^nii WHITNEY LIBRARY, HARVARD UNIVER8ITY 1- : ;^,'?^^^ THE GIFT OF J. 1). WHITNEY, Stuvi/is Hoopev Proffssor w^m. MUSEUM OF COMPARATIVE ZOOLOGY ^\ vUïmxML"^^V^fc\ ftÇ^ëSfe^A? ''pMfm h Vf^lr' nêm\. -V ^"k -^.m. m- ' m^ m^/^rfik'f^^^^' :f^A.^ m^iM iJ^ COMPTES RENDUS HEBDOMADAIRES DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES. PAIIIS. — IMPRIMEBIE DE MALLET-BACHELIER, RUE DE SKINE-SAINT-GERMAIN, 10. PRES L INSTITUT. COMPTES REIVDUS HEBDOMADAIRES 7"^^ 3 J - <^ 3 é oL^ DES SÉANCES DE L ACADÉMIE DES SCIENCES CONFORMÉMENT A UNE DÉCISION DE L'ACADÉMIE PAR MM. LES SECRÉTAIRES PERPÉTUELS. TOME CINQUANTE-DEUXIÈME. JANVIER -JUIN 1861. •-e««^ PARIS, MALLET- BACHELIER, IMPRIMEUR -LIBRAIRE DES COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE l'acADÉMIE DES SCIENCES, Quai des Augustins, N° 55. -V 1861 ÉTAT DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES AU 1" JANVIER 1861. SCIENCES MATHEMATIQUES. Section 1"=. — Géométrie. Messieurs : BiOT (c. ^) (Jean-Baptiste). Lamé ^ (Gabriel). Chasles (o. ®) (Michel). Bertrand ^ (Joseph-Louis-François). Hermite ^ (Charles). Serret ^ (Joseph- Alfred). Section H. — Mécanique. Le Baron DupiN (G. o.^) (Charles). PONCELET ( G. o.^) (Jean-Victor). PlORERT (g. o.®) (Guillaume). MORIN (C.^) (Arthur- Jules). COMRES {c.^) (Charles-Pierre-Matthieu). Clapeyron (o. ^) (Benoît- Paul -Emile). Section III. — Astronomie. Mathieu (o. ^) (Claude-Louis). LiOUViLLE ^ (Joseph). Laugier ^ (Paul-Auguste-Ernest). Le Verrier (c. ^) (Urbain-Jean-Joseph). Faye (o. ^) ( Hervé- Auguste-Élienne-Albaiis). Delaunay ^ (Charles-Eugène). Section IV. — Géographie et Navigation. Duperrey (o.^) (Louis-Isidore). Bravais (o.^) (Auguste). N VI ÉTAT DE l'académie DES SCIENCES. Section V. — Phjsique générale. Messieurs : Becquerel (o.^) (Antoine-César). PouiLLET (o.^) (Clande-Servais-Mathias). Babinet ^ (Jacques). Duhamel # (Jean-Marie-Constanf ). Despretz (o. ^) ( César-Mansuete). FizEAU ^ (Armand-Hippolyte-Louis ). SCIENCES PHYSIQUES . " Section VI. — Chimie. Chevreul (c.^) (Michel-Eugène). Dumas (g.o.^) (Jean-Baptiste). Pelouze (c.@) (Théophile-Jules). Regnault (o.^) (Henri-Victor). Balard (o. ^) (Antoine-Jérôme). Fremy ^ (Edmond). Section VII. — Minéralogie. CoRDiER (g. O. ^-j (Pierre-Louis- Antoine). Berthier (c.^) (Pierre). Senarmont (o. C^) (Henri Hureau de). Delafosse ® (Gabriel). Le Vicomte d'Archiac ^ (Étienne-Jules-Adolphe Desmier de Saint- Simon). Sainte-Claire Deville ^ (Charles-Joseph). Section VIII. — Botanique. Brongniart (o.^i.) (Adolphe-Théodore). Montagne (o. ^) (Jean-Francois-Camille). TuLASNE ^ (Louis-René). Moquin-Tandon ^ (Horace-Bénédict-Alfred). Gay ^ (Claude). N ÉTAT DE L ACADKMIE DES SCIENCES. Vil Section IX. — Economie rurale. Messieurs : BoussiNGAUl.T (c.^) ( Jeaii-Baptiste-Joseph-Dieiidoniié;. Le Comte de Gasparin (g. O. #) (Adrien-Étienne-Pierre). Payen (o.^) (Anselme). Rayer (c. ^) (Pierre-François-Olive). Decaisne ^ (Joseph). Peligot (o. ^) (Eugène-Melchior). Section X. — Analoinie et Zoolocjie. Geoffroy-Saint-Hilaire (o.^) (Isidore). Edwards (o.®) (Henri-Milne). Valenciennes ^ (Achille). Coste ^ (Jean-Jacques-Marie-Cyprieii-Vicloi). QuatrefaGES de Bréau ® (Jean-Louis-Armand de) LoNGET (o. ^) (François-Achille). Section XI. — Médecine et Çliirunjie. Serres (c. ^) (Étienne-Renaud-Augustin). Andral (c. ^) (Gabriel). Velpeau (c. ^) ( Alfred-Annand-Louis-Marie). Bernard ^ (Claude). Cloquet (o.^) (Jules-Germain). JOBERT DE Lamballe (c. ^) (Antoiiie-Joseph). SECRETAIRES PERPETUELS. Élie de Beaumont ( G. o. ^) (Jean-Baptiste-Armand-Louis-Léonce); pour les Sciences Mathématiques. Flourens (g.O. ®) (Marie-Jean-Pierre), pour les Sciences Physiques. vni ÉTAT DE L ACADEMIE DES SCIENCES. ACADÉMICIEIVS LIBRES Messieurs : Le Baron SÉGUIEU (o.^) (Armand-Pierre). QviALE (O.^) (Jean). BUSSY (o. ^) ( Antoine-Alexandre-Brutus). Delessert (o.^) (François-Marie). BiENAYMÉ (o. ©) (Irénée-Jules). Le Maréchal Vaillant (g.c.^) (Jean-Bapliste-Philiberl). Verneuil ^ (Philippe-Edouard Poulletier de). Le Vice-Amiral Du Petit-Thouars (g.o. ^) (Abel Aubert). Passy (c.^) (Antoine-François). Le Comte Jaubert ^ (Hippolyte-Francois). ASSOCIES ÉTRANGERS Faraday (c.^) (Michel), à Londres. Brewster (o. ^) (David), à Saint-Andrews, en Ecosse. TiEDEMANN ^ (Frédéric), à Francfort-sur-le-Mein. Mitscherlich, à Berlin. Hersciiel (Sir John William), à Londres. OWEN (O.^), (Richard), à Londres. Le Baron Plana (o. ^) (Jean), à Turin. Ehrenberg , à Berlin. CORRESPOIVDA^TS. Nota. I,e règlement du G juin 1808 tloiiiio a chaque Section le nonibn* de Correspoiicîantt suivnnt. SCIENCES MATHÉMATIQUES. Section I'^. — Géométrie (6). Hamilton (Sir William-Rowan), à Dublin. Le Besgl'E ^, à Bordeaux, Gironde, et à Paris, rue des Fossés-Saint- Jacques, n° G. SiEiNEit, à Berlin. Ostrogradski, à Saiut-Péter.sbourg. TcilÉRYCiiEi', à Saint-Pétersbourg. Kum.MER, à Berlin. ETAT DES L ACADEMIE DES SCIENCES IX Section II. — Mécanique (6). Messieurs : ViCAT (c.®), à Grenoble, Isère. BuRDiN ^, à Clermont-Ferrand, Puy-de-Dôme. Seguin aîné ^ (Marc), à Montbard, Côle-dOr. MOSELEY, à Londres. Fairbairn^ (William), à Manchester. N Section lU. — astronomie [i&). Le Général Sir T. -M. Brisbane, en Ecosse. Encke, à Berlin. Valz ^, à Marseille, Bouches-du-Rliône. Struve (c.^), à Pulkowa, près Saint-Pétersbourg. AiRY^ (G. Biddell), à Greenwich. Carlini^, à Milan. L'Amiral Smyth, à Londres. Petit ^, à Toulouse, Haute-Garonne. Hansen, à Gotha. Santini, à Padoue. Argelander, à Bonn, Prusse Rhénane. HiND, à Londres. Peters, à Altona. Adams (J.-C.), à Cambridge, Angleterre. Le Père Secchi, à Rome. N Section IV. — Géographie et Navigation y^), Le Prince Anatole deDÉMIDOff, à Saint-Pétersbourg. Sir James Clarr-Ross (c.^), à Londres. d'Abbadie^ (Antoine-Thomson), àUrrugne, près Saint-Jean-de-Luz, Basses-Pyrénées ; et à Paris, rue du Bac, n° io4. L'Amiral deWrangell, à Saint-Pétersbourg. Tessan (o. ^^) (Louis-Urbain DorteTde), au Vigan, Gard; et à Paris, rue du Luxembourg, n° 3. N N N C. R., ia6i, 1" Semestre. (T. LU, N" I . ; 3 ÉTAT DE l'académie DES SCIENCES. Section V. — P/tysirine générale [g). Messieurs : BaRlow, à Woolwicb. De La Rive ^ (Auguste), à Genève. Hansteen, à Christiania. Marianini, à Modène. FOHBES (James-David), à Édimiiourg. Wheatstone ^, à Londres. Pl.ateau, à Gand. Delezenne d§, rue des Rrigiftines, n" i2, à Lille, Nonl. Matteecci, à Pise. SCIENCES PHYSIQUES. Section W. — Clihnie (f)). Desormes, à Verberie, Oise. BÉRARD #, à Montpellier, Héraiill. LiEBlG (o.©), à Giessen. Rose (Henri), à Berlin. WÔHLER (o.^), à Gôttingue. Graham, à Londres. Bunsen, à Heidelberg. Malaguti(o. <§), à Rennes, Ille-el-Filaine. Hoffmann, à Londres. Section Vn. — Minéralogie (8). Rose (Gustave), à Berlin. d'Omalius dIIalloy, prés de Ciney, Bch/iguc'; et a Pans, rue Saint-Lazare, n° io4. MURCHISON (Sir Roderick Impey), à Londres. Fournet^, à Lyon, Rhône. Haidinger, à Vienne. Sedgwick, à Cambridge, Angleteirc. Daebrée(o. ®) à Strasbourg, Bas-Hliin. N ÉTAT DE l'académie DES SCIENCES. XI Section YUI. — Bolnnkjue (lo). Messieurs : De Martius, à Munich. TiiÉviRANUS, à Bonn, P mac Rhénane. MOHL (H.), à Tûbingue. Lestiboudois ^ (Gaspar-Thémistocle), à Lille, Nord; et à Paris, rue de la Victoire, n" 92. Rlume, àLeyde, Pajs-Bas. Candolle ® (Alphonse de), à Genève. Schimper CS à Strasbourg, Bas-Rhin. HoOKER (Sir William), à Kew, Angleterre. Thuret, à Antibes, Far. Lecoq, à Clermont-Ferrand, Puy-de-Dôme. Section IX. — Économie rurale [10). Bracy-Clark, à Londres. Girardin (o.^), à Lille, Nord. Vilmorin Cs aux Barres, près Nogent-sur-Vernisson, Loiret. KUHLMANN (o,@), à Lille, Nord. J. LiNDLEY, à Londres. Pierre ® (Isidore), à Caen, Calvados. Chevandier ®, à Cirey, Meurlhe. Reiset ^ (Jules), à Écorchebœuf, Seine-Inférieure. Le Marquis CosiMO Ridolfi, à Florence. Renault (o. i^), à Maisons- Alfort, Seine. Section X. — Anatomie et Zoologie (10). DuFOURC^ (Léon), à Saint-Sever, Landes. QuOY (c.®), à Brest, Finistère. Agassiz, à Boston, États-Unis. Eudes-Deslongchamps CS à Caen, Calvados. Pouchet C-, à Rouen, Seine- Inférieure. Von Baër, à Saint-Pétersbourg. Carus, à Dresde. Ratke, à Koenigsberg. NOiiDMANN à Helsingsfors, Russie. N XII ETAT DK L ACADEMIE DES SCIENCES. Sfxtion XI. — Médecine et Chirurgie (8). Messieurs : Maunoik aillé, à Genève. Pamzza, à Pavip. Bretonneau (o. ^), à Tours, Indre-et-Loire. Brodie (Sir Benj.), à Londres. SÉDiLLOT (o.®), à Strasbourg, Bas-Rhin. GuYON (c.^), à Alger. De Virghow (Rodolphe), à Berlin. Denis (de Commercy), à Toul, Meurlhe. Commission pour administrer les propriétés et fonds particuliers de f Académie. Cuevreul. poncelet. Et les Membres composant le Bureau. Conservateur des Collections de [Académie des Sciences. Becquerel. Changements survenus dans le cours de l'année 1867. (Voir à la page 1 4 de ce volume.) COMPTE RENDU DES SÉANCES DE L'ACADÉIIE DES SCIENCES. SÉANCE DU LUNDI 7 JANVIER 18(>1 PRÉSIDENCE DE M. MILNE EDWARDS. REIVOUVFXLEMEIVT AIVÎVUEL DL BLREAL ET DE LA COMMISSION ADMEVISTRATIVE. I/Académie procède par la voie du scrutin à la nomination d'un Vice- Président qui, cette année, doit être pris parmi les Membres de Sections de Sciences mathématiques. Au premier tour de scrutin, le nombre des votants étant 53, M. DcHAMEt, obtient 3^ suffrages. M. MORIN 9 » M , DUPERREY 2 » MM. Co.MBES, DcpiN, LiouviLi.E, ciiacun. . i » Il y a un billet nul comme portant le nom d'un Membre de la Section des Sciences naturelles. M. Di'HAMEL, ayant réuni la majorité absolue des suffrages, est pro- clamé Vice-Président pour l'année i86i. Conformément au Règlement , le Président sortant de fonctions doit, avant de quitter le Bureau, faire connaître à l'Académie l'état ou se trouve l'impression des Recueils qu'elle publie et les changements arrivés parmi les Membres et les Correspondants de l'Académie, dans le cours de l'année. M. Chasles, Président pendant l'année i86o, donne à cet égard les ren- seignements suivants : f i4 ^ Publications de f Académie. Volumes publiés. .. I.es tomes XX\', XXVII, a* partie, XXX et XXXI des Mémoires de l' .Jccidéinie on\ \yàru clans le contant de l'année 1860. Le tome XXVI II des mêmes Mémoires, présenté à l'Académie dans sa séance du 24 \. \}vskVi\iiy. » Commission administrative . L'Académie procède par la voie du scrutin à la nomination de deux Membres appelés à faire partie de la Commission centrale administrative. Sur 5o votants, M. Poxcelet 49 sid'f'rages. .^I. Chevreul 45 » 31.^1. Poxcelet et Chevreul, ayant réuni la majorité absolue des suf- frages, sont déclarés élus. MEMOIRES ET COMMLIMCATIOIVS DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. M. Geoffroy-S.*ixt-Hilaire, qui avait été chargépar l'Académie de témoi- gner a M. Becijuerel la part que prennent tous ses confrères à l'accident qui lui est arrivé, donne des nouvelles satisfaisantes de l'état du malade. M. Vei.pkai-, qui a vu le blessé le matin même, annonce qu'il est aussi bien qu'on peut l'espérer, d'après le nombre de jours écoulés depuis la fracture; tout annonce, pour le temps voulu, une heureuse terminaison. M. Flourexs fait hommage à l'Académie d'un exemplaire du livre qu'd vient de publier sous ce titre : De la Raison, du Génie et de la Folie. n IXins la première partie de ce livre, dit M. Flourens, je donne une ana- lyse tnule nouvelle de la raison. La raison se compose de trois ordres de facultés : les facultés instinctives , les facultés intellectuelles et les facultés rntionnetle:i. » Dans la seconde partie, j'étudie le génie et je le ramène à sa vraie na- ture, qui est d'appartenir à la raison, dont il marque le degré suprême, et non à la folie, comme quelques-uns le prétendent en ce moment. » Dans la troisième partie, j'éclaire et j'explique la folie par la raison, et non la raison par la folie, comme le fait la nouvelle école psychologique, ce qui est l'ordre renversé du bon sens et de la logique. » MÉMOIRES LUS. PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE. — De t'influence de la température sur la fécondité des spores de Mucédinées ; par M. L. Pasteur. (Commissaires précédemment nommés : MM. Chevreul, Miloe Edwards, Decaisne, Regnault, Cl. Bernard.) « Duhamel rapporte dans un de ses ouvrages qu'il a pu faire germer du froment qui avait supporté une température de i lo" centigrades. Cette ob- servation du savant agronome devint l'origine de quelques recherches de Spallanzani sur le degré de chalevu* auquel on peut soumettre les graines sans leur faire perdre la faculté de germer. Parmi les plantes supérieures, ( •:) cinq espèces de graines furent étudiées par lui : ce sont le pois chiche, la lentille, l'épeaiitre, la graine de lin et celle du trèfle. Spallanzani s'occupa ei) outre de l'influence de la température siu- les spores des Mucédinées. Pour ce qui est des graines des plantes supérieures, les résultats de Spallan- zani, encore bien que très-curieux, n'ont rien qui doivent nous surprendre dans l'état présent de nos connaissances. I^a graine de trèfle, moins impres- sionnable que toutes les autres, a pu supporter une température voisine de 100° centigrades. Mais pour les graines des moisissures, Spallanzani fut con- duit à des conséquences singulières. Il admet, en effet, que non-seulement les spores des Mucédinées peuvent supporter la température de 100° centi- grades quand elles sont plongées dans l'eau, mais qu'elles peuvent même résister à la chaleur d'un brasier ardent lorsqu'elles sont sèches. D'ailleurs dans ce dernier cas il n'assigne pas la limite de température d'une manière précise. » On aurait peine à comprendre que ces résultats de Spallanzani sur les graines des Mucédinées n'aient pas été soumis à de nouvelles épreuves, si les expériences n'offraient ici des difficultés particulières. Celles que j'ai l'honneur de présenter aujourd'hui à l'Académie établissent bien que les spores des Mucédinées peuvent rester fécondes après avoir été portées à de hautes températures, mais les limites supérieures ne sont pas, à beaucoup près, aussi élevées que lavait indiqué Spallanzani. » Toute la difficulté du sujet consiste à trouver une méthode d'expéri- mentation rigoureuse. Rien de plus simple pour les plantes supérieures que d'essayer si leurs graines sont encore capables de germer lorsqu'elles ont été chauffées à une température déterminée : il ne pousse du blé que là où l'on en a semé; mais pour les Mucédinées, elles se développent partout où elles rencontrent des conditions favorables. Il est donc indispensable de recoiwir à une disposition qui permette d'affirmer sûrement que la petite ])lante a été reproduite par les spores que l'on a semées, et non additionnellement par les spores cjui sont en suspension dans l'air, ou déposées à la surface des objets mis en expérience. » Il ne me paraît pas douteux que les inexactitudes de Spallanzani dans la question qui nous occupe n'aient eu pour cause les difficultés qu'il a éprouvées à réaliser les conditions que j'indique, malgré son habileté bien reconnue. » Voici la méthode que j'ai suivie et qui me semble irréprochable. Je passe un peu d'amiante dans les petites têtes de la moisissure que je veux étudier ; puis je place cette amiante couverte de spores dans un très-petit C. R., 1861, 1" Semeslie. (T. LU, N» 1.) 3 ( «8 ) tube de verre que j'introduis dniis un tube en U de plus gros dian)étre, où le petit tube [)eut se mouvoir librement. L'une des extrémités du tube en U se relie par un caoutcliouc à un tube de métal à robinets, en forme de T. Un des robinets communicpie à la machine pneumatique, mi autre a un tube de platine chauffé au rouge, li'autre extrémité porte un caoutchouc (jui reçoit également le ballon où l'on doit semer les spores, ballon feiiné à la lampe, rempli d'aii calciné et du liquide préalablement porté a l'ébulli- tion, devant servir d aliment à la jeune plante. Enfin le tube en U plonge dans un bain d'huile, d'eau ordinaire ou d'eau saturée de divers sels, selon que l'on veut porter les spores à telle ou telle température. Entre le tube en U et le tube de platine il y a un tube desséchant à ponce sidfurique. Lorsque tout l'appareil qui précède le tube de platine a été rempli d'au- calciné et que les spores ont été maintenues à la température voulue un temps suffisant que l'on peut faire varier, on brise la pointe du ballon par un coup de marteau, sans dénouer les cordonnets du caoutchouc qui réunit le ballon au tube en U; puis, inclinant convenablement ce dernier tube éloi- gné de son bain, on fait glisser tlans le ballon l'amiante et ses spores. Enfin l'on referme le ballon à la lampe par un trait de flamme sur l'un des étran- glements ménagés sur son col. On le porte alors à l'étuve à une tempéra- ture de 20 à 3o", qui est la plus ftivorable au développement des Mucédi- nées. » C'est en appliquant la méthode que je viens de décrire, et qui m'a paru répondre à toutes les difficultés de l'étude que j'avais en vue, que je suis arrivé aux conséquences suivantes. » T^es spores desMucédinées, chauffées dans le vide ou dans l'air sec, res- tent fécondes après avoir été portées à une température de 120 à i25°. La durée de l'exposition à cette température a été, dans mes expériences, d'un quart d'heure, puis d'une demi-heure, trois quarts d'heure et une heure. Je n'ai pas été au delà , mais tout annonce que la durée de l'exposition a 120° peut être dépassée. Une exposition de vingt minutes ou d'une demi- heure de 127 à i3o" suffit au contraire pour enlever complètement leur fécondité aux spores les moins impressionnables (i). » Des conditions nouvelles de milieu, de chaleur, d'électricité, ..., pour- ront-elles la leur rendre? C'est ce que je rechercherai, et ce que mes |)re- (1) M. Paycn a reconnu «lojà depuis longtemps que ies sponilos lU'ÏDidiiitii niiriitituicuin conservaient leur lacullé de di'veloppcuient après avoir été portées à rao". [Comptes rcnt'.iis de l' Académie des Sciences, t. XLVIII. ) ( -9 ) miers essais dans cette direction me permettent déjà d'espérer. Certains faits, STir lesqnels je reviendrai avec tonte l'attention qn'ils méritent, m'au- torisent à penser que des spores, et en général des germes, morts apparem- ment pour certaines conditions déterminées, ne le sont pins pour d'autres conditions nouvelles. Mais ce sujet est trop délicat pour que je l'aborde ici par des expériences encore incomplètes. Je rappellerai seulement que j'ai déjà eu l'occasion de montrer qu'en changeant la nature des li(|uides on peut faire varier les limites de température au delà desquelles la fécondité des germes disparaît. » Lorsque les spores sont chauffées dans l'eau, j'ai reconnu qu'il n'y en avait d'aucune sorte qui put supporter, même pendant quelques mi- nutes seulement, la température de loo". » J'arrive maintenant à des résultats qui se lient étroitement à ceux qui précèdent : je veux parler de l'action de la température sur les pc^ussières qui existent disséminées dans l'air libre. Mes recherches antérieures ont prouvé que ces poussières contiennent beaucoup de spores de Mucédinées, Le microscope les fait voir, et elles germent quand on sème les poussières dans des liqueurs appropriées. Or il arrive précisément, comme on devait s'y attendre, que si l'on sème ces poussières après les avoir portées de i 20 à 120°, elles donnent des Mucédinées, mais qu'elles cessent d'en produire si elles ont atteint la température de laS à i3o". J'ai reconnu également que les poussières qui existent dans l'air sont incapables de donner nais- sance à des Mucédinées quelconques après avoir été portées dans l'eau à la température de 100". On remarquera la correspondance parfaite de ces résultats avec ceux qui se rapportent aux spores des Mucédinées prises sur les plantes dans leur étut naturel. ■ » En résumé, les expériences que j ai l'honneur de présenter à l'Académie précisent nos connaissances sur l'origine des Mucédinées, et rectifient diverses erreurs de .Spallanzani, que l'état de la science à l'époque où il vivait ne lui avait pas permis d'éviter. » PHYSIOLOGIE vÉGI=:tale. — Recherches sur te développeinenl du Jruil des Morëes (Morus, Broussonelia, Dorstenia); par M. H. Bâillon. (Extrait par l'auteur. (Renvoi à la Section de Botanicjue.) « Parmi toutes les définitions proposées dn fruit et de l'inflorescence de la mûre, on remarque surtout les suivantes, empruntées aux ouvrages clas- 3.. ( ao ) siqiies.Mirbelct Richard avaient dit que la inùreeslunesorose, comme l'ana- nas. A. Richard dit simplement que les fleurs sont en chatons. A. de Jussieu définit la mûre « la réimion des pistils de tout un petit épi de fleurs » et « un épi de fleurs pressées dont les pistils se sont sondés entre eux. » Pour M. Lindley, les fruits des Morées sont « de petites noix en utricnles » et la portion charnue en est formée par le calice. Ailleurs il nomme le fruit pro- prement ilit « un akène. " Endiicher dit de même : ■> Âcltenin perigonio bacciinte.... » Je ne vois guère que A. deSaint-Hilaire qui affirme que le fruit même du Morns est charnn. » Pour l'inflorescence, il y a unanimité de tous les botanistes. A. de Jus- sieu classe celle des Alorées parmi ses indéfinies. Pour tout le monde une nujre est un épi ou chaton, un groupe à deux degrés de végétation. » Les résultats de l'observation organogéniqne sont contraires à cette der- nière opinion adoptée par tous, et, parmi tant de manières de voir relatives au premier foit, montrent qu'une seule est vraie, celle que presque tous les savants ont rejetée. » Ce qui précède s'applique principalement aux genres Morus, Broussu- iietia et Dorslenia. Quant à la figne, sa structuie est beaucoup mieux connue, parce qu'on l'a étudiée organogéniqueinent. On sait bien que son inflores- cence est cenirifiige ( Brongniart, Payer, Trécul ). Mais M. Payer est le seul qui ait dit en i 85 i : « Il ne faudrait pas croire que toutes les fleurs du fond » de la coupe sont plus âgées que celles du bord. C'est dans le fond de la )) coupe que sont les plus âgées, mais à côté de ces fleurs plus âgées il en ). naît d';uitres plus jeunes qui sont contemporaines de celles qui naissent )< snr le bord de la coupe. « » Quand on examine une mûre naissante, on la trouve représentée, non |)ar un axe conique, comme un épi ordinaire, mais par une [ialelte a[)latic cpii a deux faces et deux bords. Sur l'un des bords, vers le milieu de sa hau- teur, se développe un mamelon hémisphérique ; c'est unr première fleur. Sur l'aiilre bord apparaissent ordinairement deux autres fleurs situées à des hauteurs inégales. Toutes sont le centre d'une cyme, car elles s'entourent bientôt d'autres fleurs plus jeunes. Mais il n'y en a pas sur les faces de la palette réce|itaculaire. Il ne s'y pi'oduit que des faisceaux de poils et si, pai- suite d'accroissements consécutifs, l'en.semble de la mûre prend une forme cylindroïde, c'est parce que les deux rangées de cyines marginales se com- posent de fleurs (|ui grossissent et arrivent à se toucher latéralement. Mais elles enclosent toujours deux rigoles profondes qui répondciit aux iaces et dont on ne soupronnei'ait pas l'existence a l'âge adulte. Donc uiu? mûre, ( ?.r ) an lieu d'être une simple épi ou chaton, représente un groupe de cyiiies disposées sur un réceptacle commun d'une configuration toute par- ticidière. » Il n'y a, dans la mûre, contrairement à ce qu'on pense, aucune soudure ni des sépales entre eux, ni de l'ovaire avec le périanthe, ni de deux fleurs voisines entre elles. Toutes ces parties se gonflent beaucoup et se rappro- chent insensiblement les unes des autres, sans jamais s'unir. Le fruit n'est point un akène enveloppé d'un calice charnu. Le péricarpe devient succu- lent lui-même dans une grande partie de son épaisseur. " Le mùrier-à-papier présente un péricarpe dont la portion charnue est extrêmement épaisse, principalement à sa base et sur les côtes qui s'élèvent latéralement jusqu'au style. Mais le centre, bien moins épais, de cette enve- loppe succulente cède et se déchire, lors de la maturité, pour laisser échapper le noyau. De sorte que ce qu'on appelle akène n'est ici aulre chose qu'un noyau intérieur qui sort de la portion charnue spontanément déchi- rée, de la même façon que, par une pression artificielle, le noyau d'une cerise peut être expulsé de son euveiojjpe succulente. » L'inflorescence présente une organisation tout aussi inattendue que celle du mûrier. Ce globe chargé de fleurs qu'on compare à un épi rac- courci, n'est en effet qu'un réceptacle sphérique. Près de son pôle supé- rieur se produit une première fleur. Quelques autres se montrent autour de celle-ci, mais à une certaine distance. Puis chaciuie de ces fleurs de pre- mière génération s'entoure d'une petite couronne de fleurs secondaires qui, en général, demeurent stériles. L'éruption florale g;igne ainsi peu à peu vers le pôle inférieur et s'arrête définitivement à quelque distance du pédicule. » Rien n'est plus analogue à ce qui précède que l'évolution florale des Dorstenia. D'une manière générale, on sait qu'elle est centrifuge. Mais datis le D. cémlosanlhes, par exemple, les fleurs de première génération, dissémi- nées çà et là, s'entourent ultérieurement de fleurs plus jeunes. Les premières sont destinées à devenir pistillées; les secondes sont ordinairement mâles. Alors le réceptacle se déforme tellement suivant son épaisseur, qu'il ne prend aucun accroissement dans les points où sont insérées les fleurs fe- melles. Il s'élève au contraire autour de celles-ci avec les fleurs oiàles, dont la base se trouve exhaussée, de la même manière qu'une fleur avait d'abord ses étamines hyj>ogynes, qui deviennent phis tard périgvnes, et c'est pour cela que les mâles sont à la surface, tandis que les femelles se trouvent, ( 22 ) comme disent les descriptions, logées dans des alvéoles creusés dans la substance de l'axe. » Il en faut conclure que le fruit des Brotissoiietiti et des Dotstenia ne re- présente in;e inflorescence simple, ni centrifuge, ni centripète, mais une réunion de plusieurs cymes sur un axe singulièrement déformé. » OPTIQUE. — De l'appropriation des instruments d'optique [lunettes, télescopes, inirroscopes) à la )>isi()i) hinondaire ; ])arM^. GiRArD-TcrLOX. (Extrait par l'auteur.) (Commissaires, MM. Pouillet, Cl. Bern.ird, de Qualrefages.) « La plupart des instruments d'optique propres à procmer la vision nette des objets distants n'ont jamais été appliqués qu'à la vision avec un seid œil. Serait-ce donc un avantage pour la fonction, tant sous le rapport de son mécanisme que sous celui des effets obtenus, que de n'y voir que d'un œil? — ou bien n'y aurait-il pas plutôt dans l'accouplement des télescopes par réfraction ou par réflexion certaines difficultés mal surmontées jusqu'ici, et qui s'opposent à leur usage binocidaire? » Comme il n'est pas douteux pour nous qne l'application constante d'iui seul œil ne soit fatale à Tinlégrité de la fonction en troublant promptement l'accord fonctionnel des deux organes, nous nous sommes proposé de pré- ciser les conditions d'iui usage rationnel et physiologique binoculaire de tous ces instruments. » Nous jjrendrons pour point de départ de cette analyse le mécanisme du plus commun de tous ces instruments : la iiuiette-jumelle d'opéra ou de Galilée. Dans cet instrument, une image réelle et renversée d'un objet [)lus ou moins éloigné est théoriquement formée presque exactement au foyer prin- cipal d'un objectif convexe. Un oculaire concave, placé entre l'objectif et cette image, renverse le sens et le point de concours des rayons convergents qui viennent le rencontrer avant la formation de l'image théorique. Chaque œil se trouve alors en présence d'une image virtuelle redressée, plus ou moins agrandie et placée dans le champ de la vision distincte de lobservateur, c'est- à-dire, plus expressément, à une distance qui, hors les cas de parallélisme des rayons, est parfaitement déterminée par la formule des foyers conjugués des lentilles. » Que devient, dans ce cas, l'exercice de la vision binoculaire.'' « Ou rajjpellera, à cet égard, un premier principe : c est qu'il existe une ( ^3 ) harmonie parfaite et constante entre l'accommodation de distance et la con- vergence des axes optiques; qu'à une accommodation donnée correspond une convergence déterminée, et réciproquement, ou du moins que ces deux éléments fonctionnels ^'enchaînent l'un l'autre dans de très-étroites limites. » Dès lors, dès que l'objet est rapproché ou le sujet myope, il survient entre ces deux éléments dissociation d'harmonie : les images sont offertes aux yeux ou dans le parallélisme ou sous un angle très-peu ouvert, et la vision binoculaire ou la fusion des deux images composantes doit se faire sur un point de concours plus ou moins voisin. On se trouve alors exacte- ment, et sans le savoir,, dans le cas des images stéréoscopiques. Il faut que les cristallins se décenirent par im effort spontané, ou bien que l'instrumen- tation, par quelque effet déviateur des rayons, procure léquivalent de cette décentra tion et présente aux deux yeux les rayons effectifs sous une conver- gence déterminée. » Nous démontrons dans cette Note qu'on produit aisément cet effet par la décentration des oculaires, c'est-à-dire, dans le cas d'oculaires con- caves, en rapprochant l'un de l'autre les centres de ces oculaires sur la ligne qui les luiit, et en dedans des axes des objectifs supposés à l'écartement même des pupilles, et dans le cas d'oculaires convexes, comme dans tous les téles- copes par réflexion, la lunette astronomique, la lunette terrestre, par leur décentration ou l'écartement relatif de leurs centres en dehors des axes pa- rallèles des objectifs. » La chose est donc des pUis simples dans tous les cas où l'écartement des objectifs, ou la largeur d'un objectif, ne devra pas dépasser l'écartement naturel des yeux. La mobilité transversale des oculaires dans une coulisse horizontale résout à l'instant le problème. » Il y a un peu plus de difficulté dans le cas, au contraire, où les objec- tifs doivent, comme dans les télescopes, être beaucoup plus grands que la distance des yeux. Maison le surmonte par un procédé très-simple et qui consiste à présenter les images virtuelles devant chaque axe optique par une double réflexion totale rectangidaire, procurée par une double paire de prismes disposés comme les miroirs du télestéréoscope d'Helmolh ou les prismes du stéréoscope que nous avons décrit dans le dernier Mémoire (2 juillet 1860) que nous avons eu l'honneur de présenter à l'Académie. La décentration des oculaires appliquée à ces nouveaux axes fait rentrer l'instrumentation dans le cas général décrit plus haut. » Le télescope de Newton est déjà, par la disposition latérale de l'image oculaire, à moitié préparé ponr cet accouplement. ( ^4 ) M Enfin, par ce procédé, et en ajoutant un tuyau de tirage de quelques centimètres à la juuielle d'opéra, on la transforme en un stéréoscope par- fait et qui instantanément s'applique à toutes les vues et à toutes les dis- tances. , » l.a microscopie peut également bénéficier de ces remarques; en utili- sant le procédé imaginé par M. Nachet, notre habile constructeur, pour mul- tiplier l'image réelle à la sortie de l'objectif (à savoir une couple de prismes à réflexion totale inclinés l'un et l'autre d'un petit nombre de degrés), on peut reporter chacune des deux images composantes sur l'axe optique cor- respondant dans l'inclinaison de convergence mutuelle qui répond à la distance de l'image virtuelle. L'application à ces images et à ces axes de vision des oculaires à écartement variable, en dedans ou en dehors sui- vant les cas, permet de résoudre immédiatement le problème. » Les grands avantages reconnus déjà au microscope binoculaire à axes parallèles de M. Nachet, instrument qui rappelle les conditions mêmes de la stéréoscopie, seront plus simplement encore réalisés pour cette modifi- cation. » Ces avantages sont, dans tous ces cas, et un champ plus vaste pour la vision et tous ceux qui s'attachr^nt à la parfaite harmonie de la fonction binoculaire. » AIATIIÉMATIQUES — Sur les (juantilés gconiélriques et iitlni-i/éoinélii(jues; Noie de M. de Poligx.\c:. • (Commissaires, MM. Chasies, Bertrand, Serret. ) " A mesure que les diverses branches des mathématiques s'élèvent, elles tendent à se rapprocher : souvent deux théories qui semblaient profon- d(hnpnt distinctes l'une de l'autre finissent par se rencontrer en quelque point commiMi. » Il est rare que ces rapprochements ne fassent pas naître quelques con- séquences nouvelles, ou du moins ne jettent une clarté inattendue sur des résultats identiques trouvés ainsi par des voies différentes. 11 Sans parler ici des beaux résultats obtenus par la géométrie supérieure, dont les méthodes nouvelles prêtent déjà un puissant secours à l'analyse, nous remarquerons que souvent l'interprétation des conceptions géomé- triques les plus simples peut aussi servir à élucider ou faire progresser l'algèbre. ( 20 ) » On sait le grand parti qu'a tiré Cauchy des variables imaginaires, qu'il a appelées (juaniités fjéométriqiies , et dont la nature a été parfai- tement définie du jour où l'on a pu les représenter par des lignes dans le plan. » La considération des quantités géométriques peut simplifier aussi les démonstrations de tous les théorèmes sur les nombres, lorsqu'on introduit, comme le fait Dirichlet, les diverses racines de l'unité. En cherchant à apphquer cette théorie aux belles recherches de M. Rummersurles nom- bres complexes, nous avons été amené à penser que les nombres idéaux pourraient bien n'être que des polygones dans l'espace, de même que les nombres complexes peuvent être considérés comme des polygones dans un |)lan. » Nous avons alors été conduit à introduire dans 1 analyse de nou- velles quantités, qui peuvent être représentées par des lignes tracées dans l'espace. » De même que nous avons appelé cjuanlite géométfique une ligne quel- conque tracée dans un plan, de même nous appellerons (luantité iiltra- géoinélrique une ligne tracée d'une manière quelconque dans l'espace. » Hamilton s'est déjà occupé de quantités de ce genre; mais ses nota- tions nowdjreuses et confuses ont rendu jusqu'à présent l'emploi des qua- ternions très-difficile, sinon impossible. Dans la théorie que nous allons développer, nous n'avons besoin d'aucun signe nouveau, et les nouvelles quantités que nous introduisons ne sont qu'une généralisation tiaturelle des quantités imaginaires dans un plan. )) Traçons trois axes orthogonaux OX, OY et OZ, et appelons UZ axe ultra-géométrique, OY axe géométrique, et OX axe réel ; désignons encore par plan géométrique le plan des XY. >; Si à partir de l'origine O nous traçons une ligne OA quelconque dans lespace, nous pourrons la définir complètement en nous donnant sa lon- gueur, l'angle w de sa projection sur le plan des XY avec l'axe réel, et 5 l'angle qu'elle fait elle-même avec sa projection. Nous appellerons la lon- gueur OA, le module; l'angle (», Vangle géométrique ou la longitude; l'angle Q, l'angle ullra-géomélrique ou la latitude. » Si le module deOA — «, on désignera la quantité ullra-géometnque OA para,^g,: pour faire la somme de deux quantités ultra-géouié!ri(|ues a et Z», „ , on les portera l'une au bout de l'autre. La ligne OB repré- sentera la somme a, ^,+ b. ., en grandeur et en direction : il est évident C R., i86i, 1" Semestre. (T. LII, N° 1.) 4 ( 26 ) d'ailleurs, par cette définition de la somme, que «(«,»)+ ''V^„0,)= V„0,)+ V,6)- Donc on peut intervertir l'ordre des parties de la somme. » Quant au produit des deux quantités ultra-géométriques, on aura par définition : » Il suffira donc de multiplier ensemble les deux modules et d'attecter le résultat d'un angle géométrique égal à la somme des angles géométriques des facteurs et d'un angle ultra-géométrique égal à la somme des angles ultra-géométriques des facteurs; d'ailleurs il est évident que ^{■^, e) X *(a,„ e.) = V>, «,) ^ %. «)• Par suite de cette définition, un nombre quelconque a, ^, pourra ètic considéré comme composé de trois facteurs : «(0,0) ou rt, 1(0,9) O" '«' '(.,,0) OU '«• Un de ces facteurs représente le module, l'autre le facteur ultra-géomé- trique, le dernier le facteur géométrique. Mais il est facile de voir qu'on peut écrire i^= cosw + isin w et ig= cosô -f-ysinô, / désignant une longueur égale à l'unité portée perpendiculairement au plan des xj. » En conformité avec les notations admises, nous aurons Donc une ligne quelconque dans l'espace se représentera par ralgorithmc- » On vérifie de suite que pour multiplier deux quantités de cette forme ( '-7 ) il suffit de iimltiplier les modules entre eux et d'ajouter respectivement les latitudes et les longitudes I) Ainsi la règle que nous avons donnée pour multiplier ensemble des quantités dans l'espace conduit à des multiplications algébriques ordinaires lorsque chacune des lignes est écrite sous la forme monôme; mais il n'en est plus de même lorsque l'on considère chaque ligne dans l'espace comme composée d'une somme de lignes obtenue d après la règle que nous avons donnée ci-dessus : en effet, dans ce cas le produit ne peut pas être obtenu directement, parce que pour les multiplications dans l'espace le produit des sommes n'est pas égal à la somme des produits partiels. Cependant cette difficulté n'est pas insurmontable, nous allons le faire voir. >i Supposons qu'on désigne une quantité ultra-géométrique par l'ex- pression suivante, .r -+- ri -(- zj. D'après la définition de la somme, cette expression représentera une ligne dans l'espace ayant, comme projections sur les axes, x, j, z. Mais si nous multiplions jc -hj'i-i- z/ par x' + J''i + ''/' lorsque nous considérerons les produits partiels où entrera zj, rien n'indi- quera le plan dans lequel doit se trouver z, tandis que ce plan était parfai- tement déterminé dans l'expression complexe jc +yi + zj ; par conséquent, la représentation x -h yi -\- zj n'est pas suffisante lorsqu'on considère iso- lément les lignes x, ji et zj ; il faudra donc exprimer cpie la ligne z reste dans le plan déterminé par x -h j'i- On pourra le faire sans changer m la valeur absolue de z, ni sa direction, en multipliant zj pare'" , e'^' étantégal au facteur géométrique de la ligne x+yi+zj, et alors, pourvu qu'on ordonne par rapport à y", puis par rapport à /, le produit des deux quantités X + yi -+■ zj par x' -\- j' i -h z'j sera donné par le produit algébrique des quantités {x -\-ji + ze"7) X {x' + j'/ -4- z' e'''j) . Si on cherche le module de ce produit, on trouvera qu'il est égal au \tvo- duit des modules des facteurs. 4- ( ^8 ) » Au lieu de considérer une ligne dans l'espace comme la somme de trois lignes perpendiculaires entre elles, on peut considérer cette ligne comme mt polygone dont chaque côté a pour module un nombre réel, et dont les facteurs géométriques et ultra-géométriques sont les racnies de l'unité satisfaisant à une même équation, a — I = o. Si m est un nombre premier, a, a^,a^,..., a'""' désigneront toutes les racines, quel que soit a, dans le plan xoj^ée même |3, ]3^, ^% . . . , j3"'~' , dé- signeront, quel que soit j3, les m — i racines de l'équation (5'" — I = o dans le plan zox. Alors le polygone dans l'espace pourra s'écrire En donnant à A: et à « toutes les valeurs dont ces lettres sont susceptibles, nous aurons [m — i)^ lignes dans l'espace, et leur produit, qui, d'après notre définition du produit, se trouvera être un nombre réel, sera dit la norme de lex pression a -h a, a^ -h a.,a.(i + . . . -h o,„_^ ap, que nous écrirons simplement F(«, /5). » M. DuvAL lit quelques portions d'un travail ayant pour titre : « Considé- rations sur les amputations : de la conservation des membres et spéciale- ment des membres mferieurs à la suite des fractures comminutives déter- minées par des coups de feu. Ce travail, dont le titre indique suffisamment l'objet, a pour base les observati:»us reciiediies par l'auteur à l'hôpital principal de la Marine de Toulon ei à l'hôpital S.iint-Mandrier, sur des militaires dé l'armée (l'Italie blessés à Magenta cl à Sollerino. (Commissaires, MM. Velpeaii, .1. Clocjuet, .lobcrt.) 20 ) MEMOIRES PUESEiXTES. L'Académie a reçu depuis sa dernière séance un travail niauuscnt adressé par M. Aiuj. Frémont au concours pour le prix de Statistique, et annoncé par ime Lettre de l'auteur mentionnée au Compte rendu de la séance du 3i décembre. Ce travail, qui est frès-étendu, a pour titre : « Le Département du Cher. » (Réservé pour la future Commission du prix de Statistique. ) ORGANnGR.VPHlE VÉGÉTALE. — Eludes comjxtrées des feuilles dans les trots grands embranchements végétaux ; par M. Ch. Fer.mond. (Deuxième partie.) (Renvoi à l'examen de la Section de Rotanique.) Reche/chc du principe de la trisection dans les feuilles où il est le mieux dissimulé. « Dans notre précédent Mémoire, nous nous sommes particulièrement étendu sur le praicipe de la trisection, en le démontrant dans les feuilles où il est le plus apparent. Dans celui-ci, notis nous proposons de chercher à le faire reconnaître dans les feuilles où on ra|)erçoit le moms ou plutôt de faire comprendre lés raisons pour lesquelles il ne saurait se montrer. C'est ce que nous désignons par celte expression : principe ilissimulé. Mais auparavant nous devons bien poser les bases de notre classification mé- thodique en établissant nettement l'existence des deux générations types : \'A génération longitudinale eX Va génération /o/e'rrt/e, lesquelles, en se combi- nant de diverses façons, permettent de distinguer plusieurs systeiin's dans la formation des feuilles. » Nous avons dit et démontré de plusieurs façons que la génération lon- gitudinale se faisait par une suite de trisections toujours exercées sur la foliole terminale, dans le jasmin et le Cobea scandens. On peut aisément, sans avoir recours aux recherches minutieuses de l'organogénie, arriver à se convaincre-que la composition longitudinale se fait bien ainsi. Si, en elfet, nous examinons nue série de feuilles du yii(6(/5 ;V/œi(>, nous voyons qu'il existe des feuilles à peu près simples ou offrant un lobe soit à droite, soit à gauche. Ici le principe de la trisection est dissimulé sans doute ; mais il est si facile de deviner sa présence, qu'il nous suffira de signaler cet état particulier de son existence. D'autres feuilles sont trilobées et conduisent ( 3o) ainsi aux feuilles trifoliolées qui sont en assez grand nombre. Une plus grande proportion de ces feuilles se montrent avec deux folioles un peu dé- currentes et une foliole terminale trilobée, laquelle, dans d'autres feuilles, se trouve réellement trifoliolée, de sorte que la feuille est longitudinalement quintifoliolée. Enfin, il est d'autres feuilles [Rubiis biflonis) chez lesquelles on trouve cinq folioles, mais la terminale présentant un commencement de trisection que nous n'avons pu voir se compléter. Il est impossible que dans une série de feuilles bien choisies on ne devine pas le mode de géné- ration qui lésa produites. C'est exactement ce mode de formation qui fait les feuilles longicomposées des Rosacées, Légumineuses, etc. » Au contraire, il y a des feuilles chez lesquelles la génération longitu- dinale se borne a la production d'une foliole continuant le pétiole, tandis que les folioles qui viennent composer la feuille se forment de plus eu plus sur le côté. En d'autres termes, la foliole primaire, qui est centrale, subit une seule fois l'influence du principe de la trisection, et c'est aux folioles secondaires qu'est départi le soin de produire des folioles tertiaires, qui devront à leur tour produire des folioles quaternaires, etc. Il ne faudrait donc pas s'imaginer qu'il suffit à la foliole latérale de se composer longitu- dinalement, comme cela arrive à certaines feuilles bicomposées de Légumi- neuses (^Acacia loplinnta), pour prendre une idée de ce que nous entendons par génération latérale, car celle-ci est rigoureusement la succession de folioles (ou éléments foliaires), toujours plus latérales, d'un ordre de plus en plus élevé et dans la formation desquelles le principe de la trisection est complètement dissimulé. I) L'organogénie des feuilles des lupins, de quintefeiiilles, de la capu- cine et des ricins prouve que les éléments foliaires se produisent exacte- ment comme nous venons de l'indiquer, et les feuilles latéricomposées des Pnvia, Catvwhis, elc, n'ont pas d'autre mode de formation qui peut se lire sur la feuille des Hellebonis niger et fœtidits et celle de VAruni draciuuiiltis, absolument comme nous avons pu déchiffrer la génération longitudinale sur les feuilles des Rubus. » Si l'on suppose une ligne courbe partant du sommet du pétiole et passant par toutes les extrémités des folioles de ces feuilles latéricompo- sées, ou arrive à concevoir la figure d'inie feuille plus ou moins arrondie, réniforme ou cordiforme, dans liupielle on reconnaîtra plus de largeur que de longueur. Ia'S feuilles du Cerris siliiiuastnnn et celles du PcUisiles hybruid peuvent donner une idée de ces formes. >: Les feuilles longicomposées sont donc très-faciles à distinguer des ( 3. ) feuilles latéricomposées, mais il faut pour cela qu'elles aient a» moins cinq folioles ; car si elles n'en ont que trois, il est assez difficile de reconnailre le système de formation auquel elles appartiennent. Ce n'est que par des considérations d'ailleurs souvent incertaines que l'on peut arriver à se prononcer sur le système duquel dérive la feuille trifoliolée que l'on a en vue. C'est ainsi que l'on peut presque assurer que les feuilles des Frr/(yfl/i« et des Trifolium sont latéricomposées, pendant que les feuilles trifoliolées du Jasminiiin azoricum , mauritianum, fnilicans, etc., sont longicomposées; mais il nous serait tout à fait impossible de dire le système auquel il faut rapporter les feuilles trifoliolées des Rubus occidenlalis, hispidus, etc. Heu- reu.>-ement que ces distinctions ne sont utiles qu'au point de vue philosophi- que de la science. » Mais si la génération est essentiellement latérale, nous n'avons plus une composition analogue à celle des feuilles des Ombelliferesdont la notation est L = /, et dans ce cas, comment découvrir l'influence du principe de la trisection? On arrive de deux façons à le retrouver dans les feuilles ou il est dissimulé. » 1° Nous avons dit (premier Mémoire, feuilles de VHeracleum) qu'il y avait des systèmes ou ensembles de parties qui pouvaient être regardés comme liés entre eux beaucoup plus que certains autres, et qu'en établis- sant des comparaisons entre les divers ensembles ou systèmes de plus en plus ou de moins en moins composés, ou arrivait à concevoir une suite de trisections qui confirmait de plus en plus le principe. » Nous venons de voir que dans la génération longitudinale le principe de la trisection ne portant son influence que sur la foliole terminale, l'ordre de la formation des éléments foliaires s'élevait de plus en plus, si bien que les nouvelles formations se trouvaient au-dessus des plus anciennes. Or, en admettant que ces deuxordresde phénomènes soient applicables à la géné- ration latérale, on arrive, sans trop forcer la logique, à concevoir que le principe de la trisection peut suivre une marche inverse dans la composi- tion en génération latérale. :< On peut, en effet, concevoir qu'un mamelon organogénique simple == fl se trisèque pour former trois mamelons =a-hb-i- b; que ce ma- melon triséqué, constituant un système entier, se trisèque à son tour au-des- sous des formations b -\- h pour donner lieu à deux autres mamelons c -^ c-, ce qui fait cinq mamelons = « + è^ + c" ; que ce nouveau système regarde comme entier se trisèque toujours inférieuremeut de façon à fournir encore deux nouveaux mamelons d + d ., ce qui en fait un système, encore plus ( 32) composé ^= a -h b^ + c^ -\- d-, lequel à son tour, regardé de nouveau comme entier, se triséquera par sa base pour former de nouveaux éléments foliaires. Quoique l'ordre de formation des parties soit plutôt latéral que descen- dant, on n'en conçoit pas moins une marche pour ainsi dire contrairt? (centriftige) à celle que nous a donnée la génération longitudinale fcentri- pète), et comme le principe de la trisection n'est pas aussi apparent que dans les feuilles L=:;/, c'est pour cela que nous disons qu'il est dis- sin)ulé. .. 