournissent gueres des consequences mieux fondees. Puisqu'il est loin d'etre demontre qu'un penple instruit n';iit pu 282 OBSERVATIONS degenerer et finirpar onblierles fondemens de Ses connaissanccs , si Ion admet que les nations meri- dionales de l'Asie aient pu posseder , dans uu temps recule , la meme instruction que Ton at- tribue an peuple perdu , pourquoi ces nations n'auraient-elles pas desire d'etendre leurs con- naissances? pourquoi n'auraient-elles point tente d'enlreprises seientifiques ? N'auraient-elles pas pu avoir leurs Maupertuis , leurs Clairaut , leurs Bouguer , leurs La Condamine , leurs Chape , leurs La Perouse ? D'ou vient que toute obser- vation faite sur nn point particulier du Globe, ferait necessairement naitre l'idee que c;'est la seulement qu'etaient etablis les Corps de Savans, les Academies et les Observatoires ? Supposons encore une fois que les sciences de l'Europe vien- nent a se perdre avec ses monumens historiques, et que la posterite parvienne a de'couvrir qu'iui degre terrestre fut autrefois mesure par le 6o. rae degre de latitude boreale : un Bailly a venir pourra conclure de ce fait que c'est aux La pons que la France, l'Allemagne, l'Angleterre et I'lta- lie ont du les sciences dont il trouvera quelques restes defigures chez ces difterens peuples de l'Europe. En riant aujourd'hui des systemes aux- quels les debris de notre histoire peuvent donner lieu dans les livres des erudits futurs , dans des Memoires profonds , nous nous representerons facilement combien riraient a leur tour nos an- SUR LE SYSTEME DE BAILLY. 285 cetres, s'ils avaient connaissanee des system es aux- quels nous conduisent quelquefois nos recherches et de tout ce que nous avons imagine sur leur compte. Bailly observe que les Orientanx moderncs disent encore que la Terre est environnee d'une haute monlagne, et que l'astre de la lumiere vient de dcrriere cette montagne pour les e'clairer; ce qui lui parait rappelcr le souvenir d'une nation qui aurait franchi des montagues pour arriver dans une nouvelle patrie , 011 elle a apporte le flambeau des sciences. Nos paysans, qui voient cliaque jour le Soleil se lever derriere les mon- tagnes , en disent aiitant que les Orientanx : il serait plaisant que quelque savant vovagcur vint recueillir ce fait comme un reste precieux dune ;mti([ne tradition, et batit l:\-dessus une belle histoire sur 1'origine d'un peuple instituteur qui serait venu jadis eclairer l'Europe. Bailly pose comme un fait qui lui parait prouVe par plusieurs cxemples , qu'unc Astronomie pcr- fectionnee a preside a la naissancc de toutes les anciennes monarchies connues. Par consequent, le peuple eelaire d'ou provenaient ces hautcs connaissanccs, comptait alors ce nombre prodi- gieux de siecles d'etudes et. d'obserr alions , sur la necessite duquel Bailly insisle si fic'quemment. Or, qnand on considere que l'Europe sortant a peine des tenebres de la barbaric da inoven age, 284 OBSERVATIONS s'elance sur toules les mers et decouvre en pen de temps les points les plus recules de la surface du Globe, on ne revient pas de son etonncment sur la tranquille insouciance du peuple primitif, qui , ayant acquis une connaissance approfondie des rapports de la Terre avec le Ciel, est par- venu a. mesurer la circonference du Globe ter- restre, et ne soupconne pas meme l'existence des belles regions qui sont tout aupres de la sienne, ■ ou n'eprouve pas la moindre curiosile de les visi- ter pendant lalongue duree de tant de siecles. On a peine a com prendre comment quelques degres de latitude et quelques montagncs ont pu etre, pour nn lei peuple, des barrieressi difficilesa fran- chir; comment il ne s'est pas trouve, dans ce long periode, un seul curieux qui ait appele plus tot ^'attention de ses compatriotes sur des contrees ou la nature avait inutilement prodigue toutes ses richesses, oil, malgre le plus beau ciel et le sol le plus fertile, la societe n'etait pas nee, ou l'liomme n'avait pas su faire encore les premiers essais de son intelligence. Cette indifference et celte iner- tie sont d'autant plus remarquables , que ces peu- ples du Nord se sont fait eonnaitre dans la suite sousun rapport pre cisemcnt oppose, par les irrup- tions les plus frequentes et les plus etendues. Bailly observe avec raison que Ion quitte facile- ment des climats rudes pour un ciel plus douv. » Les Suisses, dit-il, descendraicnt volontiers en SUR LE SYSTEME DE BAILLY. 