2" Pour bien comprendre la deuxième manière de découvrir la dissi- inidation du principe de la trisection, il faut raisonner sur les nervures des feuilles considérées comme centre des éléments foliaires. Si nous examinons la nervation d'une feuille de platane, nous voyons inie nervure primaire continuant le pétiole; puis deux nervures latérales ou secondaires, oppo- sées, partant du sommet du pétiole; par conséquent, émanant de la nervure primaire; ces nervures secondaires émettent extérieurement chacune une nervure tertiaire, laquelle à son tour donne plus extérieurement une ner- vure quaternaire. Ici les nerviu'es émergent évidemment les unes des autres, mais il est un grand nombre de feuilles chez lesquelles l'éniersion de toutes ces nervures coïncide tellement, qu'elles sendîlent toutes partir du sommet du pétiole. » Or la nervure |)rimaire qui donne naissance à une secondaire, droite par exemple, doit, en vertu de notre loi de symétrie par rapport à une ligne (1), fournir une secondaire gauche, et dans ce cas le principe de la trùsection doit avoir toute son influence, car les conditions sont exactement les mêmes à gauche comme à droite : donc rien ne doit s'opposer à la for- mation d'une nervure (lobe ou foliole) d'un côté quand elle se forme de l'autre. Si nous appliquons ce raisonnement à une nervure secondaire, les conditions sont changées, car l'un des côtés est parfaitement libre, tandis que l'autre trouve la nervure primaire plus ou moins entourée de tissu cel- lulaire; et s'il arrivait que la symétrie produisît de chaque côté de cette se- condaire une tertiaire (nervure ou foliole), on voit que celle-ci serait appa- rente du côté libre ou extérieur, et que son opposée serait comprise dans la nervure ou foliole primaire: par conséquent le principe de la trisection pourrait encore exister sans qu'il nous fût donné de l'apercevoir. >. Maintenant supposons une feuille chez laquelle le principe de la trisec- tion, après l'avoir trilobée, vient à agir sur le lobe laléral ; il se formera un (i) Etudes sur la symétrie considérée dans les trois règnes de la nature. ( "^3 ) lobe surnuméraire extérieur visible, tandis que son opposé ne pourra l'être puisque, s'il s'est formé, il se trouvera compris dans le limbe ou absorbé au profit du parenchyme général de la feuille. Donc le principe de la trisection doit être dissimulé. » Toutefois, si le principe de la trisection peut être reconnu malgré sa dissimulation, il faut convenir que, comme dans la génération latérale, il y a une exception évidente à la deuxième proposition de l'énoncé du principe, car il est clair que les nombres 5,1711, etc., qui peuvent résulter de la tri- section descendante, nesauraientêtre un multiple de 3. Donc les générations longitudinales et latérales font exception à cette proposition. « Dans une Lettre qui accompagne son Mémoire, M. Fermond prie l'Aca- démie de vouloir bien le comprendre dans le nombre des candidats pour la place vacante dans la Section de Botanique. (Renvoi à la Section de Botanique.) HYGIÈNE APPLIQUÉE. — Du meilleur mode de dislrihulion des eaux publiques aux habitations des grandes villes; par M. G. Grimaud, de Caux. (Commissaires précédemment nommés : MM. Morin, Rayer, Combes.) « Le but final de toute distribution d'eaux publiques consiste à mettre cette eau à la disposition des consommateurs. Au premier abord la chose paraît facile; les difficultés se montrent à l'exécution. )) Supposez chaque maison munie d'un robinet de puisage branché sur la conduite qui passe dans la rue. La distribution sera parfaite si ce ro- binet donne de l'eau à volonté. Or que faut-il pour cela? Il suffit que la conduite soit toujours en charge, c'est-à-dire que la source qui l'alimente ne cesse jamais de fournir. La provision nécessaire à chacun durant une journée constitue la base de toute distribution. A Paris, avec une population de iSooooo habitants, à 5o litres par tête, la soiu'ce sera suffisante, si elle fournit pendant 24 heures 870 litres par seconde, et si l'on veut la provision en 12 heures, 1740 litres, moins de 2 mètres cubes par seconde. » On évalue laprovision parhabitant; maislesrobinetsde puisage doivent se compter par maison. On aurait donc, pour 40000 maisons, 40000 robi- nets de puisage. (Avant l'adjonction de la banlieue on comjjtait 3j>ooo mai- sons seulement.) Le débit de ces robinets, s'il devait être permanent, ne C. R., 1S61, I" Senwilie. (T. LU, N» 1.) 5 ( M ) serait que de 2'",6i par seconde; 1875 litres, moins de 1 mètres cubes en xn heures. C'est à peu près la provision demandée jusqu'à ce jour parles maisons de Paris qui ont des concessions. Tel est le jjoint de vue tlîéorique. » Dans l'application les choses se passent différemment. On n'a pas besoin que le robinet de puisage coule sans interruption; maison a besoin qu'à un iiioment donné il fournisse une portion plus ou moins considérable de ce ({u'il doit pour la journée. Or il y a pour cela deux moyens. » Le premier consiste dans un nombre suffisant de réservoirs généraux ayant pour fonction de tenir tout le système des conduites constamment en charge, ces réservoirs n'étant jamais vides; ce qui, pour Paris, équivaut à j)uiserà la source les [740 litres par seconde ci-dessus mentionnés. •> Le second moyen consiste à construire dans chaque maison un réser- voir auquel vient aboutir la prise d'eau branchée sur la conduite de la rue. Si ce réservoir est situé au-dessus du sol, il suffit d'un tuyau de trop-plein ^ ])our se débarrasser de l'excédant. S'il est sous le sol, il faut un flotteur poiu' éviter le débordement et l'inondation des caves. » Ce second moyen remphrait suffisamment le but que l'on se propose; il alimenterait convenableinent la maison, si des besoins égaux se manifes- taient d'une façon constante, avec régularité et à heure fixe. Mais il n'en est pas ainsi. L'emploi de l'eau, quant à sa quantité, est chose très-variable : aujoiu'd'hui il en faut moins, demain il en faudra plus; variable en été, à ce point que le réservoir pourrait être plusieurs fois vidé et la provision d'une journée plusieurs fois consommée, sans que les besoins réels fussent entièrement satisfaits. Pour ces cas particuliers, assez fréquents pour ne pas être considères comme exceptions, il ne faut pas songer à recueillir l'eau au fur et à mesure qu'elle coide du robinet de concession; car pour les con- cessions ordinaires mentionnées ci-dessus, il faudrait près de dix minutes pour remplir un seau d'eau. Mais ces réservoirs particuliers avec quelle ma- tière les fabriquera-t-on? Avec du plomb? Assurément on peut, salis danger, boire de l'eau qui n'a fait que passer dans un tuyau de plomb; mais il faut s'abstenir de celle qui aurait séjouriié, même peu de lemps, d;;iis un réser- voir en plomb. C'est à un empoisonnement par de l'eau qui avait séjourné dans un réservoir en plomb que la famille de Louis-Philippe a failli suc- comber en Angleterre. Avec du zinci' Ce métal aussi est attaquable par les acides les |)lus faibles, et tous ses oxvdes sont vénéneux. Il n'y a que le fer dont ou puisse se servir sans danger pour construire, à l'usage des habita- tions, des bassins destinés à contenir l'eau nécessaire aux besoins domes- tiques. ( 35 ) " Le lieu d'élection pour l'emplacement du réservoir n'est |)as non plus une chose indifférente. A vrai dire, on ne peut guère l'établir, en toute sûreté, qu'au rez de-chaussée, avec son fond au niveau du sol. Dans les caves, malgré l'adjonction d'un robinet flotteur, on ne serait pas à l'abri des inondations, à moins de précautions minutieuses, le jeu du flotteur à soupape ou à robinet pouvant être interrompu par le moindre obstacle apporté par l'eau elle-méiue. Dans les parties supérieures des habitations, il fiiut prendre garde aux fuites, aux moindres infiltrations. L'exemple de Londres serait mal choisi : un bon mortier de chaux et sable sert de lien aux briques et aux pierres dont on construit les maisons; à Paris, au con- traire, au lieu de mortier, c'est du plâtre, et les murs construits en plâtre se détruisent par l'humidité. Telle est la raison pour laquelle les proprié- taires résisteront toujours à une distribution par étages et par apparte- ments. » Avec les réservoirs généraux on satisfait à toutes les conditions; et ce moyen est économique pour l'administration, aussi bien que pour les par- ticuliers. 11 suffit de tenir compte des quantités. En effet, les conduites étant toujours en charge, chacun peut puiser l'eau selon ses besoins du moment; aujourd'hui moins, demain plus. Voilà pour les particuliers. Pour l'Admi- nistration, il n'y a point d'eau perdue; car après avoir déterminé, par l'ex- périence et une fois pour toutes, le coefficient de débit du robinet de pui- sage, il ne reste plus qu'à noter chaque fois la durée de l'écoulement. Il est inutile de faire observer combien sont aisées à établir les compensations dues aux différences de pression provenant des différences de niveau que l'écoulement amène dans les réservoirs généraux. On comprend qu'avec un pareil système l'Admiui^ration reçoit un juste prix de ce qu'elle donne, et le particulier ne paye que ce qu'il a réellement consommé. D'où l'on voit que tout se réduit à avoir, dans chaque maison, un compteur pour l'eau, comme on a un compteur pour le gaz. » HYGIÈNE PUBLIQUE. — Sur quelques modifications à introduire dans les salles de spectacle au point de vue de l'hjgiène des artistes et île l'éclairage de la scène; par M. Box.vafont. (Commissaires, MM. Pouillet, Regnault, Despretz.) « Le concours ouvert pour la construction d'une nouvelle salle d'opéra me paraît, dit l'auteur dans la Lettre d'envoi, donner un intérêt spécial 5.. (36) au travail que j'ai l'honneur de soumettre au jugement de l'Académie et qui peut se résumer dans les propositions suivantes : » i" J.a rampe actuelle des salles de spectacle est très-nuisible à la voix et à la vue des acteurs et des chanteurs surtout. » 1° Les communications qui existent entre la scène et les étages inté- rieurs, soit par la rampe, soit par les caussetières, donnent lieu à des cou- rants d'air très-insalubres pour les artistes. )> 3" L'éclairage actuel de la scène et des personnages, qui se fait de bas en haut, est très-vicieux et très-anormal. Il y aurait certainement avantage pour les artistes, pour les spectateurs, et surtout au point de vue de l'art, de changer cette forme de rampe et de la remplacer par luie rampe suspen- due garnie de réflecteurs convenablement disposés, qui lanceraient la lu- mière sur la scène et l'éclaireraient dune manière plus normale et plus favorable aux acteurs. » CHIRURGIE. — Sur la dépression du bas-fond de la vessie par le porle-à-faux à deux leviers; par M. Heuiiteloup. « Dans le désir de rendre plus courte ma communication sur mon porte- à-faux,'] ai omis quelques détails, omission qui peut donner lieu aune fausse interprétation. Ces détails sont relatifs à la dépression du bas-fond de la vessie quej'indique dans mon Mémoire comme étant nue des conditions de l'usage du porte-à-faux. Or, comme l'on pourrait supposer que l'action de l'instrument se passe dans un contact immédiat avec la membrane qui revêt ce bas-fond, je dois donner quelques explications à ce sujet. D'abord le porte-à-faux ne fait passer à travers sa cuiller que de la poudre de pierre et pas de fraguients, de manière que, même lorsqu'il agita nu sur la mem- brane, son action ne se fait pas sentir. La quantité de poudre qui est pro- duite alors fait à peine saillie sous la cuiller. C'est ce que j'observe lorsque j'attaque de prime abord des petites pierres ou les derniers fragments d'une grosse qui se trouvent ainsi réduits eu poudre avec la promptitude d'ac- tion de l'instrument, sans que le malade éprouve plus de sensations que si le broiement avait lieu au milieu de l'eau que contient l'organe. Mais comme je procède toujours par l'extraction immédiate au moyeu de mon percuteur à cuillers dans le cas de petites pierres, je n'emploie jamais le porte-à-faux. » Comme je l'ai dit dans mon court Mémoire, le porte-à-faux est destiné à répondre avec plus d'avantage que je ne puis le faire avec mes autres (37) instruments, à la troisième partie du trinôme lithotriptique qui est la pulvé- risation des fragments. Or les pierres brisées ne donnent des fragments dont on doive tenir un compte sérieux que lorsqu'elles sont d'un cer- tain volume, car alors ces fragments sont en très-grande quantité. C'est dans ce cas spécialement que le porte-à-faux me rend et rend aux ma- lades de grands services, et par la promptitude de son action, et par la douceur de ses manœuvres , et par pulvérisation desfragments qui sont une si grande cause d'accidents dans la litliotripsie. Dans ces C3S donc de pierres d'un certain volume qui viennent d'être démolies et pulvérisées en partie par mon percuteur à dents, voilà ce qui arrive lorsque je fais usage du porte-à-faux. Bien que déprimant légèrement le bas-fond de la vessie, cet instrument ne se trouve jamais en contact avec la membrane muqueuse. Cette membrane est séparée de la cuiller par un lit de poudre fine formant coussin moelleux, produite par le démo- lissement qui précède l'usage du porte-à-faux. Lorsque même on veut atteindre la membrane du bas-fond à travers cette poudre, on ne le peut pas; la large surface plate du dos de la cuiller s'y oppose. Il ne faut pas perdre de vue que par suite des lois de la statique, la poudre très-fine des- cend au point tout à fait déclive, la poudre grossière se place au-dessus, les petits fragments, les moyens et les gros se placent ainsi superposés sui- vant leur rang de taille. Si l'on met une pierre ainsi démolie et pilée en partie dans une bouteille, on est témoin de ce petit phénomène qui d'ail- leurs est vulgaire. C'est cependant sur lui qu'est basé l'usage utile du porte-à-faux qui naturellement est grandement assisté par les différents changements de déclivité que j'imprime au bas-fond par l'oscillation de mon lit statique. i> Tout cela dit, il est bien facile de concevoir que si l'instrument est placé, par des manœuvres étudiées, desquelles j'aurai à entretenir l'Acadé- mie, dans la zone des fragments agressifs, c'est-à-dire ceux d'un volume qui leur permette de s'introduire dans le col ou dans l'urètre, on arrivera, en faisant instantanément et itérativement ouvrir et fermer l'instrument par le jeu alternatif des leviers, on arrivera, dis-je, à réduire en poudre ces fragments agressifs qui viendront nécessairement se placer et se faire pul- vériser dans la cuiller. De là solution du problème, qui se trouve d'autant moins accompagné de dangers et de difficultés que l'instrument repose sur un lit de poudre, et joue au milieu du détritus qui le sépare complètement des parois de l'organe. » (38) CHihURGiE. — Nouvelles remnnjiœs à l'appui de la réclamation de priorité precédeinmenl élevée à l'égard de M. Heurteloiip, à l'occasion de sa précé- dente communication sur le porte-à-faux ; par M. Guillox. Ces deux Notes sont renvoyées à l'examen des Commissaires précédem- ment nommés : MM. Velpeau, J. Cloquet, Jobert de Lamballe. ZOOTECHNIE. — Le pied du cheval et la mécanique animale considérée particulièrement dans les membres des Solipèdes ; par M. V. Laisné. (Commissaires, MM. Flourens, Rayer, Bernard.) M. HtET présente au concours pour les prix de Médecine et de Chirur- gie de la fondation Montyon un Mémoire intitulé : « Nouveau procédé opératoire pour la cure radicale de l'ongle incarné ». (Commission des prix de Médecine et de Chirurgie.) M. AuLAGNiER, en adressant au concours pour les prix de Médecine et de Chirurgie un opuscule imprimé ayant pour titre : « Des remèdes réputés spécifiques contre la goutte. . . », y joint, pour se conformer a une des conditions imposées aux concurrents, l'indication de ce qu'il considère comme neuf dans son travaU. (Commission des prix de Médecine et de Chirurgie.) M. Chevallier présente un supplément à sa précédente communication sur la fabrication des allumettes chimiques. (Renvoi à l'examen des Commissaires déjà nommés : MM. Chevreul, Milne Edwards, Decaisne, Regnault, Cl. Bernard.) M. W. SiioRTER adresse de Bloxham, prés Banbury (Angleterre), une Note sur l'épilepsie, et prie l'Académie de vouloir bien lui faire connaître le jugement qui aura été porté sur son travail. Cette Note, qui est écrite en anglais, est renvoyée à l'examen dune Commission composée de MM. Andral et J. Cloquet. ( 39) M. Veroiden envoie de Ferborgh, province de Gueldre (Pays-Bas), une Nore concernant le traitement qu'il a fait suivre à un homme qu'on pou- vait croire atteint d'iiydrophobie, quoique le chien par qui il avait été mordu ne fût pas enragé. Il signale à cette occasion les inconvénients des cautérisations employées sans ménagements, dans les cas de morsures sus- pectes, cautérisations qui déterminent parfois certains accidents qu'on pour- rait confondre avec ceux qu'on avait intention de prévenir. (Renvoi à l'examen de M. Rayer.) CORRESPOND AIVCE . M. LE Secrétaire PEKPÉTCEL présente, au nom de M. le Maréchal Vail- lant, un Mémoire imprimé ayant pour titre : « Nouvelles études sur les » inondations, au point de vue de l'insalubrité des réservoirs ; de l'influence » des forêts, du reboisement envisagé comme agissant contre les inonda- » tions et les ravinements ; » par M. F. Vallès. M. LE Secrétaire perpétuel signale encore, parmi les pièces imprimées de la correspondance, divers opuscules relatifs à des questions de médecine, adressés par M. Licjej-., médecin à Rambervillers, et rappelle le désir ex- primé par l'auteur, à l'occasion de précédents envois, que ces pubhcations puissent être mises sous les yeux de la Section de Médecine et Chirurgie, quand elle aura à présenter des candidats pour une place de Corres- pondant. M. LE Directeur gé.^éral de la navigation et des ports adresse le Tableau des hauteurs d'eau de la Seine observées chaque jour au pont de la Tour- nelle pendant l'année 1860. CHIKURGIE. — Sur les résections sous-périostées ; fxir M. Demarquay. (Extrait.) « Lorsque M. Flourens publia son travail sur le développement des os et les fonctions du périoste, M. Blandin en saisit parfaitement toute la por- tée, et, le premier en France, il chercha à en faire profiter la chirurgie. En effet, tandis qu'au lit des malades il appliquait son esprit à saisir les indi- cations des résections soiis-péi'iostées, il m'invitait à lecueillir dans les am- ( 4o ) |)hithéâtres tous les faits d'anatomie pathologique qui viendraient à l'appui de la théorie de Duhamel et de M. Floureus. Après avoir fait, avec succès, la résection de la partie moyenne et externe de la clavicule, affectée de carie et d'une destruction partielle du périoste, et la résection de la partie inférieure du péroné, il fut moins heureux dans les opérations du même genre qu'il fit sur la partie inférieure du cubitus et la partie moyenne du tibia. En 1849, il s'occupait de rédiger un Mémoire sur les résections sous- périostées. » Les essais de M. Blandin eurent des imitateurs à l'étranger. M. Ollier, en répétant et en suivant les expériences de M. Flourens, ramena de nou- veau l'attention sur ce sujet. Tout récemment , plusieurs chirurgiens distingués ont pratiqué un grand nombre d'opérations sur les os, en con- servant le périoste. Mais les résultats de cette chirurgie nouvelle n'ayant point porté la conviction dans tous les esprits, j'ai l'honneur de communi- quer deux faits à l'Académie des Sciences, qui ne laisseront, je l'espère, aucun doute dans les intelligences non prévenues. Je comprends fort bien les doutes émis par M. le professeur Sédillot en ce qui concerne la repro- duction des os, lorsque la résection a été faite dans une articulation malade. Je me suis en effet convaincu, l'année dernière, qu'au milieu de ce désordre articulaire, qui force le chirurgien à intervenir, il est bien difficile de découvrir le périoste, de l'isoler, quand il n'a point été détruit par le travail inflammatoire; et, en supposant qu'on y parvînt, ces débris de périoste malade finissent par tomber en gangrène. Toutefois quand un os seul est malade, comme l'extrémité inférieure du cubitus ou du péroné, ainsi que cela avait lieu dans les faits de M. Blandin, on comprend très- bien que le radius et le tibia servant d'attelle, et le périoste étant conservé, un os nouveau puisse renaître à la place d'une extrémité articulaire d'uji os réséqué. Toutefois, pour prévenir tout mécompte, il est une chose qu'il importe de savoir : c'est que sur l'adulte il est très-difficile, pom- ne pas dire impossible, de décoller le périoste, si l'os sous-jacent n'est pas malade; c'est ce dont je me suis encore convaincu il y a peu de jours, ce que savent d'ailleurs tous les anatomistes. Il y a deux circonstances graves qui chez l'adulte se prêtent merveilleusement à l'aiiplication de cette chirurgie nouvelle, c'est la carie et la nécrose; dans ces deux circonstances, le pé- rioste qui recouvre ou avoisine la |)ortion d'os malade, est plus ou moins enflammé, épaissi et par conséquent plus facile à isoler. Cela explicpie les deux succès que j'ai obtenus l'année dernière dans mon service chirurgical de la maison de santé. ( 4i ) .) M, Flourens, pour démontrer, d'une manière non douteuse, la régéné- ration de l'os par le périoste, a réséqué la partie moyenne d'une vraie côte avec conservation intégrale du périoste. Si, en effet, cette membrane est la matrice de l'os, elle réunira par une matière osseuse nouvelle les deux ex- trémités de la côte que rien ne peut rapprocher, puisque les parties voi- sines s'y opposent. Les deux observations rapportées dans ma Note sont une preuve certaine que la nature travaille chez l'homme, comme chez les ani- maux, à régénérer l'os enlevé, à l'aide du périoste, quand celui-ci est bien conservé. Ma première observation est relative à la résection médiane du maxillaire inférieur avec conservation de l'enveloppe fibreuse. Dans la se- conde observation, j'ai réséqué les deux bouts d'une fracture non consoli- dée du péroné et j'ai conservé le périoste. Ces deux faits reproduisent sur l'homme le même phénpmèneque M. Flourens a observé sur les animaux, ])uisque les deux extrémités osseuses réséquées ne peuvent pas se mouvoir et venir au contact, et que fatalement la matière osseuse formée l'a été aux dépens du périoste et des parties voisines; d'ailleurs, dans la résection de la portion médiane du maxillaire inférieur, nous avons vu le phénomène s'accomplir sous nos yeux. Il en est de même de notre observation de la ré- section du péroné dans sa continuité, dont le résidtat a été montré par M. Flourens. » Il y a donc une série de faits dans lesquels la chirurgie devra recourir à la résection sous-périostée. Sans doute, des esprits enthousiastes ont peut- être un peu compromis le succès de ces opérations, en publiant des faits mal observés, et M. Sédillot a eu raison de démontrer, dans son ouvrage sur l'évidement des os, le peu de foi qu'il fallait ajouter à quelques-iuis de ces faits; mais le savant professeur de Strasbourg n'est-il point allé trop loin lui-même en refusant tout avenir aux résections sous-périostées? L'évidement et les résections sous-périostées sont filles de la même idée; elles émanent des mêmes travaux. Certes, en présence des faits consignés dans le Mémoire de M. Sédillot sur l'évidement, il n'est aucun chirurgien qui ne préfère recourir à cette opération plutôt que de pratiquer une am- putation dont les suites doivent être infiniment plus graves. Conclitsions. » Le premier chirurgien qui, à Paris, a le mieux cherché à appliquer à la chirurgie humaine les idées de M. Flourens sur les propriétés du périoste, c'est M. Blandin. Si les résultats qu'il a obtenus n'ont pas été tous satisfai- C. R., 18G1, \" Sfinestie. (T. LU, N" 1.) V (4^ ) sants, cela tient à ce qu'une grande partie du périoste enveloppant les os qu'il a réséqués était détruite par l'inflainniation ulcérative. " Conformémout à l'opinion de M. Sédiliot, les résections faites dans les arficiilatioDs malailes ne peuvent donner, au point de vue qui nous occupe, que des résultats peu satisfaisants, attendu que ion agit siu- des parties très-malades, les os sont profondément altérés, le périoste qui les recouvre est détruit , et les lambeaux du |)érioste que l'on conserve dans ces cas ne peuvent pas produire une régénération osseuse; c'est ce dont je me suis convaincu en laisant plusieurs résections articulaires. .' Toutefois, il n'est pas douteux que, dans des conditions toutes particulières, on ne puisse obtenir une reproduction osseuse parfaite, si on a le soin de conserver intégralement le périoste; cela résulte des faits con- tenus dans ce travail, et que M. Flourens a bien voulu vérifier. Dans le premier de ces faits, on voit un maxillaire inférieur, moins fort, il est vrai, et rappelant un peu celui des vieillards, se former en onze mois, à la place de celui que j'ai enlevé. Dans le second fait, les deux bouts réséqués du péroné sont réunis par un arc osseux, formé manifestement par le périoste conservé. » Pour obtenir ce résultat, i\ ne suffit point de conserver le périoste, il faut encore avoir soin d'immobiliser la partie sur laquelle a porté la résection. Aussi toutes les fois qu'un tuteur naturel, comme le tibia ou le cubitus, viendront assurer cette immobilité, on sera plus sur du succès. Cela résulte de mes propres observations et de celles que j'ai pu faire sur les opérés de M. Blandin. ■■ Dans toutes les opéia fions sous-périostées, le chirurgien doit plutôt se préoccnpf'r de la conservation de la fonction que de la forme même de l'os qu'il cherche à obtenir, ce dernier en effet ayant rarement les mêmes qualités que le premier, quoique au point de vue fonctionnel il le remplace parfaitement. C'est ce qui est aiiivé au malade de M. lîlandin, auquel il avait réséqué la clavicule. Cette différence s'explique d'ailleurs par l'étal maladif du périoste ou par sa destruction partielle. » PATHOLOGIE. — Note sur itn (as d'apoplexie de l un des pédoncules du cervelet^ diagnostiquée peiuhnit ta nie; par M. Nonat. « Dans la séance du ^6 novembre dernier, M. Flourens a cominuni(pié une observation de M. le professeur Poelman (de Gand), relative à une lé- sion caractérisée par le dépôt d'un grand nombre de concrétions calcaires l 43 ) dans la substance du cervelet, des pédoncules cérébelleux moyens el du pont de Varole. Suivant l'auteur, le chien atteint de cette lésion se trouvait dans l'impossibilité de coordonner ses mouvements volontaires et exécu- tait, à plusieurs reprises dans la journée, des mouvements gyratoire-. tout à fait indépendants de la volonté. » A l'occasion de ce fait, M. leSecrétaire perpétuel a appelé l'attention des physiologistes et des médecins sur « le rapport exact des phénomènes patho- logiques avec les fonctions des parties lésées », et il a cherché à «établir qu'il est possible pendant la vie de diagnostiquer le siège des apoplexies en remontant des symptômes à l'organe lésé. >■ » Le cas rapi)orté par M. Poelman m'a reaiis en mémoire un iait ana- logue, mais d'une importance plus grande encore au point de vue de la physiologie et de la pathologie humaines, eu ce qu'il a été observé chez l'honmie lui-même. i> En 1845, pendant que j'étais médecin à la Salpétriére, on amena dans ma division une femme d'une soixantaine d'années, qui venait d'être frap- pée d'une attaque d'apoplexie. L'intelligence était abolie, la sensibilité gé- nérale anéantie; les mouvements volontaires étaient paralysés. La malade se tenait couchée sur le côté droit, et sa tête était fortement inclinée du même côté par la contraction spasmodiquedes muscles de la région latérale droite du cou. Mais le phénomène suivant fixa surtout notre attention : Les yeux étaient immobiles et dirigés obliquement, l'œil droit en bas et en dehors, l'œil gauche en haut et en dedans. Invoquant alors les données de la phy- siologie expérimentale, je n'hésitai pas à diagnostiquer une hémorrhagie dans le pédoncule cérébelleux droit. >' La malade succomba le lendemain ; et à l'autopsie, nous trouvâmes, comme je l'avais prévu, un épanchement sanguin récent, du volume d'une petite châtaigne, occupant le pédoncule cérébelleux du côté droit et péné- trant même un peu dans l'épaisseur de l'hémisphère correspondant. Le reste de l'encéphale était sain; les méninges nous parurent intactes. >' Peu de faits nous semblent aussi propres à faire ressortir l'utilité de l'induction physiologique apphquée à la détermination du siège des lésions cérébrales. Etant prosecteur de Magendie en 1 83 1, j'avais souvent, à l'exem- ple de ce célèbre physiologiste, pratiqué sur des animaux vivants la section des pédoncules du cervelet, et bien étudié les effets de cette expérience. Per- sonne n'ignore aujourd'hui qu'après la section des pédoncules cérébelleux l'animal tombe du côté lésé et qu'il tourne involontairement autour de son 6.. ( 44 ) axe longitudinal et toujours dans le même sens. On sait aussi que les yeux changent de direction, et qu'ils sont entraînés par tni mouvement spasmo- dique, l'un (celui du côté lésé) eu bas et en dehors, l'autre en haut et en dedans. Entre ces phénomènes et ceux que nous avons observés chez notre malade, l'analogie est facile à saisir. Dans les deux cas, même direction anormale des yeux; même inclinaison de la tète et du tronc, du côté lésé. La seule différence (et encore est-elle plus apparente que réelle), c'est que chez la malade soumise à notre observation il y avait une simple tendance au mouvement de rotation, tandis que ce mouvement s'exécute chez les animaux. Sans une notion très-exacte de cet ordre défaits physiologiques, nous eût-il été possible de porter un diagnostic aussi précis? » Nous sommes heureux de pouvoir fournir une observation de plus à l'appui des idées soutenues par M. Flourens touchant la possibilité de dé- terminer, pendant la vie, le siège de certaines apoplexies, en remontant des symptômes à l'organe lésé. Malheureusement le cercle de ces détermi- nations est encore assez restreint, en raison de la difficulté qu'on éprouve à localiser les fonctions des centres nerveux à mesure qu'on se rapproche du cerveau. » CHIMIE MINÉHALE. — Mémoire sur la produclion des phosphates et des arséiiiates cristallises; par M. H Debray. « Les dissolutions d'acide phosphorique et d'acide arsénique, mises en présence des carbonates métalliques, les transforment en phosphates et arséniates cristallisés insolubles, dont la composition varie avec la tempé- rature de rex|)érience. A la température ordinaire, on obtient en général des produits dont la composition peut se représenter par la formule géné- rale Ph0^aRO,HO -f- Aq. C'est ainsi que l'on peut obtenir le phos- phate de chaux PhO'uCaO, HO + 4H0 qui est un produit de sécrétion végétale, et l'arséniale de chaux AsO'aCaOHO -f- 3HO ou haidingérite. A loo" on obtiendrait le phosphate de chaux PhO^aCaO, HO, l'arséniatc de chaux correspondant AsO'^CaO, HO, le phosphate de manganèse PhO'3MnO, 3 HO, etc. » L'eau exerce sur les phosphates une action décomposante qui tend à transformer ces corps en phosphates plus basiques ; ainsi le |)hosphate de manganèse PhO'aMnO, 7HO, obtenu à 70", se dédouble, quand on le chauffe dans l'eau à 100", en phosphate à 3 équivalents de manganèse ( 45 ) et en phosphate soluble PhO'MnOaHO — L'équation suivante rend compte de cette réaction 2(PhO=-2MnOHO + 6HO) = PhO'3MnO + 3HO+PhO=Mn0.2lIO-t-A(i. » Quelquefois l'eau enlève seulement de l'acide phosphorique au sel : c'est ce qui arrive avec le phosphate de cuivre PhO'^SCu O, 3H0 et l'arsé- niate de cuivre AsO' 3CuO,4HO, qui donnent à une température suffisam- ment élevée la libilhénite PhO'4CuOHO et l'olivénite AsO'SCuOIIO, cristallisés dans le liquide devenu acide. Ces réactions s'expriment par les formules /i(PhO'3CuO, 3H0)= PhO'3HO-t-3(PhO=4CuO, HO) + Aq, 4(AsO=3CuO,4HO) =AsO^'3HO + 3(As0^4CuO,HO) + Aq. » Les dissolutions des sels de cuivre facilitent singulièrement ces trans- formations. » Le phosphate de chaux PhO' 2CaO,HO, l'arséniate de chaux corres- pondant et le phosphate de plomb PhO^aPbOjHO ne sont altérés par l'eau seule à aucune température ; mais en présence des chlorures de même base ils se changent , à la température de aSo" environ, en chlorophos- phates. On obtient ainsi l'apatite, un composé arsénié correspondant et le plomb phosphaté. On peut représenter la production de ces corps dans ces circonstances par les formules : 3(PhO= 2CaO,HO) + 4CaCl = 3(PhO=3CaO) -f- CaCl + 3HCI, 3(AsO'2CaO,HO) +4CaCl = 3(PhO=3CaO) + CaCl + 3HCI, 3(PhO' 2PbO,HO) -+- 4PbCl = 3(PhO= 3PbO) + PbCl -H 3HCI. » Il est au contraire impossible d'obtenir des chlorophosphates avec les phosphates de magnésie, de manganèse, etc., qui se transforment facilement en phosphates à 3 équivalents de magnésie ou de manganèse lorsqu'on les chauffe dans l'eau. » On peut obtenir la chalcolite en mélangeant des dissolutions de phos- phate de cuivre et d'azotate d'urane. Ce corps peut être considéré comme un phosphate tribasique dont la formule serait PhO'2(U=0^)OCuO + 8H0. » Je joins à cet extrait le tableau des phosphates et arséniales décrits ( 46 ) dans ce Mémoire : Coinposé.i de tu forme 2R0.H0 + Aq. Composes de la forme 3 RO -f- Aq. AsO' AsU Ph O' 2 Mg O, HO -f- 9 HO PhO^ ?, ( U'O-; ,Cu + 8 HO ( chalcolito ' j PhO 2 MgO,HO -t- 6H0 PhO'3 MgO -4- 5 HO ;Ph0'2Mn0,HO + 6H0 AsO*3CuO 4- 4H0 (ph0'2Fe0,H0-i-6H0 i Ph0'3Mn0 +- 3H0 , ^\ iproduitde 'PhO^SCaO + 3110 Ph0^2CaO,HO-h4HO . '\ . . ,,\„^^,^^ ^ ^ „^ \ ^1 secreuon végétale) (PhO*3CuO-l-3HO iPIiO=2(U'0')0,HO-h4HO /PhO'3MnO-H HO 'phO ;U=0-)0,(:aO%HO H- 3 HO |PhO'3ZnO+HO I AsO* aCaO.HO -H 3 HO (haidingtrile ( Ph C 3FeO + HO )phO'2CaO H0 + 3H0 (phO^(U O'jOCaO.HO + 3 HO / As0'2Ca0,H0 + 2 HO )ph0MU'0=)0Ca0.H0 + 2H0 ( AsO 2CuO,H0 4-2HO 1 AsO^ 2Ca0,H0 *PhO^?CaO,HO 'ph0^2Pb0,H0 Composés de la forme 3 | 3 RO j + R Cl . 3(PhO'3CaO) -+- CaCI apatite. 3(AsO'3CaO) 4- Cad 3(AsO'3PbO) -(- PbCl plomb phosphaiù. Composés de la forme 3 RO H- RO HO. AsO' PhO'3CuO-)-CuOHO libithénite. AsO'SCuO^CuOHO olivenite. y\. Bernard adresse une Note sur un appareil de son invention dont nu modèle réduit est exposé dans le vestibule qui précède la salle des séances. « Cet appared, dit l'auteur, est appelé, ce me semble, a rendre de ijrands services et a Tagricnlture en lui fournissant l'eau nécessaire aux irrij^ations, et à 1 industrie en lui apportant un moteur- constant, régulier et gratuit. Utilisant d'une manière permanente les forces de leau et du vent, d crée des chutes d'eau artificielles à l'aule du travail moteur i variable, ( 47 ) mais presque tonjoiirs disponible) qui résulte des courants de l'atmo- sphère. J'ai dit à l'aide d'un travail presque toujours disponible; en effet, mon appareil peut fonctionner quelle que soit la faiblesse du vent : au lieu de présenter une résistance constante à des puissances aussi variables que celles des courants atmosphériques, ce qui est le cas des moulins a vent ordinaire, le mien permet de faire varier la résistance avec la puis- sance disponible, l'action du vent étant transmise au piston de la pompe destinée à élever l'eau dans un réservoir, par un mécanisme qui diminue ou augmente de lui-même la course de ce piston. De la sorte, il est vrai, la quantité d'eau élevée diminue quand le vent mollit; mais l'appareil ne cesse pas de fonctionner, et quelque faible que soit la force en action, il y a toujours un travail utile produit. » A 5 heures, l'Académie se forme en comité secret. COMITE SECRET. La Section de Botanique propose, par l'organe de son doyen M. Brongmart, de déclarer qu'il y a lieu d'élire à la place vacante par suite du décès de M. Payer. L'Académie est consultée par la voie du scrutin sur cette question. Le nombre des votants étant 3o, il a 29 oui et i non. En conséquence, la Section de Botanique est invitée à présenter dans la prochaine séance une liste de candidats. La séance est levée à 5 heures un quart. F. BULLETIN BIBLIOGKAPHIQLË. L'Académie a reçu dans la séance du 7 janvier 1860 les ouvrages dont voici les titres : De la raison, du génie et de la folie; par M. P. Flouhkns. Paris, 1861 ; I vol. in- 12. Recherches chimiques et anatontiques sur les affections pseudu-nienibraneuses ; par k. LaboulbÈNE. Paris, 1860; 1 vol. in-8°. De la petlac/re sporadique; parH. Landouzy. Paris, 1860 ; br. in-8°. Mémoire sur les fossiles de Monireuil-Bellaj [Maine-et-Loire); pm MM HÉBERT et Eugène Eudes-Deslonchamp?. Paris-Caen, 1860; br. in-8". ( 48 ) Nouvelles élurles sur les inondations au point de vue de l' insalubrité des réser- voirs; de l'influence des forêts; du reboisement envisagé comme agissant contre les inondations et les ravinements; jinr M. F. Yalles. Paris, 1860; br. in-8". Annsarque aicjuë se développant sous l'influence d'accès névralgiques fébriles périodiques, dans lesquels le stade de sueur Jait défaut, etc.; par i\I. le D''LlÉGEY; br. in-8°. Cas curieux d'cdhification; par le même; \ i'euille iii-8". Note SI n- la (onstiintion médicale du mois de juillet i85'] [tendance des mala- dies à revêlii- la forme cholérique) dans une contrée des Vosges. Similitude de la constitution médicale chez les animaux ; par le même; br. in-8". Note sur l'influence des pjrexies sur ta marche des organopatliies ; par le même; \ feuille in-8°. Note sur l'otorrhée catairliale, considérée comme crise et comme affection sujette à la métastase; par le même; f de feuille in-S". Nouvelle Note relative aux accidents cholérif ormes, qui, joints à une adénite, simulent les accidents produits par l'étranglement herniaire; par le même; i feuille in-8°. Nouvelle Note sur la fièvre intermittente éclamptique et épileptiquc ; par le même ; f de feuille in-8". Observations de névralgies fébriles intermittentes des organes génitaux-uri- naires; par le même; br. in-8°. Des remèdes réputés spécifiques contre la goutte. Des moyens à mettre en usage pour prévenir le retour des accès et coup d' œil sur le colchique et ses préparations comme auxiliaire du traitement; parle D^ AjjLAGT^lEK; 2^ édition. Pans, 1860; iu-i2. (Adressé par Tauteur pour le coucours Montyon : prix de Médecine et de Chirurgie.) Memorie... Mémoires de l'Académie des Sciences de l'Institut de Bologne, t. Vm et IX. Bologne, 1867 et i858; in-4". Kendiconto. . . Comptes rendus des séances de l'Académie des Sciences de Bologne, années i858, 1869 et 1860; in-12. ERRATA. (Séance du 3i décembre 1860) Page 1086, ligne 5, au lieu de pour les niaxima, lisez pour les iiiinima. Même page, ligue 16, après déduite des raaxima, ajoutez et des niinima. Mcmc page, ligne 18, a« lieu de 3.",4o, Usez 1° 4o'. COMPTE RENDU DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIEPJCES SÉANCE DU LUNDI 14 JANVIER 1861. PRÉSIDENCE DE M. MILNE EDWARDS. MEMOIRES ET COMMUNICATIOIVS. DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. M. LE Ministre d'État transmet ampliation d'un décret impérial, en date du 3 courant, qui confirme la nomination de M. Longet à la place vacante dans la Section d'Anatomie et de Zoologie, par suite du décès de M. Duméril. Il est donné lecture de ce décret. Sur l'invitation de M. le Président, M. Longet prend place parmi ses confrères. ItfÉMOIRES PRÉSENTES. MÉTÉOROLOGIE. — Périodicité des grands hivers; par M. E. Renou. (Deuxième Mémoire.) (Renvoi à la Section de Géographie et de Navigation.) « J'ai tâché de faire voir dans un Mémoire précédent (séance du 9 jan- vier 1860) que les grands hivers reviennent par groupes de cinq ou six tous les 4' ans environ ; qu'ils sont distribués sur un espace de 20 ou 21 ans, de manière à occuper la moitié du temps dans la série des siècles; qu'ils ne sont que le résultat d'oscillations profondes, car on rencontre, mêles avec eux, des hivers extraordinairement doux, comme ceux de 1796, 1822, i83/j, C. R., 1861, i" Semestre (T LU, N» 2.) 7 ( 5o ) de manière que la inovenne de la saison froide, dans la période à liiveis rigoureux ou dans la période sans hivers, reste à peu près la niènie. " Il est naturel de se demander si les grands étés ne suivent pas une loi analogue. Mais si nous sommes souvent embarrassés pour reconnaître sûrement un grand hiver dans les documents historiques, nous le serons encore davantage quand il s'agira de reconnaître un été très-chaud ; la dif- ficulté subsiste même encore depuis qu'on observe régulièrement avec des thermomètres a échelles connues. Comparons, par exemple, les observa- tions faites à Denaiuvilliers, près Pithiviers, par Duhamel, de i 748 à 1780, avec celles faites en même temps à l'Observatoire de Paris, et comptons pour chaque lieu d'observation le nombre de jours où ce thermomètre a dépassé aS" centigrades, nous trouverons une telle discordance, qu'il est impossible d'accorder la moindre confiance à ces observations. Nous sa- vons en effet maintenant que Paris, Pithiviers, Vendôme même bien plus éloigné, subissent toujours à très-peu près les mêmes vicissitudes atmo- sphériques. « Les erreurs de graduation des thermomètres et leur mauvaise position empêchent de comparer les observations anciennes, et beaucoup de celles qui se font aujourd'hui, avec les résultats actuels de l'Observatoire de Paris. Ainsi nous trouvons dans le siècle dernier un grand nombre d'années offrant plus de jours où le thermomètre a dépassé a5° qu en 1869, ce qui est très-peu probable; ce nombre pour i85c) est Sa jours à Paris. Pour Denaiuvilliers, que je citais tout à l'heure, l'erreur est manifeste, car la moyenne annuelle fournie par les observations est trop élevée de plus de 1°, et la plus grande partie de cette erreur porte sur la saison chaude. » Les étés sont plus mal caractérisés que les hivers par leurs tempéra- tures extrêmes; ils le sont, au contraire, bien mieux par leurs températures movennes. En les classant par séries, et de degré en degré, j'ai trouvé que ce mode de distribution s'accordait très-bien avec leur caractère général. Voici le petit tableau des étés distribués suivant leur température moyenne : o 20,3 très-chaud. 19,3 bon. 18,3 moyen. 17,3 mauvais. 16,3 très-froid. i5,3 exceptionnel. » L'été de 1816, le seul qui présente cette dernière moyenne, ne se re- ( 5i ^ produit certainement 4 I^es températures — 1 2°, 5 et — 3°, 4 sont les minima des années civiles (commençant à janvier) i8o5 et 1806. — i4'',7 et — 7°,4 sont dans le même cas, sauf le 1" janvier 1847, qu'il a gelé à — 7°5 9- » Le mois de mars i845, exceptionnellement froid, trouve son analogue dans une série de mois de mars très-froids de 1799 à 1808, si j'en juge d'après les observations de Berlin. Le mois d'avril 1807, remarquablement froid, correspond au même mois de 1756, qui a offert à Denainvilliers un minimum de —7", 5 et plus probablement de —10°, les minima de cette station paraissant trop hauts de 2° à 3". » Le mois de mai glacial de i845 occupe à peu près une position sem- blable, dans la période de 4i ans, à ceux de 975, ii35, 1802 pendant lesquels il est tombé de la neige ou il a gelé de manière à détruire les neiges et presque tous les produits de la terre : c'est an commencement de la période des hivers doux que se rencontrent ces mois de mai désas- treux. Le mois de mai présente, du reste, une marche bien remarquable dans la période de 4' a'is. Je place ci-dessous, dans un tableau, les moyennes de mai prises de 7 en 7 ans, à partir de i8i4 : je ne commence qu'à cette année, parce qu'on n'a jamais publié les températures moyennes de mai avant cette époque : 8i4 1821 .828 i835 1S42 .849 i856 3°, 5 i4,o i5, 1 i3,6 i3,5 .2,9 .3,4 La période de 7 années est arbitraire; mais elle m'a paru la plus propre à mettre en évidence la variation régulière des températures de mai; elles paraissent suivre la période de l\i ans, offrir un minimum en i8i3 et i854 et uu maximum vers i833. Le dernier cliiflre est moins élevé que l'anté- pénultième, parce que la dernière période ne comprend que les 5 années de i856 à 1860. D'après cela, si la périodicité est réelle et assez régnlièic, la moyenne dos deux mois de mai 1861 et 1862 devra être de 13", 8 à i3°,9. » Dans lui travail communiqué il \ a quelques armées à la Société ( 53 ) Météorologique, M. Ch. Sainte-Claire Deville a fait voir que le refroidisse- ment qui a été signalé comme se présentant vers le i a mai n'était qu'une oscillation qui était compensée par des retours de chaleur; que le maximum de cette oscillation tombait vers i834, précisément la même année où se rencontre le maximum des étoiles filantes de novembre, à une époque de l'année signalée par une petite période de chaleur exactement opposée à la période du refroidissement de mai. » On ne peut manquer de se demander quelle cause peut amener le retour si singulier des grands hivers, et, jusqu'à un certain point, des autres phénomènes météorologiques les plus saillants. Or cette période de4i ans est précisément celle qui ramène les taches solaires à la même saison de l'année. Les observations faites à Dessau par M. Schvvabe montrent que les taches du soled se montrent alternativement rares ou nombreuses tous les lo ans environ; malheureusement ces observations, qui commencent avec l'année 1826, sont les seules régulières qu'on ait faites jusqu'ici : mais plus anciennement on trouve des indications qui vont nous donner une valeiu' assez approchée de cette période. Arago a résumé dans le tome II de V Astronomie populaire ce que l'on sait de plus important sur ce sujet. Il y a évidemment beaucoup plus de confiance à accorder aux observations qui signalent des taches nombreuses qu'à des assertions qui tendraient à faire croire qu'on n'en a pas vu de telle à telle année. » Derham, par exemple, dit qu'il n'y a pas eu de taches de 1660 à 167 i et de 1676 à 1684 •' or, de quelque manière qu'on place la période des taches, il est impossible qu'il se passe douze ans sans qu'on rencontre un maximum; ce renseignement est donc de nulle valeur. Passant au siècle suivant, nous trouvons une période bien déterminée : c'est celle de 17 16 à 1720, série d'années pendant lesquelles le soleil a offert une immense quan- tité de taches. Nous ne trouvons, plus antérieurement, que des observations isolées des principales taches du soleil ; seulement les taches les plus grosses, celles surtout qui vont jusqu'à être visibles sans lunettes, ne peuvent guère se présenter que près de l'époque du maximum. Or nous trouvons en 161-2 l'observation d'une telle tache par Galilée et en i643 celle d'une autre par Hévélius. Il ne peut y avoir de doute qu'il se soit écoulé ai période> des taches solaires de 1G12 à 1848, ce qui porte la période à 10 ans et 26 centièmes, ou à peu près 10 ans et 3 mois. » Depuis quelques années ou avait entrevu cette longueur de la période des taches solaires, mais plus récemment encore un fait des plus curieux a été révélé par l'observation assidue des mouvements de l'aiguille aimantée; ( 54) H en est résulté que l'aiguille aimantée éprouve une oscillation diurne moyenne qui augmente ou diminue suivant le nombre des tacbes du soleil. M. Hansteen a cm y reconnaître une période d'un peu plus de i i ans, mais il y a tiop peu de temps qu'on observe les mouvements de l'aiguille aiman- tée pour pouvoir déterminer la période par les observations elles-mêmes avec exactitude; il me semble d'ailleurs impossible de douter que la période des taches solaires est identique à celle des maxima d'oscillation diurne de l'aiguille magnétique. D'un autre côte, il me semble bien difficile de con- tester la théorie des aurores solaires de M. de la Une qui les rattache si simplement au courant d'air chaud se précipitant par les régions supé- rieures de l'atmosphère aux pôles du froid ou pôles magnétiques. Ces deux espèces de ])ôles sont ou iilentiques ou du moins voisins ; le pôle magnéti- que est le point où convergent les courants chauds partis de l'équateur et ce point peut n'être pas le point le plus froid, lair étant dévié du lieu ou il a tendance à se porter, à cause de la rotation de la Terre. » Puisque la direction de laiguille aimantée n'est que le résultat de l'échange d'air des pôles à l'équateur, le peu de variation de l'aiguille nous montre que cet échange se fait d'une manière constante ; le grand chan- gement apporté par l'alternance des vents de S.-O. et de N.-O. n'est relatif qu'au point nù l'on se trouve, mais le phénomène général n'est pas sensi- blement modifié parce que les limites des deux vents à la surface de la terre se déplace constamment. Une oscillation diurne plus grande de rai- quille aimantée indiquera une époque de plus grande perturbation atmo- sphérique. Or nous avons vu que la période des grands hivers n est j)as autre chose qu'une époque de grandes oscillations de l'atmosphère et que l'état moyen des saisons n'en est que peu modifié ; il n'est donc pas éton- nant que ces phénomènes s'accompagnent. La période qui ramèneles taches solaireset les oscillations plus grandes de l'aiguille aimantée étant de lo ans et 3 mois environ, les mêmes phénomènes ne concorderont avec la même saison que tous les 4' ans. 1. La marche des nombres de taches visibles chaque aimée depuis 1826 montre que le maximum de taches de 1828 a dû tomber vers la fin de juillet; il parait donc que l'hiver central arrive 18 mois après qu'un maxi- mum de taches solaires a coïncidé avec la saison la plus chaude. >i La période de 10 ans et /} mois est loin tl'élre invariable, car le maxi- mum de taches qui devait tomber en i838 arrive nettement en 1837. D'ailleurs la période est nu peu pins longue que ro ans et 3 mois, et par conséquent la période des grands hivers plus longue que 4' ans. Il ( 55 ) . est donc impossible que les grands hivers suivent cette période sans des perturbations fréquentes ; en effet après deux ou trois périodes on eu trouve une qui dissémine les hivers sur un espace plus long et d'une manière plus irrégulière. » Je ne crois point que les taches du soleil agissent directement pour en amoindrir l'action calorificpie, ni que l'irrégularité de sa surface soit la cause des grandes oscillations qui accompagnent les grands hivers, car on ne saurait concevoir alors comment des hivers Irès-chauds sont voisins d'iiivers très-rudes comme 179561 1796, comment des années entièi'es très-froides succèdent à des années très-chaudes ou réciproquement; exemples : i845, 1846, — 1859, 1860. Ou ne peut dire qu'une chose, c'est que les taches du soleil, les oscillations de l'aiguille aimantée et les grands hivers sont des phénomènes dépendant d'une même cause. 