285 » Italic, si on les laissait faire. » Nous le croyons aussi , ct c'est ce qui redouble notre surprise sur le long retard du peuple perdu a penetrer dans les regions meridionales de l'Asie. L'hypothese du refroidissement du Globe, dont nous parle- rons plus bas, ne pent donner lieu ici a aucune reponse : ear Bailly, qui s'y arrete avec beauroup de eomplaisance, declare cepcndant qu'il n'y lient pas essentiellement , et que son systeme peut subsister sans recourir a cette supposition. « Le elimat de la Tartaric , dit notre auteur, est loin de s'opposer aux observations astrono- niiques. La latitude de 5o degres est celle de Paris, de Londres , de Berlin, celle qui a fourni les plus grandes decouvertes de 1' Astronomic mo- derne. Le beau ciel des eontrees meridionales dc lAsie, au lieu dc favoriser les progres de 1 Astro- nomic, a du leur opposer au eontraire des obsta- cles. La Constance du ciel a du y entretenir la paresse et la Constance des idces. II faut \\n ricl mobile pour donner de l'activite aux esprits. » Lorsqu'un ecrivain de merite, dont les talcns egalent les connaissanccs, a avance quelque sys- leme eontraire a toutes les idees generalemcnt admises , quelque paradoxe remarquable par sa singularity, lc lectcur impartial tiouve nn sujet curieux d'observations dans les moveus qn'emploie l'auleur pour appuver son opinion, dans les para- doxes accessoires auxquels il est oblige d avoir 386 OBSERVATIONS recours. II y trouve encore un interet d'un ordre plus eleve, lorsqu'il envisage ces efforts dans leurs rapports avec 1' esprit de systeme et avcc l'histoire des erreurs dc l'esprit humain. Aurait-on pu se douter qu'un climat incertain et souvent rigou- reux , oil lhomme est expose a plus de besoins, lut neanmoins le plus propre a seconder les re- cherches et les travaux scientifiques qui exigent le plus de loisir et d'independance ? Bailly nous avait dit lui-meme : « Je ne me sens pas la force » de mediter quand je surs presse par la faim , » quand il faut songer a me vctir pour me de- » fendre du froid, ou quand la pluie m'inonde en » attendant que ma maison soit batie. » Se se- rait-on avise de croire qu'un e atmosphere nebu- leuse, derobant frequemment les astres aux yeux de l'observateur , dut etre favorable a leur etude , et qu'un ciel toujours pur pouvait etre un obsta- cle aux progres dune science qui repose toute entiexe sur lobservation des phenomenes celestes? La latitude de 5o degres est celle qui a fourni les plus grands resultats astronomiques parmi les modernes. Oui, mais il faut distinguei - , dans une science , les decouvertes faites immediatcment par l'obsei v vation , d'avec celles qui sont le pro- duit du genie meditant sur des faits connus. Les fruits dune savante et profonde tbeorie peuvent naitre sous toutes les latitudes , en l'absence des objets dont clle s'occupe. Les premieres regies SUR LE SYSTEME DE EAILLY. 287 de la philosophic et de la critique nous appren- nent aussi que , pour apprecier une decouverte , il faut comparer l'inventeur a son siecle, exami- ner les ressources dont il a etc prive, ce qu'il a fait par ses propres forces , on les secours que lui avaient prepares ses devanciers, la masse des faits recueillis ou non avant lui , en nn mot , toutes les circonstances au milieu desquelles il s'est trouve. « Sans doute , dit encore Bailly, il » a Lien fallu que les decouvertes de Newton » fussent preparees; on ne construit pas im vaste » edifice sans materiaux amasses. » Pour etayer son opinion touchant la latitude 011 il place le berceau des sciences, Bailly parle de vestiges dun ancien peuple civilise, que Ton trouve dans ces regions , tels que des mines de villes, des manuscrits en papier de soie, des ca- raeteres traces avec l'encre de Chine , de l'or et del'argent, destomheaux, des inscriptions, etc. Mais si la revolution qui a fait disparaitre le peu- ple primitif est, selon l'auteur memo, du nombre de celles qui detruisent tout, comment ces mines peuvent-elles apparlcnir a un peuple aneanti par une semblahle revolution ? Et ces mines ne sonl- elles pas beaucoup trop modernes , pour dater d'une epoque anlericurc de plusieurs siecles a celle de trois mille ans avant notre ere , temps ou l'Astronomie n'etait, dit Bailly, qu'nn emprunt fait a des siecles bien plus aneieus I D'aillems , 283 OBSERVATIONS dans combien d'autres lieux ne trouve-t-on pas* des mines , des raonumens et des traces dune ancienne civilisation I Baillv dit que si Ton pouvait placer l'origine des sciences an Pole meme , ce serait peut-elre le moyen de donner une explication naturelle de plusieurs fables , telle que celle de Proserpine , qui passant tour a tour six mois sur la terre et six mois dans les enfers, serait l'embleme des jours et des nuits de six mois qui se succedent alter- nativement au Pole. Ce serait aussi la l'origine des annees de six mois que Ion retrouve encore auKamtschatka. Mais malgre ces vraisemblances, Baillv rcnonce a une telle supposition et declare que ce n'est la , en effet , qu'une simple hypo- these , une pure fiction. 11 convient ainsi , et nous pouvons prendre acte de cet aveu , qu'une certaine correspondance specieuse entre les tra- ditions et des circonstances locales de climat, est une faible preuve en faveur des inductions qu'on en voudrait tirer. Mais alors, pourquoi trouverait- il plus de vraisemhlance a rapporter l'origine de la fable du phenix a des nations habitant les contrees qui voient disparaitre lc Soleil plusieurs jours de suite ? Les vestiges des plantes de l'lnde que Ion trouve en Europe, les empreintes dccouvertes & une grande profondeur , semblent attestcr , aux yeux de Bailly , que les cliraats ou on les ren- SUR LE SYSTEME DE BAILLY. contre furent jadis la patrie dc ces planles , ou regnait une chaleur neeessaire a leuv existence et dont la privation posterieure a detrart ces especes , qui changent de climat en suivant la temperature a laquelle elles sont allachees. 11 en est de meme des grands animaux des pays chauds , dont on a trouve des depouilles dans la Siberie et autres regions eloignees de leur patrie actuelle. «, On n'a point dit, observe Bailly a ce sujet, » que la cause de ces fails etait une alteration » de la temperature du Globe. Cette explica- » tion est trop .simple pour avoir ete saisie » d'abord ; elle nest que le fait meme » L'esprit humain n'alrive aux idees vraies , et. » surtout aux idees simples , que par une marche » tortueuse , par des circuits. » Parlant ensuite de l'hypothese du changement de position de l'axe terrestre , << Si ce changement , dit-il , est y arrive graduellement, il a fallu plusieurs mil- » liers de siecles, el e'est une supposition bien » forcee d'etablir que les formes de la matiere, » que ces depouilles dun animal mort aicnt pu V sc conserver sans alteration , et soient encore » rcconnaissables apres ces millicrs de siecles. » En rejetant avee Bailly la supposition du de- placement graduel de l'axe terrestre , n >ns lui demanderons combien il a fallu de siecles depnis I'epoquc ou la temperature de la Zone torride *9 2§0 OBSERVATIONS regnait par les 70 degres de latitude, 011 les borda de la Mer Glaciale etaient la patrie naturelle de lelephant et du rhinoceros , jusqu'a celle ou , par 1'effet progressif du refroidisseraent insensible du Globe , l'abaissement de la temperature devait amener dans ces lieux la congelation du mercure. Nous lui demanderons comment , pendant ces milliers de siecles , la chair des animaux a pu se conserver jusqu'a nos jotirs, avec sa peau et ses poils , et dans nn tel etat de fraicheur, que des chiens, comme Ton salt, en ont mange. N'est-il pas de la derniere evidence que cette chair , b. l'instant de la mort des animaux, a du etre saisie par nn froid assez prompt pour la geler tout-a- coup et la maintenir des-lors constamment dans cet etat ? Et un tel phenomene, pour echapper a toute supposition forcee , peut-il s'expliquer autrement que par une grande et subite catas- trophe , qui a transporte ces animaux dans les diverses regions ou Ton trouve anjourd'hiu leurs depouilles , et les a deposes sur un sol etonne de les recevoir? Ne se moquerait-on pas de nous , si nous di- sions serieusement que la chair des animaux qui meurent actnellement dans certaines parties de l'Asie et de l'AfVique, se conserve des ce moment et se conservera jusqu'a l'epoque fulure ou le refroidissement du climat viendra la meltre pbur toujours a l'abride la putrefaction, pourlamon-' SUR LE SYSTEME DE LAlLLY. 2gt trQT intacte aux observateurs a venir? C'est pour- tant precise'ment ainsi que Ion raisonno , lors- qu'on explique par lc refroidissement du Glol)c, la conservation des restes d'animaux trouves dans la Siberie. Si les lumieres , marchant avec la temperature qui leur convient , sont venues du Nord a me- sure que les climats se sont refroidis , il regnait done chez le peuple primilif, dans les temps ou il cullivait les sciences avec tant de succes, une temperatuie beaucoup plus elevee que celle que Ion eprouve aujourdhui dans ces regions. Mais, dans ce cas , nous avons deux remarques a faire sur ce point. Il est done faux que le climat actuel de Paris , de Londres et de Berlin soit le plus favorable aux progres des sciences ; et les gi'andes decouvertes dont on fait honneur a ce climat , s'elevent contre le systeme meme a l'appui du- quel on les cite. Dun autre cote , comment les sciences ont-elles si fori