1) Comme je l'ai dit dans mon premier Mémoire, nous voici dans la pé- riode des grands hivers ; celui de 1861 parait devoir être assez rude; après un hiver rude l'été n'est jamais beau ; d'ailleurs après les étés chauds qui ont précédé, nous devons avoir encore un mauvais été en 1861, moins mauvais sans doute que le dernier, mais offrant une moyenne de 1° au moins inférieure à la moyenne ordinaire des étés à l'Observatoire de Paris. » CHIMIE APPLIQUÉE. — Mémoire sur un moj'en de purificnlion des sucs végétaux appliqué à la fabrication du sucre ; par M. Emile Roi'Sseau. (Extrait. ) (Commissaires, MM. Dumas, Peligot, Fremy, Maréchal Vaillant.) « Eu i849> i^' P'il^'i*^ <^'^j^ "" nouveau mode d'extraction du sucre. Ce procédé est uniquement basé sur l'emploi d'une défécation méthodique opé- rée par une quantité de chaux proportionnelle à celle des matières étrangères au sucre, contenues dans les jus sucrés, faite à basse température; et comme conséquence, sur la neutralisation de la chaux à l'aide d'un réactif propre à cette action, soit par l'acide carbonique, comme le plus inoffensif sur le sucre, comme le plus économique, et le plus facile à manier en fabrique. Non-seulement ce procédé a triomphé de tous les obstacles qui entourent presque toujours une chose nouvelle, mais encore il a été assez apprécié par l'industrie pourque deux cents usines l'emploient aujourd'hui tant en France qu'en pays étrangers. Malgré ses avantages, ce procédé porte encore avec lui plusieurs inconvénients. Toutefois le succès qu'il a obtenu a été pour moi ( 5G) dès l'origine rengagement moral de continuer l'étude de cette belle fabri- cation, et de chercher non-seulement à parer aux défauts actuels, mais encore à la rendre plus simple. » Dans le suc de la betterave on trouve toujours deux espèces de sub- stances organiques, qui s'opposent le plus à l'extraction du sucre. » La première espèce appartient au groupe des matières albuminoïdes et casceuses, elle subit toutes les modifications que les réactifs exercent sur les dissolutions d'albumine et de caséine. Les sels de chaux et la chaux la coa- gulent, mais, avec cette dernière, soit que, par son action alcaline propre, elle dissolve une partie de la substance végétale, et la retienne en combi- naison, ainsi que l'a démontré dernièrement M. Fremy, soit qu'elle mette en liberté de la potasse ou de la soude, les jus sucrés ainsi traités restent toujours alcalins après l'action de l'acide carbonique. Ces deux effets se trouvent même rétinis, et il en résulte une altération idtérieure des sirops qui se fait surtout sentir dans les bas produits de la fabrication du sucre. » La seconde matière est une substance non colorée, le plus ordinaire- ment, tant qu'elle est renfermée dans les cellules du végétal ; mais très-avide d'oxygène, se colorant rapidement sous l'influence de l'air, se modifiant très-vite par l'action des agents d'oxydation, à ce point, ou d'être en tota- lité transformée en cette substance brune bien connue qui prend naissance lorsqu'on évapore les sucs végétaux. M. Chatin, dans un travail tout récent, constate à un autre point de vue l'existence de cette substance. Mon assertion se trouve donc encore contrôlée et en tout point confirmée. Cette substance, en effet, lorsqu'elle est dépouillée de toute la matière albuminoïde, réduit par la chaleur les sels d'argent, le bioxyde de mer- cure, etc Par l'action de ce dernier corps, la dissolution prend même la teinte naturelle que possède le sucre exposé pendant longtemps à l'air. » Ces faits établis, les données du problème de la simplification de la fa- brication du sucre peuvent être ainsi posées, il follait trouver : » 1° Une substance peu solubleen général, pouvant coaguler toutes les matières albuminoïdes, sans aucune action fâcheuse ni sur le sucre, ni sur la santé, pouvant être retirée facilement du suc dans le cas où il en resterait tuie certaine quantité en solution, et enfin d'un prix peu élevé ; )i 2" Une autre substance d'un pouvoir oxydant pour ainsi dire limité, qui put par son action, soit détruire la matière colorable, soit la trans- former en matière brune et l'absorber ensuite, réunir aux qualités d'inno- cuité l'action absorbante du corps précédent, le bas prix et enfin le pouvoir d'être régénérée indéfiniment. ( ^7 ) >• Le sulfate de chaux dans quelque état qu'il soit, naturel ou artificiel (le plâtre crii ou cuit), est celui de tous les corps que j'ai étudiés qui m'a paru remplir le mieux toutes les indications. Il est neutre, condition que je regarde comme essentielle; sans action sur le sucre, tres-peu soluble; unit aux conditions d'innocuité et de bon marché un pouvoir coagulant des plus remarquables sur les matières albuminoïdes des sucs végétaux, de celui de la betterave en particulier. Cette propriété est telle, que sa dissolution suffit même en quantité relativement fort petite pour produire cet effet. Lopération de la défécation peut donc être exécutée dans d'excellentes conditions et avec fort peu de matières; les écumes sont très-consistan- tes, se rassemblent bien, et le jus peut être très-facilement soutiré, dans un état de limpidité convenable. » Le sulfate de chaux qui enlève parfaitement toutes les substances coagulables, ne touche pas à la matière colorable; aussi le jus ne tarde- t-il pas, a|)res sa séparation des écumes, à se colorer profondément. Le noir anunal est presque sans effet immédiatement après la défécation; il nenleve que la matière qui s'est oxydée, car, après son action, le jus dont la coloration a beaucoup diminué ne tarde pas à se colorer de nouveau. Il fallait donc un corps oxydant qui pût faire en un temps très-court ce que lair produit à la longue, ou bien modifier cette substance, de manière à la détruire ou à l'absorber. » Parmi les nombreux corps que j'ai examinés à ce point de vue, et dont je m'abstiendrai de faire aujourd'hui l'énumération, le peroxyde de fer hydraté offre toutes les conditions les plus avantageuses. Ainsi, lorsque, après avoir enlevé par le sulfate de chaux toutes les matières coagula- bles d'un suc sucré, si on l'agite, soit à froid, soit à une température qui, dans aucun cas, ne doit atteindre l'ébuUition, avec du peroxyde de fer hydraté, la liqueur, filtrée, passe entièrement décolorée et purifiée de la presque totalité des matières étrangères de toutes sortes qu'elle contenait. En outre, le peroxyde de fer, par sa propriété bien connue d'ab- sorber les sels alcalins et terreux, enlève la petite quantité de sulfate de chaux qui était restée en dissolution. Aussi le jus, qui, après la défécation au sulfate de chaux, réduisait le nitrate d'argent, le bioxyde de mercure, etc., ne leur fait-il subir aucune altération après son contact avec l'oxyde de fer. » Ce jus, lorsqu'il provient d'un végétal pris dans des conditions nor- males, après cette purification, est parfaitement neutre aux papiers réactifs, C. R , 1861, i«'' Semestre (T. LU, N» 2.) ■ 8 ' (58) ft l'on peut le conserver au contact de l'air pendant plusieurs jours sans qu'il subisse la moindre altération ni coloration, ce qui prouve que toutes les maliéres pouvant jouer le rôle de ferment en ont élé enlevées. Il bout très-bien, ne se colore pas non plus par l'action de la chaleur. Le sirop. amené au point de cuite, ne possède que cette légère teinte jaune propre à fous les sirops les plus purs. Il a fort bon goût, est dépouillé de cette saveiu- salée et désagréable que l'on trouve dan. tous les suops de bette- rave, conserve luie fluidité et une limpidité remarquables; la cristallisation s'y fait avec facilité, et les cristaux sont blancs. Enfin, comme dernière preuve de la bonne purification du jus sucré par cette méthode, si l'on ajoute à du sirop cuit une quantité d'eau convenable pour le ramener à 25 ou 3o° de l'aréomètre, et si on le mêle en cet état avec un grand excès d'al- cool à 90'', il ne se fait aucun trouble ni dépôt, même après plusieurs jours; il ne retient non plus aucune trace de fer. » Dès lors la fabrication du sucre est donc réduite à ces seules mani- |)ulations : chauffer le jus sucré dans une chaudière avec quelques mil- lièmes de sulfate de chaux (le plâtre naturel est le meilleur), toutes les matières coagulées se réunissent en écume compacte. Le jus clair, ainsi dépouillé, est ensuite agité avec le peroxyde de fer. Après la séparation de l'oxyde, il ne reste plus qu'à évaporer l'eau, c'est-à-dire à cuire. » Le peroxyde de fer hydraté, qui jusqu'ici m'a paru le plus conve- nable, doit être à l'état de pâte consistante. 1 litre pèse 1,1/1') environ; il contient 70 à 80 pour 100 d'eau. La quantité qui doit être employée varie en raison de la nature du végétal, de son espèce et de son état de conser- vation. Elle ne dépasse pas, comme limite extrême, 8 à 10 pour 100 du jus, ce qui revient à 2 pour 100 environ de matière solide, le reste étant de l'eau. Des à présent son prix est de beaucoup inférieur à celui du noir animal, car il peut être livré à 5 on 6 francs les 100 kilogrammes, et sans doute ce prix s'abaissera beaucoup encore par la suite. » En résumé, le procédé que je propose aujourd'hui n'est j)Ius basé sui' des moyens plus ou moins empiriques, ni sur l'action de machines plus ou moins ingénieuses, mais dont les effets soûl subordonnés à des conditions variables ou à des tours de main ; il repose sur des relations chimiques déterminées, précises, qui en sont la justification en même temps qu'elles PU font la certitude. Le sulfate de chaux et le jjcroxyde de fer enlèvent les substances étrangères au sucre et ne lui cèdent rien. » Pour compléter cet ensemble, concurremment avec mon ami M. Ma- riotte, ingénieur, nous approprions en ce moment un matériel aussi simple (59) que peu coûteux a cette fabrication, afin de la rendre pratique partout, et particulièrement aux colonies,- et pour l'agriculture, à qui la pulpe de betteraves est devenue aujourd'hui presque une nécessité pour l'alimen- tation du bétail. » ORGANOGIUPHIE VÉGÉTALE. — Recherches sur le iionibte-lype des diverses parties constituant les divers cjcles hélicoïdaux et rapport qui existe entre ce nombre et le nombre-type des diverses parties florales des Dicotylédones; par M. Ch. Fermond. (Extrait par l'auteur.) (Renvoi à l'examen de la Section de Botanique.} « Dans deux précédentes communications, nous avons cherché à éta- blir qui! était possible de saisir la relation qui existe entre les nombres constituant les diverses parties florales et ceux qui composent les verticilles foliaux considérés les uns et les autres dans leur composition-type et quoi- que se trouvant masqués fort souvent par des avortements, des soudures ou des dédoublements. Si les diverses parties de la fleur, avons-nous dit autre part, ne sont que des transformations ou métamorphoses des feuilles, il tant qu'il y ait une relation simple entre le nombre des parties de la fleur et le nombre des feuilles constituant un verticille, une rosette ou un cvcle hélicoïdal. " Après avoir cherché à démontrer comment il fallait considérer les feuilles opposées pour arriver au but général que nous nous proposons, il convient d'examiner eu détail les faits relatifs aux cycles hélicoïdaux et aux rosettes pour voir s'il n'existerait pas un moyen à l'aide duquel on pût interpréter leur composition de façon à trouver une relation numérique entre cette composition et celle des verticilles floraux. » Ainsi que le fait fort judicieusement observer Auguste Saint-Hilaire (i), il ne faut pas croire que le nombre 5 qui forme la disposition quinconciale soit l'équivalent fidèle du nombre 5 des parties de la fleur chez les Dicoty- lédones, comme l'ont pensé quelques botanistes très-distingués, par la raison que dans la disposition quinconciale, la 6" feuflle vient se placer au-dessus de la i'''', tandis que dans la fleur c'est la i i'^ qui vient se poser sur la i". Ainsi, cette disposition même qui semblait la plus favorable à (i) leçons de Botanique, p. 6o6 et 6o'j. ( 6o) I appui de la théorie des métamorphoses ne peut raisonnablemeut pas être invoquée comme preuve de la vérité de cette théorie. » Cependant à l'aide de certains moyens d'investigations et de quelcpies considérations, on peut arriver, nous le croyons du moins, à démêler le rapport en vue duquel nous avons entrepris nos recherches. » Notre Mémoire est divisé en six sections : » 1° Dans la première, nous faisons voir que les feuilles alternes quin- conciales en revenant à l'opposition, comme nous l'avons indiqué pour les Ficus et Cotutea, revêtaient complètement les caractères de la véritable op- position : c'est ainsi que les paires opposées qui se suivent sont toujours en croix les unes par rapport aux autres; que même les feuilles qui ne sont plus opposées et qui sont comprises entre deux paires de feuilles, conser- vent une position, relativement à ces feuilles opposées, qui fait nettement reconnaître qu'elles devaient être opposées; de sorte que la disposition quinconciale disparaît complètement pour faire place à une disposition doublement hélicoïdale dont la forme devient -7» comme c'est le cas de 4 toutes les plantes à feuilles opposées décussées. » 2° Dans la seconde section, nous cherchons à démontrer que si l'on fait la même opération, mais en sens inverse, sur les plantes à feuilles op- posées telles que le Sytingn vutgaris, les Pldox, les Ligustruni, les Vero- nica, etc., on trouve que l'opposition passe à la disposition quinconciale et qu'alors l'opposition, bien souvent, ne laisse plus de trace de son exis- tence. Pour faire bien comprendre comment l'opposition peut passer à l'al- ternance quinconciale, nous avons donné la description d'une tige de Li- (justrum viilgare qui montre ce passage. » Cette observation nous conduit à l'idée que chaque cycle quinconcial pouvait avec raison être regardé comme formé de 2 verticilles déplacés : l'un de deux feuilles, l'autre de trois, et cette idée a été en quelque sorte confirmée par ce fait que bien souvent les tiges d' Heliantlnis tuheiusin, qui sont à feuilles opposées et qui passent à l'alternance, donnent la disposition quinconciale; tandis que les tiges de la même plante qui sont à feuilles ver- 3 ticillèes par 3 donnent plutôt la disposition représentée par la forme ^^ 3 même quelquefois la forme insolite— C'est connue si nous avions dans le 9 premier cas un verticille de 2 feuilles et un de 3, et ilans le second un 3 verticille de 2 feuilles et deux de 3 ou, d'après la forme -) 3 verticilles de ' 9 3 feuilles. ( 6i ) » D'après cette manière d'envisager les cycles hélicoïdaux, ou peut admettre la méthode suivante pour les représenter : - := 2 + 3 ; c'est-à-dire i verticille de 2 feuilles et i verticille de 3; 5 3 5=::2 + 3x2;ou I verticille de a feuilles el 2 de 3; o 5 -- = 2X2 + 3x3; ou 2 verticilles de i feuilles et 3 de 3 ; 21 = 2X34-3x5; ou 3 verticilles de a feuilles et 5 de 3 ; et ainsi de suite pour les tonnes les plus élevées dans lesquelles il est facile de reconnaître que le nombre des verticilles de 3 feuilles est à celui des 3 verticilles de i feuilles dans un rapport plus grand que les -= et un peu plus petit que les :r' Doit il résulte qu'en soiume, dans cet ordre d'idées, le verticillisine par 3, qui deviendrait le nombre-type, serait bien plus fréquent que le nombre i. » 3" Dans la troisième section, nous cherchons à confirmer, par plusieurs exemples, cette idée que chaque hélicule des cycles hélicoïdaux doit être regardé comme un verticille déplacé. Nous signalons spécialement, entre autres, une variété du Cucurbila pepo chez laquelle les feuilles alternes arri- vent très-souvent au verticillisme par 3 et V Hieracium virosum où les feiulles forment des groupes disposés autour de la tige, en laissant entre chaque groupe des mérithalles assez longs; taudis qu'au contraire ils sont très- courts entre les feuilles de chaque groupe qui ne naissent pas toutes siu' le même plan. Il est, malgré cela, bien dilBcile de n y pas reconnaître un ver- ticille de 3 feuilles avec un léger déplacement. Une liste des principaux exemples de tiges à feuilles alternes où nous avons constaté la formation de verticilles par 3 vient appuyer l'idée que nous avançons. Enfîu nous citons un certain nombre de plantes à feuilles alternes présentant trois cotylédons. » 4"^ Dans la quatrième section nous donnons la description détaillée de quatre échantillons d'une variété du Cucurbita pepo et de trois échan- tillons de Colutea arborescens, pour démontrer comment l'alternance re- tourne à l'opposition ou au vt-rticillisiiie. Nous faisons voir que le nombre 2 se retrouve dans deux échantillons du Colulea et que le nombre 3 apparaît ( 62 ) dans le troisième échantillon de cette même plante, ainsi que dans les exem- ples que nous donnons de Ciiciirbita pepo. M 5" Dans la cinquième section, nous faisons remarquer que les nom- bres 3, 6, 9 et 12 sont ceux qui représentent le plus souvent les parties constituantes des rosettes examinées dans les plantes à feuilles alternes, particulièrement les Cerisiers, Pommiers, Poiriers, Coignassiers, Groseilliers, Sorbiers, Kerria japonica, Berberis ^ Cjùsus, Laburnum, etc. A la vérité on trouve quelquefois les nombres 2, l\ et 5, mais ils nous ont paru moins fréquents; et d'ailleurs, à nombre égal, nous choisirions de préférence 3. 6, 9 et 12, puisqu'ils ont, dans notre manière de considérer l'ensemble delà végétation, l'avantage de fortifier une idée d'unité qui n'est pas sans quelque intérêt pour la science, et qui nous semble la justification la plus précise de toute la théorie des métamorphoses. » 6° Enfin, dans la sixième section, nous faisons observer que, de même que l'on trouve des tiges à feuilles op|)osées présentant une suite successive de verticilles par 3, de même aussi sur bien des plantes à feuilles alternes on trouve que la disposition quinconcialo est remplacée par la forme inso- lite ^ qui pourtant serait celle de toutes les feuilles verticillées par 3, en admettant que chacune des parties d'un verticille apparthit à trois hélices dif- férentes, marchant toutes trois parallèlement dans un même sens. C'est ce que nous avons souvent vérifié dans les Rosiers, les Campanules, les Fram- boisiers, les Bouleaux, les Topinambours, les Ilieracium, V Heliotropium peruvianum, etc. Or l'esprit , sans effort peut regarder cette disposition comme le résultat du déplacement de 2 verticilles par 3, absolument comme nous avons vu les feuilles opposées des Veronica, Phtox, Syringa , etc., passer à la disposition quinconciale. w En résumé, nous croyons avoir démontré que, conformément au prnicipe qui nous a servi de point de départ, il y a rapport simple entre les diverses parties florales des Dicotylédones et les cycles, quand on les examine les uns et les autres dans leur composition-type. Le nombre 6 se- rait le type des parties florales des Dicotylédones et 3 le nombre type du verticillisme des feuilles, lequel verticillisme se retrouverait assez souvent dans les feuilles dites alternes pour laisser découvrir ou supposer que l'alternance n'est qu'une déviation de l'opposition ou du verticillisme, et que conséquemment les feuilles alternes peuvent être considérées comme formées de verticilles par 2 ou par 3 avec déplacement, mais chez lesquelles le nombre 3 domine le nombre 2. Il y a donc rapport simple entre les (63 ) nombres 3 et 6, et lespril n'a plus qu'à admettre un simpie dédouble- ment des parties foliaires pour constituer les 6 parties florales, ou une simple métamorphose pour former les verticilles floraux de quelques Dico- tylédones qui n'ont, comme les Monocotylédones, que 3 parties à chaque verticille floi'al. ■• GÉOLOGIE. — Siippléineiil aux recherches i/éalogiqiies sur les matières, no- tamment les pierres, travaillées par les habitants primitifs des Gaules ; par M. E. Robert. (Commissaires précédemment nommés: MM. Serres, Dumas, de Quatrefages, d'Archiac.) « Dans mon précédent Mémoire, j'avais avancé que les énormes blocs de pierre qui se trouvent comme suspendus au milieu des atterrissements fluviatiles, n'avaient pu être transportés que par des glaces flottantes, lors de la débâcle des grands cours d'eau qui arrosaient les Gaules. A l'appui de cette opinion, je ferai remarquer que les auteurs latins s'accordent à dire que le climat des Gaules était très-froid à l'époque de la conquête; que les rivières souvent prises permettaient aux Gaulois de se transporter faci- lement d'un endroit à un autre, d'où l'on peut inférer qu'avi moment du dégel il y avait pour les glaces flottantes maintes occasions de transporter des pierres. » Ainsi que je l'ai déjà dit dans le même Mémoire, les terrains d'atter- nssement dans lesquels se trouvent, le long des rivières, des objets celtiques, n'ont pu être déposés que par les eaux qui coulaient autrefois en très-grande abondance et librement dans les vallées. Si aujourd'hui pareil transport de sable, de cailloux, n'a plus lieu, si ce n'est dans des limites très-restreintes. c'est que ces vallées sont comblées et ne peuvent plus admettre, dans les grands débordements des fleuves, autre chose que du limon. Ce temps d'arrêt, qui paraît devoir être définitif, doit remonter à une époque bien reculée, à en juger par l'épaisseur de la couche de terre meuble qui repose, en certains endroits, sur les cailloux et les objets celtiques qu'on rencontre dans sa partie inférieure. Le transport des grands blocs erratiques a dû cesser aussi à la même époque, pour la même raison et sans qu'il soit nécessaire de faire intervenir un adoucissement des hivers par suite de la culture et du déboisement du pays. » Loin d'admettre une certaine contemporanéité entre les objets celli- ( 64 ) qiics trouvés clans les sablières et les ossements de Pachydermes qui les accompagnent, en d'autres termes, entre la présence des premiers hommes en Europe et celle des grands Pachydermes, je suis au contraire porté à croire qu il y a entre ces deux ordres de choses une distance énorme, des milliers d'années par exemple. Il y a sans cloute aussi, comme pour les pierres celtiques, deux épocpies dans les ossements cjue receleni les sa- blières : les uns, et les plus anciens, incontestablement fossiles, apparte- nant a l'éléphant, au mastodonte, au rhinocéros, etc., enfin à des espèces perdues, sont fortement roulés et usés, tandis que les autres, appartenant à l'aurochs, au cheval, etc., le sont à peine, et souvent difficiles à distin- guer des ossements actuels. » Il est vraisemblable cpie lorsque les peuplades de l'Asie ont émigré vers l'occident à la recherche de contrées fertiles, en conservant le souve- nir de tout ce qui était relatif aux pierres, soit comme usage, soit comme culte, soit comme signes, ces peuplades sont venues naturellement s'éta- bhr dans des vallées plus profondes quelles ne le sont aujourd'hui et sil- lonnées par des rivières qui leur offraient, avec des ressources de tout genre, une température plus douce que celle des plaines élevées ; il est donc vraisemblable qu'à plusieurs reprises les habitants ont été forcés de les évacuer, lorsque des* crues considérables venaient à en exhausser le fond et à détruire leurs habitations légères faites en chaume ou en roseau. De là la confusion des pierres celtiques abandonnées précipitamment, avec des pierres roulées de toute sorte; et les dépouilles des animaux anciens, iTelle- ment fossiles, arrachées au véritable diluvium avec celles des animaux do- mestiques ou à 1 état sauvage noyés dans ces inondations. » Dans les sablières de Saint-Acheul, près d'Amiens, on rencontre des haches qui, bien que grossièrement travaillées, semblent appartenir à deux époques: les unes, en silex brun-marron, presque jaunâtre, bombéesen forme de coins, paraissent avoir été longtemps roulées ou venir de loin, car elles .sont usées sur tous les angles, ce qui empêche de les distinguer facilement des cailloux roulés de même couleur; les autres en silex brun-noiràtre, ma- culées de blanc, plus ou moins effilées, fortement aplaties, ne paraissent nullement avoir été roulées; leurs arêtes sont aussi vives que si elles sor- taient de la main de l'ouvrier: on dirait qu'elles ont été façonnées sur place. En effet, il est facile de trouver dans ces mêmes sablières des silex roulés avec lesquels on pourrait faire des haches semblables. Je me suis procuré dans cette localité une des plus grandes haches qui y aient été trouvées, puisqu'elle ne mesure pas moins de 3o centimètres de longueur, et pesé ( 65) i8oo grammes. Cet énorme instrument permet de voir qu'il a été évidem- ment extrait d'un silex cylindrique, comme il en existe tant dans la sa- blière où il a été recueilli. » Bien que le gisement de ces haches se trouve à 4o mètres environ au- dessus du cours de la Somme, la plus grantle ressemblance n'en existe pas moins entre les sablières de Saint-Acheul et celles de Précy-sur-Oise etdf la Seine à Paris : comme ces dernières, elles sont composées inférieurement de cailloux roulés dans lesqiif'ls pénètrent des veines ou des nids de sable blanc renfermant des coquilles d'eau douce, notamment des Lymnées, d'une délicatesse extrême, des coquilles qui eussent été inévitablement brisées si elles avaient été charriées violemment; et supérieurement, d'un puissant dépôt de limon jaunâtre. •> On rencontre aussi à Saint-Acheu! des blocs erratiques de grès, mais moins gros cependant que ceux des sablières de Précy sur le bord de l'Oise; ces derniers étant à leur tonrbeaucoup moins forts que les pierres de même nature du bassin de Paris. Le volume des blocs erratiques est, en mi mot, proportionné à l'agent, quel qu'il f'it, glace on courant, qui les a charriés. » Il existe entre les sablières de Saint-Acheul et celles de Précy-sur-Oise une autre ressemblance, qui mérite d'être signalée sous le rapport archéo- logique. Ces deux localités ont servi de cimetières dans les premiers temps mérovingiens; au-dessus du dépôt de cailloux roulés et même jusque dans sa masse, on a creusé à travers le dépôt limoneux des fosses profondes, au fond desquelles ont été ensevelis un grand nombre d'individus, tantôt à nu, sans aucun entourage, a moins qu'ils n'aient été mis dans des cercueils en bois donîon ne retrouverait plus que les ferrures; tantôt, et le plus souvent, dans des cercueils en pierre e! toujours couchés de l'ouest à 1 est, la tète regardant l'orient, comme dans des sépulcres celtiques dont ce n'était sans doute qu'une tradition. » La nature des pierres travaillées comparée à celle du sol sm- lequel ou dans lequel elles se trouvent, peut aussi servir à jeter quelque jour sur ce qui s'est passé dans une localité où elles gisent en abondance et à l'exclu- sion de tout autre objet archéologique. C'est ainsi que dans la commune de Gouvieux (Oise), il existe une éminence très-prononcée en forme de promontoire, appelée Toutvoyes, située au confluent de la Nonette et de l'Oise, et sur le sommet de laquelle on se plait à voir l'emplacement d'iuï camp romain et que j'attribuerais plutôt aux Gaulois, les premiers occu- C. R., 1861, !«■• Semestre. (T. LU, N" 2.) 9 (66) pants. En examinant avec soin cette localité, en effet, admirablement choisie comme position stratégique, ou plutôt en consultant les pierres éparses sur le sol entièrement calcaire (pierre de Saint-Lcn), je n'ai pas tardé à recueillir un nombre considérable de haches, de dards de flèche, de pierres de fronde, etc., en silex provenant des affleurements voi- sins de ia craie ou des atterrissements fluviatiles qui enveloppent le pied de la colline et en tout semblables aux objets celtiques de Meudon. La seule hache eu pierre ({ui n'appartint pas au pavs, était une hache polie en silex blanc-laiteux, exactement semblable pour la nature de la roche et la forme à celles de Brégy. » A l'appui de mon opinion, que les grands atterrissements qui obstruent les vallées traversées par des cours d'eau et dans lesquels se trouvent des objets celtiques, ont été formés par ces mêmes cours d'eau, et par consé- quent n'ont rien de commun avec le diluvium, c'est que les blocs erra- tiques, les cailloux roulés, le sable, et même le limon, ont été empruntés aux terrains qui avoisinent ces vallées ou qui ont pu être baignés par les fleuves et leurs affluents. » Je me suis appliqué, il y a longtemps, bien avant que je m'occupasse des antiquités celtiques sous le rapport géologique, à recueillir les roches et les fossiles qui caractérisent les atterrissements fluviatiles du bassin de Paris. Sans vouloir énumérer ici tout ce que je suis parvenu à réunir (i), je dé- clarerai cependant avoir recueilli : i" des représentants de presque toutes les roches qui entrent dans la comj)osition géologique du bassin parisien ; 0° des roches de la haute Bourgogne, notamment un porphyre rougeàtre quartzeux (assez commun], et des roches granitiques; 3" des Nérinées, des Térébratules, des Madrépores, etc., appartenant aux terrains secondaires. Il est bon de faire remarquer que tous ces objets ont toujours été ramassés le long des rivières et en remontant leurs cours, ou plus exactement, jamais au-dessus du point présumé de leur véritable gisement avant d'être entraî- nés par les eaux ; de sorte qu'il y a de fortes présomptions pour attribuer à ces mêmes cours d'eau le transport de tous les matériaux qui entrent dans la com|)osilion des terrains d'atterrisscment dans lesquels se sont glissés des objet.»» celtiques. » .l'ai déposé, depuis longtemps, tons ces objets dans la galerie de Géologie au Muséum (67 ) HISTOIRE DES SCIENCES. GÉOMÉTRIE ANCIENNE. — Réclamation de priorité au sujet des Pommes; par M. Breton (de Champ). (Renvoi à une Commission composée de MM. Lamé, Chasies, Bertrand, Serret.) M. Levol, à l'occasion d'une communication de M. Moissenel sur le dosage de l'étain dans les minerais de ce métal, rappelle un Mémoire qu'il a publié en 1857 dans les Annales de Physique et de Chimie, Mémoire où il fait connaître un procédé, suivant lui peu différent, également.pratique et également applicable même aux minerais pauvres. (Renvoi à l'examen des Commissaires désignés pour la Note de M. Moissenet : MM. Chevreul, Pelouze, Fremy.) M. Nélaton (Eugène), en présentan!: au concours pour les prix de Mé- decine et de Chirurgie de la fondation Montyon, un travail imprimé sur une nouvelle espèce de tumeurs bénignes des os, les tumeurs à mjélo- plaxes, y joint, pour se conformer à ime des conditions imposées aux con- currents, une indication de ce qu'il considère comme neuf dans son tJ'avail. M. L. Caradec adresse, dans le même but, une analyse de sa « Topo- graphie médico-hygiénique du département du Finistère » . Ces deux communications sont réservées pour la future Commission des prix de Médecine et de Chirurgie. M. LicHTENSTEDJ, cu adressant au concours pour le prix du legs Bréant un ouvrage qu'il a publié en allemand sur le choléra-morbus , fait remar- quer que dans cette publication, où il parle du décroissement des propor- tions d'acide carbonique dans l'air expiré par les cholériques, il ne fait que mentionner de nouveau un phénomène sur lequel il avait appelé l'attention à la réunion des médecins et naturalistes allemands tenue à Vienne en i856. (Renvoi à l'examen de la Section de Médecine et de Chirurgie, constituée en Commission spéciale.) M. Legrand du Saille soumet au jugement de l'Académie une Note 9-' ( 68 ) intitulée : « De l'influence de l'atmosphère des cafés sur le développement des maladies cérébrales ». (Commissaires, MM. Andral, Rayer.) M. Pappeixheim adresse une Note sur l'origine des maladies du cœur. ( Renvoi à la Commission des prix de Médecine et de Chirurgie.) .M. Castelin Ci.ichet présente une Note ayant pour litre : " Force mo- trice ()e la vapeur par son écoulement ». (Conuiiissaires, MM. Poncelel, Morin, Delaunay.) M. PoTEL envoie un complément à sa Note sur la trisection de l'angle. (Renvoyé, comme la première communication, à l'examen de M. Serret.) CORRESPOND ANCE . M. LE Ml.VISTRE DE l' AGRICULTURE, DU Co.MMERCE ET DES TrAVAUX PUBLICS adresse pour la bibliothèque de l'Institut le volume XXXVI des Brevets d'invention pris sous l'empire de la. loi de i 844 et les n"^ 6-9 du Catalogue des Brevets d'invention pris en 1860. L'Académie royale des Sciences de Turin remercie l'Académie pour l'envoi du tome XXVIII de ses Mémoires. M. AxT. d'Abbadie prie l'Académie de vouloir bien le comprendre dans le nombre des candidats |)our la place vacante dans la Section de Géogra- phie et de Navigation par suite du décès de M. Daussy. M. DE Keriiallet adresse une semblable demande. Ces deux demandes sont renvoyées, avec l'exposé des titres joints à cha- cune d'elles, a la .Section de Géographie. (^9) GÉOLOGIE. — Sur un giseinenl de combustible fossile découveii a Chiriaui [Nouvelle- Grenade, province de Feragua), par M. le D"^ John Evans; extrait d'une Lettre de M. le D'' Charles T. Jackson à M. Elie de Beau mon t. Il lioston, I i docembre 1860. » Dans le cours de l'été dernier, le gouvernement des États-Unis a en- voyé à Chiriqni, dans le but de découvrir une ligne favorable pour un chemin Un fait géologique curieux et intéressant à signaler, c'est que le terraui houiller proprement dit n'existe pas ou du moins n'a pas encore été découvert dans le continent de l'Amérique méridionale. Tous les dépôts charbonneux qu'on y a observés, à ma connaissance, sont de l'époqne tertiaire. -> GÉOLOGIE. — Sur un mojen de reconnaître les anciens rivages des mers des époques géologiques; Lettre de M. Marcel de Serres. (( Je m'occupe depuis longtemps de l'action exercée par les mollusques perforants sur les rochers qu'ils percent dans tous les sens et qu'ils finissent par désagréger entièrement. J'avais bien prévu que cette étude m'amènerait à reconnaître les matériaux qui avaient été entraînés dans le bassin de l'an- cienne mer après leur formation et me ferait remonter jusqu'aux causes qui ont modifié de diverses manières la surface des roches ; mais je ne me doutais pas que, lorsque cette action se serait exercée sur une certaine étendue, elle me donnerait le moyen de reconnaître les anciens rivages des mers des temps géologiques. » Voici comment je suis arrivé à déterminer ce point de fait. Les terrains néocomiens ont pris un certain développe/iient auprès du hameau de Saint- Apolis dans les environs de Pézenas. La partie sud de la montagne qu'ils composent est à peu près parallèle à la Méditerranée ; dans cette même di- rection les roches crétacées sont percées d'une infinité de petites cavités analogues à des dés à coudre, cavités qui sont l'œuvre des mollusques per- forants. On n'en voit pas la moindre trace sur le revers nord de la même montagne, taudis qu'elles sont très-nombreuses sur le revers opposé. Com- ment ne pas supposer en présence de ces faits, surtout lorsqu'on se rappelle que la plupart des mollusques perforants vivent au bord des cotes, qu'il a dû en être de même de ceux qui ont creusé ces cavités? Cette supposition acquiert ici une très-grande probabdité, puisque les roches trouées ne s'élè- vent pas au-dessus du sol au delà du point où elles ont été attaquées par les animaux perforants, et que les terrains tertiaires marins de l'étage mio- cène leur sont adossés. » Je cherche maintenant d'autres faits du même genre, afin de m'assurer si je ne pourrais pas déterminer partout à l'aide des matériaux attaqués par les mollusques perforants, les points où s'arrêtaient les mers des divei'ses ( 72 ) époques géologiques on tout au moins ceux ou se froiivaieul les traces des animaux de cette classe qui avaient de pareilles habitudes. )) Je crois y être déjà parvenu pour luie localité qui a acquis récemment un certain renom en géologie : je veux parler du bassin de Neffier i^ Hérault'. Les terrains paléozoïques y sont bornés au sud-est par les formations ter- tiaires marines; celles-ci sont composées sur certains points par des masses de polypiers du genre des Astrées, percées par un grand nombre de Mo- dioles, de Pétricoles et probablement par d'autres mollusques perforants. Comme ces différentes espèces s'éloignent peu des côtes et que les polypiers sont encore dans la même place qu'ils occupaient dans le bassin de la même mer, ils paraissent en représenter les anciens rivages, ce que confirme du reste leur position relativement à la Méditerranée, dont ils sont fort rappiochés. » CHIMIE. — Note SU7' le dosage de l urane et de l'acide pliosphorique; par M. F. PisANi. se rencontrent en un point ; par lequel passera le plan normal à la corde cherchée mené par son milieu m (49). On détermine de même sur le plan mac un point (' par lequel passera le même plan normal. Ce plan est donc déterminé, et par suite la corde cherchée MM' l'est aussi, du moins en direction. » Pour déterminer les deux points homologues M, M' sur cette droite, on la considère comme appartenant au premier corps, et on cherche sou ho- mologue dans le second corps; celle-ci rencontrera la corde en son point M' qui appartient au second corps. Et prenant sur la corde mM := m M', ou a le point M du premier corps. « 79. Deux droites liomoloijnes sont également éloignées de l'axe ' Cas particulier. Si la droite L est l'intersection de deux plans homologues, les deux droites homologues qu'on peut mener par chaque point de celte droite sont situées dans les deux plans, respectivement; et tes deux parabo- (oïdes deviennent des paraboles situées dans ces deux plans. » 82. Si par chac|ue point d'ime droite quelconque L on mené les deux droites homologues cpii passent par ce point, lesquelles déterminenr lUi plan : » i" Tous les plans ainsi déterminés enveloppent une développable du qaii- Irième ordre; . » a" Par un point quelconque on peut mener trois plans tamjents à celte surjace ; » 3° Chacun de ces plans coupe la surface suivant une parabole. » 85. Cas particulier. Si la droite L est l'intersection de deux plans ho- mologues, le théorème prend cet énoncé : B Si par chaque point de la droite d'intersection I^ de deux plans homoUxpiei on mène deux dioiles homologues, lesquelles sont situées dans ces plans, respec- tivement (81), et enveloppent deux paraboles tangentes à la droite L : le plan des deux droites enveloppe une développable du quatrième ordre. )) 81'. Par chacune des cordes qui joignent les points homologues de {leiix droites homologues L, L' passent deux plans homologues : » i" Ces plans enveloppent deux développcddes du quatrième ordre ; ') 2° La droite d intersection de deux de ces plans, appartenant à un uiéme corps, est une corde. » 8Î>. Si autour de deux droites homologues L, L' on fait tourner deux plans homologues, leur droite d'intersection engendre un hyperboloïde. •> Cas particulier. Si les deux droites homologues L, L' se rencon- trent, la droite il' intersection des deux plans homologues décrit un cône du second ordre. » 86. Quand deux plans homologues doivent avoir leur droite d'iiiterse'tion iur un plan fixe : » 1° Cette droite enveloppe une parabole ; » 2" Les deux plans enveloppent deux développables du quatrième ordre. ( 8a ) » 87. // existe toujours dans un plan quelconque Q deux droites Itomo- hgues D, D'. Cliacune de ces droites est une corde. » La droite D aijpartenanl à la première figure est l'intersection du plan Q, considéré comme appartenant à la seconde figure, par son homo- logue dans la première figure; et la droite D' de la seconde figure est l'in- tersection du même plan Q, considéré comme appartenant à la première figure, par son homologue dans la seconde figure. » 88. Quand plusieurs plans passent par une même droite L, il existe dans chacun d'eux un sj'sièmede deux droites liomologues D, D' apparte- nant respectivement aux deux corps : » 1 " Les droites D du premier corps forment un lijperbotuïde ; et les droites D' du second corps wi second liyperboloide ; » 2° Les deux droites homologues D, D' contenues dans chaque plan se rencontrent en un point; et le lieu de tous ces points est une courbe à double cour- bure du troisième ardre; » 3° Par une droite quelconque on peut mener quatre plans tangents à cette {■ourbe; de sorte que la développable dont cette courbe est l'arête de rebroussement est du quatrième ordre. » Observation. Si la droite L est une corde, les deux hjperholoïdes de- viennent des cônes du second ordre. » 89. Si autour de deux points homologues on fait tourner deux droites homologues D, D', qui se reconlrent : « i" Chacune des deux droites décrit un cane du second ordre ; » 1° Leur point de rencontre décrit une courbe à double courbure du troisième ordre ; » 3" Toute droite "qui s'appuie en deux points sur cette courbe est une corde. » 90. Si autour de deux points homologues on J ait tourner deux pLms homologues, leur dioilc d'intersection s'appuie, dans toutes ses positions, en deux points [réels ou imaginaires), sur la courbe à double courbure du troisième ordre, lieu des points d'intersection des droites homologues tournant autour des deux ])oints Jixes. » Réciproquement : Toute droite qui s appuie en deux points sur celte courbe est P intersection de deux plans homologues, qui passent, respectivement, par les deux points fixes. » 91. Quand deux plans homologues tournent autour de deux droites homo- loi^ues, leur droite d'intersection est une corde, et les deux points homologues situes sur cette droite sont sur deux courbes à double courbure du troisième ordre. (83) » 92. Angle de deux droites homologués D, D' : sin ^ (D, D') = sin ^ U .sin (D, X)- » 95. Anrjle qu'un plan parallèle à deux droites homologues D, D' fait avec taxe central : rang(DF, X) = cos^U.tang(D, X). « 94. Direction dans l'espace d'un plan parallèle à deux droites homologues. » La trace d'un tel plan sur un plan H perpendiculaire à l'axe central, est perpendiculaire à la bissectrice de l'angle que font les projections sur le plan H des droites qui mesurent les plus courtes distances de l'axe central aux deux droites homologues. » Cette trace et l'angle que le plan demandé fait avec l'axe central (95) déterminent la direction de ce plan. » 95. Plus courte distance de deux droites homologues D, D'. » La droite D est déterminée de position par sa plus courte distance r à l'axe central, et par l'angle (D, X) qu'elle fait avec cet axe. Soit y sa plus courte distance à la droite homologue D', on a 2 r sin - U + E cos - U . tanc { D, X ) 2 2 V I -f-lang=(D, X)cos-U. » Le numérateur du second membre exprime la distance de deux droites parallèles, lesquelles sont les traces sur un plan perpendiculaire à l'axe cen- tral, des deux plans menés par les deux droites D, D' parallèlement à ces droites; et le dénominateur est le sinus de l'inclinaison de ces plans sur le plan perpendiculaire à l'axe central. » 90. Projection orthogonale d'une corde AA', (jui joint les points hninu- logues des deux droites D, D' sur la droite-milieu A : p [tang^U.sin (A,X) + iEcos(A,X)], p étant la distance de la droite-milieu A à l'axe ceniral. ( 84 ) propriétés relatives à deux plans homologues. » 97. Deux plans lioinotogues font des anc/les égaux avec taxe ccnlnil., et le seijment ijii'ils inlerceplenl sur cet axe est de grandeur constante et éqal an glissement de cet axe sur lui-même. » 98. On a vu que la droite d'intersection de deux plans homologues est une corde; et réciproquement, que par une corde AA' on peut tou- joiu's mener un système de deux plans homologues, et un seul (70 . I. Il existe entre la corde et les deux plans cette relation : » Le produit d une corde par la tangente du demi-cmcjle des deux plans homo- logues dont celte corde est l'intersection., est constant. » De sorte qu'on a AA'.taiig^(P, P') = E.tangiU. » Corollaire. On conclut de là que : Le plus grand angle que puissent Jaire entre eux deux plans correspondants a lieu qucmd ces plans passent par l'axe central. u 99. Angle de deux plans homologues, en fonction de la distance de leur droite d'intersection à l'axe central. » .Soit r cette distance; il suffit de remplacer AA', dans l'expression pré' cédente, par son expression en fonction de r (77); il vient tang-(P, F) 2 Etang - U ^^tang'^U+^E' 1 „ 1 4 » 1(X). Angle de deux plans homologues en fonction de leur inclinaison sur l'axe central : sin ^ ( P, P' ) = sin ^ U . sin ( P, X). M loi. Relation entre [inclinaison de deux plans homologues sur l'axe central et la distance de h'ur droite d'intersection à cet axe : r.tang(P,X) sin^U = -■ (85) » 102. Si (luloitr de deux droites homologues T., L' on fait tourner deux plans homologues P, P' : » 1° La droite d'intersection de ces deux plans est une corde (70) et en- gendre im hyperholoide ( 8o ) ; » 1° Les deux points homologues A, A' des deux corps, situés sur cette corde, décrivent deux courbes à double courbure du troisième ordre (91); » 3° Le point-milieu a de In corde A A' décrit (Uissi une courbe à double courbure du troisième ordre ; » 4" Le plan normal à cette corde, mené par son milieu a, enveloppe une dé- veloppable du quatrième ordre. » 105. Quand des plans du premier corps rencontrent leurs liomoloques du second corps, suivant des droites situées dans un même plan cpietconque : )) 1° Ces plans enveloppent une développahle du quatrième ordre (86); » a° Leurs fojers sont sur une courbe à double courbure du troisième ordre; » 3'^ Les normales à ces plans, menées par leurs foyers, forment un cône du second ordre. » ASTRONOMIE. — L'irradiation peut -elle réconcilier l'iiypothèse des images solaires avec les faits observés pendant les éclipses totales? par M. Faye. « La grande question des protubérances lumineuses des éclipses parait être entrée récemment dans une nouvelle phase; je m'empresse de la signalera l'Académie. » Voici ce que dit le P. Secchi dans le dernier numéro des Astronomisclie Nachrichten (1289) : « On continue à parler encore de l'éclipsé, et les mesures de MM. de Fei- » litzsch, d'Abbadie et Plantamour sont très-importantes. Cependant je suis » loin de croire que l'on puisse en conclure que les protubérances sont de » simples jeux de lumière. La diffraction et surtout l'irradiation peuvent » produire de grandes illusions sans dispenser d'admettre la réalité des )> objets qui en sont la cause primitive. Pour en citer un exemple, je dir.ii » que lorsqu'on misait des expériences de lumière électrique sur la tour du » Capitole, je regardais les charbons avec le grand équatorial : je jugeais w leur diamètre de plus d'une minute, tandis qu'il ne pouvait être que de » quelques secondes. Un fil de platine rougi au blanc, et vu de loin, était » jugé très-gros lorsqu'il était blanc, et paraissait diminuer immensément » lorsque la lumière diminuait (la distance était cette fois de quelques » mètres seulement dans la salle d'observation). Les protubérances ne C. R., 1861, !« Semeslie. (T. LU, N» 3.) 12 ( 86) » pourraient-elles pas paraître plus grandes par irradiation ou par diffrac- » tion pendant qu'on voit leur base qui est assez plus brillante et plus » large que leur sommet? La question se réduit donc plutôt à une expli- » cation de la diminution rapidequel'ona observée, qu'à une démonstration » positive de l'opinion qui admet que les protubérances ne sont pas dues à » des protubérances réelles dans le corps solaire. » « Ainsi, comme je le disais en commençant, la question est entrée dans une phase nouvelle. Autrefois on niait ou on négligeait les faits embar- rassants; maintenant on en reconnaît loyalement l'importance, et on s'ef- force de les concilier avec l'hypothèse qu'ils contredisent. » Je me propose d'étudier la question ainsi posée par le célèbre directeur de l'observatoire du Collège Romain. L'irradiation (je m'en tiens à l'irradia- tion, puisque c'est à elle que se rapportent les exemples cités) joue-t-elle dans ces phénomènes le rôle que lui suppose notre savant Correspondant? La réponse est facile, ce me semble, car il suffit de se reporter aux lois bien connues de l'irradiation oculaire et à l'expériencejournalière des astronomes. » Voyons d'abord de quel ordre de grandeur devrait être l'irradiation des protubérances. D'après l'estime de feu notre confrère M. Mauvais en 1842, il faudrait que l'irradiation eût varié de 4^" ^n 1 minutes envi- ron ; d'après les mesures de M. Petit, directeur de l'observatoire de Tou- louse, à la même date, cette variation serait de 28" en 1 minutes de temps. En 1860, M. de Feilitzsch a trouvé une variation de 20" pour i minute, et M. d'Abbadie une variation de 45" en moins de 1 minutes. On voit par là qu'on serait obligé d'attribuer, non pas à l'irradiation totale, mais à sa seule variation, vine valeur de plus d'une demi-minute. Par conséquent, l'irradiation elle-même devrait dépasser notablement cette limite-là. » Or jamais l'irradiation du Soleil, vu dans les lunettes astronomiques, n'a dépassé un très-petit nombre de secondes, ainsi qu'on peut s'en assurer en contrôlant les diamètres de cet astre me.surés par un grand nombre d'observateurs. On voit donc déjà qu'il faudrait imputer à la lumière des protubérances des effets hors de toute proportion avec ceux de la lumière du Soleil lui-même. -I Mais passons sur cette objection préalable. Je dis que l'irradiation propre des protubérances, même en lui attribuant cette énorme extension, ne saurait rendre compte des effets observés et mesurés. Voici, en effet, ime des lois les mieux établif^s de l'irradiation (i). (i) yoir le beau Mémoire de M. Plateau sur riirailiadon, t. XI des Mémoires de l'Aca- ilémir Rnyalc de Bruxelles. ( 87 ) » L'irradiation d'un objet brillant varie en sens inverse de l'illumination du champ qui l'entoure; elle atteint son maximum quand cette illumination est nulle; elle disparaît quand l'intensité du champ est égale à celle de l'objet. » De là on conclut, et il est facile de vérifier par l'expérience, que si le champ est inégalement éclairé, c'est du côté le plus obscur que l'irradiation se manifestera avec le plus d'étendue. » Or les protubérances sont entourées d'un champ en partie éclairé (l'au- réole), en partie obscur (le disque noir de la Lune). Donc l'irradiation des protubérances devrait s'étendre sur le disque noir de la Lune beaucoup plus que sur le fond brillant de l'auréole. Ainsi les observateurs auxquels on doit les mesures citées plus haut auraient dû voir, à la base de chaque protubérance, une profonde indentation lumineuse sur le disque lunaire, ce qui n'a pas eu lieu. )) Considérons en second lieu l'irradiation intérieure produite par l'auréole elle-même, en y comprenant les protubérances. Bien que cette seconde ma- nière d'envisager la question ne paraisse pas avoir été celle du P. Secchi, je me crois obligé de l'examiner aussi, afin de ne laisser aucun doute sur nos conclusions. S'il était permis d'attribuer à cette irradiation commune à l'auréole et aux protubérances la grandeur nécessaire, on rendrait compte assez bien des mesures citées ci-dessus , car l'éclat de l'auréole allant en diminuant à partir du Soleil, l'irradiation qui s'étendrait sur le disque lunaire irait en grandissant à l'ouest et en décroissant à l'est. On satisferait ainsi à une remarque fort curieuse de M. de Feilitzsch, remar- que que l'on peut formuler ainsi (i): Les variations de hauteurs des protubérances sont toujours plus grandes que le mouvement correspon- dant de la Lune, soit que ces protubérances aillent en croissant (à l'ouest du Soleil), soit qu'elles aillent en décroissant (à l'est). Par malheur il est absolument impossible d'admettre que l'auréole, vue dans une lunette grossissant deaS à Sofois, empiète d'une demi-minute et plus sur le contour du disque lunaire, de manière à en réduire le diamètre d'une inimité ou deux. Une telle irradiation, dont jamais les astres les plus brillants n'ont offert d'exemple, déformerait l'image de la Lune, ferait disparaître la netteté des contours, masquerait les petites aspérités qui révèlent alors l'existence 11) Peut-èlre s'est-on trop tiâté de généi aliser, car si la formule est parfaitement con- forme aux mesures européennes de 1842, de i85i et de i8()n, elle est contredite par les mesures brésiliennes de i858. Rapport sur l'expédition brésilienne, Comptes rcrulns, t. XLVIII.p. ifi8. la.. ( 88 ) des montagnes lunaires, et remplacerait par une lumière confuse [les détails dcMicals que l'on peut poursuivre dans certaines protubérances jusqu'au bord même de la Lune, sur lequel elles paraissent implantées, tan- tôt d'aplomb, tantôt avec une obliquité considérable. » A ce compte l'irradiation de la couronne dépasserait énormément celle du Soleil lui-même, dont le croissant s'amincit progressivement jusqu'à devenir d'une ténuité excessive, tandis qu'avec uiie irradiation égale à celle dont il faudrait doter l'auréole, ce croissant n'aurait jamais moins d'une ou deux minutes d'épaisseur, même vers l'instant de sa disparition. 1) On a mesuré d'ailleurs le diamètre de la Lune projetée sur l'auréole pen- dant l'éclipsé totale de 1 85 1, et on l'a comparé avec le diamètre tabulaire, c'est-à-dire avec celui de la Lune illuminée par le Soleil Or qu'a-t-on trouvé? une différence de quelques secondes ( i", 9 à Kœnigsberg, 5", 2 à Gœlha- borg), dont une partie serait même imputable, à la rigueur, à l'irradiation extérieure de cet astre lorsqu'il est vu positivement, c'est-à-dire au diamètre tabulaire (i). » Enfin j'aurai recours a un argument qui, à lui seul, fera encore plus d'impression que les précédents sur les partisans des nuages solaires. Ima- ginez une protubérance isolée, à une demi-minute du bord de la Lune : si l'irradiation entamait le disque lunaire de cette quantité et au delà, on ne serait plus en droit de conclure, comme on l'a fait sans hésiter, qu'on a vu un nuage flottant dans l'espace ou dans l'atmosphère solaire, car le nuage ne paraîtrait détaché que par l'effet de l'irradiation. Passe-t-on condamna- tion sur ce point eu acceptant, coûte que coûte, la conséquence, je deman- derai comment il se fait que l'espace compris entre la lueur rouge détachée et le bord paraisse blanc, comme si l'irradiation d'une lumière colorée pouvait n'être pas elle-même colorée. M Ainsi il est iaipossible de faire un pas dans cette voie sans s'aheurter à une foule de contradictions et d'impossibilités. On voit donc que l'irradia- tion, même en réunissant tous les effets d'origines diverses qui sont compris (i) Il convient de diit' ici que ces mesures ayant ete laites, l'une avec nn hélionieU-e, l'autre avec un sextant, l'irradiation de l'auréole se trouvait sensiblement éliminée; car, pour deux images de même éclat, quand elles sont amenées an contact, les irradiations voisines se contrarient et s'annulent. Mais si l'inadiation propre de l'objet était aussi considérable que nous sommes ici obligés de le supposer ( plus d'une demi-minute), les images en contact .Tur.iicni présenté des particularités de distorsion bien connuej qui n'auraient pas manque d'i'veiller l'altonlion des observateurs ( 89) sous ce nom, ne sauvera pas la théorie des nuages solaires déjà condamnée par tant d'autres faits (i). » Il y aurait pourtant en dehors de l'irradiation une dernière ressource que M. Arago a indiquée lui-même en i846, en discutant les mesures de MM. Mauvais et Petit (2) : ce serait d'admettre, par analogie avec les nuages terrestres, que les nuages solaires ne sont pas de forme permanente, et même qu'ils peuvent s'allonger verticalement de quelques milliers de lieues en une minute de temps. Il n'y aurait alors plus rien d'étonnant à ce que les me- sures de leur hauteur ne concordassent pas avec le mouvement relatif de la Lune. Soit, dirai-je ; mais ce qui serait bien étonnant aussi, ce serait que ces nuages solaires se missent à s'allonger précisément au moment où la Lune passe entre eux et nous. Ce qui aurait encore plus le droit de nous surprendre, ce serait l'accord régulier qui devrait exister entre ceux de l'ouest et ceux de l'est, de telle sorte qu'àl'ouest les nuages s'accorderaient générale- mentà s'allonger, tandisqu'àl'est ilss'accorderaientà se rétrécir, pourchaque observateur, au moment précis où la Lune les masque ou les démasque. » L'Académie excusera, j'en suis sûr, mon insistance à ce sujet; il va onze ans, seul de tous les astronomes contemporains, j'ai osé soutenir que les phénomènes des éclipses totales n'étaient pas des réalités objectives, mais bien des phénomènes d'optique du plus grand intérêt pour la science; que l'atmosphère du Soleil et les nuages blancs, gris ou noirs, rouges, orangés, bleus ou violets, ou même ultra-violets, qu'on faisait flotter dans cette pré- tendue atmosphère, étaient des hypothèses inadmissibles. N'aurai-je donc point acquis ainsi quelque droit de revenir sur mes idées, alors que de nouveaux faits et de nouvelles mesures, dont on reconnaît l'importance, viennent achever de me donner raison? » Les savants qui ne s'occupent pas habituellement d'astronomie s'éton- neront peut-être de la lenteur avec laquelle se prépare la solution d'un pa- reil problème. Mais il faut considérer que les astronomes sont assujettis (1) Je les ai discutés plusieurs fois dans mes anciens écrits et plus récemment dans les Comptes rendus de la séance du lo septembre i86o, dans le Rapport sur l'Expédition Brési- lienne de i858, Comptes tendus, t. XLVIII, p. i66 et suivantes, dans un Mémoire sur l'atmosphère du Soleil, t. XLIX, séance du i4 nov. i85g, et dans d'autres Mémoires bien plus anciens. '7.) Il vaudrait encore mieux recourir à l'hypothèse de JI. Babinet, mais alors le;- protu- bérances se trouveraient transformées en amas cosmi(]ues circulant autour du Soleil suiv.int les lois de Ivepler, et alors aussi les nuages solaires avec l'atmosphère solaire disparaîtraient du même coup. Cette hypothèse, que j'ai toujours regardée comme étant bien plus scienti- rii|ue que l'autre, laisse d'ailleurs de coté les protubérances vues sur In Lune. (9o) dans leurs éludes à des conditions toutes spéciales et d'une étroitesse extrême. Le physicien, tenant sous la main l'objet qu'il étudie^ ne court pas gi'and risque de s'abandonner à son imagination et de s'aider largement de la ressource commode des hypothèses, car l'expérience, toujours à sa portée, est là pour rectifier à l'instant des aperçus vicieux, ou pour donner du corps à des intuitions heureuses. L'astronome, au contraire, réduit à spéculer sur des phénomènes fugitifs, complètement inaccessibles sauf pour un seul de ses sens, abordables à l'observation seule et nullement à l'expérience, doit s'estimer heureux d'avoir reconnu la direction où il faut marcher pour ar- river à la découverte de la vérité. Il lui faut se défier de ses sens et surtout de la propension qui nous pousse si naturellement, en d'autres genres d'études, à traduire tout d'abord nos impressions en hypothèses. Ce qui distingue l'astronomie, à ce point de vue, jusque dans sa partie physique, c'est la netteté avec laquelle d'ordinaire elle reconnaît les limites posées à ses recherches par la nature des choses, la sobriété dans l'emploi des ana- logies, et la rigueur des conditions qu'elle impose aux très-rares hypothèses dont elle consent à se servir. C'est qu'en effet les sciences ne se distinguent pas moins par leurs méthodes que par leur objet, et il n'est pas toujours bon, cela soit dit sans vouloir diminuer en rien l'importance des services que les sciences voisines sont appelées à se rendre mutuellement, de trans- porter de l'une à l'autre les procédés d'investigation et les habitudes intel- lectuelles nées de l'emploi continu de tel ou tel genre de recherche. » En ce qui touche la question actuelle, il semble, oserai-je le dire, que l'on ait obéi jusqu'à présent à une pente d'esprit peu habituelle aux astro- nomes (i). Du moins on commence à voir clairement que la voie où l'on s'est engagé avec tant d'ardeur, au lieu de conduire à la découverte de la consti- tution intime du Soleil, n'aboutit qu'à des contradictions : les solutions sont au bout d'une voie diamétralement opposée. Espérons que l'éclipsé totale du 3i décembre prochain, qui sera visible comme celle du i8 juillet der- nier en Amérique, en Europe et dans l'Afrique septentrionale, achèvera de leverlesderniersdoutes pour ceux qui en conserveraient encore. Déjà l'Astro- nome du Vice-Roi d'Egypte, Mahmoud-Bey, à qui l'on doit l'iniportanle ob- (i) Par exemple l'hypothèse des nuages flottant dans une vaste atmosphère autour du Soleil a été évidemment conçue par voie d'analogie avec les nuages flottant dans l'atmosphère ter- restre ; or f|U(lle peut être la valeur d'une pareille assimilation physique entre deux astres places dans des conditions si radicalement différentes? On a cru, un moment, donner plus de poids à cette singulière analogie, en disant que des éruptions parties du noyau obscur du Soleil expliqueraient du même coup les taches et les protubérances; mais on sait aujourd'hui qu'il n'existe aucun rapport entre ces deux derniers phénomènes. ( 91 ) servation de l'éclipsé de 18G0 en Ethiopie, m'écrit qti'il est tout prêt, sauf l'apurement de son souverain, à aller reprendre dans le nord de l'Afrique les travaux qu'il vient d'exécuter cette année avec tant de courage et de succès à Dongolah » >< M. JclesCloquet fait hommage à l'Académie de la gravure du tableau de Charles Lebrun représentant ï /académie des Sciences et des Beaux- Arts. » Cette gravure, exécutée par Le Clerc, professeur aux Gobelins, est dé- diée au protecteur de l'Académie, Louis XIV. •> NOMINATIONS. L'Académie procède, par la voie du scrutin, à la nomination d'un Membre qui remplira dans la Section de Botanique la place devenue vacnnte par le décès de M. Payer. Au premier tour de scrutin, le nombre des votants étant 58, M. Duchartre, obtient.. . Sa suffrages. M. Pasteur 2/} M. Lestiboudois i Il y a un billet blanc. M. DccuARTRE, ayant réuni la majorité absolue des suffrages, est pro- clamé élu. Sa nomination sera soumise à l'approbation de l'Empereur. MÉMOmES LUS. « M. BocTiGNY lit une Note siu- la lempéralure de l'eau à l'étal spltë- rotdai., en réponse à une communication de M. de Lucn sur le même sujet. M. de Luca , en faisant passer de l'iodure d'amidon a l'état sphéroidal, avait remarqué que cet iodure ne se décolorait pas, et il en avait conclu que la température ne dépassait pas 80" et qu'elle pouvait même n'être pas au-dessus de 5o°. M. Bouligny, qui avait, lui aussi, et depuis longtemps, soumis l'iodure d'amidon à l'action des hautes tempéra- tures, avait vu cet iodure se décolorer complètement. M. Boutigny a du chercher quelle était la cause d'une si grande divergence, et il l'a trouvée dans la quantité d'iode et dans la durée de l'expérience. Lorsque l'io- dure d'amidon contient 2-5-0 d'iode, il peut être porté jusqu'à l'ébullition sans se décolorer. M. Boutigny pense qu'on n'en saurait rien concliu-e ( ^)^ ) quant à la température, et il persiste dans le chiffre 96°, 5 confirmé p;ir M. Sudre. » Le Mémoire de M. Boutigny est renvoyé à l'examen d'une Commission composée de MM. Dumas, Regnault, Balard. MÉMOIRES PRÉSEÎVTÉS M. CuASLES prie M. le Président de vouloir bien permettre qu il ne lasse point partie de la Commission désignée dans la précédente séance pour prendre connaissance de la nouvelle réclamation adressée par M. Breton (de Champ), au sujet de la question des porismes. CHIMIE. — Mémoire sur la matière colorajite de la garnie; par MM. P. ScHUTZENBEKGER et A. Paraf. (Extrait par les auteurs.) (Commissaires, MM. Chevreul, Payen.) « La lutéoline, extraite pour la première fois par M. Chevreul, n'a en- core été soumise à aucune analyse : cela tient probablement à la difficidié qu'on éprouve à se procurer des quantités suffisantes de matière puie par le procédé indiqué par M. Chevreul. » Notre méthode de préparation est fondée sur l'observation que nous avons faite, de la solubilité relativement très-grande delà lutéoline dans l'eau chauffée à iSo", et nous avons suivi une marche tout à fait semblable à celle indiquée par MM. Mathieu Plessy et Paul Schiitzenberger pour la préparation de l'alizarine. La gaude est épuisée par l'alcool, la solution al- coolique précipitée par l'eau et le précipité chauffé avec de l'eau à a5o° dans un cylindre en acier fondu fermé par une vis en acier. Après le refroi- dissement, on trouve les parois tapissées de cristaux jaunes en aiguilles et au fond de l'éprouvette un culot de résine. Ces cristaux, purifiés par deux dissolutions dans l'eau surchauffée, ont été soumis aux analyses dont voici les résultats : Lutéoline séehée à i5o°; dosage du carbone et de l'hydrogène. I. II. * 111. Carbone pour 100 62,5/(3 61,670 62,028 J Hydrogène pour 100 3,767 3,6o3 3,48r) | C'H'O'". Oxygène pour 100 33,700 34,727 34,4*^3 ) 100,000 100,000 100,000 (• 93 ) Calcul. Carbone pour too 62,068 Hydrogène pour 100 3,448 Oxygène pour 100 34,484 100,000 Ces résultats conduisent h la formule C^H'O'». » Les cristaux séchés à l'air perdent à i5o° io,23l pour 100 d'eau, ce qui donne la formule de la lutéoline cristallisée Calcul 10, 384 d'eau. » Séchés sur SO',HO, ils perdent à i5o° 7, 01 5 ; ce qui conduit à la for- mule Calcul.... 0,142 d'eau. ') Ces formules sont contrôlées par l'analyse du sel de plomb obtenu en précipitaut une solution alcoolique de lutéoline pure par une solution alcoolique d'acétate de plomb. Ce précipité, lavé et séché, a fourni Carbone pour 100 30,969 Hydrogène pour 100 i ,9^5 Oxygène pour 1 00 i^,^23 Oxyde de plomb pour 100. . 49)333 100.000 Le calcul pour la formule C='H«0'°,2PbO, donne Carbone pour 100 3i ,44' Hydrogène pour 100 i ,']^& Oxygène pour 100 17,905 Oxyde de plomb pour 100. . 48»9o8 C. R., i8(«i, \" Seim-slre. (T. LU, >" 3.) l3 ( 94 ) » En résumé, on aura les formules suivantes : Lutéoliue crisrallisée <:"H'°0'»,HO, LutéolineséchéesurSOSHO. . C^'H"'0'-, Lutéoliue sécbée à i 5o° C'*HH)'", Lutéolate de plomb C'MI'O'", 2 PbO. » En traitant la lutéoliue par l'acide pbospliorique anbydre à 200°, on obtient une matière rouge qui se dissout en violet dans l'ammoniaque. » Quand on chauffe dans des tubes scellés à la lampe à 100" de la lu- téoline avec de l'ammoniaque caustique pendant trois ou quatre jours, elle se dissout complètement avec une coloration jaune foncée; cette liqueur, évaporée à sec, laisse un résidu foncé qui ne dégage pas d'ammoniaque avec la chaux, et qui en dégage avec la potasse caustique (Intéolamide). « CHIMIE APPLIQUÉE. — Action de la lumière sur un mélange de percldurure de fer et d acide tartrique : applications à l impression photographique ; Note de M. Poitevin. (Commissaires, MM. Dumas, Regnault.) « Depuis longtemps on a observé que les sels de sesquioxyde de fer sont ramenés à 1 état de sels de protoxyde par la lumière et en présence de cer- tains composés organiques, l:els que l'alcool, l'éther, etc. Ayant eu pour but d'appliqu'er cette propriété à l'impression photographique, j'ai recher- ché des substances réductrices non volatiles. Les sels de sesquioxyde d'urane, réduits eux-mêmes par la huTiiére en présence des corps organiques (le papier par exemple), réagissent sur les sels de fer au maximum, par le sel de protoxyde d'urane qui se forme d'abord; l'acétate d'ammoniaque, lal- loxanthine, la glycérine, et surtout l'acide tartrique, m'ont également fourni des réactions tres-nettes et utilisables en photographie. Rien que cette ré- duction soit commune 'i tous les sels de fer au maximiun, et même au peroxyde de fer, que j'ai également expérimenté, je me suis arrêté à l'em- ploi d'un mélange de perchlorure de fer et d'acide tartrique. Je ne parlerai donc ici que de ces deux corps. » La formation partielle du gallate de sesquioxyde de fer sur le papier ou sur d'autres surfaces, pour y produne des images photographiques, est basée sur la réduction du perchlorure de fer en protochlorme, qui se forme seulement aux endroits soumis à l'action de la lumière. (95) » L'application des poudres de charbon ou d'autres couleurs et corps vitrifiables repose sur inie autre propriété, que je crois avoir observée le premier : c'est que le perchlorure de fer et l'acide tartrique, dissous dans de certaines proportions et appliqués sur une surface quelconque, desséchés, soit artificiellement, soit spontanément dans l'obscurité, donnent une couche unie d'un composé non cristallin et non hygroscopique, et qui reste tel tant qu'il est conservé à l'abri de la lumière, mais qui devient déliquescent au soleil ou à la lumière diffuse. J'ai constaté dans les parties influencées par la lumière la présence du protocblorure de fer, qui est déliquescent, et celle d'un corps à réaction acide et très-avide d'eau, qui a dû se former par la réaction du chlore sur l'acide tartrique; c'est surtout ce dernier pro- duit qui joue le plus grand rôle dans l'application des poudres sèches sur 'les surfaces photogéniques que j'emploie, car il ne s'en forme pas assez pour happer les poudres, lorsque je diminue la dose d'acide tartrique. Voici mes moyens d'opérer : » 1° Pour l'impression au qallale de fer (encre onlinaire), je fais une dissolution contenant lo grammes de perchlorure de fer pour loo grammes d'eau; j'y ajoute 3 grammes d'acide tartrique, je la filtre et la conserve à l'abri de la lumière. Pour préparer le papier, je verse ce mélange dans une cuvette, et j'applique successivement à sa surface chaque feuille, en observant qu'il ne reste pas de bulles d'air interposées; je la retire aussitôt et la suspends pour la laisser sécher dans l'obscurité, ou bien, après égouttage, je la sèche au feii. Le papier ainsi préparé peut se conser- ver longtemps; il est d'une couleur jaune foncé. Pour l'impressionner, on le met dans la presse sous un cliché photographique direct ou sous le dessin à reproduire, on le laisse exposé à la lumière traversant les blancs de l'écran, jusqu'à ce que la couleur jaune ait disparu, et qu'une image en jaune foncé se détache sur le fond blanc du papier. Pour transformer ce dessin en noir d'encre, je plonge rapidement la feuille impressionnée dans de l'eau distillée, puis dans une dissolution saturée d'acide gallique, ou dans une infusion tie noix de galle, ou bien d'un mélange d'acides gallique et pyro- gallique, selon le ton noir que je désire obtenir. Dans l'un ou l'autre cas, l'acide organique forme de l'encre, seulement sur les parties où le per- chlorure de fer n'a pas été décomposé, et il est sans action sur le proto- chlorure qui recouvre les autres où la lumière a agi. On a donc ainsi une impression directe. Pour fixer cette image, il suffit de la laver à l'eau dis- tillée ou à l'eau de pluie. i3.. (96) » 2" Impression ;m charbon et aux couleurs en poudre, vitraux photo- graphiques, peinture sur ijorcelaine et sur émail, etc. » Eu pratiquiuit le mode {l'impression précédent, j'ai remarqué que le papier impressioiuié était devenu très-perméable à l'eau dans les parties insolées. J'ai utilisé cette propriété pour y former des images avec des pou- dres quelconques; il m'a suffi pour cela de mouiller avec de l'eau gommée le revei's de la feuille: cette eau traverse le papier et retient les couleiu-s en poudre que l'on applique avec un pinceau. Plus tard, en remplaçant le papier par des surfaces de verre dépoli, en les recouvrant du mélange précité et les séchant, je remarquai qu'après leur exposition à la lumière à travers un négatif, les parties influencées se recouvraient spontanément d'humidité, et que la préparation, de sèche était devenue déliquescente clans ces parties seulement; ce fait m'a conduit au nouveau mode d'impression que je vais décrire. » Je fais deux dissolutions, l'une contenant i6 grammes de perchlorure de fer pour loo grammes d'eau, l'autre 8 grammes d'acide tartrique pour loo grammes d'eau ; des volumes égaux de ces deux liquides sont mélangés au fur et à mesure de l'emploi. Sur des surfaces de verre dépoh et douci, et parfaitement nettoyées, ou bien sur des surfaces de glace polie, mais préa- lablement recouvertes de collodion ou autre subjectile, je verse le mélange précité, je l'étends et fais égoutter l'excès : je laisse ensuite sécher sponta- nément dans l'obscurité ces plaques de verre posées, soit sur champ, soit horizontalement, ou les fais sécher au feu, selon l'épaisseur de la couche de préparation que je désire obtenir. La plaque, séchée, peut être conservée très-longtemps avant de l'employer. J^'impression se fait à travers un né- gatif du dessin; elle peut être de cinq à dix minutes au soleil: ce temps varie d'ailleurs selon la saison et l'intensité du négatif. Au sortir de la presse, le dessin est peu visible sur la plaque, mais il le devient bientôt par la buée d'humidité qui se forme seidement sur les parties impressionnées. Cette couche humide me permet de faire adhérer des poudres quelconques partout où elle existe, et le dessin apparaît graduellement sous un pinceau chargé des couleurs sèches. L'épreuve peut être conservée ainsi: elle est inaltérable, mais il vaut mieux enlever à l'alcool acidulé, puis à l'eau, les parties de la préparation non modifiées par la lumière (elles sont peu solu- blcs dans l'eau pure); sécher ensuite la plaque et vernir le dessin. Un obtient ainsi un transparent. Si l'on veut obtenir une peinture sm- verre, on emploie pour le j)oudrage des oxydes minéraux ou des émaux en poudre, et 1 on soumet Içs plaques de verre dans un moufle à une température suffi (97 ) santé pour liquéfier le fondant ou l'émail ; on opère de même sur des sur- faces de porcelaine ou émaillées. » Lorsqu'il ne s'agit que d'obtenir une épreuve sur papier, j'emploie des poudres de charbon ou autres couleurs insolubles dans l'eau, je verse sur la surface portant le dessin une couche de collodion normal, je lave à l'eau acidulée pour enlever l'excès de préparation et détruire l'adhérence du col- lodion à la plaque, el j'enlève cette couche au moyen de papier gélatine; il ne reste aucune trace du dessin sur la surface du verre. Je gomme ou vernis l'image pour la solidifier, et je colle l'épreuve sur carton. » Vai également observé que cette préparation au perchlorure de fer et à l'acide tartrique avait la propriété de retenir les corps gras seulement sur les parties qui ne reçoivent pas l'action de la lumière, et j'en ai fait un nou- veau moyen d'impression photographique à l'encre grasse et de gravure chimique. » HYGIÈNE. — De la nécessité d'inlrodiiirc les eaux ijubliques dans les iiKitsons d'Iiabilation comme condition de salubrité générale; par M. Gbimaitd, de Caux. (Commissaires précédemment nommés : MM. Moriu, Rayer, Combes, j « Dans mon Mémoire sur les Eaux de Paris, j'ai établi par des chiffres et par l'expérience les conditions économiques avantageuses d'une distribu- tion d'eau, aux bienfaits de laquelle |)ourrait prendre part, avec un droit égal, comme pour l'air, la classe la plus nombreuse aussi bien que la plus riche. La présente Note a pour objet de démontrer que cette distribution d'eau est une condition essentielle de la salubrité des grandes villes. o J'ai habité pendant sept ans la ville de Venise. Cette ville est située au milieu de l'eau, à 35oo mètres de la terre ferme, dans sa plus courte dis- tance ; el la terre ferme elle-même est, dans sa portion inclinée vers l'Adriatique, pleine de marécages. Dans de pareilles conditions, l'humidité est partout : elle est dans la ville et elle est dans la campagne. Mais, tandis qu'à la ville nul ne sent de maligne influence, à la campagne, au contraire, il faut des précautions particulières pour s'en garantir. Ainsi la fièvre inter- mittente n'est pas plus fréquente à Venise que dans les pays les plus sains, tandis que sur la terre ferme voisine elle est presque endémique dans lès localités marécageuses. Pour le poste de Fusine, par exemple, au temps dont je parle, les douaniers avaient droit a une ration de quinine. ( 9^ • n On se rend compte aisément d'un pared contraste. La lagune de Venise ne reçoit point d'eaux douces. J'en ai fait connaître la constitution (voyez Comptes rendus, t. I., p. i47)- O'" c'est à l'humidité provenant des marais d'eau douce qu'il faut rapporter tous les reproches : les émanations de l'eau de mer n'ont pas le moindre danger; l'air est chargé de vapeurs, mais ces vapeurs sont salines. Il résulte de là que si, d'un côté, par ses conditions physiques, c'est-à-dire par la vapeur qu'il contient, l'air de Venise amollit la fibre et tend à la relâcher, d'un autre côté, par ses propriétés chimiques, par le sel dont il est imprégné, il la relève en lui communiquant un léger et bienfaisant stimulus, et l'action vitale se trouve ainsi maintenue dans la mesure la plus convenable. Nulle part ce contraste de l'influence des eaux, selon qu'elles sont douces ou salées, ne se fait sentir mieux qu'à Venise. Il V a en France quelques localités qui pourraient donner lieu à des obser- vations analogues, la ville de Cette, par exemple. •' Ceci étant bien entendu et accepté comme principe, j'arrive à l'appli- cation. Je prends pour base les maisons de Paris habitées par le plus grand nombre, celles dont les propriétaires, à cause de la concurrence, ne croient pas avoir besoin, pour obtenir un prix de location rémunérateur, d'y réunir des conditions de tenue recherchée. » Sauf de bien rares exceptions, voici la condition de ces maisons. Il y a dans la cour un pavé quelconque et une pompe alimentée par l'eau d'un puits creusé dans le travertin inférieur. On ne peut pas prendre de l'eau à la pompe sans qu'il s'en répande sur le sol. Cette eau s'écoule dans le ruisseau de la cour en s'infiltranl dans les interstices du pavé, et à la longue il arrive pour le sol île cette cour ce qui a lieu pour le pavé des rues. Quand on relève ce pavé, on voit la couche de terre sur laquelle il repose imprégnée, et cinq faces du pavé sur six revêtues d'une substance noire dont l'odeur infecte indique la nature. Or, dans la rue, à l'exception des pavés des ruis- seaux, les interstices des pavés ne reçoivent que les eaux pluvi;îîes. Le pavé de la cour, au contraire, reçoit tout ce qui se rejette dans une maison divisée en petits appartements et par conséquent peuplée. Ainsi chaque cour est un étang et un étang d'eau douce; et l'eau de cet étang y est précisément dans cette condition moléculaire que les chimistes recherchent pour leurs combinaisons : c'est-à-dire que les miasmes qui s'en échappent, sans inter- ruption aucune, quoique insensibles, y sont toujours à l'état naissant et dans la disposition la plus favorable pour produire leurs effets délétères. » A cela quel remède, et quel remède radical? car il ne faut point de palliatif. Il faut ici deux choses : ( m ) » I" Supprimer les puits. L'eau en est mauvaise pour l'économie domes- tique, à cause de son origine ; et son emploi, restreint même au lavage de la cour, contribue à l'accroissement du mal: car les puits sont partout le réceptacle obligé des infiltrations locales, dans un rayon plus ou moins étendu. Ensuite, au lieu de paver la cour, faites-la recouvrir d'une couclie d'asphalte ou de béton Cogniet, que l'on voit appliqué dans l'enceinte de l'École des Ponts et Chaussées. Faites-la niveler en conservant les pentes; elle sera ainsi toujours propre et nette inévitablement, et les habitants de la maison se trouveront parfaitement à l'abri de l'humidité infecte qui, dans le régime actuel, s'infillre entre les pavés et vient imbiber les premières couches du sol. 1) 2° Le second point consiste dans l'introduction obligée des eaux pu- bliques dans toutes les maisons, pour être mises à la discrétion de tous les locataires, sans exception. J'entends les eaux publiques, dans les meil- leures conditions, telles que la ville pourra les concéder et les livrer sans prétendre de bénéfice. J'ai exposé ces conditions, les principes qui les ré- gissent d'après l'expérience et d'après la science (voyez Comptes rendus, t. LI, p. 346I. » Vient enfin la question économique; l'Académie des Sciences n a pas à s'en occuper. Mais il n'est pas inutile de dire ici que, pour les propriétaires, ce serait? l'objet d'une dépense relativement fort peu considérable, qui tour- nerait au profit de leurs propriétés, ne serait-ce qu'en mettant les fondations à l'abri d'une humidité constante et insensiblement destructive. Quant aux locataires, outre le bénéfice de la salubrité, ils trouveraient, dans un régime ainsi entendu, une diminution considérable dans les dépenses qu'en l'état actuel des choses ils sont obligés de s'imposer pour se procurer de l'eau. Au point de vue de l'exécution, l'intérêt général est là pour justifier les avis, les prescriptions et même les injonctions de l'autorité on pareille matière, sans que personne eût le droit de s'en prétendre lésé. » PHYSlOLOGik;. — Nouvelles expériences sur l'Iiëtéroçjénie; par MM. 3i. Joi.y et Ch. MrssF.T. (Extrait par les auteiu's.) (Commissaires précédemment nommés : MM. Milne Edwards. lUgnault. Decaisne, Cl. Bernard.) '( Dans notre communication relative aux générations spontanées (1), (i) Voir les Comptes rendus de l'Académie des Sciences, 22 octobre 1860. ( loo ) nous nous sommes attachés à établir que la vie apparaît dans les décoctions de substances organiques, mises en contact direct avec l'air emprisonné dans les cavités naturelles des végétaux (courge, potiron, piment annuel) et, par conséquent, aussi dépouillé que possible des germes nombreux que l'on dit flotter sans cesse au sein de l'atmosphère. Dans le présent Mémoire nous exposons les résultats que nous avons obtenus en répétant, avec des soins minutieux, les expériences de MM. Schultze, Schwann, Hoff- mann et Pasteur; nous donnons ensuite les détails d'une expérience nou- velle qui nous appartient et qui, jointe à toutes les observations que nous avons faites depuis bientôt un an, nous dispose singulièrement à croire a la réalité des générations spontanées, du moins en ce qui concerne les êtres les plus inférieurs des deux règnes organiques. « Qu'il nous suffise de dire que, malgré notre vif désir de ne pas pro- longer inutilement le débat engagé entre les liélérogénistes et les adversaires de V hétérogénie, nous sommes forcés de déclarer que nos propres obser- vations nous ont conduits à des résultats entièrement opposés à ceux qu'avaient annoncés les auteurs des expériences que nous avons répétées. Ainsi, vainement nous avons soumis à une ébullition prolongée les substances organiques dont nous nous sommes servis; en vain nous avons fait subir luie température très-élevée à l'air destiné à être introduit dans nos appareils; en vain nous lui avons fait traverser des tubes chauffés au rouge blanc ou remplis d'acide sulfurique concentré : nous avons constam- ment vu naître dans nos matras des productions organisées, très-simples, il est vrai, mais dont l'origine ne saurait, selon nous, être expliquée par les germes atmosphériques. » Du reste, M. Hoffmann lui-même déclare que si " en réalité, on ne peut faire des expériences sans que la poussière qui flotte dans l'air apporte dans le liquide quelques spores de champignons, l'ébullition suffit pour les faire périr (i). " » D'après l'un de nos plus habiles antagonistes, lébullition prolongée dans l'eau tuerait même tous les germes atmosphériques, y compris les spores des Mucédinées (2). Il est vrai que, trois mois plus tard, il annonce que des Vibrions peuvent naître dans un liquide de la nature du lait (c'est-à-dire légèrement alcalin) qui a subi une ébullition de plusieurs mi- (1) Études mycnlogiques sur In fermentation [Annales des Sciences naturelles, t. III, p. 3;j, 4° série). (2) Voir les Comptes rendus, séances du 7 février 1860 et du 1 janvier 1861 . ( «o. ) mîtes à la température de loo", bien que cela n'arrive pas pour l'urine ni pour l'eau sucrée albumineuse (t). Nous ne nous chargeons pas de con- cilier ces assertions contradictoires : aussi nous bornons-nous, en termi- nant cet extrait, à faire connaître l'expérience qui suit. Elle est basée sur la loi du mélange des' gaz à travers les membranes humides. Or ces mem- branes sont considérées par tous les savants comme les filtres les plus fins dont on puisse se servir, et, en effet, leurs pores intermoléculaires sont d'une telle petitesse, qu'ils échappent à l'œil armé du meilleur microscope. » Nous faisons bouillir dans de l'eau ordinaire deux cœcumsde mouton et de petits morceaux de viande. Après luie heure d'ébidlition, nous rem- plissons les cœcums de notre décoction encore très-chaude, et nous y in- troduisons im des morceaux de viande. Alors, nous en servant comme d'éprouvette, nous y faisons arriver un courant d'hydrogène bien lavé, et nous lions fortement quand le gaz remplit environ les trois quarts de la ca- pacité des cœcums. Cela fait, nous les plaçons dans un vase plein d'eau, en ayant soin de constater l'intégrité des membranes. Que se passe-t-il alors? Ij'hydrogene, après quelques heures, se dégage, et l'air atmosphérique fil- tré le remplace. Lescœcimis ont, pour auisi dire, respiré. •I Connue la tem|jéiature était froide, nous avons pris le soin de tenir le vase à expérience dans un coin de notre cheminée. Pendant douze jours la température du bain a varié de 3° à a5°. Cet intervalle de temps écoulé, nous avons ouvert les cœcums. Alors nous avons constaté la présence d'une assez grande quantité de Bactéries tres-agiles. Quant au critérium, il nous a donné les mêmes microzoaires, mais en nombre beaucoup plus grand. Ajoutons que le critérium n'avait pas été chauffé et que sa tempéiature ne s'est pas élevée an-dessus de 8° pendant toute la durée de l'expérience. Toutefois cette différence dans les résultats, très-facile d'ailleurs à conce- voir, n'en infirme en rien la valeur probative. » M. C. Heiser adresse, de Strasbourg, au concours potu' les prix de la fondation Montyon un travail, en partie manuscrit, en partie imprimé, ayant pour titre : " Manuel de Gymnastique hygiénique et médicale raisonnée ». " Ce travail, dit l'auteur, a pour objet de montrer l'application de la g\ m- nastique, non-seulement à l'hygiène du corps hiuuain, mais encore à la (i) Comptes rendus de l'Académie des Sciences, séance du ■j mai 1860. C. R., 1861, i"- Semestre. (T. LU, N" 3.) ' 4 ( '02 ) guérison ou à rainélioration de certaines maladies, et de poser les principes qui doiveut guider le médecin dans l'emploi de ce puissant moyen théra- peutique. » (Réservé pour la future Commission des prix de Médecine et de Chirurgie. ) M. Frédéric Fieber, de Vienne, soumet au jugement de l'Académie un Mémoire écrit on français et avant pour titre : « L'électropuncture comme essai thérapeutique en cas d'amaurosc, résultant d'une maladie de la partie orbitale du nerf optique. » (Renvoi à l'examen de M. J. Cloquet.) CORRESPONDANCE. M. LE Ministre d'Etat autorise l'emploi proposé par l'Académie pour luie somme à prélever sur les fonds restés disponibles. M. MiLNE Edwards présente la première livraison de « l'Iconographie gé- nérale des Ophidiens », par M. Jan, directeur du musée de Milan, et il appelle l'attention de l'Académie sur le mérite de ce travail rcmarcpiable par l'exactitude des détails. « M. TuLAsxE présente à l'Académie, au nom de M. Diiby, de Genève, le Mémoire que ce savant vient de pul)lier sur luie tribu intéressante des Pyrénomycètes, famille de Clunnpignons à l'élude de laquelle M. Didjy .s'est voué depuis plusieurs années. Ce Mémoire est consacré à la descrip- tion et au classement méthodique des Lophiuin, des Ilyslerium et autres genres analogues. Il est précédé et suivi d'observations générales qui inté- ressent le groupe entier des Hypoxylées. » M. Flourexs fait hommage à l'Académie, au nom de l'auteur, M. Jalut Simon, d'un Traité sur l'Inflammation, travail destiné à faire |)artie de l'Encyclopédie chirurgicale (5/s/em ofSurgery) de M. Holine. M. Fi.ourevs présente également, au nom de l'auteur M. Mnjcr, profes- seur à Ronu, divers opuscules relatifs, pour la plupart, à la physiologie. L'auteur, après avoir rappelé dans la Lettre d'envoi les expériences récemment ( >o3 ) communiquées à l'Académie sur la coloration en rouge des os du fœtus par la garance entrée dans la diète alimentaire de la mère, ajoute ce qui suit : « J'ai moi-même, dans des expériences faites sur des la|)ines pleines, dé- montré le trniisitus fluidorum de la mère au foetus. J'introduisais par une petite ouverture pratiquée à la trachée-artère, du prussiate de potasse li- quide, en petites quantités et à plusieurs reprises durant u\\ ou deux jours, ce qui ne gênait pas sensiblement la respiration de l'animal. Je suis parvenu ainsi à colorer en bleu verdâtre l'eau de l'amnios, le fœtus lui-même, son estomac, ses reins, sa vessie lU'inaire. » CHIMIE APPLIQUÉE. — Deuxième Noie sur tes réactions chimiques des Jausses membranes, communiquée par M.. Ozaxam. Chlorure de potassium. Dissolution complète en vingt-quatre heures. — Chlorure de sodium, solution saturée. Solution complète au bout de trente- .six heures. — Bromure de potassmm au j~. Dissolution presque complète au bout de douze heures. A la fin du deuxième jour, il ne reste plus aucun vestige. — Brome et bromure de potassium réunis. Effets de désagrégation du brome, mais plus nets et plus martjués encore. — Chlore et chloruie de potassium réunis, solution concentrée. Effets de désagrégation du chlore, mais plus marqués. — Bibromure de mercure, solution concentrée. Aucun effet produit. — lodure de potassium au jjyjj. Au bout de vingt-quatre heures, très-léger ramollissement; pas d'autre effet produit. — Fluorure de potassium. Ramollissement pâteux peu prononcé au bout de deux jours. — Chromale de potasse au j^. Léger durcissement au bout de deux jours ; couleur jaunâtre de la fausse membrane. — Chromate de potasse au jj^. Léger durcissement au bout de vingt-quatre heures. — Sous-carbonate de potasse, solution concentrée. Au bout de douze heures, transparence et ramollissement. — Bicarbonate de soude, solution concentrée. Dissolution complète en douze heures; la liqueur a une teinte opaline. — Borate de soude au -j^. Pas d'effet piocluit en douze heures. — Phosphate de soude, solution concentrée. Ramollissement considérable en douze heures; après trois jours, dissolution complète. — Cjcmure de potassium, solution concen- trée. Au bout de quinze heures la fausse membrane est entièrement dil- fluente. — Huile de foie de morue. A,ucun effet produit en huit jours. — Eau mère des soudes de varech. Solution complète au bout de quatre à cinq heures. — Glycénie pure. Après vingt-quatre heures ramollissement allant presque jusqu'à la diffluence. — Glycérine bromée au j^nn?. Durcissement i4.. 1 io4 ) pâteux ef friabilité, en deux heures. — Glycérine chlorubromée. Même effet, mais moins marqué. — Chloroforme pur. Aucun effet sensible en quinze jours; la fausse membrane est encore d'un blanc mat, souple et bien con- servée. — Urée, solution concentrée. Solution complète en quinze heurts; il ne reste plus trace de la fausse membrane. » En consultant les données précédentes, nous en déduirons que si l'on vent attaquer l'élément couenneux par les dissolvants, les alcalins doivent être préférés aux acides, et l'on devra consulter par ordre d'importance les eaux mères, l'anuiioniaque, la soude, le bicarbonate de soude, l'urée, le cyanure de potassium, le chlorure de potassium, la glycérine, l'eau de chaux, la potasse, le chlorure de sodium, le bromure de potassium, et en dernier lieu seulement, le sous-carbonate de potasse, le phosphate de soude, et le chlorate de potasse, si longtemps préconisé. » Si, au contraire, on préfère les désagrégeants, on devra trouver d'effi- caces ressources dans le chlorure de brome, le brome et le chlore; puis à un moindre degré dans l'iode, le perchlorure de fer, le bichlorure de mer- cure et le chrome qui durcissent la fausse membrane et la détachent en masse, sans néanmoins f n désagréger les éléments. » Depuis l'époque où j'ai commencé ces expériences, qin ilatent de 1849, phisieurs exemples sont venus m'en démontrer l'nnportance. Ainsi, M. Barthez a préconisé les instillations de chlorate de soude dans la trachée après l'opération de la trachéotomie, l'n médecin de province, dont le nom m'échappe, a guéri, en 1860, un croup presque sans le savoir, en doiHiaiit du sel marin à dose nauséeuse et antidotique à wn enfant (pi'il avait voulu cautériser avec un crayon de nitrate d'argent qui fut avalé tout entier. En Amérique, le D"' Mayer, de Wikesbare (Pensylvanie), a signalé des succès obtenus avec la fjlycérine dans le cas de croup ( i858). Enfin, j'ai pu vérifier l'efficacité du brome, du bromure de potossiutn et celle des eaux mères de soude de varech, celles-ci à la dose de i 5 à 60 grammes par jour contre l'angine couenneuse. Enfin l'eau de mer, qui lient en dissolution la plupart des éléments dont nous avons étudié dans ce tra\ail les actions séparées, semble devoir être un excellent remède contre le croup et toutes les affections du même genre. » CHIMIE ol'.GANiQUii. — Nouvel acide obtenu par l' oxydation de tu niirobenzine j par MM. Cloëz et Gtignet. « La nitrobcnzinc est oxydée à l'ébullition [)ar une dissolution de per- ( io5 manganate de potasse, comme nous l'avons annoncé dans une précédente communication. Il se forme du carbonate, de l'oxalate e( du nitrate de po- tasse, plus im sel de potasse contenant un acide particulier très-peu solubie dans l'eau. Cet acide se précipite quand on ajoute de l'acide chlorhydtique à ladissolution séparée par fdtration de l'oxyde de manganèse provenant de la réduction du permanganate. " Quand on fait bouillir de la nitrobenzine avec inie dissolution de per- manganate de potasse, il se protluit des soubresauts assez violents, qui ren- dent l'opération difficile à conduire. Aussi avons-nous cherché à remplacer ce permanganate par un autre agent d'oxydation d'un emploi plus cominorie et d'un prix moins élevé. » Un mélange d'acide nitrique et de bichromate de potasse attaque faci- lement la nitrobenzine à la température de l'ébullition, qui cette fois a lieu sans le moindre soubresaut. Il faut avoir soin de mettre la nitrobenzine en grand excès. L'opération est terminée quand la couleur orangée du bichro- mate a complètement disparu pour faire place à la couleur verte du nitrate de chrome. C'est sans doute à cause de la solubilité de la nitrobenzine dans l'acide nitrique que l'oxydation par l'acide chromique du bichromate peut s'opé- rer plus facilement que par le permanganate. En effet, si l'on remplace l'acide nitrique par l'acide sulfurique étendu d'eau, qui ne dissout presque pas de nitrobenzine, la réduction du bichromate n'est complète qu'après plusieurs jours d'èbullition. Le produit de la réaction est d'ailleiu's le même qu'avec l'acide nitrique. » Le nouvel acide étant solubie dans la nitrobenzine, à l'aide de la cha- leur, se dépose par le refroidissement en petits cristaux blancs qui restent en suspension dans l'excès de nitrobenzine emiilovée dans la réaction. On sé- pare cette nitrobenzine par décantation et on l'agite vivement avec un excès d'ammoniaque qui dissout le nouvel acide, plus un acide formant un sel jaune foncé, qui ressemble beaucoup à l'acide picrique. )) La dissolution ammoniacale est précipitée parl'acide chlorhydrique. Le nouvel acide se dépose, ou le lave à l'eau distillée afin d'enlever le sel am- moniac et en même temps l'acide jaune qui l'accompagne. » La dissolution de nitrate de chrome est traitée de la même manière, elle donne aussi une certaine quantité du même acide. 1) Voici quelles sont les principales propriétés de ce nouveau produit • » Il est incolore, d'une saveur piquante et un peu amère; il se présente en fines aiguilles groupées irrégulièrement. Il est fusible à une température peu élevée et volatil sans résidu; il cristallise très-nettement, par sublima- ( io6 ) tioii, en aiguilles brillantes et flexibles. Très-|>eu soluble dans l'eau froide, |)lus soluble dans l'eau jjouillante, il se dissout aisément dans l'alcool, l'étlier et même dans la nitrobenzine. Il est soluble à chaud dans l'acide acétique et cristallise par le refroidissement. )i Plusieurs analyses exécutées sur divers échantillons du nouvel acide provenant soit de l'action du permanganate, soit de celle du bichromate dépotasse sur la nitrobenzine, nous ont conduit a la formule suivante : C"'H'(AzO*)0». » Les analyses ne s'accordent pas avec la formule de l'acide nitrophéni- (|ue ni avec celle de l'acide nitrobenzoïque, dont les propriétés présentent une certaine analogie avec celles de notre nouvel acide. Pour établir la for- mule avec certitude, nous nous occupons d'analyser le sel d'argent et d'étu- dier les transformations que les agents d'oxydation ou de réduction pourront faire subir à ce nouveau produit. Si nos expériences ultérieures confirment la formvde précédente, le nouvel acide devrait être regardé comme un pro- duit d'oxydation de l'acide nitrocinnamique : C'ni'(AzO^)0*, dont il ne différerait que par i équivalents d'oxygène en plus. ') Nous avons d'ailleurs opéré sur la nitrobenzine du commerce, et l'acide que nous avons étudié peut provenir de l'oxydation d'un corps étranger contenu dans ce produit commercial. » CHIMIE. — Noie sur quelques réactions des sels de fer, d'urane et d (tluinine. Séparation de i'urane et du fer ; par M. F. Pisam. « Jusqu'à présent on attribuait presque exclusivement aux acides orga- iii(|ues non volatils, tels que l'acide tartrique, le privilège d'empêcher par !eur présence certaines réactions; mais on a remarqué depuis peu que l'acide oxalique pouvait, dans certains cas, agir de la même façon : ainsi ion sait, d'après une expérience récente, que sa présence empêche la pré- cipitation en bleu des sels de fer par le cyanoferrure de potassium. Voici quelques faits analogues que j'ai observés. ji Sels de fer. — Si l'on ajoute à un sel de fer au maximiun qui soit neutre, ]nd)liée par les ordres de M. le Ministre de l' A jriculturc , du Convnerce et des Travaux publics; t. XXX VL Paris, 1860; iu-4". Catalogue des brevets d'invention ; année 1860, n°' G-g; in 8". Mémoire sur la distribution priniilme des végétaux et des ani)naiix; pnr M. Marcel de Serhe.S; br. in-4''. Dune nouvelle espèce d^ tumeurs bénupies des os, on tuntcurs à mréloplaxcs ; par le D' Eugène NliLATON. Paris, 1860; . Topographie médico-hygiénique du département du Finistère, ou Guide s mi- r 1 M ) taire de iliabiianl; par le D' Louis CaRADEC. Brest, 1860; i vol. in-8". Ces doux ouvrages sont destinés au concours pour le prix Montyon, Mé- decine et Chirurgie. Recherches sur la faune Ultorale de Belgique; par P.