de'ge'nere en approchant des conlrees meridionales, a mesure qu'elles sont venues y recouvrcr la temperature qui leur etait la plus convenable et a la faveur de laquelle elles avaient fait leurs premiers et leurs si hauts pro- gres ? Si la Terre s'est refroidie, c'est par des degres inappreciables , par une progression si lente, que nous u'en trouvons aucune indication dans This- 292 OBSERVATIONS toire positive des siecles connus (i). La nature vivante, circonscrite d'abord dans les regions po- laires , n'a pu s'avancer vers l'Equateur que par line marche insensible. Comment expliquer alors l'origine attribute a toutes les anciennes nations del'Asie et de l'Afrique, que Ion nous presente comme des colonies soudaines et a peu pies si- multanees dun peuple septentrional ? Comment expliquer le fait sur lequel on s'appuie , que le berceau de toutes les anciennes monarchies date dune epoque fixe , a peu pres la meme pour toutes I Bailly admet le Deluge , mais on dirait qu'il n'y croit que parce qu'il en trouve des indices dans les vagues traditions des peoples les moins connus. Quand on abandonne volontairement la (i) II rpsultp <\ps reeherches de M. Tuurier, Merabre de l'lnstitut Royal de France, sur le refroidissement se- culaire du globe terrestre , et d'tin Me'nioire de l'illustre auteur de la Mecanique Celeste , sur la diminution de la duree du jour par le refroidissement de la Terrc , que ce refroidissement du Globe et la diminution de son volume qui en serait la suite , entrainant une acceleration dans sa rotation diurne , n'aurait pas ' raccourci d'un trois cent quatre-vingtieme de seconde centesiinale , la duree du jour syderal , dans un intervalle de deux mille ans. ( Voy. la Connaissancc des Temps pour 1825, page 348). ' SUR LE SYSTEME DE BAILLY. 2g5 lumiere des monumcns historiques , il n'est pas etonnant que l'on toml)e dans un abirne de difri- culles et de contradictions , an fond duquel on se debat , a la lueur incertaine et trompeuse des conjectures et des hypotheses les plus gratuite« et les plus etranges. Nous avons, dans les Livres Saints, une his- toire autbentique du Deluge et de la dispersion' des peuples , qui resout toutes les difficultes et donne une explication satis faisante de tous les fiits. Pourquoi laisser le flambeau de 1 histoire et s'enfoncer de preference dans les images des conjectures et des systemes? Pourquoi s'ecarter d'un fleuve dont le cours est non-interrompu et dont on a la source sous les yeux , pour aller chercher au loin quelques branches egarees, qui, par leur changenient de pente et de direction , peuvent troniper sur leur veritable origine ? IV'cst-ce pas violer toutes les regies d'une saine critique, que d'accorder plus de confiance a des traditions eparses, iiieulicniutrs ci Jcpuurvues de tout caractcre d'aulhenticite, qu'a des ecrits po- sitifs , dont les auteurs sont connus et sur les- qnels se reunissent au plus haut degre toutes les preuves qui constituent la certitude historique I Si Ton se croit fonde a rejeter le temoignage expres d'une histoire consacree par l'opinion nniverselle , quels puissans argumens pourra-t- en alleguer en favcur de quelques traditions obs- 294 OBSERVATIONS cures , ignorees , enveloppees de nuages , sans autorite quelconque et ne se rattachant a aucun ill historique? Est-ce par le Deluge qua peri le peuple pri- jaiitif d'ou sont sortis les legislateurs et les insti- tuteurs de toutes les nations posterieures I Bailly ne s'explique pas nettement la-dessus. Les lu- mieres qu'il attribue a ce peuple sont les con- naissances presumees ante-diluviennes dont il a essaye de tracer l'histoire. Mais comment conci- lier cette opinion avec les assertions s.uivantes , qui sont les consequences expresses de ses deux premieres Letlres : « Que les Perses furent une i> colonie instruite autant etrangere a la Perse , » que Fohi a la Chine ; que les Chaldeens furent » un College etranger de pretres instruits , qui )>> apporterent les lumieres dun autre climat ; » que les Brames ne sont point originaires de » l'lnde , et qu'ils y ont apporte une langue et » des connaissances etrangcres ? » Bailly adopte la date du Deluge fixe'e par la clironologie sacree, en choisissant toutefois la limite la plus reculee assignee a ce grand evenement. Mais qu'est-ce I done a dire ? Les Perses , les Chalde'ens et les ' Brames sont-ils des hommes ante-diluviens ou , non ? Nous n'avons pas oui' dire que ]\'oe cut embarque dans l'Arcbe des Colleges de pretres charge's de transmettre sur la tcrre renouvelee , les connaissances dont ils auraient ete deposi- SUR LE SYSTEME DE BAILLY. 2g5