-J. Van Beineden. Turbellariés. Bruxelles, 1860; br. in-4". Eléments de Géométrie; par Eugène Caille, i"" partie. Lille, 1861 ; br. in-8°. Des rapports des médecins et des pharmaciens avec les Sociétés de secoun mutuels; parle D' Fournie (de l'Aude). Paris, 1861 ; br. in-8°. Essai sur les institutions scientifiques de la Grande-Bretagne et de l'Irlande,- par Eâ. Mailly. Bruxelles, 1861; br. in-12. Mémoires de l'Académie impériale de Médecine; tome XXIV; i"' et 2* par- ties. Paris, 1860; 2 vol. in-4°- Mémoires de f Académie impériale de Metz, XLP année, i BSg- < 860, 2'= série, 8^ année. Melz, 1860; in-S". Dictionnaire français illustré et Encyclopédie universelle; 1 i 2^ et ii3^1ivr. in-4". Neue Turbellarien. . . Nouvelles espèces de Turbellariées, Rotatoires et Anne- liiles, recueillies et observées dans un voyage autour du monte ( 1 853- 1857 ); pnrM. L.-K. Schmauda, a" et dernière partie. Leipzig, 18G1 -, in-4°. Abliandlungen... Mémoires de la Société des naturalistes de Gorlitz, X^ vol. Gôrlitz, 1860; in-8°. Neucr beitrag... Nouvel essai sur le choléra; par le D''Ed. Lichtenstein. Berlin, 1861; br. in-8°. (Concours pour le prix du legs Bréant.) Instruccion... Instruction sur la slabiliié des constructions, traduite du fran- çais de M. MiCHON, et enrichie de notes par M. E. Saaveora, Madrid, 1860 ; I vol. in-S" avec atlas in-8°. L'Académie a reçu dans la séance du 21 janvier 1 8G i les ouvrages dont voici les titres : Traité pratique sur la filature de laine peignée, cardée peignée et cardée; par M. Charles Leroux. Abbeville, 18G0; in-8° avec atlas oblong. L'année scientifique et industrielle; par Louis FiGUlER, 5" année. Paris, 1 861 : in-i 2. Traité sur les maladies des plantes alimentaires, leurs causes^ leurs remèdes; parH.-C.-F. Hamel; t. P^ Paris, 1857; in-12. (Commission du prix des Arts insalubres. ) ( "^ ) Notice (les Iravaux de IjoUiuiijue île j\î. P. DuCH.AltTlii; ; br. iii-'i"- Nouvelles Lettres inédiles de Maikan à Bouillet; br. iii-8°. Notes stir lei canons rajés en hélice et les progrès récents en artillerie; par Lkrov (d'Étiolles). Paris, 1860; br. in-8". De la syphilisation. Etat actuel et statistiipie; par W. BOECK. Christiania, 18G0; br. iii-8", accompagnée de l'édition allemande. (Transmis par M. Auzias-Tnrenne.) Mémoire sur la tribu des Hystérinées de lajamille des Hypoxylées [Pyréno- mycètes);parM. le pasteur DuBY. Genève, 18G1; br. in-4''. (Présenté par M. Tiilasne.) Thèses présentées à la Faculté des Sciences de Paris pour te doctorat es sciences physiques; par M. C.-M. GuiLLEMlN. Paris, 1860; br. in-4°. (Présenté au nom de l'auteur par M. Despretsr.) Iconographie générale des Ophidiens; par M. le professeur Jan, directeur du musée de Milan; r"' livraison ; grand iu-4<'. (Pré.senté par M. Milne Edwards.) ^ctes de la Société médicale des hôpitaux de Paris, 5"" fascicule. Paris, 1 861 ; 1 vol. in-8°. Intorno. . Note sur une courbe du quatrième ordre; par M. SlACCi. Rome, 1861 ; br. in-8. (Présenté au nom de l'auteur par M. Cliasles.) Sul terreno... Sur le terrain étatique de la Lombardie, fragments d'un Mé- moire deM. G. Omboni ; br. in-S". Sopra... Lettre de M. G. Campani 5»/- une pluie rouge observée à Sienne; I de feuille in-8". An essdy... Essai suri' inflammation; pai M. J. Simon. Londres, 1860; in-8". Anatomische... Recherches analomiques sur l'œil des Cétacés; par le D' Mayer. Bonn, isSa; br. in-S". Zur auatomie... Sur fanatomie de l'Orang-Outang et du Chimpanzé ; par e même. Bonn, i856; br. in-8°. Der phosi)lior... Le phosphore et ses effets comme médicament et comme poison; parle même; br. in-8°. Natur... Nature et esprit, poème en F chants; par le même. Bonn, i855; in- 12. Berriclit... Conqjte rendu sur l'institut anatomique de Bonn; par le même; br. in-4°. Biograpbiscti-literarisches... Dictionnaire biographique et littéraire pour l'histoire des sciences; par M. J.-C. PoGGEiNDORFt"; /|' livraison, 2' partie. Leipsig, i8()o; in-S". (Présenté jiar M. Despretz. ) COMPTE RENDU DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES SÉANCE DU LUNDI 28 JANVIER 1861. PRÉSIDENCE DE M. MILNE EDWARDS. WE^ÏOIRES ET COMi>lUI\ICATIOIVS DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. M. Flocrens annonce à l'Académie la perte qu'elle vient de faire dans la personne d'nn de ses Associés étrangers M. F. Tiedemann, décédé à Munich, le 2-2 janvier, dans sa quatre-vingtième année. La mort de l'illustre anatomiste est annoncée par son gendre M. Bischoff, professeur d'anatomie et de physiologie. HlSTOlRK DES SCIENCES. — Note de M. BioT accompagnanl la présentation d'une nouvelle suite de ses Études sur l'Astronomie indienne. . Dans les derniers mois de l'année iSSg (24 octobre), j'eus l'honneur d'offrir à l'Académie une série d'études sur l'astronomie indienne, dont l'occasion m'avait été fournie par la publication d'un traité usuel de cette astronomie, récemment composé et imprimé à Ceylan, par un missionnaire américain, M. Hôisington, pour l'instruction des jeunes Hindous. Autour de ce cadre, j'avais groupé les documents originaux recueillis par les orien- talistes de la Société de Calcutta , surtout les extraits qu'ils ont donnés du Sûrya-Siddhùnta, ce livre sacré, que les Hindous considèrent comme le code immuable des doctrines astronomiques qu'ils prétendent avoir été établies chez eux, par leurs anciens sages, depuis un temps immémorial. De cet ensemble était résulté un tableau, qui, dans sa fidélité, offrait le plus coin- C. R., 1861, 1" Semestre. (T. LU, N" 4.} 1 (^ ( '«4) plel contraste avec le caractère d'originalité, et d'antiquité séculaire, que Baiily, et la plupart des écrivains du wu]*" siècle, avaient attribué à la science indienne. J'ai pu depuis confirmer ces premiers résidtats et les étendre, en les appuyant, non plus sur des extraits, mais sur le texte même du Siiiya-Siddluinta, dont la Société Orientale d'Amérique vient de publier une traduction anglaise. C'est ce nouveau travail que j'ai aujourd'hui l'honneur de présenter à l'Académie. Je n'aurais jamais osé l'entreprendre si l'assistance bienveillante, infatigable, de M. Ad. Régnier, mon confrère a l'Académie des Inscriptions, ne m'avait fourni le moyen de remonter im- médiatement de la traduction au texte sanscrit, toutes les fois que j'en sen- tais le besoin. Mais de même qu'aujourd'hui, parmi nous, les sciences d'observation et d'expérience se pénètrent intimement les unes les autres, en devenant fécondes par leur mutuel concours, de même les diverses Aca- démies dont l'Institut se compose, se prêtant mutuellement leurs lumières, donnent naissance à des travaux mixtes qui seraient inaccessibles à des efforts isolés. » CHIMIE APPMQUliE A LA VÉGÉTATION. — Recherches chimiques sur les combustibles minéraux; par M. E. Fuemy. « Les études que je poursuis depuis longtemps sur les tissus des végétaux et dont l'Académie connaît déjà les principaux résultats, devaient naturelle- ment me conduire à déterminer les caractères chimiques des combustibles minéraux, et à rechercher si les substances qui les constituent présentent quelque analogie avec celles qui forment les tissus non altérés des végétaux. » En admettant, avec tous les géologues, que la tourbe, le lignite, la houille et l'anthracite se sont formés dans des circonstances différentes et qu'ils appartiennent à des terrains d'âges variables, j'ai voulu suivre dans ces variétés de combustibles le degré d'altération du tissu organique. » L'étude de la tourbe ne m'a présenté aucun fait réellement nouveau : à côté des organes élémentaires non altérés que l'on rencontre en si grande quantité dans la tourbe fibreuse, j'ai trouvé, suivant l'état d'altération de ce couibustible, des proportions variables de ces composés bruns, neutres ou acides, azotés ou non azotés, que nous désignons dans notre ignorance sous le nom général de cnm))oscs ulniiqucs : la présence de ces corps qui ont été étudiés déjà par notre confrère M. Payen, vient du reste étabhr une dis- tinction très-nette entre les tourbes et les tissus organiques non altérés. ). L'examen chimique des lignites devait m'offrir plus d'intérêt. (.i5) >' J ai en le soin de distinguer dans mes recherches sur lesligniles les échan- tillons présentant encore l'organisation ligneuse d'avec ceux qui offrent souvent l'aspect et la compacité de la houille. » Les premiers constituent le lignite xjloide ou bois fossile ; les seconds forment le lignite conijxtcte et parfait. » Au point de vue des caractères chimiques, toutes les variétés de lignite que j'ai examinées rentrent dans les deux espèces précédentes. » Quoique le lignite xvloïde ait souvent la ténacité et l'apparence du hois ordinaire, j'ai reconnu que, dans ce combustible, le tissu ligneux a éprouvé une profonde modification : il se réduit en poudre fine par la trituration; soumis à l'action d'une dissolution étendue de potasse, il cède à l'alcali une quantité considérable d'acide ulniique. » Les deux réactions suivantes viennent établir une différence bien tran- chée entre le bois ordinaire et le lignite xyloïde. » Lorsque l'acide azotique réagit à chaud sur le bois, il dissout une partie seulement des fibres et des rayons médullaires, et laisse la matière cellulo- sique très-pure qui se dissout sans coloration dans l'acide sulfurique con- centré et qui jouit de toutes les propriétés que notre confrère ^L Payen a étudiées avec tant de précision. )> Dans les mêmes circonstances, le lignite xyloïde est attaqué avec une grande énergie et transformé complètement en une résine jaune, soluble dans les alcalis et dans un excès d'acide azotique. » Lorsqu'on soumet comparativement le bois et le lignite xyloïde à l'ac- tion des hypochlorites, on constate également entre ces deux substances des différences très-nettes. 1) Les hypochlorites exercent sur le bois une réaction qui peut être com- parée à celle de l'acide azotique; ils dissolvent rapidement une partie des fibres et des rayons médullaires et laissent la matière cellulosique à l'état de pureté. >' Le hgnite xyloïde est attaqué par les hypochlorites alcalins, se dissout presque entièrement dans ce réactif et ne laisse que des traces impondérables de fibres et de rayons médullaires incolores. » Il résulte donc des faits qui précèdent que lorsque les tissus ligneux sont arrivés à cet état de modification qui constitue le lignite xyloïde, tout en conservant l'apparence du bois, ils ont éprouvé dans leur substance une modification profonde et contiennent alors des principes immédiats nou- veaux, caractérisés par leur solubilité complète dans l'acide azotique et dans les hypochlorites. i6.. ( "G ) » Après avoir cléferminé les caractères chimiques du lignite xyloide, il était intéressant de rechercher si le lignite compacte qui ne présente plus la texture des tissus hgneux, qui est noir et brillant comme la houille, et qui offre souvent avec cette dernière substance des analogies qui mettent en défaut les ingénieurs les plus exercés, conserverait les caractères chiinicpies du lignite xyloide ou s'il se rapprocherait des houilles. » Au point de vue géologique, cette étude comparée du lignite xyloide du lignite compacte et de la houille me paraissait aussi d'une grande im- pf)rtauce : si en effet il existait un rapport certain entre l'état d'altération des combustibles minéraux et râ£;e des terrains qui les contiennent, on com- prend quel serait l'intérêt, pour la géologie, de posséder un caractère chi- mique qui permît d'apprécier nettement le degré de modification du corps organique et de déterminer l'âge (l'un lerrain d'après l'état d'altéî'atiou du combustible minéral qui s'y trouve. Je me suis donc appliqué à trouver une série de réactifs chimiques agissant différemment sur les combustibles mi- néraux, et me permettant d'ordonner la série de leurs variétés suivant leur degré d'altération et les caractères chimiques qu'ils pourraient ainsi pré- senter. Les réactifs quej'eiiiploie sont la potasse, les hypochlorites, l'acide sulfurique et l'acide azotique : je tiens compte également des caractères excellents qui ont été donnés par M. Cordier. » J'ai démontré précédemment qu'il n'était pas possible de confondre le tissu ligneux avec le lignite xyloide, ce dernier corps étant soluble dans les hvpochlorites et dans l'acide azotique. Le lignite compacte, ne présentant plus d'apparence d'organisation, ne peut être confondu qu'avec certaines variétés de houille. Le mode de combustion, la réaction sur le tournesol des produits volatils, et la couleur de la poussière forment déjà, comme on le sait, descaractères distinctifstrès-im|)ortants : les réactifs chimiques viennent donner à cet égard un dernier degré de certitude. Lorsqu'on soumet en effet un lignite compacte; à l'action de la potasse concentrée, on voit quelquefois la liqueur se colorer en brun et dissoudre une petite quantité d'acide ulmi- que; mais ordinairement la liqueur alcaline ne réagit pas sur le combus- tible: ce qui étal)Iit immédiatement une distinction entre le lignite xyloide et le lignite compacte. » J'ai toujours reconnu que les lignites qui résistent à l'action de la potasse sont ceux qui par leur gisement se rapprochent le plus des terrains houillers. » I^es lignites compactes, noirs et brillants comme la houille, se dissol- vent entièrement dans les hypochlorites alcalins, sont attaqués avec la plus grande rapidité par l'acide azotique, et protluisent la résine jaune dont j'ai déjà parlé en traitant du lignite xyloïde. ( "7 ) » Les deux caractères que je viens d'indiquer ne permettent donc pas de confondre les ligniteset les houilles. Ces derniers combustibles, en effet, ne se dissolvent pas dans les bypocblorites et ne sont attaqurs que lente- ment par l'acide azotique. J'ai soumis à l'épreuve des hypncblorites presque toutes les houdles importantes appartenant à des étages différents, et j'ai vu constamment ces combustibles résister à l'aclion du réactif chimique : ce c;iractère me parait avoir une telle valeur, que lorsqu'on rencontre par exception une houille que les hypochlorites attaquent légèrement, il y a lieu d'examiner si le combustible qui offre cette propriété exceptionnelle est réellement de la houille; car on conçoit que dans le terrain houiller il puisse exister des matières végétales inégalement décomposées. » La houille et l'anthracite qui résistent à l'action des dissolutions alca- lines et à celle des hypochlorites se dissolvent d'une manière complète dans un mélange d'acide sulfuricpie monohydraté et d'acide azotique ; la liqueur jirend une coloration brune très-foncée et tient en tlissolution un composé ulmique que l'eau peut précipiter complètement. » Je ne me suis p;is proposé dans ce travad d'apprécier les uifluences qui ont pu transformer les tissus organiques eu combustibles minéraux : je dois cependant signaler ici ime observation qui me parait intéressante. » J'ai reconnu que le tissu ligneux exposé pendant plusieurs jours à une température de 200° éprouve des modifications successives et donne nais- sance à des corps entièrement comparables à ceux c[ue l'on trouve dans les lignites : les premiers sont solubles dans les alcalis et correspondent au lignite xyloide; les seconds sont insolubles dans les alcalis, mais se dissol- vent entièrement dans les hypochlorites comme le lignite compacte. " Tels sont les faits nouveaux que je votdais soumettre à l'Acadé- mie : ils ont pour but, comme on le voit, de faire intervenir les caractères chimiques dans l'étude des combustibles minéraux et me paraissent con- duire aux conséquences suivantes : » i" En traitant les combustibles minéraux par les réactifs que jai indiqués, on reconnaît qu'avec l'âge, les caractères chimiques des tissus s'effacent peu à peu et la matière organique se rapproche d'autant plus du graphite qu'elle est prise dans des terraiiis plus anciens : j'établis cepen- dant ici une exception poin- les terrains qui ont été modifiés sous l'in- fluence du métamorphisme. Mes recherches s'accordent donc complète- ment avec les travaux de notre confrère M. Regnault, qui était déjà arrivé à la conséquence que je viens d'énoncer dans ses importantes recherches analytiques sur les combustibles minéraux. » 1° Le premier degré d'altération du tissu ligneux, qui est représenté (ii8) par la tourbe, est caractérisé par la présence de l'acide iilniiqiio, et aussi par los fibres ligneuses ou les cellules des rayons médullaires cpie ion peut ])urifier et extraire en quantité très notable au moyen de l'acide azotique ou des liypochlorifes. » 3" Le second degré de modification correspond au bois fossile, au lignite xyloide : il est en partie soluble dans les alcalis comme le corps pré- cédent; mais son altération est plus profonde, car il se dissout presque en- tièrement dans l'acide azotique et dans les hypochlorites. » 4° Le troisième état d'altération est représenté par le lignite compacte ou parfait : les réactifs manifestent déjà dans cette substance un passage de la matière organique à la houille : ainsi les dissolutions alcalines n'agis- sent pas en général sur le lignite parfait; ce combustible est caractérisé par sa solubilité complète dans les hypochlorites et dans l'acide azotique. » 5° Le quatrième degré de modification corresponde la houille, qui est insoluble dans les dissolutions alcalines et dans les hypochlorites. » G" Le cinquième état d'altération est l'anthracite, qui se rapproche évidemment du graphite, qui résiste aux réactifs pouvant modifier les com- bustibles précédents et que l'acide azotique n'attaque qu'avec une extrême lenteur. 11 On voit donc que les réactions chimiques viennent confirmer ici la classification des combustibles minéraux qui est admise par les géologues. » Je suis loin de penser cependant que le lignite, la houille et l'anthra- cite, qui sont caractérisés aujourd'hui par leur composition élémentaire et par leurs réactions chimiques, constituent les seules modifications que les matières organiques ont éprouvées en se changeant en combustibles miné- raux. Il doit exister des transformations intermédiaires des tissus organi- ques qui correspondent aux différences que l'industrie a signalées depuis longtemps dans les diverses espèces de îignites et de houilles. » Mais les réactifs sont-ils assez sensibles pour caractériser ces différentes variétés dans un même combustible minéral, dans les houilles sèches ou grasses, ou bien dans les différents étages d'une même couche de houille? C'est cette question que j'examinerai dans une prochaine communi- cation. » HISTOIRE NATURELLE APPLIQUÉE. — Note sur le repeitplcinent du lilloiril par la création dhtittrières artificielles; par M. Coste. " J'ai l'honneur de communiquera l'Académie le résultat des opérations de repeuplement que, par ordre de l'Empereur, l'Administration de la ( "9 ) maiino exéculc ou dirige sur le litloral de la France. Celte comuuniicalioM sera accueillie, j'espère, avec faveur, car le succès est le résultat de l'appli- cation d'une donnée abstraite de la science. « Je n'insisterai pas sur les produits de la baie de Saint-Brieuc. Parla vue des branchages chargés d'huîtres déjà marchandes que je mets sous ses yeux, l'Académie pourra juger comment l'industrie a pu à i5 ou 20 mètres de profondeur accumuler la récolte là où auparavant il n'y avait pas trace de coquillage. » Je veux surtout montrer aujourd'hui comment cette idée abstraite de la science, en pénétrant dans l'esprit de nos populations maritimes, les a conduites à fixer la moisson sur les terrains émergents où, à mer basse, on peut donner des soins au coquillage comme dans nos jardins aux fruits des espaliers. Les appareils collecteurs de toute sorte, fascines, plancliers, tuiles, fragments de roche, tout s'y couvre d'huîtres avec une telle profu- sion, que l'Océan se transforme en une véritable fabrique de substance ali- mentaire. » Dans l'ile de Ré, de la pointe de Ilivedoux à la pointe de Loix, sur une longueur de 3 à 4 lieues, une immense et stérile vasiere a été convertie en un champ de production d'une richesse inouïe. Là où auparavant l'huître ne pouvait se développer, les agents de l'Administration en comptent a l'heure qu'il est, en moyenne, 600 par mètre carré ; ce qui donne pour une superficie de G3oooo mètres en exploitation, un total de 37S000000 de sujets, la plupart ayant déjà une taille marchande, et représentant une valeur de 6000000 à 8000000 de francs. » Ce travail, commencé seulement depuis deux ans, se poursuit avec une infatigable énergie dans tout le reste du pourtour de l'île. Il est l'œuvre des efforts combinés de plusieurs milliers d'hommes venus de l'intérieur des terres pour prendre possession de ce nouveau domaine. Quinze cents parcs y sont dès à présçnt en pleine activité et deux milic antres sont en voie de construction. Les détenteurs de ces établissements, constitués en association, ont nommé des délégués pour les représenter auprès de l'Administration, et des gardes-jurés pour surveiller la récolle commune. Us se réunissent en assemblée générale pour délibérer sur les moyens de perfectionner leur industrie. En sorte cjue, dans cette associa- tion, à côté de l'intérêt individuel se trouve représenté l'intérêt de la com- munauté. )> Dans la baie d'Arcachon, l'industrie huîtrière se développe dans les mêmes proportions qu'à l'île de Ré. Le bassin tout entier se transforme en un champ de production. Ici, cent douze capitalistes, associés à cent rlouzc f I20 ) marins, exploitent /Joo hectares de terrains émergents; et l'État, pour donnei l'exemple, a organisé deux sortes de fernies-modeies destinées à l'expéri- mentation de toutes les méthodes propres à fixer la semence et à rendre la récolte facile. L'application de ces méthodes a déjà amené une telle repro- duction, que ce bassin est sur le point de devenir lui des centres les pluM actifs des approvisionnements de nos marchés. Les qualités de forme et de goût que le coquillage y acquiert, permettent de le livrer directement à la consommation, sans lui faire subir préalablement les traitements auxquels on le soumet dans les parcs de perfectionnement. Les dépenses que ces ma- nipulations exigent partout ailleurs étant su[)|)rimées ici, il en résultera une économie qui tournera à la fois au bénéfice du producteur et du consom- mateur. ^ )i L'Administration de la marine ne s'est pas bornée à créer des centres de production dans l'Océan; elle a voulu en former aussi sur nos côtes de la Méditerranée. Les premiers essais faits dans la rade de Toulon ont donné les résultats les plus satisfaisants : l'Académie peut en juger par le fragment de clavonnage que je mets sous ses yeux; la quantité d'huîtres n'y est pas moins grande que sur les fragments de roche, sur les fliscines, les planchers et les tuiles pris à Saint-Brieuc, à l'île de Ré, au bassin d'Arcachon. C est un fait qui ressort des divers échantillons déposés sur le bureau. » CHIBURGIE. — Noie sur tes résultats cliniques obtenus par la lithotritie pendant l'année 1860; par M. Civiale « L intérêt que l'Académie a toujours porté à mes travaux sur l'art de brover la pierre vésicale, me fait espérer qu'elle accueillera avec bienveil- lance l'exposé des résultats que je continue d'obtenir par cette méthode. A fin de ne pas abuser de ses moments, je me bornerai à lui faire connaître aujourd'hui les cas qui se sont présentés à moi dans le cours de l'année 1860; ces faits ont un intérêt d'actualité qui me détermine à ne pas diffé- rer la publication. )i J'ai traité en 1860 cinquante-quatre malades affectés de la pierre: trente-six dans ma pratique particulière et dix-huit à l'hôpital. » A. Malades de la pratique particulière. — Vingt-six de ces malades avaient la pierre pour la première fois; dix avaient déjà été opérés par d autres chirurgiens ou par moi : la pierre s'étant reproduite, de nouvelles opérations sont devenues nécessaires. » J'ai opéré vingt-six de ces malades pai- la lithotritie; vingt-quatre sont ( '21 ) guéris; chez les deux autres, j'ai dû renoncer à l'opération qui paraissait aggraver l'état morbide de la vessie ; l'un de ces malades a succombé, et l'autre continue de vivre avec la pierre. » Lescalculeiix les plus favorablement disposés, dont les organes étaient encore sains et la santé générale bonne, qui n'avaient d'aulre maladie qu'une petite pierre, ont tous obtenu une guérison prompte et facile. Pour cette classe de calculeux, l'application de la lithotritie me paraît avoir atteint la perfection désirable. En effet, la pierre est détruite en quelques minutes; les débris en sont expulsés avec l'urine, toute souffrance cesse, la santé renaît et se soutient. C'est là assurément tout ce qu'on peut de- mander au traitement de l'affection calculeuse. » Mais la lithotritie ne donne ces heureux résultats qu'à la condition d'en restreindre l'emploi aux cas favorables dans lesquels la pierre n'a pas eu le temps de grossir et de produire dans la vessie des lésions propres à chan- ger la forme et les dispositions naturelles de ce viscère. Je m'empresse d'ajouter que la proportion de ces cas favorables augmente chaque jour, et ils deviendront de plus en plus nombreux, à mesure que les calculeux, éclairés sur leur position par les médecins, se feront opérer au début de la maladie. » Dix de ceux que j'ai traités n'ont pas eu cette prudence; il n'ont réclamé les secours de l'art que lorsque l'existence leur était devenue in- supportable par des douleurs incessantes. )) Chez deux d'entre eux, le mauvais état des organes uriuaires a mis obstacle à l'application de la lithotritie, et comme la cystotomie était égale- ment contre-indiquée, la mort est survenue par le progrès des désordres. » Quatre calculeux ayant de grosses pierres ont été opérés par la taille : un adulte a obtenu une guérison prompte et complète; le dixième jour la plaie était cicatrisée; chez im autre, également adulte, la convalescence s'est prolongée et la guérison est restée incomplète. Deux vieillards ont succombé à la deuxième semaine de l'opération. » Deux malades sont encore en traitement : l'un sera opéré par la taille et l'autre par la lithotritie. n Le traitement a été ajourné au printemps prochain chez deux autres calculeux qui, se trouvant mal à Paris à l'entrée de l'hiver, sont retournés chez eux. » B. Malades de l'hàpilal. — Parmi les dix-huit calculeux admis dans mou service, se trouvaient trois femmes et quinze hommes adultes ou vieillards. C. R., i86i, i" Semejlre. (T. Ul, H" 4.) I7 ( I^'. ) » La première de ces femmes, souffrant depuis longtemps, était telle- ment épuisée, que toute opération était contre-indiquée; la malade est rentrée dans sa famdlc. » La deuxième était dans des conditions favorables sous le rapport de la santé générale; mais le calcul était engagé dans l'urètre oi!i il était maintenu par les contractions énergiques de la vessie. Un débridement du canal a suffi pour en opérer l'extraction. Ce procédé m'a paru préférable à celui de l'écrasement, qui eût été plus long et plus douloureux; la malade a été promptement guérie. » La troisième femme, dont j'ai publié l'observation, présentait un de ces cas extraordinaires qu'on observe de loin en loin. » La pierre, de nature phospliatiqne, s'était formée sur un amas de dents, d'osselets et de cheveux provenant d'un kyste pileux qui s'était ouvert dans la vessie. Tous ces corps et la pieire elle-même ont été extraits avec succès par les procédés de la litholritie. » Quatre calculeux hommes n'étaient plus dans les conditions qu exige l'application de la lithotritie; deux ont été taillés : l'un est guéri et l'autre conserve une fistule. Le troisième a refusé de se soumettre à la taille, qui offrait d'ailleurs peu de chances de succès : il a succombé à mie affection rénale ; le quatrième est en traitement. » Un autre malade avait en même temps une pierre moyenne et une hernie étranglée qu'il fallut opérer immédiatement. Cette opération causa la mort. » Les dix autres malades opérés |)ar la lithotritie ont été délivrés de la pierre, sans cependant que la guérison soit complète dans tous les cas; deux de ces opérés conservent des douleurs et du trouble dans les fonc- tions de la vessie, provenant des lésions organiques de ce viscère, et contre lesquelles la lithotritie n'a pas plus d'action que la taille. » Les faits nouveaux observés à l'hôpital offrent une particidarité remar- quable. » Les calculeux forment deux grandes classes. Dans l'une, qui embrasse les deux tiers des cas, les organes conservent leurs dispositions naturelles. Ce n'est même que de loin en loin, et surtout à la suite des exercices du corps, que la pierre provoque quelques troubles fonctionnels qui cessent par le repos. Ici la pierre formant elle seule toute la maladie, il suffit de la détruire ou de l'extraire par les procédés de la chirurgie pour que le malade obtienne une guérison prompte et complète. )) Dans l'autre classe, les pierres de phosphate calcaire ou auunoniaco- ( 123 ) magnésien se forment et se développent sous l'influence d'un état morbide de l'appareil urinaire. Il n'est pas rare que cet état persiste même après l'opération, qu'il prive le malade du bienfait complet du traitement, et même qu'il favorise le développement d'une nouvelle pierre. Ces cas sont en majorité dans le relevé qui précède. )) En résumé, des cinquante-quatre calculeux dont je viens de présenter le tableau, trente-sept ont été traités par la lithotritie. Dans deux cas, j'ai dû renoncer au traitement : l'un de ces malades a succombé, l'autre garde la pierre. » Deux des opérés n'ont pas obtenu une guérison complète, parce que la pierre ne formait pas, à elle seule, toute la maladie ; mais ils ont été très- soulagés; les autres sont guéris. » Sept ont été soumis à la taille, qui en a sauvé quatre; mais dans deux cas la guérison est incomplète. » Dix n'ont pas été opérés : trois sont morts par les progrès de la maladie, et un à la suite de l'opération hernie. » Trois, sont en traitement et seront opérés, l'un par la lithotritie, et les deux autres par la taille. Dans deux cas, l'opération a été ajournée. <> Ces faits prouvent de nouveau le danger de conserver longtemps la pierre, et l'utilité de la lithotritie, lorsqu'on l'applique au début de la maladie. » GÉOLOGIE. — Expériences sur la possibilité d'une infiltration capillaire au tra- vers des matières poreuses, malgré une forte contre-pression de vapeur, ^applications possibles aux phénomènes géologiques; par M. Dai'brée. (Extrait par l'auteur.) « Chaque jour, dans de grands phénomènes qui sont pour nous la prin- cipale manifestation de l'activité de l'intérieur du globe, on voit se dégager des profondeurs des quantités énormes d'eau à l'état de vapeur. » On peut se demander si ces pertes incessantes ne sont pas réparées, au moins partiellement, par une alimentation de la surface, et, s'il en est ainsi, par quel procédé s'opéreraient les infiltrations. » 11 serait difficile de comprendre que cette alimentation se produisît par une circulation libre; car la voie ouverte à la descente constituerait en même temps une cheminée tout naturellement offerte aux émissions de va- peur, pour le retour. Cette objection s'applique tout particulièrement aux régions volcaniques où la vapeur interne possède une tension assez considérable pour pousser des colonnes de lave, environ trois fois plus 17.. ( 124 ) dense que i'eau, jusqu'à de grandes hauteurs au-dessus du niveau des mers. » En cherchant à conciher ces contradictions apparentes, j'ai été con- duit à rechercher si l'eau ne pourrait pas s'introduire dans les réservoirs profonds et chauds, qui la débitent de diverses manières, en se servant non de fissm-es étendues, comme on l'a supposé jusqu'à présent, mais aussi de la porosité et de la rnpillarité des roches. » Les ingénieuses expériences de M. Jamin ont montré l'influence con- sidérable de la capillarité pour changer les conditions de l'équilibre qui s'établit, par l'intermédiaire d'une colonne liquide, entre deux pressions opposées. » Mais dans les expériences que l'on a faites, la température restait la même dans toute l'étendue des canaux capillaires. Il m'a paru important, surtout au point de vue du problème géologique que je viens de signaler, et pour soumettre mon hypothèse au contrôle de l'expérience, de recher- cher ce qui arrive, si la température est Irès-élevée dans une partie du par- cours capillaire, de manière à réduire le liquide en vapeur, et à le faire ainsi passer à un état où il devait probablement se soustraire aux lois qui l'avaient d'abord forcé à s'infiltrer. » J'ai donc construit un appareil qui avait pour résultat pnucipal de met- tre en présence, au travers d'une plaque poreuse de grès bigarré, à grain fin et serré, d'une part une chambre close, où la pression de vapeur mesurée par un manomètre a atteint r atmosphère et l; d'autre part, un espace en communication directe avec l'air libre, à demi rempli d'eau, qui prenait bientôt la température de son ébullitiou, mais où la pression ne pouvait dépasser celle de l'atmosphère. » Quoique l'épaisseur de la plaque de grès interposée fût seulement de ■j. centimètres, cet apjiareil permit de constater que l'eau n'est pas re- foulée par la coutie-pression de la vapeur : la différence de pression sur les deux parois de la plaque nempéche pas le liquide de marcher avec rapidité de la région relativement froide à la région relativement chaude, par une sorte d'appel capillaire, favorisé d'ailleurs par l'évaporation rapide et le dessèchement de cette dernière. » Les effets de cet appareil, dont je ne puis exposer ici avec détails la disposition et la manière de fonctionner, seront évidemment considérable- ment augmentés, dès qu'on auguientera l'épaisseur de la plaque poreuse interposée et qu'on potu'ra ainsi faire acquérir à la vapeur une température plus élevée; c'est ce qui sera l'objet d'expériences ultérieures. ( 125 ) » Mais les résultats déjà constatés prouvent que la capillarité, agissant concurremment avec la pesanteur, peut, malgré des contre-pressions inté- rieures très-fortes, forcer l'eau à pénétrer des régions superficielles et froides du globe jusqu'aux régions profondes et chaudes, où, à raison de la température et de la pression qu'elle acquiert, la vapeur deviendrait sus- ceptible de produire de grands effets mécaniques et chimiques (i). Les expé- riences qui précèdent ne touchent-elles pas ainsi aux points fondamentaux du mécanisme des volcans et des autres phénomènes qu'on, attribue généra- lement au développement de vapeurs dans l'intérieur du globe, notamment les tremblements de terre, la formation de certaines sources thermales, le remplissage des filons métallifères, ainsi qu'à divers cas du métamorphisme des roches? Sans exclure l'eau originaire, et en quelque sorte de constitu- tion initiale, qu'on suppose généralement incorporée dans les masses inté- rieures et fondues, les mêmes expériences ne montrent-elles pas enfin que des infiltrations descendant de la surface peuvent aussi intervenir, de telle sorte que bien des parties profondes du globe seraient dans un état journa- lier de recette et de dépense, et cela, par nn procédé des plus simples, mais bien différent du mécanisme du siphon et des sources ordinaires? Un phénomène lent, continu et régulier deviendrait ainsi la cause de manifes- tations brusques et violentes, comparables à des explosions et à des rup- tures d'équilibre, u NOMINATIONS. L'Académie procède, par la voie du scrutin, à la nomination de la Commission chargée de proposer la question pour le grand prix de Mathé- matiques de 18G1 . MM. Liouville, Chasles, Lamé, Bertrand, Hermite, réunissent la majorité absolue des suffrages. (i) On sait que l'eau pénètre dans les pores de la plupart des roches, surtout de celles nui appartiennent aux terrains stratifiés, ainsi que le témoi^neVeau dite decarrière qu'elles renfer- ment généralement dans la nature. M. le professeur Bischof a depuis longtemps attire l'atten- tion sur ce fait. Lchrbuch dcr chemischen und phjsisclien Géologie, t. 1, p. 233 et suivantes. Si le granité sur lequel reposent les terrains sédimentaires, est ordinairement très-peu per- méable, il a été traversé, en beaucoup de lieux, par des injections de roches éruptives. Parmi ces dernières ii en est, comme les tiachytes, de si poreuses, qu'elles pourraient être particulièrement soupçonnées d'établir une communication capillaire permanente entre l'eau de la surface et les niasses chaudes qui servent de base à ces sortes de colonnes souterraines. ( I2G) MÉMOIRES PllÉSEXTÉS. MliCAMQUE APPLIQUÉE. — Rcsiimr d'une théorie de l'eiujrenage Ii/ijci boloïde ; par M. J. B. Belaxger. (Extrait par l'auteur.) (Commissaires, MM. Poncelet, Lamé, Chasles, Bertrand.) « On emploie depuis assez longtemps, dans les machines de filature, un genre d'engrenage que, par un trop rapide aperçu, on confond aisément avec un engrenage conique, mais qui en diffère essentiellement parce que les axes de rotation des deux roues dentées ne sont pas dans un même plan. - » Ordinairement ces axes sont rectangulaires et la liaison des deux rota- tions pourrait à la rigueur être réalisée au moyen de la vis sans fin ; mais ce ne serait qu'au prix d'une grande perte de travail due au frottement, perte qu'on atténue considérablement au moyen de l'engrenage pseudo- conique dont je viens de parler, surtout quand les axes des deux roues passent à une distance l'un de l'autre assez petite comparativement à leurs rayons. X Ici, comme dans beaucoup d'autres exemples, la pratique a précédé la science; car non-seulement la théorie de cette sorte d'engrenage n'était pas connue, mais si l'on recherche ce qui a pu être écrit sur cette matière, on ne trouve que des indications inexactes, notamment celles que contient un ouvrage anglais intitulé : P?7;iC!yj/es of Mecltanism {hondon, i84i). Rectifier ces erreurs est l'objet du Mémoire succinct que je joins à la présente Note, et dont je vais résumer la marche et les résultats. )) On sait que le premier pas fait dans l'étude des engrenages cylindri- ques ou coniques, consiste à remarquer que la liaison entre les mouvements de deux corps tournants dont les vitesses angulaires restent dans un rapport constant, autour d'axes différents situés dans un même plan, s'obtient par l'emploi de deux cylindres de friction (si les axes sont parallèles) ou de deux cônes de friction (si les axes se rencontrent), cylindres ou cônes qui .se touchent le long d'une génératrice rectiiigne commune, et roulent sans glisser l'un sur l'autre. Ces deux sinfaccs, dites surfaces primitives^ une fois déterminées d'après la distance ou l'angle de leurs axes et le rapport connu des vitesses angulaires des corps qu'elles entraînent , on les arme le plus .souvent de dents, ou plutôt on les remplace par des dents dont les formes doivent être telles que, lorsqu'elles se pressent mutuellement, rien ne soit changé à la loi de liaison des mouvements de rotation. ( 1*7 ) » Un a ilù être ainsi conduit à demander quelles seraient les surtaces de révolution qui, remplissant une fonction analogue à celle des cylindres et des cônes primitifs dont les axes sont parallèles ou se rencontrent, roule- raient l'une sur l'autre en se touchant suivant inie ligne droite, dans le cas le plus général où les axes de rotation ne seraient pas dans un inéine plan. » Poser ainsi la question, c'est dire que les surfaces cherchées doivent être des hyperboloïdes de révolution, et c'est en effet ce qu'a exprimé le savant auteur du Traité anglais mentionné tout à l'heure. Mais, faute d'une étude suffisamment réfléchie de la matière, il lui est échappé deux graves erreurs : l'une d'admettre que deux hyperboloïdes de révolution ayant une génératrice commune sont, par cela seul, tangents suivant cette ligne; l'autre de supposer que la génératrice de contact doit partager la plus courte distance des deux axes en deux parties réciproques aux vitesses angu- laires, tandis que, lorsque les axes sont à angle droit, ces deux parties qui sont les rayons des cercles de gorge des deux hyperboloïdes, doivent être réciproques aux carrés des vitesses angulaires. C'est ce qui résulte du Mé- moire ci-annexé, dans lequel d'ailleurs la question est traitée d'une manière générale, quel que soit l'angle des deux axes de rotation. » Un modèle en relief très-bien exécuté par M. Clair, habile mécanicien constructeur, d'après les instructions et figures cotées que je lui ai remises en février 1860, modèle dont im exemplaire est destiné aux galeries du Conservatoire des Arts et Métiers, confirme au besoin l'exactitude de la théorie exposée dans le Mémoire. Il est bien entendu qu'en pratique un engrenage de ce genre se compose de deux tronçons sensiblement coniques, et que les surfaces étendues du modèle n'y sont que pour faire voir et com- prendre quelles sont sur ces surfaces primitives les directions des généra- trices qui doivent être les lignes de naissance des surfaces courbes des dents. » Les considérations qui m ont amené à la détermination des deux hyperboloïdes primitifs ne sont que des déductions faciles de la théorie géométrique de la composition des mouvements d'un corps solide. » Grâce à M. Chasles, nous savons que si l'on veut se figurer la relation qui existe entre les vitesses, à un même instant, des différents points d'un corps solide animé du mouvement le plus général, il suffit d'imaginer ce corps lié à une certaine vis qui tourne actuellement dans son écrou supposé sans vitesse. L'axe de la vis ou axe central du mouvement actuel s'appelle axe insUintnnéde rolation cl de (/lissemenl, instantané parce que dans le mou- vement le plus général du soliile il change continuellement. Il a évidem- ( >28 ) ment la propriété, importante dans la question qui nous occupe, de con- tenir tous les points du système en mouvement qui ont actuellement la moindre vitesse. » Cette notion si simple conduit aisément à une image très-claire du mouvement continu d'un solide dans le cas le |ilus général : les positions successives, dans l'espace, de l'axe central instantané formant une surface réglée immobile, et ses positions successives dans le système invariable, dont l'ait partie le corps en mouvement, en formant une autre, ces deux sur- faces sont à cliaque instant tangentes tout le long de leur génératrice com- mune; et la seconde, celle qui entraîne avec elle le solide, roule sur la pre- mière en glissant suivant cette génératrice qui est Taxe central du mouve- ment à ce même instant. » Cette seconde proposition n'a pas été énoncée par M. Poinsot dans sa Théorie nouvelle de la rotation des corps, où l'on s'est borné à signaler le mou- vement continu d'un corps assujetti à pirouetter autour d'un point fixe, comme se ramenant au roulement d'un cône mobile sur un cône immobile ayant comme le premier ce point fixe pour sommet. Mais de cette ingé- nieuse conception à sa généralisation pour le cas d'un mouvement quel- conque, l'extension est si naturelle que je ne crois pas devoir rechercher quel est le savant qui l'a remarquée le premier. Tout ce que je sais, c'est que cet élégant théorème a été indiqué comme évident dans la deuxième partie publiée en i852 (p. 187) des Eléments de Mécanique écrits par M. Resal, alors élève- ingénieur des mines, d'après les notes de M. le général Poncelet ; et qu'il a été démontré dans la première partie du Cours de Mécanique (■i' édition, i853, p. l'ig) de M. Duhamel qui déclare que <■ M. Poinsot )> n'a pas cru devoir parler de ce cas, » du mouvement continu le plus gé- néral, « parce que la marche à suivre est la même que dans les précédents, » et que cela l'aurait écarté, sans aucun intérêt, de son objet. » » L'application de ces généralités à la question des hyperboloides tan- gents est, pour ainsi dire, inunédiate. Deux corps étant supposés tourner autour de deux axes fixes, chacun d'eux se meut relativement à l'autre sui- vant une loi qu'on obtient en combinant la rotation du premier avec une rotation égale et contraire à celle dii second. Ce mouvement relat;f auquel s'appliquent les règles connues de la composition des rotations est définiti- vement représentée par celui d'une surface réglée adhérente au premier corps, qui roule en glissant sur une autre liée au second. Dans le cas que nous admettons on les vitesses angulaires absolues sont dans un rajiporl constant, les deux surfaces sont des hyperboloides de révolution; ce sont ( '^9 ) les siufaces primitives cherchées, celles qu'on voit exécutées en relief" dans le modèle dont j'ai parlé. » La déterminai ion et les propriétés de ces deux surfaces peuvent se ré- sumer comme il suit : Connaissant » « l'angle des deux axes AB, A'B', » p leur plus courte distance AA', » iv et w' les vitesses des deux hyperboloïdes qui doivent rouler l'un siu' l'autre en glissant suivant leur génératrice comnuuie, » 1° Construisez le parallélogramme bK'Wh" dont les côtés k' b et A'B' sont parallèles aux axes et proportionnels aux vitesses angulaires iv etn'' : la diagonale A' h" partant de l'origme commune A' des deux côtés sera pa- rallèle à la génératrice de contact des deux hyperboloïdes. » 2° Menez perpendiculairement à la diagonale, la droite coupant k' b (prolongé au besoin) en a, et A'B' en «', et tellement placée que la partie interceptée an' dans l'angle a. du parallélogramme soit égale à la plus courte distance p : elle sera divisée, à sa rencontre i avec la diagonale, en deux parties at eln't respectivement égales aux rayons des cercles dégorge des deux hyperboloïdes, ce qui détermine le point où la génératrice de contact coupe la perpendiculaire commune aux deux axes. )) 3" Prenez de A' en a, sur la diagonale une longueur égale à la plus courte dislance/; : si vous imaginez que le point a, ainsi obtenu tourne autour de l'un ou de l'autre des deux côtés du parallélogramme, avec la vitesse an- gulaire que ce côté représente, la vitesse linéaire de ce point rt, est alors égale à la vitesse de glissement. ') 4" Cette vitesse de glissement, qui disparaîtrait si la distance p des deux axes était nulle, est la moindre qui puisse exister entre deux points pris au contact de deux surfaces adhérentes aux deux corps tournants. » 5° Supposé qu'on trace sur les deux hyperboloïdes exécutés en relief des stries rectilignes fuies et très-rapprochées entre elles, suivant les géné- ratrices de ces deux surfaces, et que ces stries également espacées sur cha- que hyperboloïde soient en nombres inversement proportionnelsaux vitesses angulaires; elles rempliront le mieux possible une fonction analogue à celle des dents très-auiltipliées d'un engrenage conique, mais avec deux diffé- rences essentielles : la première, que ces stries, pendant le mouvement, glis- sent longitudinalement avec une vitesse qui croît proportionnellement à la distance p des deux axes, toutes autres choses égales; la seconde, que les stries ou génératrices devant être, comme nous venons de le dire, en nombres C. R., i«6,, ler Semestre. (T. LU, ^'o4.) '8 ( f'^o ) réciproques aux vitesses angulaires, ne sont pas espacées de quantités égales sur deux circonférences ayant un point commun sur la génératrice de con- tact. La différence diminue à mesure que les rayons des circonférences aug- mentent. En d'autres termes, le rapport des pas sur deux circonférences qui roulent et glissent l'une sur l'autre, approche de l'unité à mesure que ces cir- conférences grandissent, mais n'a nulle part rigoureusement cette valeur. » PHYSIOLOGIE. — De l'accroissement en longueur des os des membres et de la part proportionnelle qu'y prennent leurs deux extrémités ; par M. Ollier. (Commissaires, MM. Velpeau, Milne Edwards, Cl. Bernard.) « La question de l'accroissement des os après les résections articulaires et les amputations pratiquées chez les jeunes sujets, est une de celles que l'observation clinique n'a pas encore pu résoudre d'une manière précise; c'est une de celles cependant dont la solution est la plus importante pour fixer les limites en deçà desquelles certaines de ces opérations ne doivent plus être acceptées. » Pour concourir à l'éclaircissement de cette question, nous avons entre- pris une série d'expériences dans le but de rechercher si les deux extré- mités de l'os prenaient une égale part à son accroissement, si la perte de l'une ne serait pas plus préjudiciable que la perte de l'autre, si enfin les diverses résections exposaient également à l'arrêt de développement du membre. « Pour résoudre le premier point du problème (les autres points n'étant qu'une conséquence de celui-ci), nous avons implanté des clous de plomb au milieu du diamètre longitudinal des os des jeunes animaux : lapin, poulet, agneau, etc., et quelques semaines ou quelques mois après nous observions que l'accroissement avait été plus considérable dans un sens que dans l'autre. " Duhamel et M. Flourens avaient déjà remarqué que le tibia croissait un peu plus par en haut que par en bas. « En général, » dit M. Flourens, dans le chapitre où il expose ses belles recherches siu- l'accroissement des os en longueur et le rôle des épiphyses (i), « l'os croît un peu plus par en » haut que par en bas, comme je le vois par les pièces mêmes dont je parle » ici et surtout par les pièces très-nombreuses de ma collection. » (i ) Théorie expérimentale de la formation des os^ p. xo. ( ï3' ) » Nous avons expérimenté sur tous les grands os des membres, et voici les résultats généraux auxquels nous sommes arrivé. » Au membre supérieur l'humérus s'accroît plus par son extrémité supé- rieure que par son extrémité inférieure. » Le radius et le cubitus, au contraire, s'accroissent plus par leur extré- mité inférieure que par leur extrémité supérieure. » Au membre inférieur les rapports sont inverses. Pour le fémur (i), qui est l'analogue de l'humérus, l'accroissement par l'extrémité inférieure l'em- porte sur l'accroissement par l'extrémité supérieure. » Pour le tibia, qui, joint au péroné (le plus souvent rudimentaire), est l'analogue du radius et du cubitus, l'accroissement par l'extrémité supé- rieure l'emporte sur l'accroissement par l'extrémité inférieure. » Pour exprimer brièvement ces résultats, nous dirons qu'au membre supérieur pour les os du bras et de l'avant-bras, c'est l'extrémité opposée à l'articulation du coude qui s'accroît le plus. Au membre inférieur au contraire pour les os de la cuisse et de la jambe, c'est l'extrémité opposée a l'articulation du genou qui s'accroît le moins. » L'accroissement se trouve ainsi plus actif vers l'extrémité de l'os dont répiphyse se soude le plus tardivement : mais cette activité plus grande dans un sens ne tient pas à la précocité de la soudure de l'épiphyse opposée; en d'autres termes, ce n'est pas parce qu'une des deux épiphyses terminales s'est soudée plus tôt que l'os prend un développement plus considérable du côté opposé. Ce qui prouve qu'il n'en est pas ainsi, c'est que cet accroissement se prononce dans tel ou tel sens dès les premiers jours de la naissance, et par conséquent bien avant que le soudure d'une des deux épiphyses terminales se soit effectuée. » Cet accroissement n'est pas non plus influencé par la direction du trou nourricier de l'os, comme pourrait le faire croire la similitude du rapport que nous avons signalé avec celui qu'Auguste Bérard avait indiqué entre la direction du trou nourricier (chez l'homme) et l'ordre de soudure des épi- physes. La direction du trou nourricier des divers os varie d'ime espèce à une autre chez les Mammifères. Chez le lapin, par exemple (c'est à cet animal qu'appartiennent les pièces que nous avons l'honneur de présenter à l'Aca- démie), les trous nourriciers se dirigent au membre supérieur du côté où ( I ) Pour le fémur il faut avoir soin de prendre comme limiie supérieure non l'extrémite dii trochanter, mais le point le plus élevé de la télé. r8.. ( i3a ) J'accroissement est lo plus faibie, et au membre inférieur du côté où l'ac- croissement est le plus actif. » Des résultats que nous venons de signaler ressortent quelques consé- quences importantes pour les résections. L'ablation des diverses extrémités articulaires n'expose pas également à l'arrêt de développement du membre. » Au coude l'ablation des extrémités articulaires n'exposera pas à un arrêt de développement très-considérable, puisque c'est par leur extrémitéopposée que s'accroissent principalement les os qui constituent l'articulation. Pour le genou, au contraire, l'arrêt de développement sera beaucoup plus à craindre, puisque le fémur et le tibia s'accroissent plus vers cette articulation que vers l'extrémité opposée. Pour la même raison, et toute proportion gardée, la résection de l'épaule exposera plus au raccourcissement que celle de la banche, celle du poignet plus que celle du cou-de-pied. » BOTANIQUE.— Eludes sur In famille des Guttifères; par MM. J.-E. Pi.axcho.v el J. TriaiVa. (Premier extrait.) (Commissaires, MM. Brougniart, Moquiu-Tandon. ) « Les Guttifères constituent une famille de plantes éminemment tropicale, dont les types les plus remaïquables, au point de vue des usages, sont : les Hebradendron, qui fournissent la gomme-gutte ; le Garciniii mangostana, dont le fruit, appelé mangostan, passe pour un des plus délicieux de l'Asie; le Mammea ou abricotier d'Amérique, un des fruits les plus estimés du nouveau monde; enfin le Ptntadesma butyracea ou arbre à beurre de l'Afrique occidentale. » An point de vue botanique, ce groupe est aussi curieux que mal connu. Organisation, symétrie florale, délimitation des genres, division de la famille en tribus, tous ces points appelaient une révision complète, et devaient fournir, grâce aux abondantes ressources dont nous avons pu dis- poser, une ample moisson fie faits nouveaux et de vues inattendues. » Réservant pour une commiuiication ultérieure la partie de nos recher- ches qui concerne l'organisation el la symétrie florale, nous extrairons cette fois de la partie plus spécialement systématique le résumé du groupement des genres, en constatant tout d'abord des caractères de la structure des graines qui deviennent en grande partie la base de notre classification. n L.-C. Richard avait signalé chez un Clusia de la Guyane un embryon à ligelle (radicule) énorme, avec des cotylédons très-petits. Ce fait, que ( i33 ) l'auteur généralisait dans sa pensée en l'étendant aux Clusiées, passa presque ina[)erçu, et fut considéré comme exceplionnel. Nous le regardons comme lui trait essentiel du groupe des Clusiées^ c'est-à-dire des Guttifères à fruit déhiscent, ;ivec une placentation axile. » Où l'erreur est complète sur la structure des graines, c'est à l'égard des Guttifères-Moronobéées et Garciniées. Ici la tigelle (vulgairement radi- cule) est également énorme, les cotylédons niicroscopic[ues ou nuls; or on a décrit en général comme cotylédons soudés la masse même de cette tigelle. D'autres fois on a pris poiu' embryon la moelle de ce corps tigel- laire, et conséquemment on en a donné l'écorce pour un albumen. )i A côté de ces trois tribus (Clusiées, Moronobéées, Garciniées), dont l'em- bryon est macropode (pour employer la terminologie de Richard), il en est deux autres (Calophyllées, Quiinées) dont les cotylédons sont énormes et la tigelle très-petite. » Ceci dit, abstraction faite de tous détails, nous terminons par le tableau sommaire des caractères de nos cinq tribus, en y joignant la simple énu- mération des genres. » Tribu I. Clusiées. — Fruits déhiscents, à valves naviculaires, laissant au centre une columelle ailée. Graines presque toujours munies d'un aril- lode(expansion de l'exostome), quelquefois d'un arille (expansion du cordon ombilical), rarement de ces deux appendices à la fois, plus rarement nues. Embryon à tigelle relativement énorme, à cotvlédons petits, mais bien distincts. 1) Section exclusivement américaine, se laissant subdiviser en deux tribus, savoir : " A. Euclusiées. Loges de l'ovaire renfermant plus d'un ovule. » Genres : Cliisio , L. — Rengifa , Pœpp. [Qiuipoyœ, sp., Aubl. ). — Airu- dea, ASH. et Camb. — Ambostjlium, Miq. — Oxystemon, Nob. — Cochlan- thera, Chois. — Havetia, HBR. — Pilosperma, Nob. — Havetiopsis, Nob. — Octostemon, Nob. [Havetia octandra, Pœpp. et affines), — Cordylandra , Polylhecandra, Nob. — Quapoya, Aubl., pro parte [Qunpoya Pana-Panari et affines). — Renygeria, Meisn. — Triplandron, Benth. — Balboœa, Nob. — Clusielln, Nob. " B. Touomitées. Loges de l'ovaire uniovulées. » Genres : TouoHu'to, Aubl. — Clnysochlamjs, Pœpp. » Tribu IL Moronobéées. — Fruit indéhiscent. Loges de l'ovaire plu- riovulées. Placentation axile. Embryon à tigelle (radicule) énorme. Coty- i i34 j 'lédons non visibles, probablement nuis. Estivation de la corolle contour- née. Pas de stipules. » Groupe très-singulier et très-distinct, coiuiu jusqu'ici seulement en Amérique et à Madagascar, et auquel nous joignons un type de la nou- velle-Calédonie et un autre de l'Afrique occidentale. » Genres : Moronohea, Aubl. — Chrysopia, Pet. ïli. — Moiilrouziero , Pancher mss. — Platonia, Mart. — Penladesma, Don. » Le Platonia a été mis à tort parmi les Canollacées. I^e Pentadesma a été confondusans motifs valables avec \e Slalngmilis, qui est de la section suivante. » Tribu 111. Garciniées. —Fruit indébiscent, charnu. Loges de l'ovaire iniiovulées. Pas d'arille ni d'arillode. Tigelle de l'embryon énorme. Cotylédons extrêmement petits ou nuls. » Tribu principalement asiatique, représentée en Amérique par le seul genre Rheedia, auquel il faut rapporter tous les prétendus Gaicinia du nou- veau monde. » Genres : Rheedia, L. — Garcinia, L. — Hebradendron, Grah. — Disco- .s7j(/mo, Hassk . — Terpnop/i/llum, Thw. — Oclirocarpus, Thouars. — Slalaq- niitis, Murr. » Tribu IV. Calophyllées. — Style simple. Fruit indébiscent ou impar- faitement déhiscent, à une ou plusieurs loges. Ovules insérés au fond de la loge. Radicule très-petite. Cotylédons très-gros, libres ou soudés. » Groupe à la fois de l'ancien et du nouveau monde. » Genres : Calophyllum, L. — Kajea, Wall. — Mammea, L. — Calysat- cion, Wight. — Mesun, L. )) Tribu V. Quiinées, Tulasne. — Styles 2-3. Ovaires à deux ou trois loges, à ovules dressés, anatropes. Radicule petite. Cotylédons gros, dis- tincts. Des stipules interposées aux feuilles. » Groupe américain, anomal par la présence de stipules. » Genre unique : Qtiiina., Aubl. » Aucun des noms des tribus énumérées n'est absolument nouveau, mais la délimitation des groupes eux-mêmes (sauf du dernier) est pour la pre- mière fois précisée. Avec l'ancienne manière vague de considérer ces mêmes groupes, il est arrivé que des genres appartenant à des tribus différentes ont été considérés comme identiques (exemple : Mammea et RJieedia, Tovomita et Ochrocarpus, Stalagmitis et Pentadtsma) , ou que le même genre a été admis sous deux noms dans des tribus différentes (exemple : Vcrlicillaria et Rheedia, ainsi dissociés par Clioisy), ou que des genres même ont été exclus de la famille (exemple : Platonia, mis à côté des Canellacées). ( i35 ) » En un mot, cet aperçu de la classification naturelle des Gutliféres con- firme de la manière la plus évidente une loi reconnue en principe, mais souvent négligée dans l'application, à savoir l'importance capitale des caractères de la graine et du fruit pour déterminer les affinités et le grou- pement des végétaux. » CHIMIE. — Substitution des corps électro-nécjatij S [chlore, brome, iode, cyano- gène^ soufre, etc.) aux métaux dans les sels oxygénés : production d'une nou~ velle classe de sels dans lesquels les corps électro-négatifs remplacent l' hydrogènt basique; par^l. P. Schutzenberger. (Extrait par l'auteur.) (Commissaires, MM. Balard, Fremy.) « J'ai pensé qu'en faisant réagir des composés, tels que le protoclilorure d'iode, de brome, de soufre, l'iodure de cyanogène, etc., sur des sels oxy- génés, on parviendrait à substituer le radical brome, iode, soufre, cyano- gène, qui dans ces composés est électro-positif, au métal du sel par une simple double décomposition, qui peirt se représenter par les équations particulières faciles à généraliser. C* H' NaO^ -t- Cl I = Cl Na + C^ H' lO', Acétate de soude. Acetale d'iode. C* H' AgO^ + I Cy = I Ag -h C* H' Cy O*. Acétate d'argent. Acétate de cyanogène. p Dans de semblables produits , dont le premier est isomère de l'acide iodacétique, l'iode, au lieu d'être substitué à i équivalent d'hydrogène du radical acétyle, le serait à l'hydrogène basique. » 11 est facile de prévoir que de semblables corps, s'ils peuvent exister, doivent jouir de propriétés toutes spéciales et siutouf d'une grande insta- bilité. » L'expérience n'a pas tardé à vérifier mes prévisions, et, si je n'ai pas encore eu le temps de donner à mes réactions tout le degré de généralité désirable, je les ai étudiées avec soin sur un nombre de composés suffisant pour pouvoir dès à présent prédire avec certitude qu'il est possible de préparer des sels oxygénés de chlore, de brome, d'iode, de cyano- gène, etc., comme on peut obtenir des sels de potassium, de plomb, de mercure, etc. ( '36) » Voici, en résumé, les faits sur lesquels j'appuie ces coiiclusions géné- rales, faits décrits en détail dans le Mémoire envoyé à l'Académie. » 1. Les acides acétique et hypocliloreux anhydres réunis à une très- basse température dans les proportions de C* H-* O' à CIO se mélangent avec une couleur rouge; au boiit d'un quart d'heure le mélange se déco- lore spontanément sans antre réaction apparente et sans changer de poids. Un excès d'acide hypochloreux lui communique une teinte rouge persistante, qui disparaît lorsqu'on vient à chasser cet excès par une douce chaleur (3o°). » L'analyse de ce liquide a donné des nombres qui conduisent à la formule C* H' Cl O* ou C* H' O' Cl O, qui est celle de l'acide monocliloracétique; mais les caractères du produit ne permettent pas de le confondre avec ce dernier. Son mode de formation et ses propriétés doivent le faire considérer comme de l'acétate de chlore. » L'acétate de chlore est liquide, incolore ou légèrement jaune pâle; il se dissout en toutes pioportions et immédiatement dans l'eau, en se transfor- mant en un mélange d'acides acétique et hypochloreux hydratés : C* H' Cl O* 4- 2 HO = Cl O, HO + C^ H^ 0% HO. Vers loo", il détone avec violence et fournit du chlore, de l'oxygène et de l'acide acétique anhydre : C^ H" Cl O' = O -^ Cl + C^ H' O^ On peut le conserver dans la glace et dans l'obscurité sans qu'il s'altère; mais à la température ordinaire et à la lumière, il se décompose peu à peu et les bouchons des flacons sont projetés avec violence. On peut le distiller dans le vide à une douce température. » Le mercure l'attaque à froid avec bruissement. Il se dégage beaucoup de chlore, l't il se forme de l'acétate de mercure et un peu de calomel : C* H' Cl O* -4- Hg = Cl -1- C* H' Hg 0\ » On assiste donc ici au phénomène singulier du déplacement du chlore par un métal. » Le zinc l'attaque très-lentement avec production d'un mélange d'acé- tate de zinc et de chlorure de zinc : C* W Cl O* -^ 2 Zn = C* H' Zn O* + Cl Zn. ( i37 ) » L'iode s'y dissout instantanément en se décolorant et en dégageant du chlore sans production de chlorure d'iode : il se forme de l'acétate d'iode solide, blanc, cristallin, isomère de l'acide iodacétique, mais dont les ca- ractères sont tout à fait différents de ceux de ce dernier acide : C* H' Cl O' + 1 = C^ H' 10^ + Cl. » L'acétate d'iode se décompose par la chaleur au-dessus de ioo° presque avec explosion, d'après l'équation 1 (C* H' lO*) = 1= + C^ O* + C* H' (C= H') 0\ Acétate de mélliyle. » L'eau le détruit immédiatement d'après l'équation io(C*H»IO')-+- ioHO = P + 2lO»+ ioC*H*0*. » L'alcool absolu le décompose aussi à froid d'après l'équation io(C*H'IO') + 5J j^ j=P + 2lO' + 5C*H*0* + 5[C*PF(C^H=)0*J, Acétate d'cthyle. qui est parallèle à la précédente. » En mélangeant équivalents égaux de protochlorure d'iode et d'acétate de soude sec, la masse s'échauffe un peu, l'odeur forte du chlorure d'iode disparaît à peu près, et l'on obtient un mélange de sel marin et d'acétate d'iode. Ce mélange, dont il est impossible de séparer l'acétate d'iode, pré- sente en effet, sous l'influence de la chaleur, de l'eau, de l'alcool absolu, toutes les réactions formulées plus haut. Si le chlorure d'iode est en excès, on observe une réaction secondaire représentée par C*H'NaO* + 2ClI = P-h ClNa + C^0* + C^l'Cl. Chlorure do mélliyle. » L'action du chlorure d'iode sur le butyrate de soude est tout à fait pa- rallèle, et peut s'exprimer par des égalités semblables : C'H'NaO* + eu = C*H'IO* -f- ClNa, C*H'NaO* + 2C1I = P+C'0* + ClNa + C°HXl, Chlorure de Irytile. C. R., i86i, 1" Scmettre. (T. LU, N" 4.) ÏQ ( '38) 2 (CMIMO^j chauffé = C=0' + P + C'H' (C«H')0% Buljrato de Irylile. io(C*H'10V -f- ioHO = l»+ 2lO'+ loCHI'O*, /C*H'^0\ io(C'*H'IO*)+5f j=:P+2l05+ 5C'H«0* + 5[C''H^(C*H*;)0*]. Bulyrale d'elhjlc. » Le brome se dissout à froid dans l'acétate de chlore, en dégage peu à peu le chlore ; le mélange, d'abord rouge, finit par se décolorer complè- tement : C^H^CIO* + Br = Cl + OPBrO*. » Le produit auisi obtenu est litjuide et se décompose spontanément avec explosion au bout de quelque temps (une heure ou deux). L'iode s'y dis- sout en mettant du brome en liberté et en formant de l'acétate d'iode solide. 1) Le soufre se dissout avec bruissement dans l'acétate de chlore, et dé- gage du chlore; mais il se sépare de l'acide sulfureux, et il reste de l'acide acétique anhydre el du soufre : 2 C* H' Cl O* + S^ = 2 CM{3 O' + SO^ + S + CP. » D'après cela, l'acétate de soufre paraît moins stable que les autres acé- tates négatifs; en effet, par l'action du chlorure du soufre (CiS) sur l'acé- tate de soude sec, on obtient immédiatement même, en refroidissant, la réaction suivante ; 2(C*H'NaO') + 2CIS= 2C*H3 0' + SO=' + S+ 2ClNa, qui pourrait être utilisée avec avantage pour la préparation de l'acide acé- tique anhydre, tant elle est nette. » Le ben/.oate de soude et le chlorure d'iode s'échauffent légèrement par leur mélange; l'odeur du chlorure d'iode disparaît. En chauffant davantage, il se dégage beaucoup d'acide carbonique ; il distille de Tiode et un liquide insoluble dans l'eau et la potasse, qui se laisse séparer par distillation fractionnée : » 1° En un liquide incolore ioduré bouillant à 200°, et don! la composi- tion, d'après des analyses déjà faites, semble être celle de l'iodure de phé- nyle{C'^H»I); » 2° En un corps solide trés-semblable à l.t naphtaline. D'après cela, la ( '39 ) production première du benzoate d'iode est très-probable d'après l'équation . C'*H=NaO* + ClI = ClNa + C'*H5IO% et il me resterait à mieux étudier ses produits de décomposition. Je cher- cherai également à produire le benzoate de chloïc, et avec ce dernier le benzoate d'iode pur. « En chauffant légèrement un mélange d'équivalents égaux d'acétate d'argent et d'iodure de cyanogène, la masse fond avec production d'iodiu-e d'argent, et il ne se dégage rien ; mais en élevant la température, le produit se décompose souvent avec explosion. Ces faits, qui seront mieux étudiés dans un prochain Mémoire, s'expliquent très-bien en admettant la produc- tion de l'acétate de cyanogène : C*H'AgO' + ICy = lAg + C'H'CyO% qui se décomposerait à une température plus élevée. » L'acide sulfiuique anhydre absorbe l'acide hypochloreux anhydre en donnant un liquide ronge foncé assez stable, puisqu'on peut en séparer par distillation l'excès d'acide anhydre, sans qu'il se dégage la moindre trace de chlore; mais à une température plus élevée le sulfate de chlore se décom- pose brusquement. » Je crois ces faits suffisants pour appuyer les idées émises en tète de cet extrait; mais je ne me dissimule pas que ma tâche est loin d'être achevée. » Le Mémoire complet contient en outre de nouvelles recherches sur le protochlorure d'iode, que je me dispense de reprodune ici, faute de place. » MÉTÉOROLOGIE. — Directions du vent le plus Jroid et du vent le plus chaud en chaque point de la terre ; par M. E. Ren'Ou. (Renvoi à la Section de Géographie et de Navigation.) « Plusieurs météorologistes ont recherché pour un certain nombre de stations les directions du vent le plus froid et du vent le plus chaud, soit pour les différentes saisons, soit pour l'année entière. Ils ont trouvé pour la plus grande partie de l'Europe des résultats concordants : le vent le plus froid y est généralement le N.-E., les plus chaud le S.-S.-O ou le S.-O.; néanmoins pour un certain nombre de points on troine des l'ésullats nota- blement différents, et poiu' Rossekop en Laponie, par exemple, M. Bravais a trouvé que le vent le plus froid est celui de E.-S.-E. 19.. ( '^o ) » Les directions des vents à températures extrêmes sont liées par une loi très-simple à celle des isothermes; elles leur sont normales en chaque point du globe, car c'est évidemment dans cette direction que le vent parcourra le moindre chemin poiu* arriver des contrées également froides ou également chaudes. X Si les isothermes étaient des courbes parallèles la question se réduirait à peu près à ce simple énoncé, mais il n'en est généralement pas ainsi; les normales abaissées d'un point sur les isothermes en nombre infini que l'on rencontre en allant vers le N., par exemple, ne se confondent généralement pas avec une même ligne droite, et c'est la résultante de ces différentes nor- males qu'il s'agit de trouver. Les isothermes les plus rapprochées ayant la plus grande influence, on peut assimiler l'influence réfrigérante de chacune à une force agissant suivant la normale et dont la valeur est inversement proportionnelle à la longueur de celte normale. La direction du vent le plus froid sera donnée par la résultante de toutes ces forces. Les isothermes étant des courbes fort difficiles à représenter analytiquement, on ne peut qu'indi- quer théoriquement la solution du problème. » Si les isothermes voisines sont très-éloignées du parallélisme, comme celles de lo et 12° en France, très-distantes près de l'Océan, très-rappro- chées autour des Alpes, les résultantes déterminées d'après les principes cpie je viens d'exposer ne seront point sur le prolongement l'une de l'autre au N. et au S. pour le veut le plus froid et le vent le plus chaud; ces deux lignes formeront à Paris un angle dont le sommet regardera la mer. » Citons quelques exemples : I- A Alger le vent le plus froid est le N.-N.-O. parce que l'isotherme de I 8" suit à peu près le rivage de la mer. Sur la côte française de la Méditer- ranée la direction est à peu près la même. Sur la côte N. d'Espagne le vent (lu N. est le plus fi-oid. En Irlande le vent le plus froid est le N.-E., mais en mer, un peu plus à l'ouest, c'est le vent de N.-O. qui jouit de cette propriété; cela tient à la courbure considérable et subite qu'éprouvent dans cette ré- gion les isothermes qui y ont leur point le plus élevé en latitude. Dans la partie orientale de l'Amérique du 'Sovd et de l'Asie, là où les isothermes ont leur point le plus bas et où elles suivent les parallèles, les vents à tempéra- tures extrêmes sont dans le méridien ; mais à peu de distance de là, sur la côte, le vent froid est le N.-O, parce que les isothermes se relèvent rapide- ment en quittant les continents. » Au delà du cercle polaire, au nord de Toi'iiéo et llaparanda, les iso- thermes, déterminées presque uniquement parla situation relative de la terre ( >4i ) et de la mer, présentent une inflexion considérable; l'isotherme de o", après s'être élevée depuis le 5o^ degré de latitude N. en Amérique jusqu'au cap Nord d'Europe, redescend brusquement à l'est des montagnes, à l'abri du vent de la mer et vient passer à Tornéo; aussi le vent le plus froid, normal à cette portion de l'isotherme, y a-t-il la direction E.-S.-E., coniuic cela résulte directement des recherches de la Commission scientifique du Nord, ainsi que je l'ai dit en commençant. » Les mêmes considérations s'appliquent a>ix isothermes de saison un aux isothermes mensuelles. » Ainsi à Paris l'isothère de 18°, se dirigeant vers l'embouchure de la Loire, le vent le plus froid en été sera celui du N.-N.-O et du N.-O. L'iso- chimène de 6° descendant de Brest à Bayonne, le vent le plus froid en hiver sur les côtes de France soufflera E.-N.-E. et ainsi de suite. » Cette loi s'applique sans difficultés à tous les ])oints du globe; néan- moins on doit trouver, dans le détail, quelques irrégularités résultant des accidents du sol : ainsi près des montagnes les vents ont des intensités fort diverses suivant les directions et ils y sont presque toujours déviés. Aux pôles de froid, toutes les autres contrées étant plus chaudes, il y fera le plus froid possible par un ciel serein et calme. Près de l'équnteur thermique, le vent le plus froid y sera normal à cette ligne, mais nord ou sud selon que les isothermes seront plus rapprochées dans l'une ou l'autre de ces direc- tions. Le vent le plus chaud ne pouvant venir d'aucun pays à température plus élevée, sera celui qui soufflera accidentellement suivant la tangente à cetéquateur; mais dans cette région les isothermes étant fort espacées, ou aulrement dit les températures variant fort peu dans un grand espace, les circonstances accidentelles auront presque toute l'influence, et le vent le plus faible accompagnant un ciel clair donnera la plus haute tempéra- ture. » On doit s'attendre aussi à trouver des irrégularités, ou au moins des complications, près des lieux où les isothermes présentent de grandes in- flexions et surtout des courbes fermées. w Je ferai remarquer enfin que ces directions des vents à températures extrêmes se règlent sur les isothermes réduites au niveau de la mer et non sur les isothermes réelles, car il s'agit de températures au même niveau. Ce seraune cause qui pourra modifier encore un peu les directions de ces vents; les isothermes infléchies par les montagnes tendent à reprendre leur coins normal à une certaine hauteur, et si on traçait par exemple les isothermes à /|0oo mètres de hauteur au-dessus de l'Europe, elles conserveraient peu de ( >42 ) traces, au-dessus des Alpes, de l'inflexion considérable éprouvée parles iso- tliermes de lo et r^". >> MÉCANIQUE APPLIQUÉE. — Appareil pour produire de la glace par la liqué- faction de l'ammoniaque ; réclamation de priorité adressée à l'occasion d'une communi( ation récente de M. Carré; par MM. Ch. Tellier , Bidix et IIaissmaxn père. i^Exlrait.) «... Nous aurions pu, dés le mois de juillet dernier, présenter à l'Aca- démie ui) appareil semblable à celui dont elle a été entretenue dans la siMUce du 24 décembre dernier, si nous n'avions pas cru devoir attendre, pour l'occuper de nos faibles travaux, que nous puissions produire un appareil d'exploitation pratique établi sur des bases sérieuses. Titulaires d'un brevet d'invention du a5 juillet 1860, nous avions, au commencement du mois d'août dernier, commandé à la maison Cail et C"" un appareil exactement semblable à la description que M. Carré a donnée du sien. Il y a là une question de priorité sur laquelle les tribunaux prononceront; mais nous pouvons dire dès aujourd'hui à l'Académie cjue l'appareil d'exploita- tion pratique dont nous venons de parler était prêt à marcher dès la fin du mois de novembre; qu'il est de dimensions suffisantes pour congeler 100 kilogrammes d'eau à chaque opération, et que nous l'avons fait travailler presque constamment pendant tout le mois de décembre pour en mieux régler la marche. Il est en ce moment prêt à fonctionner sous les yeux des Commissaires que l'Académie voudra bien déléguer à cet effet; il produit 100 kilogrammes de glace par chaque opération. » Nous profitons de cette occasion pour présenter les remarques sui- vantes que nous suggèrent quelques-uns des laits énoncés par M. Carré : » 1° La liquéfaction de l'ammoniaque correspondant à la température du liquide réfrigérant, qui en France varie depuis o jusqu'à 20", la pres- sion de liquéfaction varie donc de 4"""» 4 à S""", 5. La résistance de l'am- moniaque à la liquéfaction, à moins d'employer de très-grandes surfaces, fait toujours dépasser cette pression d'au moins 1'"°, et si le feu était mal conduit ou les surfaces mal calculées, cet excès de pression serait encore |)lus important. L'appareil doit donc être calculé pour une pression inté- rieure d'au moins 10"". Cette question de résistance nous a déterminés, |>()ur les petits appareils, a employer l'acide sulfureux ; ce gaz n'a pas, il est vrai, la faculté de se dissoudre dans l'eau en aussi grande proportion cjue l'ammoniaque; mais il se licpiéfie sous une pression de moitié moindre, et { '43 ) cette circoiislaiice en rend l'usage plus approprié aux appareils domes- tiques. » 2° IjH pression de la chaudière varie nécessairement avec celle du condenseur; quant à la température de la distillation, elle commence vers ii5 à 120" pour s'élever jusqu'au degré d'ébullition de l'eau, si l'on veut extraire toute l'ammoniaque de la solution. Ce point atteint, une diffé- rence de 2 et même 3^"" s'établit immédiatement entre la cliaudière et le récipient, différence accusée par les deux manomètres de l'appareil. Elle est amenée par la vnpeur d'eau, qui, se produisant alors presque unique- ment, se condense dans les serpentins. » 3° Une opération bien conduite donne du gaz ammoniac sec; nous avons rempli notre récipient de gaz liquéfié, et, après la vaporisation de ce gaz, le récipient a été ouvert; il ne contenait p:is d'eau. » f\° Nous contestons l'exactitude du prix de revient du refroidissement de l'air, que M. Carré estime au double du coût de son chauffage par un calorifère. Dans un appareil bien établi, le froid se produit au même prix que la chaleur. » 5° Enfin nous ajouterons que l'ammoniaque, s'échappant gazeuse sous une pression de i""" et au delà, prend une teinte bleuâtre prononcée, com- parable à la fumée de certains bois. » Cette Note est renvoyée, ainsi que celle de M. Carré, à l'examen d'une Commission composée de MM. Pouillet, Regnault, Balard. ASTRONOMIE. — Nouvelles éludes sur les lâches solaires; par M. R. W^olf. (Commissaires, MM. Babinet, Faye.) « Une série assez étendue d'observations de taches solaires par feu M. Haugergues, à Viviers, que M. .Séguin aîné a bien voulu me communi- quer par l'entremise de M. Laugier, m'a très-bien servi pour joindre les observations de Staudacher et celles des astronomes du xix*^ siècle. J'ai réussi à fixer dès lors non-seulement toutes les époques de maximum et de minimum depuis la découverte des taches solaires jusqu'à l'année passée, mais pour déterminer mes nombres relatifs pour les 1 10 années dernières, en tenant compte delà diversité des observateurs et des instruments, et pour établir la formule Ej. = 173, 1823 + .r. I I ,T 19 + 1 ,6ai .sin ( 146° 4- .r . — ^ ) i,/io5.sin ( 23o^-f- .r .— 3- 1, ( i44 ) qui donne toutes les époques de maximum d'une manière assez satisfai- sante. En négligeant les deux derniers termes de cette formuk?, qui repré- sente l'inégalité de la période moyenne de i i ^ ans, on trouve les époques moyennes, et en comparant d'une part ces dernières avec les époques vraies, et d'autre part les nombres relatifs des années de maxiuumi, on trouve une loi très-remarquable, que la table suivante représente assez clairement : IlIFl'ÉRENCES entre NOMBRES » ,_ ÉPOQUES les époques vraies relatifs pour les EPOQUES vraies et DIFFERENCES. années DIFFERENCES. vraies de minimum. les époques moyennes. de maximum. Je maximum. ,744,5 4- o,558 -H 68,2 I '•5o,o ■755,7 -H o,63g 75,0 -1- 1761,5 .770,0 «779,5 .788,5 1766,5 .775,8 1784,8 ■+- 0,820 - 1,499 - 3,618 + 79,4 99,2 90,6 .798,5 1810,5 — 1,037 — o,i56 + -t- 70,0 45,5 — .804,0 .816,8 1823,2 + 1,425 53,5 4- 1829,5 .837,2 .848,6 i833,8 ■+- 0,906 111,0 -4- .844,0 — o,oi3 -f~ 100,4 — i856,2 + 1 ,068 98,6 .860,5 » Les signes de la seconde colonne de différences sont inverses sans ex- ception de ceux de la première colonne, et je dois en conclure la loi sui- vante: La fréquence de taclies augmente en même temps que la période se raccour- cit, et vice-versd. Je crois que cette loi est un des plus importants résultats que l'on ait trouvés jusqu'à présent dans cette partie de l'astronomie, et qu'elle éclaircira peut-être même la théorie des étoiles variables. » MÉCANIQUE. — Observations critiques sur l'installation au Monl-Cenis dune de ses machines hydrauliques couronnée par l'Institut de France, le 3o décembre iSSg, et honorée d' une grande médaille d'or par le gouvernement sarde, le "il juillet i844; pur M. A. de Calignt. (Commissaires, MM. Poncelet, Morin, Combes. ) a Du côté de Bardonèche, sur le versant italien, on a une chute d'eau ( '45 ) assez grande pour que l'air puisse être comprimé à une lension de six atmosphères, par une colonne liquide partant du repos au moment où la compression de l'air commence, et développ;uit sa force vive pendant cette compression dans une branche de siphon renversé. On peut en faire le calcul au moyen des logarithmes hyperboliques, d'après les formules sur la détente et la compression des gaz exj)osées dans Vlnlroduction à In mécniiique indus- trielle de M. le général Poncelet, 2'= édition, n°' 181, 188 et 198. Pour cette chute de 26 mètres du versant italien, il suffit de tenir compte du chemin parcouru, parce qu'une oscillation de vidange rend la hauteur moyenne de la colonne liquide comprimante égale à la hauteur de chute, sauf les résistances passives. » Les ingénieurs sardes ont fait un choix judicieux parmi les principes dont je suis auteur, en adoptant pour les dix compresseurs hydropneuma- tiques de Bardonèche, celui des oscillations de l'eau dans un siphon ren- versé à trois branches, qui a été spécialement remarqué par l'Académie des •Sciences, quand elle ma fait l'honneiw de me décerner le prix de Mécani- que, il y a plus de vingt et un ans, pour mon Mémoire sur les oscillations de Teau dans les tuyaux de conduite, présenté en 1837. La colonne liquide monte d'abord dans la seconde branche, et se vide par la troisième, plon- gée dans le bief d'aval, au-dessous du niveau duquel descend l'oscillation de vidange. On se montre satisfait de ce système appliqué à Bardonèche. 1) Mais les circonstances n'étaient pas les mêmes du côté de Modane, sur le versant français. Il n'y avait pas assez d'eau motrice à la hauteur de 26 mètres. Il y en avait beaucoup à une chute de fi™, 5o. Les ingénieurs sardes établissent sur cette dernière chute des pompes mues par des roues hydrauliques, afin d'augmenter la quantité d'eau disponible à la hauteur de 16 mètres, et d'y établir dix compresseurs hydropneumatiques comme sur le versant italien. Cela est une faute , selon moi , puisqu'un autre de mes principes, celui qui a été remarqué par le jury international de l'exposi- tion universelle de i855, quand j'ai été honoré de la médaille de première classe, permet d'appliquer des compresseurs hydropneuniatiques à une chute de 6™,5o, sans roues ni pompes. » Dans l'état avancé des travaux, il est probablement trop tard pour faire cette observation. Mais si, d'après ce que dit M. Eugène Flachat dans son ouvrage sur la traversée des Alpes par un chemin de fer, le travail disponible des chutes d'eau, en le supposant le mieux employé qu'il serait possible, doit finir par être à peine suffisant pour la quantité d'air comprimé dont on C. R., 1860, 1" Semes(re. (T. LU. >° 4.] 20 ( i46) aura besoin, il est essentiel de faire cette remarque, en rappelant d'ailleurs Mue idée simple. » Il suffit de laisser la force vive se développer dans ini tuyau de con- duite pour comprimer l'air à la tension dont il s'agit, sans choc brusque et même à la rigueur au moyen d'une seule pièce mobile, sauf les soupapes a air. (Voir à ce sitjet un extrait du procès-verbal des séances de la Société Philomathique de Paris des i5 et 21 juin i844? publié dans le journal l'hulititt, du 3 juillet i844> 'i" 549, P- 228.) Ce fut précisément peu de temps après la publication de cette Note que je reçus la médaille de Sardaigne, quand j'étais déjà membre corres- pondant de l'Académie des Sciences de Turin. Sans rappeler ici les autres textes publiés avant \85-?., qui déclarent plus spécialement la possibilité de la transformation de mes divers appareils élévatoires à colonnes liquides oscillantes en machines à comprimer de l'air, ces appareils ne pouvant même marcher sans souffler de l'air, je me bornerai en ce moment à remarquer que l'extrait précité explique clairement et d'une manière assez générale cette transformation du tuyau ascensionnel en chambre de compression. » PHYSIQUE DV GLOBE. — Sur la fréquence des tremblements de terre relativement à l'âge de la lune pendant la seconde moitié du dix -huitième siècle^ et sur la fréquence du phénomène relativement au passage de la lune au méridien; par M. A. Perrev. (Commissaires déjà nommés : MM. Elie de Beaumont, Liouville, Lamé.) « Il y a deux moyens de calculer la fréquence des tremblements de terre, relativement à l'âge de la lune. Le premier consiste à dresser un tableau des jours lunaires dans lesquels la terre a tremblé, sans s'occuper des heures ni des régions où le phénomène s'est manifesté. C'est la marche que j'ai suivie dans mon premier travail, qui comptait ainsi aySS jours de trem- blements de terre. Ce moyen me paraît insuffisant. Si la terre a tremblé, le même jour, dans deux, trois ou quatre régions éloignées, à des heures diffé- rentes ou même à peu près aux mêmes heures, mais sans que les pays intermédiaires aient éléébraulés, ce jour doit évidemment entrer deux, trois ou quatre fois dans les tableaux de fréquence; ce qui constitue un deuxième mode desupputation. Ces deux modes ont été employés dans mon Mémoire de i853 et m'ont fourni respectivement les nombres 5388 et G596 jours ( '47 ) de tremblements, de 1801 à i85o. Je fais seulement usage du deiiuer mode dans mon nouveau travail, qui présente 3655 jours. L'inspection seule des tableaux ainsi formés montre déjà une prépondérance marquée aux syzygies. w Si nous divisons la lunaison moyenne de 2gJ,53 eu huit parties égales; chaque huitième contiendra 3J,G9 à peu près et devj'a renfermer, sauf quelques légères différences fortuites, le huitième à peu près des faits enre- gistrés. T.e premier groupe comprendra les f;\its des trois premiers jours, plus les 69 centièmes de ceux du quatrième. Le second huitième s'étendant de i',6g à 7J,38, comprendra ce qui reste du quatrième, plus les faits du cinquième au septième et les 38 centièmes de ceux du huitième; et ainsi de suite pour chaque huitième. L'inspection seule des tableaux ainsi formés montre une prépondérance au commencement, au milieu et à la fin de la lunaison. Les courbes qui les représentent graphiquement prennent alors une forme ondulée, tout à fait caractéristique, avec deux maxima et deux minima bien marqués. » Mais à la manière dont nous comptons les jours lunaires, on conçoit facilement que des tremblements rapportés à tel jour lunaire puissent être de la veille ou du lendemain, puisque nous faisons abstraction des heures. Au lieu de huit groupes n'en formons plus que quatre. Réunissons les nom- bres du premier et du dernier huitième, la somme exprimera la fréquence séismique à la nouvelle hnie : ceux du deuxième et du troisième groupe donneront la fréquence au premier quartier; ceux du quatrième et du cinquième à la pleine lune, et enfin ceux du sixième et du septième montre- ront la fréquence au dernier quartier. C'est de cette manière que nous avons toujours opéré et mis en évidence la fréquence des tremblements de terre à chacune des quatre périodes principales de la lunaison. )) Enfin, condensant encore les résultats obtenus ainsi par de nouvelles additions pour les deux syzygies et les deux quadratures réunies, nous trou- vons dans le Mémoire actuel, de 175 1 à 1800 : Jours de tremblements. Aux syzygies 190' > 18 Aux quadratures 1753,82 Différence. . . 1 47 , 36 dont le rapport avec le dernier de ces deux nombres est compris entre —; et -jY. Ce résultat est donc parfaitement conforme à ceux que nous avions 20.. ( '48 ) trouvés dans nos précédents Mémoires. Nous trouvions en eifet en )8/c^, Jours de tremblements. Aux syzygies 1420, g4 Aux quadratures i3i4,o6 Différence. . . 1 06 , 88 » Nous avons trouvé en 1 853 que le nombre de 5388 jours de treml)le- ments, calculé d'après le premier mode rappelé an commencement du Mémoire, se partageait de la manière suivante : Jours de Irerableinenls. Au.\ syzygies 2^61 , 48 Aux quadratures 2626,52 Différence en faveur des syzygies. ... 184,96 et par le second mode de supputation, qui a donné le nombre 6396, nous avions eu Jours de tremblements. Aux syzygies 3434,64 Aux quadratures 3t6i ,36 Différence en faveur des syzygies 278 , 28 » On est donc fondé à admettre que les tremblements de terre sont plus fréquents aux syzygies qu'aux quadratures. La conclusion que nous avions déduite de nos recherches en i853, et que nous avions formulée pour un demi-siècle, s'applique maintenant à un siècle entier. Mais cette loi, vraie pour un siècle et pour un demi-siècle, l'est-elle encore pour un quart, poin- un tlixieme de siècle? J'ai partagé la seconde moitié du xviii* siècle en deux périodes de vingt-cinq ans chacune, et des calcids semblables à ceux que je viens de rapporter m'ont conduit aux mêmes conséquences; je l'ai par- tagée en cinq périodes égales de dix ans, et dans chacune d'elles encore les tremblements de terre se sont montrés plus fréquents aux syzygies quaux quadratures. Je l'ai partagée enfin en dix périodes de cinq ans ; les nombres, on le conçoit, étant peu considérables, les causes irrégulières ou perturba- trices doivent reprendre ici leur empire, et peuvent, dans ce cas, masquer l'action différentielle d'une influence continue. Cependant dans huit encore de ces dix périodes partielles, la prépondérance est restée aux syzygies. i> Toutefois, ces résultats, dont la concordance est frappante et qui déce- ( '49 ) lent une influence liée au mouvement de la lune dans son orbite, ne sont pas les seuls que nous puissions invoquer. . » J'ai compté combien de fois l'avant-veille, la veille, le jour, le len- demain et le surlendemain du périgée et de l'apogée de la huie avaient été sisnalés par des secousses, de 1761 à 1800, et j'en ai formé deux groupes. Je trouve ainsi : Joirrs fJe iremblt'ments. Au périgée Sab A l'apogéf 4^5 i Différence. . . 60 -j nombre qui, divisé par la somme des deux premiers, doiuie le rapport -fg'73-. » En ne comptant pas lavant-veille et le surlendemain, on trouve : Jours de tremblements. Au périgée 3 1 3 | A l'apogée 278 ^ Différence. . . 35 nombre qui, comparé a la somme des deux premiers, donne le rap- port -j^Tg-. C'est le même que j'avais déjà trouvé en 18/17; '' ^^^ ^"' P^*^' P'"*" fort que celui fourni par la première moitié de ce siècle qui a doiuié .-, ,' ., en comptant l'avant-veille et le surlendemain, et 7^'— en ne comptant pas ces deux jours. " Dans mon Mémoire du 2 janvier i854) j'ai discuté sous ce nf)uveau point de vue Sif\ secousses ressenties à Aréquipa de 1810 a i845. » Dans cette discussion, je n'ai considéré que le jour moyen lunaire dont la durée est de 24'' 5o'" So^à peu prés, je l'ai divisé en huit parties égales de 3'' 6" chacune et j'ai compté le nombre des secousses signalées aux heures comprises dans chacune de ces huit divisions. Les huit sommes partielles ainsi obtenues ont mis en évidence l'existence, dans la durée du jour lu- naire, de deux époques de maximum pour la fréquence des secousses, et de deux époques de minimum. Les deux époques de maximum se rappro- chent des passages de la lune aux méridiens supérieur et inférieur. Les époc[ues du minimum tombent vers le milieu des intervalles. » Pour le demi-siècle dont je m'occupe aujourd'hui, je n ai pas rencon- tré de longues listes de secousses ressenties dans une même localité et signa- lées avec indications d'heures et de minutes. Cependant je suis parvenu à ( I30 ) me procurer, à grande peine et à grands frais, les journaux séismiques te- nus : i°par Pignataro, àMonteleone, du i "janvier 1783 aui" octobre 1786; 2° par Andréa Gallo et Torreani, à Messine, du 5 février 1783 au 2 jan- vier 1784; 3° par Andréa da Leone, à Calanzaro, du 5 février au 12 juillet 1783; et 4° pa'' Minasi, à Scilla, du i" octobre 1783 au 25 novemljre 1785. (]e dernier a compté 771 secousses du 5 février au 3o septembre. Après d'épouvantables commotions telles que celles qui venaient de boulever- ser ces malheureux pays, il était à craindre que la régularité, que je pou- vais espérer dans la manifestation du phénomène, se trouvât fortement trou- blée; ce n'est donc pas sans une grande satisfaction que j'ai trouvé encore ici un plus grand nombre de secousses quand la lune était près du méri- dien que quand elle en était éloignée de 90°. Ainsi, en ne faisant encore ici que deux groupes, je trouve : A Monteleone. . 47^ secousses, quanti la lune était près du méridien (à moins de 45"). El 453 seulement, quand elle était à plus de 45°. Différence. . . 22 secousses en plus pour les passages de la lune au méridien. . A Messine 84 secousses, quand la lune était à moins de 45° du méridien. Et 60 seulement, quand elle était éloignée de plus de 45°. Différence. . . 24 secousses en plus pour les passages de la lune au méridien. A Calanzaro. . . 102 secousses, quand la lune était à moins de 45° du méridien. Et 8i seulement quand elle en était à plus de 45°. Différence ... 21 secousses en faveur des passages de la lune au méridien. A Scilla enfin.. . i4o secousses, quand la lune était à moins de 45° du méridien. Et 120 seulement quand elle en était éloignée de plus de 45°. Différence. . . 20 secousses, toujours en faveur des passages de la lune au méridien. » Ainsi, malgré les perturbations que ce paroxysme du phénomène a dîi apporter dans son allure générale, nous trouvons encore dans ces quatre localités que, pendant les 3'' 6™ qui précèdent les passages de la lune aux méridiens supérieur et inférieur, et pendant les 3'' 6™ qui suivent ces pas- sages, les secousses sont plus fréquentes que dans les deux autres quarts iulcniiédiaires du jour hniaire. » Je dois enfin à M. V. Flauti une copie du journal séismique tenu à Reggio (Calabre) par M. S. Areovito. Dans ce journal, que je n'avais pas encore quand j'ai rédigé mon dernier Mémoire, le nombre des secousses étant généralement spécifié, j'ai regardé chacune d'elles comme un trem- ( i5r ) blement de terre distinct, et j'ai formé ainsi des tableaux relatifs à l'âge de la lune et à ses passages aux méridiens, et voici ce qu'ils m'ont donné : , , , i Aux syzycies. . . . 43'7 secousses. Helativement à 1 âge de la lune , ., o/ ° ( Aux quadratures. . 349 — Différence. . . 88 secousses en faveur des syzygies. Relativement aux passages de la lune aux méridiens supérieur et inférieur : 41 3 secousses quand la lune était à moins de ^5° du méridien, et 347 seulement quand elle en était à une distance angulaire plus grande. Différence 66 secousses, encore en faveur des passages de la lune au méridien. » PHYSIQUE DU GLOFE. — Cause assignée aux tremblements de terre, d'après des observations faites à différentes époques sur ta hauteur de la Soufrière, mon- tagne volcanique de la Guadeloupe; par M. Gentili. (Commissaires, MM. Boussingault, Ch. Sainte-Claire Deville. ) M. Christian soumet au jugement de l'Académie une Note ayant pour titre : <• Projet d'une boussole indépendante des variations magnétiques ». (Commissaires, MM. Pouillet, Regnault, Duperrey.) M. CosTELLo, à l'occasion de quelques communications récentes sur la lithotritie,^ rappelle que dès l'année iSSa il a soumis au jugement de l'Aca- démie un instrument lithotriteur, l'instrument à coulisse, mécanisme qui, dit l'auteur, unissant la solidité à une grande simplicité, a été, depuis, l'objet d'imitations nombreuses et rarement avouées. (Renvoi à l'examen d'une Commission composée de MM. Velpeau, J. Cloquet, Jobert de Lamballe.) M. Pappenheim adresse de Berlin trois Notes : l'iuie sui' les lymphatiques du cœur chez les individus de sexe différent; la seconde sur une vessie uri- naire bicorne ; la dernière, sur un moyen auxiliaire pour l'exploration du larynx et des cavités nasales. (Renvoi à la Commission des prix de Médecine.) ( i52 ) COKRESPO\l)AI\CE. M. LE Ministre de l'Aghiciltuke , or Commerce et des Travaix pdblics adresse pour la bibliothèque de l'Institut le lo' numéro des Brevets dliwen- ttnu pour 1 année r86o. M. LE Ministre transmet aussi une pièce qui lui a été adressée par MM. Riiolz et Fontenny, une réclamation de priorité à l'égard de M. Caroii, pour un procédé de cémentation du fer dont il a fait l'objet d'une com- munication à l'Académie. (Renvoi à la Commission nommée pour le Mémoire de M. Caron.) M. le Ministre de la Marine envoie quatre exemplaires d'un ouvrage apporté de Yalparaiso parla corvette de l'Etat la Constanline : « Obserualions asironomiqiies de l'observatoire de Santiago du Chili pendant les années i853, i854 '. Un de ces exemplaires est destiné à la bibliothèque de l'Institut. La Société Agronomique dv royaume de Pologne adresse la série des volumes qu'elle a publiés depuis sa fondation, et où se trouvent, avec les statuts de la Société, les Comptes rendus de ses Assemblées générales et de ses séances publiques pendant les années i858, 1869 et 1860. (Voir 3ni Bul- letin bibliographique. ) (Renvoi à la Commission Administrative, qui examinera si l'Académie peut disposer en faveur de la Société Agronomique de quelques-unes de ses publications.) Parmi les pièces imprimées de la Correspondance, M. le Secrétaire perpétuel signale à l'attention de l'Académie lui opuscule imprimé en anglais et adressé par M. Jules Marcou, intitulé : On the primordial Fauna..., sur la Faune primordiale, et le Taconic sfstem, par M. ,1. Rarrande, avec des notes additionnelles par M. Jules Marcou. M. DE Pakavey adresse des remarques concernant une Note de M. Ar- mand sur te (jin sen des Chinois, insérée dans le Compte rendu de la séance du 3i décembre dernier, Note dans laquelle il signale inie faute d'impression, le mot pomme ayant par erreur été écrit au lieu du mot /(o;//;/«e qui corres- pond au chinois gin. ( -53 ) GÉOLOGIE. — Note sur la carte géologique de [Yonne; par M. A. Leymerie. » La carte dont j'ai l'honneur d'offrir aujourd'hui un exemplaire à l'A- cadémie de la part du Conseil général de lYonne, n'est autre chose qu'une autographie de la grande carte de France publiée parle Dépôt de la Guerre, exécutée spécialement pour le département de l'Yonne en 1846 par M. Rœppeliu et sur laquelle nous avons fait ajouter, M. Raulin et moi, les limites, les signes géologiques et les teintes de nos minutes, i'our utiliser quelques places vides, nous y avons introduit une grande coupe coloriée du département prise dans le sens de sa plus grande longueur et une légende explicative des terrains. » Le département de l'Yonne appartient à la partie S.-E. de la ceinture secondaire qui entoure le bassin de Paris depuis Mézières jusqu'à Château- roux, et il est remarquable par la variété et le développement des étages secondaires qui le constituent presque en entier, et par cette circonstance particulière que le Morvan y pousse une pointe avancée à son extrémité méridionale. Les groupes jurassique et crétacé y sont complètement et lar- gement représentés, et il n'est peut-être pas en France une autre région qui puisse être considérée comme étant plus classique à l'égard du terrain jurassique. Le trias y manque ainsi que le terrain permien et le terrain de transition. » La pointe primordiale du Morvan formait un cap daiis l'ancienne mer où les couches secondaires ont été déposées. Aussi voit-on, dans la partie méridionale du département, les strates presque horizontaux de lias avec les arkoses et les lumachelles qui en forment la partie inférieure, venir butter contre les flancs de cette pi otubérance et en suivre les contours. )i Les étages oolitiques et ceux du terrain crétacé inférieiu' et moyen reposent sur ce premier dépôt du système jurassique et leurs affleurements disposés du S.-E. au N.-O. à niveaux décroissants, se manifestent sur la carte par des bandes irrégulières grossièrement parallèles à la direction N.-E. Ces bandes, jointes aux affleurements du lias, sont au nombre de quinze et forment dans leur ensemble un carré dont une diagonale serait dirigée à l'E. un peu N. » A ce système rubanné succède un plateau qui occupe plus du tiers du département et qui peut être considéré comme une nouvelle zone annexée aux précédentes et qui se prolongerait au N. jusqu'aux limites du départe- C. R., 1861, 1" Semestre. (T. LU, N» 4.) 2 I ( i54 ) ment, piir un appendice très-développé, comprenant leSénonais et le Gâti- nais. C'est la région -Je la craie, à la naissance de laquelle, an contact des sables verts et ferrugineux du greensand, il est bon de remarquer inie îtssise inférienre représentée par la craie marneuse à Ammonites, Tiirri- lites, etc. » Nous avons distingué dans le système secondaire de l'Yonne, qui est réellement la partie essentielle de ce département, quinze assises dont cha- cune forme sur noire carte une bande indiquée par une couleur particu- lière et par un des numéros d'inie série qui commençant par 5 se termi- nerait par 20, les n°* 1 , 2 et Ji ayant été employés ponr les terrains du Morvan et le n" 4 pour quelques lambeaux houillers qui s'y trouvent comme pinces dans la direction de l'O. à l'E. » Nous croyons devoir donner ici les désignations de ces assises secon- daires dans l'ordre de leurs numéros, qui est celui de la superposition et qui indique en même temps la position de plus en plus septentrionale de leurs affleurements. Néocoiiiien . I 20 Craie supérieure et moyenne. / 19 Craie marneuse à Ammonites. „( Sables verts et grès ferrugineux. ' ( Argiles aptiennes à grandes lîxogyres. .! 17 Sables et argiles bigarrés. 16 ( Argiles ostrcennes. Calcaire à Spatangues. Étage supérieui Etage moyen. . Étage inférieur. \ i5 Calcaire portlandien. Lias, . >3 [4 Calcaire et marnes kimnicriilgi<'ns. Calcaire a Astarte. Calcaire corallien. 12 Calcaire oxfordicn supérieur. ( Marnes et calcaires oxfordiens niovcns. II'. . . ' ( Argiles oxfordiennes et minerais de ter. 10 Grande oolite. 9 INIarnes et calcaires à l^holadoniyes. 8 Calcaires àTîntroques. !' Marnes supérieures à Bélemnites. Calcaires à Gryphœa cymbium. Marnes inférieures à Bélemnitcs. ^ j Calcaires à Gryphées arquées. i Liimachelle à Cardinics. 5 Arkoses. ( >55 ) » La nappe tertiaire qui s'étend sur le plateau crayeux qui forme toute la partie septentrionale du département, appartient en partie à l'étage infé- rieur et en partie à l'étage moyen du bassin de Paris. La dilficulté de sé- parer ces deux éléments et le peu d'importance de ce dépôt superficiel nous ont déterminé à ne le désigner que par une seule teinte et par un seule numéro (ai). Enfin le n° 11 et la couleur même de la carte servent à re- présenter les alluvions anciennes et modernes qui constituent le sol des vallées. ■■ ZOOLOGIE. — Du mode de fixalion des œufs aux fausses pattes abdominales dans les Ecrevisses; par M. Lerebocllet. « Les naturalistes n'ont pas encore ex|)liqué, du moins à ma connais- sance, le uiécanisme suivant lequel les œufs des Ecrevisses, et probable- ment aussi les œufs des aiUres Décapodes, se fixent aux appendice.^ abdo- minaux. I^a description de ce mécanisme fait le sujet du Mémoire que j'ai l'honneur de présenter à l'Académie. » Quelques semaines avant la ponte, il se forme sous l'abdomen, en dedans de l'arceau inférieur de chaque anneau, un dépôt particulier de couleur blanche, composé de granules microscopiques, de noyaux et de globules graisseux. Ce dépôt se voit à travers la meudirane cornée qui unit les anneaux les uns aux autres, sous la forme d'un liséré blanc qui borde, en avant et en arriére, l'arceau inférieur. Il devient de plus en plus consi- dérable jusqu'au moment de la ponte et remplit en outre les cavités épi- mériennes, l'intérieur des fausses pattes abdominales et les James natatoires de la queue. La matière blanche qui constitue ce dépôt a une consistance crémeuse; mais quand on la délaye dans l'eau, elle devient filante et gru- meleuse. » Au moment de la ponte, l'abdomen se replie sur lui-même de manière à former un sac dont les bords sont collés les uns aux autres par une ma- tière visqueuse. L'intérieur de ce sac est rempli d'un liquide glaireux, au milieu duquel sont plongés les œufs encore mous et libres de toute adhé- rence aux parties voisines. » A cette époque déjà le dépôt blanc a disparu. » L'examen microscopique de ce dépôt, fait un peu avant sa disparition, le montre composé, presque en totalité, de vésicules microscopiques d'un aspect uniforme. Ces vésicules se dissolvent et produisent un liquide qui 2 r .. (■56) suinte à travers la inemljrane cornée des segments et remplit très-prompte- ment la poche abdominale. Le liquide ainsi produit a la propriété de se coaguler dans l'eau et de se transformer en une membrane amorphe. L'Écre- visse, par les mouvements qu'elle imprime à l'abdomen, fait entrer une certaine quantité d'eau dans l'intérieur de la poche qui recèle les œufs. Le liquide visqueux se coagule autour de ces derniers et les fixe aux fausses pattes à l'aide d'un pédicule qui se solidifie et s'allonge peu à peu. n Quand tous les œufs sont suspendus, l'abdomen se déroule et l'on ne trouve plus aucune trace du dépôt blanc qui avait précédé leur apparition. » Le mécanisme de la fixation des œufs aux fausses pattes de l'abdomen se compose donc de plusieurs actes : » 1° La formation d'un dépôt celluleux et granuleux sous l'abdomen, en dedans des segments; » 2" La dissolution de ce dépôt et sa transformation en un liquide vis- queux qui suinte à travers les segments abdominaux; » '6" Le reploiement de l'abdomen en forme de sac dont les bords corres- pondanls se collent les uns aux autres, par l'effet du liquide visqueux, à l'aide des soies qui les garnissent; » 4° La ponte des œufs qui arrivent dans ce sac et plongent au milieu du liquide dont il est rempli; » 5° La .solidification lente et progressive de ce liquide et, par suite, la formation de l'enveloppe extérieure des œufs et des pédicules qui servent à les suspendre. w Ce travail de sécrétion temporaire, dont le résultat est lu formation d'une matière granuleuse qui se résout elle-même en un liquide, se fait sans la présence d'aucune glande. Il est possible que les cellules de la membrane dermoïde du test tiennent ici lieu de la tunique épithéliale des glandes sé- crétoires et en remplissent les fonctions. » Je fais remarquer que la formation du liquide sécrété est précédée de la résolution de la matière blanche déposée sous l'abdomen en une quan- tité innombrable de granules vésiculeux homogènes. Il est évident que c'est à la fonte de ces granules que le liquide doit son origine. » D'après cela, on est en droit de se demander si, dans les sécrétions ordinaires, le licpiide sécrété, au lieu de provenir directement du sang, ne résulterait pas de la dissolution de granules élémentaires qu'auraient pro- duits et élaborés les cellules épiihéliales? En d'autres termes ces dernières cellules, au lieu de se borner à extraire du sang, sous forme liquide, le pro- duit de la sécrétion, n'auraienl-elles pas pour mission de former des gra- ( i57 ) nules et ne serait-ce pas dans cette formation granuleuse que consisterait le travail d'élaboration qui constitue la sécrétion?» CHIMIE ORGANIQUE. — Transformation d'élhylène monobromé en acétylène; jiar M. V. Sawitsch. « En décomposant par une dissolution alcoolique de potasse le bro- mure C^ H' Br,Br' (i), préparé en recueillant directement dans le brome le produit de l'action de la potasse sur le bromure d'étbylène, on obtient Yélhylène bibromé (2) toujours accompagné d'une petite quantité d'autres substances; ainsi, en dirigeant les vapeurs qui se dégagent pendant la réac- tion dans une dissolution ammoniacale d'oxydule de cuivre, on constate chaque fois la formation d'un précipité rouge foncé, floconneux, qui a les propriétés suivantes : à l'état sec, il détone violemment par un léger choc aussi bien que par la chaleur; introduit dans la vapeur de brome, il se décompose également avec explosion et production de lumière ; au contact des acides chlorhydrique et sulfurique concentrés, il laisse immédiatement s'échapper un gaz; ce dernier ne se dégage qu'à chaud par les acides dilués (3). » Les propriétés de ce corps explosif se trouvant parfaitement identiques avec celles que possède la combinaison rouge que donne l'acétylène avec les solutions ammoniacales de cuivre, on était conduit à supposer la présence d'un dérivé de ce gaz dans le bromure C^ H' Br, Br* et, partant, à rechercher l'acétylène lui-même dans le produit de décomposition du bromure d'élhylène par la potasse alcoolique; en effet, une partie d'éthy- lène monobromé, qui prend naissance dans cette réaction, pourrait perdre par un excès de potasse i équivalent d'acide bromhydrique et se trans- former en acétylène : C^H' Br - HBr = C^H^ » Un essai tenté dans ces conditions avec une dissolution ammoniacale d'oxydule de cuivre m'ayant fourni une certaine quantité du corps explo- (i) C = i2, H = i. (2) Zeitschriftfur Chemie und Pharmacie, par MM. Erlenmeyer et Lewinstein, 4* année, page I. (3) Loco citato, p. 4- ( i58 ) sif, j'ai soumis à l'étude l'action des aicoolates sur l'éthjiène moiiobronié. L'expérience a été entreprise avec /\5 grammes environ de ce corps; on l'a traité par 1 amylate de sodinm dans un grand matras de verre vert clos et chauffé au baiu-marie. Au bout d'une heure, il s'est formé un précipité abondant du bromure de sodiiuu, et le contenu du matras est devenu par- faitement liquide par suite de la régénération de l'alcool amyhque. En ouvrant avec précaution le vase clos, préalablement refroidi au moyen de glace et de sel marin, on a recueilli sur l'eau plus de 4 litres d'un mélange gazeux qui a été traité par une solution ammoniacale de chlorure de cuivre ; le précipité rouge, très-abondant, obtenu de cette manière, a été lavé, puis décomposé à chaud par l'acide chlorhydrique faible : il s'est dégagé un peu moins de i litre d'un gaz incolore, possédant une odeur particulière et brûlant avec une flamme très-éclairante. ■• -2,9 centimètres cubes de gaz briilés avec un grand excès d'oxvgène dans MU tube eudiométrique ont absorbé 7*'^4 d'oxygène et ont fourni ^'"',ç) d'acide carbonique, ce qui correspond à •^'''',55 d'oxvgène et a^d'acide carbonique pour i" de gaz analysé, i volimie d'acétylène absorbe précisé- ment 2 -^ volumes d'oxygène et donne 2 volumes d'acide carbonique. » Le résultat de cette analyse, joint aux propriétés du gaz et de sa com- binaison avec le cuivre, ne laisse aucun doute sur sa nature : il est iden- tique cà l'acétylène, obtenu pour la première fois par Edin. Davy (i) et étudié surtout par M. Berlheiotfa) dans ces derniers temps. Il prend nais- sance en vertu de i'équation suivante : ( rs Tin i /r^ H" I C^ II' Br + ' , O = „ O ^ Na Br -f- C= H^ ' Na j ( H j M J'insiste sur ce mode nouveau de préparation d'acétylène qui permettra probablement de transformer les autres hydrocarbures de la formule géné- rale C"W' en hydrocarbures de la série C" H^"-% dont l'acétylène C' H* est le premu'r terme connu. C'est ce que je me propose de vérifier par l'expé- rience. » Je m'occupe en ce moment à essayer l'action des aicoolates et de la potasse en dissolution alcoolique sur le propylène monobromé, dans l'espoir d'obtenir un corps de la composition C II'- « Tontes ces recherches ont été faites au laboratoire de M.Wurtz. » (i) Handbuch der org. Chemie, von Léopold Gmelin, 4' édition, t IV, p. Sop. (a) Comptes rendus, t. L, p. 8o5. ( '59 ) PHYSIQUE. — Noie sur la condensation d électruilé qui se jiroduit dans les < cil îles télégraphiques immergés; par M. J. M. Gatgain. " J'ai fait connaître dans une précédente Note les coefficients de charge des fils de petit diamètre qui sont employés pour les communications télégra- phiques aériennes; j'ai essayé de déterminer également les coefficients de c/iar^e des câbles dont on se sei'l pour les communications sous-marines ; mais je me suis trouvé arrêté par une difficulté impré\ ne. J'ai reconnu cpie la giitta-percha, qui dans les câbles foi-me l'enveloppe du fil conducteur, possède une conductibilité fort appréciable. L'existence de cette conducti- bilité rend impossible d'iuie part la détermination précise du coefficient de charge, et d'autre part ôle tout intérêt à cette détermination. " Si l;i substance qui entoure le fil condncteurétait parfaitement isolante, le câble une fois plongé dans l'eau formerait une véritable bouteille de Ijcyde dont les armures seraient d'un côté le fil conducteur et de l'antre l'eau enveloppant le câble; la condensation opérée par l'influence de l'eau sur le fil modifierait son coefficient de charge, mais la loi de la trans- mission serait toujours exprimée par la formule très-simple que j'ai précé- demment indiquée, et j)ar conséquent la durée de la propagation resterait proportiornielle au carré de la longuein- du condnctem'. Mais quand il arrive que l'enveloppe du fil possède une conductibilité appréciable, la for- mule que je viens de rappeler ne peut plus être appliquée, et il devient né- cessaire de tenir compte des flux de dérivation qui s'établissent dans tonte la longueur du fil. Je vais citer quelc[ues expériences cpn mettent en évi- dence l'espèce d'absorption qu'exerce la gutta-percha dans les circonstances dont je viens de parler. )> Ces expériences ont été exécutées sur deux condensateurs cylindi'iques qui ne diffèrent l'ini de l'aulre que par la nature de la substance interposée entre les armures. L'un des deux n'est autre chose qu'un bout de câble télégraphique formé d'un fil de cuivre et d'une enveloppe de gulta-perçha ; dans l'autre la gutta-percha a été remplacée par de la gomme laque. Pour tous les deux, l'armure extérieure est formée d'une feuille mince d'étain ap- pliquée sm- la surface de l'enveloppe isolante. Ij'épaisseur de cette enveloppe est de 5 millimètres; le fil intérieur est de i millimètre. La longueur com- mune des condensateurs est environ de 5o centimètres. Voici maintenant les résultats que j'ai obtenus en comparant ces deux appareils : » i" Quand on charge le condensateur à gomme laque, en mettant le i ifJo ) fil intérieur en coniiniuiication avec la source et l'armure extérieure en CDiiimuiiicatioii avec le sol, la charge que |)reni.l l'iine ou l'autre des armures est à peu prés uidepeudaiile du temps pendant lequel le condensaleiu' reste en rapport avec la source électrique. Il en est tout autrement pour le con- densateur à gutta-percha : la charge que reçoit cet appareil varie, et très-no- tablement, suivant qu'on le laisse plus ou moins longtemps en communica- tion avec la source. Il faut plus d'un quart d'heure; pour saturer l'appareil, et la charge maxima peut être double ou triple de celle que l'on obtient quand le condetisateur ne reste en communication avec la source que pen- dant quelques secondes seidement. La cha ge maxima du condensateur à gutta-percha est supérieure d'ailleurs à la charge que prend dans les mêmes conditions le condensateur à gomme laque. » 2° Lorsque le coudeiisateiu- à gomme laque a été chargé et que l'on établit une communication métallique entre les armures, il suffit de main- tenir cette communication pendant quelques instants pour décharger com- plètement l'appareil. Quand au contraire on veut décharger le condensateur à gutta-percha chargé à saturation, l'on trouve que, pour faire disparaître toute trace d'électricité, il faut maintenir pendant un temps très-notable (plus d'un quart d'heure) la communication métallique établie entre les armures. » 11 résulte évidemment de ces observations que la gutta-percha |iossède une conductibilité assez grande qui lui permet d'absorber et de restituer lentement l'électricité. J'ai fait remarquer précédemment que cette conduc- tibilité varie d'un échantillon à lautre, j'ajouterai ici que pour le même échantillon elle varie encore, et très-notablement, avec la température. .) Il me paraît certain que l'espèce d'absorption dont je viens de parler se produit dans les câbles télégraphiques immergés aussi bien que dans le condensateur cylindrique sur lequel j'ai opéré, et l'on comprend aisément qu'elle doit être |)rèjudiciable. En effet, quand le circuit est fermé à la station de départ, il faut d'abord que le fil conducteur se chaige plus ou moins complètement avant que le courant puisse agir sur l'appareil récep- teur, et par conséquent l'ab-sorption, qui a pour effet d'augmenter la valeur de la charge, doit nécessairement ralentir la transmission des signaux. En outre quand le circuit, après avoir été fermé, vient à être ouvert, le gutta- percha, qui s'est pour ainsi dire imbibée d'électricité, doit la restituer et le récepteur doit continuer à recevoir un courant après que la station de départ a cessé d'en envoyer. Ces inconvénients se feront sentir d'autant plus vivement que l'on opérera sur des lignes plus longues, et je crois que l'on . ( i6. ) devrait chercher à la faire disparaître. On y parviendrait en appUqn.inl sur le fil métallique une couche de vernis bien isolant qui le séparerait de la gutta-percha. Toute la difficulté serait de trouver un vernis qui isole convenablement; l'efficacité des vernis essayés pourrait être constatée d'une manière très-simple par le procédé d'expérimentation dont j'ai fait THÉORIE DES NOMBRES. — Sur une propriété des norubres premiers qui se rattache au théorème de Fermât ; par M. Sylvester, de Woolwich. « En étudiant les propriétés arithmétiques des nombres de Bernoulli et des autres nombres qui leur sont analogues, je suis tombé tout récemment sur une représentation du résidu par rapport au module p- de la même fonction exponentielle /''"' dont le théorème de Fermât enseigne que le ff—' I résidu-par rapport à p est l'unité. Nommons le nombre entier le quotient de Fermât, dont p sera dit le module et r la base. En supposant que la base est un nombre premier, je trouve qu'on peut exprimer son résidu par rapport au module au moyen d'une série de fractions dont les dénomuiateurs seront tous les nombres inférieurs au module p, *t les numérateurs des nombres périodiques qui ne dépendent que de la base /. » En effet, si le module est un nombre premier impair, les fractions qui expriment ce résidu auront pour dénominateurs successifs p — i,p — 2, p — 3,..., "2, 1, et pour numérateurs le cycle toujours répété i, 2, 3,..., / — i , r, sauf à entendre que le cycle des numérateurs commence avec le terme qui est congru à - par rapport à r. Par exemple, soit r= 5, nous aurons d après cette règle S^"' — i I 2 3 4 5 I 2 P p—t p—2'p — i /J— 4 P — ^ p—6 /> — 7 quand p est de la forme i oA + i , mais [à cause de 2 x 3 ^ i ( mod 5;] 34512 p — i /'— 2 P — ^ p—'\ P — ^ quand p est de la forme io/> -h 2. Il est bon de remarquer que la somme des réciproques des dénominateurs étant congrue à zéro pour le module p, on sent augmenter ou diminuer simultanément (à volonté) tous les termes du cycle d'un même nombre quelconque, et conséquemment pour le C. R., 1861, i" Semestre. (T. LU, N» 4., 22 ( '6a ) cycle I, 2, 3,. ., r, on peut substituer un cvcle plus symétrique thuis lequel le ferme au milieu sera zéro. Ainsi on trouve en prenant r =; 3 ( suivant le module p) 3P-' — 1 P />— ' p — "^ /^ — 4 p — ^ p — i ou I p — 2 p — 3 p — 5 p — T) selon que/> est de la forme 6« -I- i ou 6« — i respectivement. » Par exemple, faisons /j = 7, alors -T-4-7 — -5 + -^— 6+2 — 5+ 1^6= c'est-à-dire ^ \ol\ (mod 7). Prenons encore p = i i , alors I I I I I 1 f. , n 3'" — ^--=5-7 + 2-94-/1-6;=/^=—— 9 8 6 5 3 c'est-à-dire ^ 22 X ( 3° -f- i) (mod 1 1). )) Reste à donner la série pour le cas où la base du quotient de Fermât est le nombre 2. Par ce cas on trouve •}ï~' — I 2 2 2 2 2 p /' — 3 p — k 7^ — 7 p — ?> p — \\ ou y-i — 2 /5 — 3 ya — 6 p — 7 p — 10 + . selon que ;? est de la forme 4^+ " ou 4^^ — ' respectivement. Ou peut énoncer des théorèmes plus généraux en substituant pour pet p — i un nombre quelconque et un indicateur maximum respectivement. Pour le moment je me borne à faire une remarque sur la constitution arithmétique des nombres de Bernoulli et des nombres analogues qui entrent dans le dé- veloppement des -sécantes, dont l'étude m'a conduit à la loi donnée plus haut. Quant aux nombres de Bernoulli, on sait déjà par le théorème publié presque simultanément par MM. Clausen et Staudi, que le dénominateur de R„ est un produit de puissances, simples de nombres premiers, étant com- posé du ])i'odnit de tous les nombres premiers qui, diminués par l'unité, sont diviseurs de 2/?. Mais on paraît ne pas avoii- fait la remarque im|)or- tante que le numérateur de \\„ contiendra tous les facteurs de n qui ne ( >63 ) sont pas puissances des fadeurs du dénominateur, de telle sorte que, si h contient p\ mais ne contient pas /; — i, le numérateur de B„ contien- dra p''; comme corollaire, on peut remarquer que, p étant un nombre pre- mier quelconque, le numérateur de B^ contiendra toujours/:». Quant aux nombres de la série pour la sécante qu'on peut nommer les nond^res d'Euler qui le premier en a fait le calcul, et qui sont tous, comme on sait, des nom- bres entiers et positifs, et que je propose de dénoter par le symbole E, voici une propriété dont ils jouissent. » Désignons par /j un nombre premier tel, que p — i ou plus générale- ment {p—i)p' soit un facteur de su; alors, dans le cas où pest de la forme 4« + I, p''^' sera un facteur de E„, mais dans le cas où p est de la forme 4n — i,/?'"^' sera un facteur de (— 1)"~' .2 -t- E„. On comprend que E„ exprime le coefficient de — '■ dans le développement de sécante de x. Par parenibèse il sera bon de remarquer qu'en combinant les deux règles pour B;, et E„ on voit que le dénouùnateur de leur produit ne peut les contenir comme facteurs, aucuns nombres premiers de la forme l\/i ■+ 1 . Euler a fait le calcul desE jusqu'à E^, mais a donné une valeur erronée de cette dernière qui a été corrigée par M. Rotbo, dans le Journal de Crelle, dans nu Mémoire communiqué par M. Ohm. Selon ma règle Eg + a doit contenir les trois facteurs 3, 7, 19, ce qui s'accorde avec la valeur donnée par Rollîo, mais non pas avec celle d'Euler. C'est à propos de ma nou- velle théorie des partitions des nombres que je me suis intéressé spécialement aux nombres de Bernoulli et d'Euler, qui tous les deux font une partie des développements qu'elle exige; en effet, on a besoin dans cette théorie de toutes les espèces de nombres dont la fonction génératrice est '^ ,' {g étant mi entier quelconque donné, et p une racine de l'unité d'un degré quelconque). Selon le degré de l'équation dont p est une racine primitive, on peut les nommer des nombres bernoulliens l'on si l'on veut sous-bernoulliens) d'un tel ou tel ordre. Jusqu'à présent on paraît n'avoir tenu compte que des nombres bernonlliensdu premier et du second ordre (qui sont liés entre eux par le facteur exponentiel si bien connu) et de ceux du quatrième ordre auquel appartiennent en effet les nombres dits d'Euler. Mais ces nombres pour tous les ordres possèdent des proprié- tés arithmétiques très-dignes d'être étudiées; j'espère pouvoir y revenir et avoir l'honneur d'en faire le sujet d'une nouvelle communication à l'Académie. » ( .64 1 M. CoxwoRTHV, qui avait précédemment adressé deux Notes sur notre système planétaire. Notes renvoyées ;i l'examen de M. Faye, prie l'Académie de lui faire conu.dtre le jugement qui aura été porté sur cette double com- nnniication. (Renvoi à M. Faye.) A 4 heures un quart, l'Académie se forme en comité secret. La séance est levée à 6 heures. É. D. B. BULLETIN BIBLIOGKAPHIQl'E L'Académie a reçu dans la séance du 28 janvier 1861 les ouvrages dont voici les titres : 'Supplément aux Comptes rendus hebdomadaires des séances de l' Académie des Sciences publiés conformément à une décision de l'Académie des Sciences. 1861; t. II, in-4". Traduction du Sûrja-Sidditànta, traité classique de l'astronomie indienne., avec des notes et un appendice par le li. E.-P. Purcjess, ancien missionnaire baptiste dans l'Inde, avec l'assistance du comité de publication de la Société orientale d'Amérique; i vol. iu-8", avec figures explicatives; par M. BiOT. Paris, 1861; in-4«. Le Jardin fruitier du Muséum; par M. J. Dec^iSNE; 43^ liv. ; in-4°. Catalogue des brevets d'invention (lYJinistère de l'Agriculture, du Commerce et des Travaux publics); n" 10, 1860; in-8°. Annules du Conservatoire impéiial des Arts et Métiers, publiées par MM. les Professeurs ; par M. Ch. Laboulaye, n"* i, 2, 3; in-8°. (Présenté par M. le Directeur du Conservatoire, M. le général Morin.) Carte géoloqique du département de i Yonne, exécutée et publiée sous les aus- pices du Conseil général; par M. Al. Leymerie et M. V'"' Raltlin; i855; six feuilles grand-aigle, coloriées. Notice sur un aérolitlie tombé près Montrejeau [Haute-Gai onne), le 9 décembre î859;pr(r M. A. Leymerie; 1860. Ou the. . . Sur la faune primordiale et sur le système Taronique ; pur .Toacliiiii BahhaNUE, avec des notes additioiuielles par M. .Iules Maiicou. Boston, iSf'.o; in-8". Roczniki... Annales de ^agriculture du pays publiées par la Société agrono- mique du rojaume de Pologne pour les années i858, 1869 et 1860, Jo livrai- sons in-8'' formant les tomes XXXII à XLI du Recueil, armées i-3 f> ) dei rajues onjiinifjui'fi, j'ai cru devoir exposeï' les motifs qui m'ont conduit à diriger surtout mes eifcrts vers la coordination et la généralisation des iiniombrables faits particuliers recueillis depuis trois siècles. Si je ne l'avais pas fait, j'aurais méconnu des préceptes et des exemples auxquels j'avais plus que tout autre le devoir de me conformer. Mais, en même temps, il m'a semblé que je méconnaîtrais le caractère de l'époque où nous vivons, si je ne tendais aussi vers un autre but, vers les applications utiles. Si notre science, après s'être constituée et s'être enrichie par l'observation et l'expé- rience, doit s'efforcer de devenir générale et philosophique, elle doit aussi aspirer à se faire jiratique et utile, et à créer à son tour, pour la société, des ressources, des richesses, des forces nouvelles. Ainsi ont fait toutes les branches de nos connaissances qui, dans l'ordre logique de leur évo- lution, si bien indiqué dès lôS^ par Descartes (i), devaient revêtir les pre- mières un caractère véritablement scientifique : ainsi doit faire à son tour l'histoire naturelle. » Cette vérité ne pouvait manquer d'être comprise dans cette époque qui est par excellence celle des applications utiles des sciences, et je ne m'arrêterai pas à l'établir ici. Mais peut-être me sera-t-il permis et ne sera- t-il pas hors de projjos, au moment où je viens d'avoir l'honneur d'offrir à l'Acadénùe un livre sur une des branches principales des applications de la zoologie, de présenter quelques remarques, non sur cette branche en particulier, mais sur l'ensemble des applications de notre science. >' On a longtemps paru voir la zootechnie tout entière dans l'art d'élever le bétail, d'en nudtiplier les individus, d'en améliorer les races. A côté de cet art, heureusement si avancé, doivent se placer, dans un rang inférieur sans doute, mais très-important encore, trois autres ordres d'études et de travaux ayant pour but : » Premièrement, la conservation des animaux sauvages utiles; biens que nous tenons en pur don de la nature, et que laissent trop souvent perdre notre ignorance et surtout notre incurie. « Secondement, l'emploi, selon leur plus grande utilité, de nos animaux domestiques, afin qu'eux-mémes/et les produits qu'ils nous donnent, ne (i) Comme je l'ai fait voir dans les Prolégomùnesde mon ff/.t' naturelle générale, exwAi- lacliani aux vues de Descaries celles ([ui ont été émises de nos jours, sur les rapports tt sur. la classifualion des diverses hianchcs des connaissances humaines, par A. Comte, par Am- père, el par MM. liahinct, J. Reynaud, LitUc et Cournol. ( 107 ) soient jamais, non-seulement perdus, mais mal employés; ce qui constitue- lait encore une perte relative. » Troisièmement, l'adjonction à nos espèces utiles, soit sauvages, soit domestiques, soit données par la nature, soit déjà conquises sur elle, d'autres animaux sauvages et surtout domestiques, propres à de semblables usages, ou encore mieux, à des usages nouveaux. » Ce qui peut se ramènera ces trois termes, qui se complètent récipro- quement ; » Conserver ce que nous possédons; » L'utiliser selon le mode le plus profitable ; )) Et y ajouter, s'il est possible. « Il paraîtra un jour singulier qu'il y ait eu lieu d'insister, dans notre époque, à tant d'égards si avancée, sur le premier de ces trois termes. Conserver ce qu'on possède est d'une sagesse si vulgaire, cju'aucun vœu ne semble ici pouvoir être émis, aucun progrès indiqué, qui ne se trouve déjà et depuis longtemps réalisé par le bon sens public. Mais ce qui devrait être est malheureusement ce qui n'est pas; et il est vrai de dire que, sur ce point, la barbarie des temps passés est encore debout au milieu de la civi- lisation du XIX" siècle. L'homme se fait plus que jamais un jeu de détruire, autour de lui, des biens que lui offrait libéralement la nature, et en présence desquels il lui suffirait de s'abstenir pour les conserver. La guerre que fait l'homme, sous les noms de chasse et de pêche, à tous les ani- maux qu'il peut atteindre, est aussi acharnée de nos jours qu'au moyen âge, et la seule différence étant qu'il la fait aujourd'hui avec des engins plus per- fectionnés et des armes plus redoutables, la civilisation elle-même est ve- nue la rendre plus meurtrière et par conséquent plus pernicieuse que jamais. » Au nombre des espèces qui sont ainsi assidûment détruites, sont préci- sément celles qui devraient être, entre toutes, assidûment protégées : celles qui, recherchant pour leur alimentation les animaux nuisibles à l'agriculture, sont, par cela même, nos alliées, nos auxiliaires pour la conservation des plus précieux biens de la terre. >> Au premier rang de ces espèces ennemies de nos ennemies sont les Oiseaux insectivores. Rares en hiver, car peu d'entre eux vivent sédentaires dans notre pays, la nature nous les envoie en abondance au retour delà belle saison. Au moment même ou les Insectes pullulent de toute part autour de nous, ils arrivent pour en réprimer les dommages; et sans eux, comment y parvenir? Leur arrivée est donc, chaque année, un bienfait pour l'agricul- 23.. ( '68) ture; on les traite comme s'ils en étaient le fléau. Les uns sont détruits par préjugé : qu'un Engoulevent, qu'un Scops soit aperru : chacun, dans nos campagnes, s'empressera de le poursuivre comme un animal malfaisant; et l'agriculteur dont le fusil l'a atteint, est fier de placer sur sa porte les tro- phées d'une victoire dont ses moissons payeront bientôt le prix(iV D'autres que le préjugé laisserait vivre, les Traquets, le Rouge-Gorge, la Bergeron- nette, et jusqu'aux chantres de nos bosquets, les Fauvettes, le Rossignol lui-même, tombent en foule comme de menus gibiers pour la table où ils figurent plutôt qu'ils ne sont utiles. D'autres enfin, comme les Hirondelles, sont abattus sans même que leur mort offre cette minime utilité : l'oiseau atteint, on ne daigne pas même en emporter le corps, ou si on le prend, c'est pour le jeter presque aussitôt. On l'a tué pour le stupide plaisir de le tuer : rien de plus (2). » La science a manifestement ici un grand devoir à remplir, celui de démontrer l'utilité de ces Oiseaux et de tant d'autres espèces qu'on massacre tout aussi aveuglément. C'est une voie dans laquelle je n'ai pu faire encore pour ma part que quelques pas, mais où commencent à s'avancer très- heu- reusement plusieurs naturalistes, entre autres, en Allemagne, M. Gloger, et en France, mon savant aide au Muséum, iVL Florent Prévost, dont l'Acadé- mie a accueilli très-favorablement en i858 un premier travail, et auquel elle a bien voulu donner les moyens de poursuivre et d'étendre ses recherches, montrant ainsi tout l'intérêt qu'elle attache à leur succès. » On aurait aussi plus d'un progrès à faire au point de vue de l'emploi utile des animaux et de leurs produits. L'agriculteur ne parvient à élever qu'au prix de beaucoup de soins et souvent de sacrifices d'argent les jeunes individus qui naissent dans ses écuries et ses élables II faudrait, du moins, quand il a réussi, et quand le moment est venu de recueillir les fruits de son travail, qu'il les mît compléleinent à profit, et fît de chaque animal lui-même et de ses produits l'usage le plus conforme à ses intérêts propres, et par conséquent à ceux de la société; car que sont les intérêts sociaux, sinon la soiiniicou la résultante de tous les intérêts individuels? Or ici encore que de biens ou mal employés ou même perdus! Sans parler de l'Ane qui (i) l'artni nos espèces sédentaires, les Chouettes et surtout l'Effraie, regaidces comme des oiseaux de mauvais augure, ne sont pas moins ardemment poursuivies et détruites. (2) Ajoutez à toutes ces causes de dévastation, la destruction des nids ou l'enlèvement des œufs et des jeunes, plaisirs habituels des enfants des campagnes. Ce qui se perd ainsi, dépasse tout ce (ju'on peut imaginer. ( '69 ) est encore, presque par toute la France, comme le disait Buffon (i), dc'plora- blement « abandonné à la grossièreté » des hommes et « à la malice des en- tants », les animaux de trait sonttrop souvent mal soignés, mal attelés,et, par suite, fatigués par une somme de travail qu'en d'autres conditions ils eussent facilement supportée. Quant avix engrais qui sont un de leurs produits les plus précieux, on sait ce qu'ils deviennent trop souvent. L'agriculteur qui fait venir à grands frais, et de très-loin, des engrais parfois falsifiés, devrait avant tout économiser ceux que lui donnent ses animaux. Est-ce ce qu'il fait? Voyez les cours de ferme, et dans plusieurs de nos départements les rues des villages, et même de plus d'une ville, occupées en grande partie par des lits de fumiers, lavés à grande eau chaque fois qu'il pleut. En sorte que de précieuses substances qui devaient fertiliser notre sol et préparer h l'année suivante de riches moissons, sont entraînées en grande partie, et vont, après avoir souillé nos ruisseaux, se perdre dans les fleuves et dans la mer ! » 11 est d'autres produits encore plus utiles, des produits immédia- tement applicables à l'alimentation de l'homme, et dont nous le voyons aussi peu économe. Avec des céréales, on faisait il y a peu d'années de l'alcool; avec de la viande, avec une très-grande quantité de viande comestible, on fait encore aujourd'hui de l'engrais et du noir animal. Singulière anomalie sociale, disais-jè il y a quelques années, et qu'on s'étonnera un jour d'avoir subie si longtemps! Des millions de Francai.s sont privés de viande : comme l'a encore récemment démontré M. Le Pla\ (dans son grand ouvrage statistique, couronné par l'Académie), ils eu man- gent six fois, deux fois, une fois par an! Et en présence de cette misère, des millions de kilogrammes de viande de cheval, bonne pour la consommation, et notamment propre à faire le meilleur bouillon qui soit connu, sont. chaque mois, abandonnés à l'industrie pour des usages secondaires, livrés aux cochons, aux poules qu'ils nourrissent mal, et aux chiens, ou même jetés à la voirie. Voilà ce qui subsiste encore dans un temps où l'amélioration du sort des classes laborieuses est devenu pour ainsi dire le mot d'ordre universel ! Et voilà ce que la science elle-même a longtemps autorisé, du moins par son silence, comme si elle avait craint, elle aussi, de se heurter contre un préjugé populaire, et quand elle avait dans la main des vérilés uldes, de l'ouvrir et de les répandre! (!) ï. IV, ,.. 39t. ( '7" ) » En attaquant, il y a quelques années, devant l'Acatléaiie et devant le public scientifique, un préjugé vaincu de l'autre côté du Rhin, mais encore dans toute sa force en France, je n'ignorais pas combien il serait difficile (1 en triompher. Chaque peuple trouve absurdes les préjugés des autres, et il s'obstine dans les siens qu'il croit fondés par cela seul qu'ils sont vieux. Par une « singulière contradiction », comme le disaient dès iB'io deux agriculteurs distingués, MM. Villeroy, « le catholique voit en pitié le juif » qui a horreur de la chair de porc, et il repousse l'idée de faire usage de » la viande de cheval. » Que d'autres exemples de ces contradictions, plus déplorables encore que singulières! car elles privent l'homme, presque dans tous les pays, d'une partie de la nourriture qu'il a toute préparée sous la main. Ce ne sont pas seulement les juifs, mais, comme chacun le sait, tous les musulmans cjui ont horreur de la chair du porc. Les Indous n'ont pas moins horreur de la chair du boeuf. La chair de mouton n'est pas non plus d'un usage général ; et il n'y a pas longtemps qu'en France même on en rejetait une grande partie: « j'ai veu de mon temps, » dit Bernard de Palissv dans son Traité des pierres, « qu'on n'eust voulu manger les pieds, )) la teste ny le venti'e d'un mouton, et à présent c'est ce qu'ils estiment le )i meilleur. » On jetait aussi autrefois, comme impropres à la nourriture de l'homme, les pieds de veau, les foies de chapon et les àbntis d'oie. Le pigeon, encore aujourd'hui, n'est pas mangé en Russie, par préjugé religieux (i), et le lapin ne l'est pas enltalie. Espérons que tous ces préjugés disparaî- tront enfin devant le progrès des lumières, comme a disparu le préjugé contre la pomme de terre, si longtemps dédaignée comme fade, de saveur désagréable, « bonne tout au plus pour les porcs », et dont « l'usage peut donner la lèpre », est-il dit dans les considérants d'un arrêt du Parlement de Franche-Comté qui défendait (comme on l'a fait aussi en Bourgogne) la culture de cette « substance pernicieuse » ! > Combien faudra-t-il de temps pour que la viande de cheval prenne à son tour place dans l'alimentation publique, et que s'accomplisse enfin un progrès, utile, non comme tel autre, à des milliers d'hommes dans dix ans, dans vingt ans, mais à des millions, et immédiatement? Je l'ignore: oùsontles données de la science, des prévisions sont possibles; mais que dire de la durée d'un préjugé, même ébranlé, comme l'est celui-ci, par tous les ftiits recueillis (i) A cause de la forme sous laquelle on représente le Saint-Esprit, f^oyez Bouchée de Perthes, Voyage en Russie. Paris, in-12, 1869, p. 182. ( >;' ) dcpiiiscHx ans? L'Acadrmie me permeltra peiit-èired'eii rappeler im, auquel se rattache honorablement le nom de feu M. Baudens, qui l'a consigné dans im lapport sur le service médical de l'armée d'Orient, adressé en i856a M. le maréchal Vaillant, ministre de la guerre(i). « A l'exemple d'un uatu- » raliste », dit M. Baudens, et il eût pu ajouter, selon celui bien plus ancien de notre illustre confrère Larrey, « je prêchais pour qu'on mangeât du » cheval. ... En Allemagne, le cheval dépecé est vendu publiquement à létal V du boucher. Les deux batteries d'artillerie delà division d'Autemarre, u campée à Baïdar, se nourrirent de chevaux réformés et n'eurent pas à le » regretter ; elles furent épnir/nées par In morlnlité et (es maladies qui séiiissaienl » si cntellemeni dans le reste de l'armée. » Quand ma lutte contre ini vieux préjugé n'aurait jamais produit et ne devrait jamais |)roduire que ce seid résultat, je devrais encore m'estimer heureux de l'avoir entreprise. » A côté des deux ordres d'applications dont je viens de donner quelques exemples, se placent celles qui ont pour but d'enrichir notre sol de nou- velles espèces utiles, soit sauvages, soit surtout domestiques. En soumettant à l'Académie les résultats que m'avait donnés une première série d'expé- riences et d'essais faits à la ménagerie du Muséum, je résumais ainsi, il y a quatorze ans, l'histoire des travaux faits, depuis le moyen âge, dans ceîlt- direction (2) : « Au XVI* siècle, importation d'espèces utiles (au nombre de quatre); au » XYili", imporlation d'espèces d'ornement (au nombre de quatre aussi): )> l'une, œuvre des Espagnols; celle-ci, due surtout aux Anglais; puis cessa- » tion presque complète au moment même où, par le perfectionnement de » la navigation, la multiplicité des communications internationales et » l'établissement de colonies européennes dans toutes les parties du globe, » les richesses naturelles du monde entier se trouvaient mises à notre liiire » disposition. » » D'où l'on avait cru pouvoir dire : On ne fait plus rien, donc il n y a plus rien à faire. » Et d'où je croyais devoir conclure au contraire : Moins on a fait (i) Ce rapport a été publié, avec quelques développements, dans la Reimc des Dtit.r- Moncles, février, avril et juin 1857. (2) Sur quelriues essais d'aictimatatian et de dumcsticité faits a la nii'nai^erie du Muséum d'histoire nnturelte, dans les Comptes rendus de V Académie des Sciences, t. XXV, p. 5?,5. ( '7^ ) depuis trois siècles, et plus nous avons encore à faire : un hémisphère entier reste inexploité, et rancicMi continent lui-même est loin d'avoir donné tout ce quil peut donner. » La reprise de ce mouvement, depuis si longtemps ralenti, et qui s'était tout à fait arrêté vers le milieu du xviii'' siècle, est si récente encore, qu'on ne saurait prévoir où elle nous conduira. Mais les résultats déjà ohtenus sont tels, qu'on peut les dire, sans témérité, destinés à devenir utiles dans un très-prochain avenir. Non-seulement nous avons ce qu'on peut déjà appe- ler de nouveaux animaux domestiques, mais leur nombre dépasse déjà, après quelques années, celui de toutes les espèces dont notre Europe s'était enri- chie en plusieurs siècles. C'est ce que je vais montrer en dressant en quelque sorte l'inventaire de ces nouvelles richesses, créées par les efforts d'un grand nombre de naturalistes et d'éleveurs en France et en Algérie, en Angleterre, en Belgique, en Hollande, en Allemagne, en Italie et en Espagne, c'est-à- dire par toute l'Europe; et même aussi en Australie et dans les deux Amé- riques; tant s'est étendu et généralisé, surtout depuis la création de la So- ciété d'Acclimatation, ce mouvement d'une origine encore si récente. » Les espèces à l'égard desquelles on a obtenu des résidtats, dès à pré- sent dignes de l'attention de l'Académie, appartiennent à trois classes du règne animal, celles des Insectes, des Oiseaux et des Mammifères. » On s'étonnera un jour que, tandis qu'on cultive depuis longtemps trois espèces de vers à soie en Chine et dans l'Indoustan, les peuples les plus civi- lisés, ceux par conséquent dans l'industrie desquels il y a place utile pour les produits les plus variés, n'aient pas été, jusqu'à nos jours, au delà de la culture d'iuie seule espèce, qui surpasse, il est vrai, ])resque toutes les autres par la beauté de sa soie, mais qui peut trouver parmi celles-ci d'utiles succé- danés. Il y a lieu d'espérer que ce long retard va être enfin réparé. Six nou- veaux vers à soie sont aujourd'hui en Europe à côté du Bombyce du mûrier. Toutefois la culture de quatre d'entre eux n'est encore qu'à l'état d'essai, et iiarmi ceux-ci il faut malheureusement compter celui dont la possession est peut-être le plus à désirer : le ver à soie des chênes du nord de la Chine et de la Mantchourie ; espèce qui semble destinée à faire un jour de la production de la soie une des industries du Nord aussi bien que du Midi. Au contraire, deux autres vers à soie nous sont dès à présent acquis : pour qu'on cessât de . les posséder en Europe, il faudrait qu'on renonçât à leur culture; encore, dans ce cas même, l'un d'eux pourrait-il bien nous rester à l'état sauvage. Ces deux espèces sont, l'une, le ver à soie de l'ailante ou faux vernis du ( ^73) Japon, dont M. Guérin-Méneville a souvent entretenu l'Académie, et qu'on commence, grâce à lui, à cultiver en grand, soit chez divers particuliers, soit dans les propriétés de l'Empereur, qui a fait faire à cet effet de nom- breuses plantations d'ailante; l'autre, le ver à soie du ricin, non moins connu de l'Académie par les communications du savant séricicnUeur déjà cité, de notre président qui a ie premier cultivé cette espèce, de M. le ma- réchal Vaillant, de M. Montagne, de M. Hardy et de plusieurs autres. Ce dernier ver à soie a été introduit successivement et comme par étapes, de l'intérieur de l'Inde à Calcutta, de Calcutta en Egypte, de l'Egypte à Malte, de Malte à Turin, et de Turin, d'une part à Alger, de l'autre à Paris, d'où la Société d'Acclimatation l'a répandu jjartout, et jusqu'en Amérique. Voilà donc une espèce qui, sortie de l'intérieur de l'Inde il y a quelques années, est devenue presque aussitôt européenne et africaine, et un peu plus tard cosmopolite. 1) Ce sont, comme on le voit, des animaux industriels que nous a donnés la classe des Insectes; à celle des Oiseaux, nous devons surtout des espèces d'ornement, du moins pour le présent : nul doute que plusieurs ne s'élèvent, quand elles seront pi us répandues, au rangd'auimaux véritablement utiles. Ces nouvelles espècessont: laPerruche ondulée, aussi intéressante |)arses mœurs qu'élégante; quelques Colombes; deux Colins qu on essaye déjà de multi- plier à l'état de sauvage comme nouveaux gibiers; le Faisan de l'Himalaya; et cinq belles espèces d'Oiseaux d'eau, les Oies d'Egypte et des Sandwich; les Canards de la Chine et de la Caroline, qui forment dès à présent l'orne- ment de tous les bassins de luxe; et le Cygne noir, de l'Australie, qui devient de plus en plus celui des lacs et des rivières des parcs : la reproduction de cette belleespèce est régulièrement obtenue depuis plusieurs aimées en France, en Angleterre, en Allemagne, en Belgique et en Hollande. » Et après ces conquêtes qu'on peut dire accom[)lies, il en est d'autres très-avancées. La Perruche Edwards et la Callopsitte ou INymphique sem- blent appelées à devenir bientôt les rivales de la Perruche ondulée ; le Cygne blanc à col noir du Brésil a conuuencé à prendre place, d'abord en Angle- terre, puis chez nous, entre le Cygne blanc d'Europe et le Cygne noir d'Aus- tralie; et l'ordre des Gallinacés, celui de tous qui nous avait déjà le plus enrichis, va presque doubler le nombre de ses espèces: car déjà se repro- duisent facilement dans les volières, en attendant que quelques-uns d'entre eux passent dans les basses-cours, le Faisan versicolore du Japon, plu- sieurs Euplocoraes ou Houppifères, et leLophophore resplendissant. Quand C. R., 1861, 1" Semestre . T. Lll, îi° 3) ^4 ( '74 ) cette dernière espèce , V Oiseau û?'or des Indiens, nous sera définitivement acquise, on pourra se demander si le Faisan dore et le Paon sont encore les plus beaux de nos Oiseaux domestiques. >■ Voilà donc, parmi les Oiseaux, plus de dix nouvelles espèces domes- tiques, et déjà presque autant d'autres à demi domestiquées. Nous n'avions tout récemment encore, comme en 1760, que dix-sept Oiseaux domes- tiques : je ne crains pas d'affirmer que nous en aurons dans peu d'années prés de quarante. » Les nouveaux Mammiières domestiques sont nécessairement en bien plus petit nombre; ici la fécondité est bien moindre, la gestation très-longue, le développement bien plus lent; et à ces difficultés, il faut ajouter encore celles qu'on éprouve à se procurer au loin de grands animaux, et à les faire transporter en Europe. C'est avec un seul couple de Lamas, et avec trois Hémiones, qu'il nous a fallu essayer l'acclimatation de ces espèces; et pour que des Ruminants, tels que le Canna, le Nilgau et l'Yak aient pu être ame- nés en Europe par petits troupeaux, il a fallu la situation si privilégiée de lord Derby, et, ce qui est plus rare encore qu'une telle situation, le dé- vouement de notre éminent consul général en Chine, M. de Montigny, qui, pour accomplir une œuvre utile, n'a reculé, ni devant aucun obstacle, ni devai\t aucun sacrifice. » Des cinq grands Mammifères que je viens de nommer, deux sont do- mestiquesde temps unmémorial dans leurs montagnes natales; les difficultés, trés-grandesencore, étaient donc toutes ici dans l'acclimatation. Elle est faite aujourd'hui, et non-seulement dans les montagnes de l'Europe, mais dans les régions basses. Nous avons aujourd'hui à la ménagerie du Muséum trois générations de Lamas nées dans l'établissement, où les pertes ont été et sont toujours extrêmement rares; on a eu aussi de nombreuses reproductions sur d au très points de la France et hors de France, notamment en Angleterre. Plus nouvellement venu, car c'est seulement en i854 que M. de Montigny nous l'a ramené, l'Yak n'est encore à la ménagerie du Muséum qu'à la seconde génération; mais les résultats obtenus ne sont pas moinsdécisifs : de trois in- dividus, il nous en est né jusqu'à dix-sept, qui presque tous ont été élevés. D'autres sont nés dans les Alpes, dans le Jura et dans le Cantal. » Pour l'Hémione, le Canna, leNilgau, les difficultés étaient doubles : il fal- lait faire passer ces animaux, non-seulement d'une région à une autre très-dif- férente, mais aussi de l'état sauvage à l'état privé, puis à la véritable domes- ticité (jui suppose la reproduction régulière : sans celle-ci, l'homme ne posséderait que des individus, et la domestication est essentiellement la ( «75) conquête de l'espèce. Aujourd'hui, l'Héniione, le Canna, le Nilgau, non-seu- lement se montrent très-aptes à supporter les intempéries de notre climat; mais, de plus, on obtient la reproduction très-régulière du premier à la ménagerie du Muséum, du second en Angleterre et en Belgique, et du troi- sième par toute l'Europe. » Nous commençons ainsi à posséder, d'une part, deux Ruminants ali- mentaires de plus, (le l'autre, un troisième Solipede auxiliaire; et ce n'est pas seulement par conjecture que nous indiquons ici les services que nous sommes en droit d'attendre de ces nouveaux animaux domestiques. En France et à l'étranger, la viande du Nilgau a déjà été servie sur plusieurs tables, et l'on peut assurer que ce beau Ruminant serait par excellence un animal de boucherie fine. En Angleterre, lord Hill s'est trouvé, dès i858, assez riche en Cannas pour pouvoir faire abattre un de ces ani- maux : la viande a été partagée entre la Reine d'Angleterre, l'Empereur des Français, et un grand nombre d'expérimentateurs réunis dans un ban- quet présidé par notre illustre confrère M. Richard Owen: la conclusion de ces expérimentateurs a été, que le Canna ou ÏElan du Cap, comme l'a fait nommer sa taille gigantesque, donne « une viande extraorduiairement » succulente, d'un tissu fin, d'une saveur très-délicate et vraiment de qualité » supérieure. » Ces deux Antilopes, l'iuie indienne, l'autre africaine, ne seront donc pas seulement de belles espèces d'ornement, elles seront utiles. Non sans doute que leur culture soil appelée à résoudre la question capi- tale, celle de l'augmentation de la production animale, si déplorablement inférieure à nos besoins; mais elle amènerait une amélioration qui, pour être d'un ordre très-secondaire, n'est nullement à dédaigner. IN 'est-il &■ pas singulier qu'au milieu des progrès qui ont, sur tant d'autres points, trans- formé la société, nous en soyons encore, pour le nombre de nos animaux de boucherie, où en était le moyen âge, où en était l'antiquité? Le Rœuf, le Mouton, le Porc, trois espèces eu tout! tel est le cercle dans lequel nous restons encore enfermés pour ce qu'on peut appeler le fond de notre ali- mentation animale; et c'est seulement par la variété des préparations, que nous obtenons cette variété de mets qui n'est pas moins voulue par l'hygiène que par le goût. » L'excellence de la chair de l'Héniione est aussi attestée par les voya- geurs, mais on ne l'a point encore constatée en Europe, et c'est à un autre point de vue que nous intéresse ce congénère du Cheval et de l'Ane, très- voisin du premier par sa vélocité et sa vigueur natives, et du second par sa sobriété. Déjà l'Hémione (comme le Dauw, qui serait au moins aussi |)ré- 2/,.. ( '76 ) cieux que lui) a pu être dressé, monté et attelé : un pelït haras d'acclimata- tion ayant été, à ma demande, momentanément établi à Versailles, et deux des Hémiones du Miiséiun y ayant été transportés, une série d'essais a eu lieu, il y a quelques années, sous la direction de M. Monny de Mornay et la mienne, et par les soins de M. Desmeure, aujourd'hui directeur du beau jardin zoologique de notre confrère le prince Demidoff : ces essais ont réussi : on a pu, après quelques semaines, utiliser l'ïlémione, l'atteler à une calèche, l'employer pour des courses trèsrrapidoment faites, et même pour le voyage de Versailles aux portes de Paris : le trajet a eu lieu en une heure vingt minutes; aussi rapidement, comme on le voit, et aussi facilement qu'avec un Cheval de race bien dressé. En ce moment, et en attendant que les Hémiones pur sang soient en assez grand nombre pour devenir utiles, on commence à se servir avec avantage des rapides et élégants Mulets que donne le croise- ment de l'Hémione avec l'Anesse : plusieurs de ces beaux hybrides parcou- rent depuis quelques mois les rues de nos trois grandes cités, Paris, Lyon et Marseille : à Lyon, quatre sont parfois attelés ensemble. Puissent ces premiers résultats faire comprendre l'intérêt qui s'attacherait a luie nou- velle importation d'Hémiones! La gestation de l'Hémione, comme celle des autres Solipèdes, est longue; sa fécondité est tardive: le troupeau du Muséum ne saurait donc de longtemps fournir, à lui seul, assez d'individus pour faire de l'Hémione une espèce véritablement utile. L'introduction d'un sang nouveau améliorerait d'ailleurs notre troupeau, issu tout entier du même étalon et de deux femelles seulement. » En résumé, voici presque doublé, en vingt ans, le nombre des animaux domestiques. Et l'on peut voir combien Buffon était fondé à diie, dans un passage malheureusement oublié ou incompris durant près d'un siècle : « L'homme ne sait pas assez ce que peut la nature ni ce qu'il peut sur » elle.... Nous n'usons pas, à beaucoup près, de toutes les richesses qu'elle » nous offre ; le fond en est bien plus immense que nous ne l'imaginons ; . . . « et elle a encore des espèces de réserve... pour nous servir, nous nourrir, » nous vêtir. » » Dressons donc la liste de ces < espèces de réserve; » choisissons parnu elles, pour nous en rendre maîtres, celles qui peuvent nous être dès à présent utiles, et, pour nous éclairer sur elles par rex[)érience, celles dont l'utilité est présumable; et faisons enfin dans la seconde moitié du Xix" siècle ce que Buffon eût voulu qu'on fit dès le xvni*. » ( 177 ) GÉOGRAPHIE. — Iiislruments nouveaux proposés pour /« Géodésie expéditive de M. d'Abbadie; par M. Faye. « A aucune époque la haute Géographie n'a eu de rôle phis imporlanl et d'appHcation phis immédiate que de nos jours. C'est à cette science, en effet, qu'il appartient de préparer les voies à ce mouvement généreux d'ex- pansion civiUsatrice en tête duquel la France s'est placée par les expéditions d'Egypte, d'Alger, de Crimée, de Chine, de Cochinchine, do Syrie, et par les tentatives faites, sous la protection du gouvernement, pour pénétrer vers les centres populeux de l'Afrique intérieure en partant soit de l'Algérie, soit du Sénégal. N'est-il pas providentiel, par exemple, de voir, juste au moment où l'ouverture de l'isthme de Suez va rappeler à la vie de vastes pays ou- bliés ou déchus, apparaître le grand ouvrage qu'un de nos compatriotes vient de publier sur la Géodésie de la haute Ethiopie? L'Académie, qui a toujours attaché tant de prix aux progrès de la Géographie, avait apprécié depuis longtemps l'importance de ces travaux, sans attendre leur publica- tion complète, retardée par l'étendue des calculs et le poids de la dépense; de son côté le Bureau des Longitudes leur avait donné une consécration pra- tique en inscrivant les principaux résultats dans son précieux tableau des positions géographiques les plus importantes et les mieux déterminées. » Aujourd'hui que nous pouvons en appréciera la fois l'ensemble et les dé- tails, c'est avec une admiration profonde que j'ai vu se dérouler, dans les premiers fascicules de ce grand ouvrage, les longues séries d'angles horaires, de hauteurs d'étoiles, de Soleil ou de Lune, d'occultations, qui, combinées avec les azimuts et les angles de hauteur de cinq mille signaux terrestres, avec les observations accessoires de température et de pression atmosphé- rique el les mesures de l'hypsomètre, ont fourni les matériaux de la carte d'un grand empire, tout entière due aux travaux d'un seid homme. 11 est inouï qu'on ait jamais entrepris paredie tâche. Où est donc le secret de ce succès que le dévouement le plus énergique pouvait seul entreprendre mais n'eût pu seul assurer? Il est dans la science elle-même, dans l'emploi hardi et intelligent des ressources dont elle dispose aujourd'hui. )' De cette conviction est résulté pour moi le vd' désir de contribuer, pour si peu que ce fût, à alléger le poids de ces travaux herculéens dont l'ère est loin d'être fermée pour la France, non pas en touchant aux méthodes de M. d'Abbadie, maisen donnant aux instruments de voyage des dispositions plus conunodes, 'en simplifiant quelques obi^ervations, en rendant certains cal- ( 17» ) culs plus faciles. Je crois y être parvenu à l'aide d'idées que j'avais émises autrefois (i), mais sans avoir pu leur assigner alors d'application aussi utile. » Tâchons d'abord de caractériser les méthodes de la géodésie expéditive, ainsi que la nomme M. d'Abbadie. » La géodésie ordinaire se propose un double but : obtenir des éléments d'une haute précision pour la connaissance de la figure mathématique de notre globe, et fournir le canevas rigoureusement exact de la carte civile et militaire d'un grand pays civilisé. La géodésie expéditive de M. d'Abbadie part des résultats acquis par la première science sur la forme et les dimen- sions de la Terre; elle y puise les données nécessaires pour transformer en une grande opéiation d'astronomie, la description mathématique d'un liays inconnu. On conçoit dès lors que les méthodes doivent être diffé- rentes. Les stations successives ne seront plus liées, en général, par des ré- seaux continus de triangles; des signaux naturels devront remplacer les si- gnauxgéodésiquesen charpente érigés à grands frais. On emploiera encore des bases, mais, au heu de les mesurer pied à pied sur le sol, on les mesurera sur le ciel. Imaginez que d'une station quelconque dont la latitude soit bien connue, le voyageur mesure les azimuts de tous les points saillants et bien définis de l'horizon, points qui vont lui servir de signaux naturels. .Suppo- sez ensuite qu'il se transporte en l'un de ces points pris pour seconde station, et que là il opère comme à la première, c'est-à-dire qu'il y observe, et la la- titude du lieu, et les azimuts des objets visibles sur ce nouvel horizon. Evi- demment la seconde station se trouvera déterminée par la première à l'aide de ces mesures essentiellement astronomiques; pour cela il suffira de les combiner avec les éléments connus du sphéroïde terrestre, et alorsl'azimut et les différences de latitude feront connaître la distance. Quant aux signaux naturels observés des deux stations à la fois, leurs positions se déduiront des triangles ainsi formés sur une base commune par le recoupement des rayons visuels. Si l'on continue à descendre ainsi, de proche en proche, du nord vers le sud, il est clair qu'une zone entière de plusieurs lieues de lar- geur et de plusieurs degrés de longueur aura été relevée, et ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que la précision de cette zone sera tout à fait indé- pendante de sa longueur. Si les latitudes étaient déterminées à i" ou 2" près, par exemple, l'erreur à craindre sur la longueur totale mesurée dans le ciel n'atteindrait pas une cei'itaine de mètres, que cette longueur fût d'un millier ou d'un million de mètres. En recommençant, au besoin, le même travail (i) Comptes rendu/:, 1846, t. XXIII, p. 872. ( 179 ) sur des zones voisines,convenablement rattachées à la première, on aura cou- vert le pays d'une série continue de lignes brisées dont chaque tronçon aura servi de base à une triangulation secondaire pour les détails. Connaît- • on l'altitude absolue du point de départ, a-t-on relevé en chaque station, outre les azimuts, les angles de hauteur de tous les signaux naturels, on obtiendra, d'une part, le contrôle indispensable pour l'identification de ces divers signaux, et d'autre part, le nivellement continu du pays entier. Enfin, la détermination précise de la longitude d'une de ces stations complète l'œuvre et achevé de fixer la situation du pays sur le globe terrestre. » A peine est-il nécessaire de dire que ces méthodes géodésiques de M. d'Abbadie, les seules qui soient praticables dans les pays non civilisés, ne sauraient être strictement suivies d'un bout à l'autre, et de station en sta- tion. Ici la latitude n'aura pas été déterminée ; ailleurs, et plus fréquemment encore, les stations successives n'auront pu être jointes par l'observation de leurs azimuts réciproques; on verra dans l'ouvrage de M. d'Abbadie com- ment on comble les lacunes (i). Ce qui vient d'élre dit suffit à l'objet que j'ai en vue. Il en résulte que l'ensendjle des opérations comprend une partie astronomique et une paitie terrestre : la première se réduisant essentielle- ment à la détermination de la latitude et de l'heure; la seconde à la mesure des azimuts et des angles de hauteur des signaux naturels. » Vouloir exécuter ces deux parties avec le même instrument, comme en géodésie avec le cercle répétiteur ou le théodolite, c'est simplifier la question en apparence, c'est la compliquer en réalité. M. d'Abbadie et le savant collaborateur, M. R. Radau, qui a revu et rédigé les calculs, ont bien fait voir que le théodolite suffirait à tout par la méthode des azimuts correspondants, puisque théoriquement le théodolile donnerait ainsi à la fois l'heure, la latitude, la direction du méridien et les erreurs de l'instrument; mais, en fait, M. d'Abbadie a dû employer des instruments (i) La méthode des signaux naturels permet de combler les lacunes et de relier géodési- quement les stations successives. On dirait au premier coup d'oeil que des bâtiments, des arbres et des cimes de montagnes dont l'aspect change quand on en fait le tour ne sauraient remplacer des signaux ordinaires en charpente ; mais les résultats mêmes du grand travail que nous avons sous les yeux prouvent que si les objets sont bien choisis et suffisamment éloignés, leur emploi comme signaux n'introduit pas en moyenne une erreur de plus de o' , i ou de 6" dans la longitude conclue. On s'expliquera cet important résultat par le fait que, dans la détermination d'une station à l'aide de la précédente, on peut employer plusieurs signaux à la fois, à droite et à gauche, de telle sorte que les différences d'aspects propres à chacun d'eux jouent le rôle de causes d'erreurs accidentelles et sont dès lors susceptibles de se compenser dans la moyenne. { «80 ) de toute sorte; il n'a exclu que ceux dont le volume et surtout le poids s'opposent à toute tentative de transport. Quant à moi, je ne connais rien déplus difficile et de plus pénible que l'observation astronomique, fonde- ment du travail entier, quand elle est confiée à de tels instruments. « Qu'on se représente eu effet le voyageur muni d'un théodolite quelcon- que ou d un de ces instruuieiits luiiversels que les artistes allemands con- struisent avec tant de supériorité. Il faut le voir installer à grand'peine, sur le terrain choisi, non-seulement le théodolite et son pied, mais encore le ther- momètre et le baromètre; régler les axes de l'instrument, parfois au prix de longues heures de travail; puis, péniblement courbé vers sa lunette, suivre de l'œil l'astre qu'il doit observer et de l'oreille les battements précipités de sou clir.)nomètre. Par un effort épuisant de volonté, il devra tenir ainsi son attention divisée entre les deux sens de l'ouïe et de la vue, toute erreur de l'un étant aussi fatale que l'erreur de l'autre. Supposons l'observation faite, il reste à consulter les niveaux, à tourner autour de l'instrument pour lire avec non moins d'attention et d'elforts les indications des verniers ou des microscopes. Ce n'est pas tout : il faut que l'observateur aille au ihermomè- treet au baromètre avec l'appréhension continuelle de commettre quelque erreur, soit dans l'estime, soit dans l'inscription de tant de cpiantités diverses. Heureux encore si les mille accidents du voyage n'ont pas faussé impercep- tiblement les axes, les vis de rappel, les cercles divisés ou les verniers, brisé les fils du réticule, rempli d'air le baromètre ou vidé les niveaux; si lui- même, en tournant autour de l'instrument, n'en a pas choqué quelque partie, ou si l'action des rayons solaires n'a pas introduit, à son insu, dans ses mesures quelque erreur dont l'esprit de dénigrement ou de rivalité natio- nale ne manquera pas de s'emparer au retour! Je n'ai dépeint jusqu'ici qu'une phase de ces opérations astronomiques; elle doit se répéter deux fois le matin, deux fois le soir, si le ciel le permet, pour obtenir la correspon- dance des azimuts et des hauteurs, et, le soir venu, rien que pour avoir l'heure locale, il faut encore des calculs Irigonométriques, laciles sans doute dans le cabinet, mais insupportables sur le terrain. n C'est à cela que j'ai tenté de parer. » Remarquons d'aljord que si l'heure et la latitude sont exactement con- nues, et fréquemment déterminées, tout devient relativement facile; les azi- muts s'orientent, pour ainsi dire, d'eux-mêmes; la marche des chronomè- tres, dès lors susceptible d'un contrôle rigoureux, peut concourir, dans certains cas, à la détermination des longitudes. A son tour, ce dernier élé- ment, quand il est obtenu astronomi<|uement, est délivré d'une de ses causes d'erreur. Les bases de la caile gagnent donc en précision et en sùrelé, puis- ( '8. ) qu'on évite alors dans tous les sens l'accumnlation possiMe des erreurs : en un mot, une partie fondamentale de la besogne est faite et bien faite. » Est-il possible de déterminer, en quelques minutes, l'heure et la latitude d'une station quelconque à l'aide d'un instrument facile à transporter, sans cercles divisés, sans niveaux délicats et fragiles, sans baromètre, sans ther- momètre, sans calculs toujours si pénibles en voyage, sans avoir à se préoccuper de l'orientation, et cela sans rien sacrifier de la précision, en l'augmentant même jusqu'à atteindre, si l'on veut, celle qu'on exige de la haute géodésie ou des observatoires fixes ? » L'appareil qui résout ce problème est une simple transformation de ma lunette zénithale. Ainsi cpie je le faisais remarquer il y a quinze ans, en n'observant qu'au zénith, la réfraction est mise hors de cause, et avec la réfraction le thermomètre et le baromètre se trouvent éliminés. En se ser- vant d'un bain de mercure bien protégé contre les agitations de l'air et les vibrations du sol, on supprime les niveaux. En employant le micromètre circulaire, inventé, je crois, par La Caille, et dont les astronomes allemands ont tiré un si grand parti, on ramène tout à l'observation du temps, et l'on met de côté les cercles, les verniers, les microscopes et les réticules filaires. Enfin, en adoptant un enregistreur, on supprime jusqu'à l'épuisante conten- tion d'esprit nécessaire pour compter la seconde et en évaluer les subdivi- sions. Ij'instriuiient se compose de deux lunettes horizontalement superpo- sées et fixées sur un support, qu'on l'ègle à l'aide de trois vis à caler et d'un simple niveaii de maçon. Ce sont, en définitive, les deux lunettes d'un théodolite, moins l'appareil com|)liqué des axes, des cercles et des verniers. Chaque objectif est armé d'un prisme réflecteur, de t^lle sorte que les axes optiques des deux lunettes sont redressés verticalement, l'un pointant vers le zénith, tandis que l'autre pointe vers le nadir; mais au moment d'observer le ciel avec la lunette inférieure, on fait pivoter l'objectif libre de la .seconde lunette autour d'un axe vertical, et l'on démasque ainsi le prisme inférieur sans déranger récpiilibre de l'appareil. Les deux limettes sont armées de micromètres circulaires gravés sur des plaques de cristal. )) Pour obtenir la parfaite verticalité de l'axe optique à la sortie au prisme inférieur, on intercale entre les deux prismes séparés par un petit intervalle un bain de mercure monté sur pivot, puis, en se servant de la lunette supérieure à fort grossissement comme d'un collimateur nadiral, on amène l'image réfléchie de son micromètre annulaire à coïncider avec l'image directe, et pour cela on se sert de deux vis de rappel fixées au tube. On fait ensuite pivoter le bain de mercure pour diriger les âeux lunettes C. R., 1861, 1" Semestre. (T. LU, N" S.) ^5 ( '82 ) Pline sur l'autre et l'on fiiit coïncider l'image du micromètre inférieur avec celle du micromètre inférieur. " A ce moment, on note sur l'enregistreur la seconde du chronomètre, et tout est prè|)aré pour l'observation astronomic[ue des petites étoiles qui passeront dans le champ en traversant successivement les circonférences concentriques du micromètre. L'observation terminée, on vérifiera de nouveau la direction de l'axe optique en répétant en sens inverse les (;péra- tioiis précédentes. » Les calculs de l'heure et de la latitude sont d'ime telle simplicité qu'il est impossible d'aller au delà. Ainsi, en désignant par rie rayon d'un des cercles rlu micromètre exprimé en secondes d'arc, par t et t' les instants où l'étoile en a coupé la circonférence par l'effet du mouvement diurne, l'heure du passage de l'étoile au méridien est tlonnée par la demi-somme de ces instants et la distance zénithale z de l'étoile, d'où l'on conclut immé- diatement la latitude du lieu pai- la demi-différence de ces instants, à laide de la formule 4 ' ■> Ainsi toute l'observation se ramène à celle dij temps des passages d'une étoile par les circonférences concentriques du micromètre; mais il reste une difficulté grave qu'il importe de faire disparaître. S'il faut à l'astronome six mois ou un an d'exercice pour appremlre à subdiviser avec sûreté l'intervalle des battements d'une horloge, alors que toutes les commodités imaginables ont été de longue main réunies autour de lui dans les observatoires fixes, comment le voyageur en viendra t-il à bout sur le terrain avec son chrono- mètre qui ne bat que des fractions de seconde, et lorsqu'il ne pourra même pas compter sur le calme parfait d'esprit et de corps sans lequel cette opération mentale, basée sur la coordination délicate de deux sens, ne sau- rait s effectuer? Heureusement il est facile d'y remédier : pour cela il suffit d'abandoiuier l'ancien système de l'observation par l'ouïe et l'oreille, et d'adopter l'enregistrement mécanique du temps à l'aide d'un appareil fort simple que j'avais également indiqué pour un autre objet il y a quatorze ans. L'enregistreur, ayant à peu près les dimensions d'une montre marine, se compose d'un tand)Oiu' à ressort réglé par un régidateur à ailettes et chargé de faire marcher à raison d un tour par inimité un simple disque en cuivre de quelque épaisseur (i). Un pointeur à délente semblable à celui des chronomètres à pointage, mais sans encrier, marquerait d'une trace, (i) On règle la marche de rinslrument en iiclmcttaiit pins ou moins d'air dans la boîte du régulateur. { i83 ) à la moindre pression du doigt, une feuille de carton mince fixée sur le disque. Enfin un engrenage particulier donnerait à ce pointeur un faible mouvement de translation vers le centre du disque d'environ un tiers de mil- limètre par minute. » Maintenant que le système d'enregistrementélectro-niagiiétique a pré- valu dans plusieurs grands observatoires, les astronomes se sont familiarisés avec ses avantages. Je ne crois pas exagérer en disant, d'après l'expérience que j'en ai faite moi même à Greenwich, qu'an bout d'une journée d'exer- cice, le premier venu observera aussi bien avec cet appareil qu'il le ferait aubout d'uneannée entière par l'ancienne méthode. On sait en outre, depuis le travail excellent publié a ce sujet par M. Pape, combien ce nouveau genre d'observation l'emporte en précision sur l'ancien, puisqu'un passage enre- gislré vaut à lui seul de six à flouze passages estimés. A la vérité ce!te supériorité des procédés nouveaux s'applique à l'enregistrement électro- magnétique, mais elle se retrouvera évidemment, toutes proportions gardées, dans le mode d'enregistrement mécanique dont je viens de parler, pour peu que l'appareil soit bien exécuté. » J'ai tâché plus haut de dépeindre les peines et les angoisses de l'obser- vateiu" obligé de se servir en voyage d'un théodolite pour les détermina- tions astronomiques. Voyons donc comment les choses se pa.sseraient avec le nouvel instrument. Le pied de l'instrument serait une simple table ou boîte rectangulaire à hauteur d'appui, à laquelle on donnerait de la stabi- lité en la remplissant de sable ou de jjierres et qu'on placerait au hasard, sur le sol, sans se soucier de lorientation. L observateur serait commodé- ment assis sur une autre boîte ; il n'aurait pas besoin de se lever ni même de se déplacer. Une fois la lunette zénithale réglée, opération qui peut se faire sous un abri en carton qui envelopperait l'instrument entier sauf les deux oculaires, il commencera par noter sur l'ein-egislreur placé sous la main une seconde quelconque du chronomètre, puis il observera les passages successifs de quelques petites étoiles, sans autre souci que celui de presser du doigt un bouton de détente à chaque passage de l'astre par les cercles du micromètre. 11 termine en notant de nouveau une seconde quelconque de son chronomètre, puis, avant de se lever, il vérifie la verticalité de l'axe optique de la lunette inférieure. L'opération est terminée; il enlèvera de l'en- registreur le disque en carton qui porte les empreintes, et il |ionrra l'expé- dier en Europe après y avoir inscrit les deux heures notées de son chrono- mètre au commencement et à la fin, ainsi que la position de l'étoile, ai: nord ou au sud du zénith, car c'est là tout ce dont on a besoin pour cal- aS., ( '84) ciller l'observation, retrouver dans les catalogues ou dans le ciel les étoiles observées et déterminer l'heure et la latitude de la station. » Le voyageur veut-il connaître lui-même ces éléments d'une manière très-approchée, ce qui est le cas habituel? il n'aura qu'à appliquer sur le carton pointé un transparent en corne ou en verre, divisé en 60 parties égales, pour lire les heures des passages des étoiles par le micromètre circu- laire, lien déduira aussitôt, par les simples calculs que nous indiquions tout à l'heure, leurs différences d'ascension droite et de déclinaison, et à l'aide de ces différences il trouvera aisément les positions moyennes des astres observés dans un catalogue de petites étoiles, qu'il aura eu soin de former à l'avance pour la contrée, et qu'il aura placé dans ses bagages. Puis les éphémérides lui donneront, par l'étoile fondamentale la plus voisine, l'effet des petites corrections d'aberration, de précession et de nutation qu'il faut appliquer à cette position moyenne. Il arrivera donc au but par les plus simples opérations de l'arithmétique, sans avoir à faire des cal- culs fastidieux au milieu desdifficultés et des périls d'un voyage lointain. » Je ne connais qu'une seule objection contre ce système: on admet en principe, dans les arts de précision, que pour donner à une ligne droite une direction invariable, il faut en mettre les appuis à la plus grande dis- tance possible. Ainsi un prisme aurait des dimensions trop exiguës pour assurer l'invariabilité désirée. L'argument est en soi incontestable, mais il faut distinguer. » S'agit-il d'une invariabilité de longue durée, telle qu'on la réclame dans les observatoires permanents où l'on ne détermine les erreurs instru- mentales qu'à de longs intervalles (autrefois on restait des semaines en- tières sans les vérifier), alors il ne faudrait pas s'écarter de cette règle; les prismes ne vaudraient rien. S'agit-il au contraire d'un système d'observa- tions où tout s'achève en quelques minutes, alors l'objection tombe d'elle- même, car on ne voit aucune raison pour qu'un prisme reposant par sa base sur un appui solide, à l'abri de tout choc, de tout déplacement, de toute variation rapide de température, change brusquement de position. Nous tiendrons donc compte de tous les scrupules en posant comme règle que la direction de la lunette devra être vérifiée avant et après chaque série d'ob- servations, ou même, selon les cas, avant et après chaque observation indi- viduelle. » Mentionnons encore quelques-uns des avantages propres au nouveau système. On sait combien la moindre erreur démise au point est nuisible dans les mesures opérées à l'aide des lunettes. Dans notre appareil, ces er- reurs sont iinjxjssibles, car elles seraient doublées par la réflexion sur un bain ( >85 ) de mercure. L'action trop peu appréciée des rayons solaires joue uu rôle redoutable dans les observations à l'air libre : à l'époque où je m'occupais de grands nivellements dans les landes de Bordeaux, j'avais été forcé, pour obtenir la précision nécessaire à mes travaux, d'abriter constamni«Mit mon niveau-cercle des rayons du soleil. Toute mesure effectuée sous les rayons du soleil était affectée plus ou moins par la dilatation irrégulière de l'instru- ment, fait que j'ai eu occasion de vérifier de la manière la plus frappante à l'Observatoire de Paris etqueBessel avait d'ailleurs nus en pleine évidence. Cette cause d'erreur n'existe point dans le nouvel instrument. On peut même l'abriter contre les effets beaucoup moins sensibles et moins prompts du rayonnement nocturne. Il en est de même des erreurs dues à la disposi- tion particulière que l'air prend souvent dans les tuyaux des lunettes. Enfin l'enregistreur ne servira pas seulement pour l'heure et la latitude; il rendra encore les services les plus appréciables jjour la comparaison des chronomètres, la mesure des bases par la vitesse du son, la détermi- nation de l'origine des azimuts, et celle des longitudes par l'occultation des très-petites étoiles, méthode proposée, je crois, par le P. Inghnauu et appliquée pour la première fois par M. d'Abbadie, en Afrique, avec lui succès auquel j'ai déjà eu occasion de rendre hommage, il y a quelques an- nées, dans un Rapport académique (i). » Quand un principe est bon, il est ordinairement susceptible de plus d'une application. En augmentant les dimensions de cet appareil de voyage, on en ferait un excellent instrument de géodésie avec lequel on pourrait entreprendre, comme je l'avais demandé autrefois, la vérification de toutes les latitudes et même de toutes les longitudes du réseau de notre pays (2); on déterminerait l'attraction d'une montagne aussi bien de Testa l'ouest que du sud au nord; enfin on poursuivrait pied à pied pour ainsi dire les ano- îualies de la verticale partout où elles auront été constatées (3 . » Pour les grands observatoires fixes, rien n'empêcherait de donner à cet instrument des dimensions colossales de 10, 20, 3o mètres et au delà, car le tuyau ne compte ici pour rien, non plus que la difficulté mécanique de mettre en mouvement une très-longue lunette. T^es objectifs et le bain de mercure seraient placés sur un pilier, les réticules et les oculaires sur un autre pilier; entre ces deux piliers un simple tube de toile noirci à l'inté- rieur et convenablement abrité ferait fonction de tuyau commun aux deux (i) Comptes rendus, i854, t. XXXVIII, p. 857. (2) Comptes rendus, i852, t. XXXV, p. 820, et t. XXXVI, p laS, 269, 3og, SSp. (3) 11 convient de rappeler ici l'ingénieuse modification que M. Porto a apportée dans ce but à ma lunette zénithale, ainsi que le Rrflex-zenith-tube de M. Airy. ( '86) lunettes. Si l'on employait de grands objectifs, on en serait quitte pour remplacer les prismes par des miroirs. » Mais revenons à la géodésie expéditive. Je n'ai voulu m'occuper, comme on le voit, que de la partie purement astronomique; quant aux opérations terrestres, je n'ai pas la prétention de rien ajouter au système d'instruments que notre savant Correspondant, M. d'Abbadie, a combiné depuis long- temps dans sa pensée afin de satisfaire aux conditions dont sa longue et dure expérience lui a révélé la nécessité. C'est à lui de faire connaître ses vues a ce sujet. Qu'il me soit permis de m'applaudir, en terminant, d'avoir trouvé dans des idées déjà anciennes l'occasion de rendre un faible bom- mage à ces immenses travaux. « Des œuvres de cette taille », disait naguère lui savant critique, en appréciant la Géodésie de In liaute Etlnopie dans les Nouvelles Annales des Voyages, sont des monuments gigantesques et impé- rissables que s'érigent leurs auteurs: cela est parfaitement vrai, et l'on peut ajouter que de tels monuments sont également érigés à Ibonneur de la science et à la gloire de notre pays. » PHYSIOLOGIE. — iSole sur le développement des os en lomjueur ; par 31. Flourens. « Dans un Mémoire sur le développement des os en longueur, lu a l'Aca- démie, séance du 7 novembre 1842, je m'exprimais ainsi (1) : « J'ai pratiqué sur le tibia de plusieurs lapins deux trous. )i L'intervalle entre ces deux trous a été mesuré très-exactement. " Et, en même temps que je perçais ainsi le tibia d'un côté de deux trous. » j'amputais le tibia du côté opposé, et je le conservais pour que, lorsqîie » le moment en serait venu, il put me servir de terme de comparaison. » La pièce n" a de !a '^'^ série des pièces que je présente, est le tibia » gauche d'un lapin. » Ce tibia a été détaché du cor])S par amputation le jour même où l'on » pratiquait deux trous, à intervalle exactement mesuré, sur le tibia droit. « I^a pièce n" 1 est le tibia droit. Vers le milieu de l'os se voient les deux » trous dont je parle et les petits clous d'argent que j'y avais enfoncés. » 1.,'animal a survécu vingt-huit jours à l'expérience. 1) Or, quand l'exjjérience a été faite, il y avait entre les deux trous )• 22 millimètres de distance; et, au moment où l'animal a été tué, il » n'y avait entre les deux trous que au millimètres de distance. (1) Comptes rendus, t. XV, p. 88). ( i87 ) » L'intervalle entre ies deux trous était donc resté le même. >' Et cependant l'animal s'était sensiblement accru; le tibia, en particu- » lier, s'était allongé de 12 millimètres. » Le tibia n" 2 offre la longueur an moment de l'expérience; cette lon- >. guenr est de 68 millimètres. » Le tibia n" i offre la longueur a la fin de rexpénence. Cette lon- » guenr est de 80 millimètres. » La pièce n° 4 est le tibia gauche d'un lapin. Ce tibia a été amputé le » jour même où l'on a pratiqué deux trous sur le tibia droit. » La pièce n° 3 est le tibia droit. Vers le milieu de l'os sont les deux n trous et les clous d'argent enfoncés dans ces trous. " L'animal a survécu cinquante-trois jours à l'expérience. Au bout de ce M temps, le tibia soumis à l'expérience, comparé an tibia amputé, se trouve )' à peu près d'un tiers plus long. » Le tibia amputé au moment de l'expérience a 6,3 millimètres de lon- » gueur. » Le tibia conservé a, à la fin de l'expérience, 94 millimètres. » L'intervalle entre les deux trous était de 20 millimètres, au commence- n ment de l'expérience; il est, à la fin de l'expéntuce, de 20 millimètres. » La pièce n" 6 est le tibia gauche d'un lapin , le tibia amputé au mo- » ment de l'expérience. » La pièce n° 5 est le tibia droit du même lapin, le tibia soiunis à l'ex- » périence. » L'animal a survécu quatre-vingt-sept jouis à lexpépience. 11 Le tibia amputé au moment de l'expérience a 66 millimètres de lon- >> gneur. » Le tibia conservé a, à la fin de l'expérience, io4 millimètres de lou- " gueur. » La différence de longueur entre les deux tibias est donc de 38 milli- » mètres, c'est-à-dire de plus d'un tiers. » Et cependant l'intervalle entre les deux trous qui, au connneiicemeni » de rexpérience, était de 20 millimètres, est de 20 millimètres a la fin de » l'expérience. » Les expériences mécaniques parlent donc encore ici comme les expé- » riences par la garance. Quand on pratique deux trons sur un os, et ') qu'on laisse l'animal survivre pendant un certain temps à l'expérience, » l'intervalle entre ces deux Irons reste le même et cependant l'os s'allonge. » L'os ne s'allonge donc que par ses extrémités; il ne croit en longneiir " que pai- couches terminales et juxtaposées. » ( i88 ) » Je remets aujourd'hui quelques-unes de ces pièces (qui datent de bientôt vingt ans) sous les yeux de l'Académie. >> On remarquera que toutes ces expériences avaient été faites sur des tibias. Aussi en concluais-je que, dans toutes, « l'os s'était un peu plus » accru par en haut que par en bas (i). » » Un expérimentateur très-habile, M. Ollier, vient de répéter mes expé- riences et les a trouvées de tout point exactes. >• Il en a, de plus, ajouté une. Il a fait, sur chacun des os des deux membres, ce que je n'avais fait que sur l'un d'eux, et il a trouvé que cha- cun de ces os avait son sur/jlus d accroissement distinct, les uns s'accroissant phis par en haut et les autres plus par en bas. » Cette différence de crue, soit dans l'une, soit dans l'autre des deux extrémités, marque, dans chaque os, celle des deux qui sera la plus prompte ou la plus lente à terminer son accroissement, et se lie ainsi à ime cause très-générale, très-élevée, et dont j'ai eu plusieurs fois l'occasion d'entretenir l'Académie : je veux parler du rôle que jouent les épiphyses dans l'accroissement des os en longueur. Tant que l'os n'est point soudé avec ses épiphyses, il croit; une fois la soudure faite, il ne croît plus. » Or cette soudure a son époque marquée, non-seulement pour chaque os, mais pour chaque bout, pour chaque extrémité de chaque os. » Tous ceux qui se sont occupés d'auatomie humaine savent, et savent depuis longtemps, que sur le fémur c'est la soudure supérieure qui se fait la première, que sur l'humérus c'est au contraire l'inférieure; que sur le i-adius et le cubitus c'est la supérieure, et que sur le tibia el le péroné c'est au contraire l'inférieure. » Je renvoie sur tous ces points à l'ouvrage de M. Cruveilhier, ouvrage fondamental en auatomie humaine. » Or le fait observé sur l'homme n'est pas un fait particulier, c'est un fait général. Je l'ai vérifié sur les singes, sur le lapin, sur le porc, sur le chien, sur le chacal, sur le cochon d'Inde, sur le cheval, sur l'âne, sur le bœuf, sin- l'éléphant, sur le buffle, sur la girafe, sur l'élan, sur l'ours, la loutre, le chat, le chati, le tigre, la genette, lagouti, le phoque, le phasco- lome, etc. » Chaque os, chaque extrémité d'os a donc son époque marquée de sou- dure et de fin de crue. On conçoit dès lors très-facilement les faits, d'ail- leurs si bien observés par M. Ollier. Le tibia a dû croître plus par en haut que par en bas, puisque son extrémité inférieure est la première qui se (i) Voyez mon livre intitulé : T/icoric expérimentait' de la formation des os, p. 20. ( <89) soucie, c'est-à-dire qui cesse de croître. Le fémur a dû croître au contraire plus par en bas que par en haut, puisque c'est son extrémité supérieure qui se soude la première, et ainsi de tous les autres os : chacun a moins crû par celle de ses extrémités qui se soude la première el plus par celle qui se soude la dernière. » Mais je ne me suis pas arrêté là. J'ai voulu suivre, par des expériences directes, les rapports des os avec leurs épiphyses. » Pour cela, j'ai mis deux clous, l'un sur le corps de l'os, sur la dia- physe, et l'autre sur répi|)hyse. Les clous, que tout à l'heure je mettais sur le corps de l'os, ne bougeaient pas, ne s'écartaient pas. Ceux-ci, au con- traire, s'écartaient et s'éloignaient sans cesse l'un de l'autre, tant que la soudure de l'os avec l'épiphyse n'était pas faite, et, la soudure faite, ils ne s'écartaient plus. » Je présente de nouveau à l'Académie quelques-unes des pièces relatives à ce second point de vue. « Sur l'os n" a, on amis ou voulu mettre un clou dans chaque épiphjse. » Par erreur le clou i a été mis non dans l'épiphyse, mais dans le fîbro- » cartilage qui sépare Vépiphyse de la diaphjse; il était là à 4 millimètres M du clou a, et il est resté à 4 millimètres du clou 2. » Au contraire le clou 8 avait été bien mis dans Vépiphyse; et ce clou, » qui n'était d'abord qu'à 4 millimètres du clou 7, en est maintenant à » 17 millimètres. » Sur l'os n° 3 , les deux clous 1 et 8 ont été bien mis dans les épiphyses : » aussi le clou i, qui d'abord n'était qu'à 4 millimètre, du clou 2, en est « maintenant à aS millimètres; et le clou 8, qui n'était qu'à 4 millimètres )> du clou 7, en est à 14. » L'os ne s'étend pas, et voilà pourquoi les clous mis dans l'os ne s'éloi- » gnent pas l'un de l'autre; mais entre l'os et Vépiphyse, il s'interpose sans » cesse de nouvelles couches (tant que l'os croît), et voilà pourquoi l'épi- » physe s'éloigne sans cesse de la partie moyenne de l'os (tant que l'os » croît (i). » GÉOMÉTRll!;. — Sur le déplacement d'une figure de forme invariable dans l'espace; par M. Çiiasles. (Suite.) Corps-milieu relatif à cleujc corps égaux. « 104. Les milieux des cordes AA', BB',... qui joignent les points homo- (l) Théorie expérimentale de la formation des os, \t. 2g, C. R., 1860, \"Semeilre. (T. LU. N» S. ) 2^ ( '9f> ) loguKS lies deux corps V, V forment un troisième corps que nous appelle- rons cor/is-z/NV/e/i relatilaux deux corps égaux V, V. » Ce coips-imlitii (Sl hoinogrnpliiqtie à chacun des dcuA (orjji, V, \ '. » lO.'i. On /jeul (tonner nu corps-milieu relatif à deux (orps é(/fiux Y, Y', (/// uunwenicnl iiifiniincnl petit lc(ptel ses points a, 1),... duioiit leurs tniiertoires diriijées suivuul les cordes AA', HB',.- dont ces points sont les uiilieux ; " Vdxe de rolation (pu (/lisse sur lui-uième, dans ce mouvement infiuiuienl petit, est l'axe central connitun aux deux corps V, V ; » Et le rapport entre ta rotation 'jo autour de (et axe et su Iraiislution h est w tang-U h ~ Ie 2 = £.tang-î-U et De sorte qu'on a £ itanl luie constante infiniment petite prise arbitrairement. • ÎOG. L'élément aa' (pie décrit, dans le mouvement inpniment petit, cliaqiu point a du (orps-inilieu, est à la deini-(y)rde aA ( = '■ — | dans te rapport constant £. » Ainsi an' ou Il résulte de là, d'après l'expression de AA' (77), que AA' £. <7A = £. 2 oa' It AA' ~ E an' = -^i//-^.tane'- U -(- -^ ; If» 2 4 E 2 r étant la distance de la corde A A' à l'axe central. » 107. l,a notion de cv ( orps-milieù qui peut, prendre un mouvement ui- finiuient pclit dans leq;u'l ses trajectoires sont diriijées suivant les cordes dont l<'s points de (c i orjis sont les milieux, conduit à de nombreuses ( 191 ) propriétés refatives au déplacement hni d'un corps dans l'espace; ces propriétés se concluent de celles du «léplacement infiniment petit, question plus facile à traiter. •> 108. Soient deux droites homologues L, L' et leur (hoite-milleu A ; les plans menés par les différents points de cette droite A normalement aux cordes qui ont leurs milieux en ces points, passent fous par une même droite X(i6j. » Celle droite 1 et la droile-inilieu A sont deux axes conjugués de rotation dans le mouvement infinimenl du corps-milieu. » 109. Il résidte de là que : » Si la droite X est regardée comme droite-milieu de deux droites homolo- gues \, \'j les plans menés par ses différents points normalement aux cordes gui ont leurs milieux en ces points, passeront tous par In droite A- » 110. Jinsi les deux droites A et )., que l'on a à considérer dans le dépla- cement fini d'un corps, jouissent de propriétés réciproques. » Nous reviendrons plus loin (122 et suiv.) sur les propriétés auxquelles ces deux droites donnent lieu. » 111. Dans un plan donné II se trouvent deux droites homologues L, L' et un point F autour duquel on peut faire tourner une des droites pour l'amener sur l'autre. Ce point F est le foyer du plan ( i9). 1) Si l'on considère le plan II comme yg/an-mi/iew relatif à deux plans ho- mologues P, P', le point F ser'a le foyer de ce plan dans le mouvement infmi- ment petit que peut prendre le corps-milieu (i). » 112. Les droites homologues L, L' situées dans le plan II sont les intersections de ce plan par les deux plans homologues P, P' (50). » La caractéristique (/u p/an îl dans le mouvement infiniment petit [-2. , est la droite-milieu A des deux droites L, L'. » 115. La perpendiculaire abaissée du foyer du plan II sur cette droite- milieu passe par le point de concours des deux droites L, L'. Or si l'on considère le mouvement infiniment petit, cette perpendiculaire passe par l'axe central de rotation. Donc, en général, » La droite qui joint le foyer d'un plan au point de concours des deux droites homologues situées dans ce plan, rencontre l'axe central et lui est perpendiculaire. (1) Propriétés géométriques rehaives au mouvement infiniment petit d'un corps solide libre dansVespncc. (Voir Comptes rendus, t. XVI, p. 1420, année i843.) (2) Ibid. 26.. ( 192 ) » 114. Tons les plans II menés par une droite donnée D ont leurs fojers siii une tnénie droite. » 115. Les droites homologues situées dans chacun de ces plans forment deux hyperboloïdes; et leur point dintci section décrit imc courbe à double cour- bure du troisième ordre. » 116. Les points ou ces droites sont rencontrées par leur droite-niilieu dé- crivent aussi deux courbes à double courbure du troisième onlre. 1) 117. Tous les plans menés par un même point O ont leurs fir^ers sur un même plan; ce plan passe par ce point O et est perpendiculaire à la corde dont ce point est le milieu. » 118. Quand la corde qui a son milieu en un point d'une droite donnée D est perpendiculaire à cette droite, toutes les autres cordes qui ont leurs milieux en d'autres points de la droite sont aussi perpendiculaires à celte droite. Propriétés relatives au système de deux rotations conjuguées. » 119. Le déplacement cl'iin corps V que Ton veut transportor en V. peut se faire, comme nous l'avons vu (68), par deux rotations successives au- tour de deux droites différentes X et L, dont une est prise arbitrairement. La première rotation (autour de X) amène la droite L du corps sur son ho- mologue L', c'est-à-dire dans sa position définitive; et la seconde rota- tion qui se fait autour de cette droite L ainsi placée en L', fait coïncider les deux corps. » Ce sont les rotations autour de ces deux droites X et L, que nous appe- lons rotations conjuguées., et ces deux droites seront dites axes conjugués de rotation. » 120. Voici comment on détermine une de ces droites quand l'autre est donnée : » i" Si la droite L est donnée , ainsi que son homologue L' sur laquelle on doit l'amener, soit A leur droite-milieu : les plans menés par les points de cette droite normalement aux cordes A A', BB', qui ont leurs milieux en ces points, passent tous par une même droite X qui est la droite cherchée. i) 2" Si c'est la droite X qui est donnée, on mène par deux de ses points les plans normaux aux cordes qui ont leurs milieux en ces points; la droite d'inter-section de ces plans est la droite-milieu A des deux droites \j, L'. Celles-ci seront donc déterminées. « Cela résulte de la considération du corps-milieu relatif aux deux corps V, V cl du mouvement infiniment petit cpie l'on peut donner à ce corps. ( 193 ) comme il a été dit (105). Dans ce mouvement infiniment petit les deux droi- tes X et A sont deux axes conjugués de rotation (120). » 121. La projection orthogonale de la droite qui mesure In plus courte distance des deux axes conjugués L et X sur l'axe central, est de grandeur constante et égale ci la demi-translation de cet axe sur lui-même. » 122. Si l'une des deux droites conjuguées A, X tourne autour d'uir point fixe, l'autre se meut dans le plan normal à la trajectoire de ce plan. [Comptes rendus, t. XVI, p. i^i'i.) » On en conclut que: » Si l'un des axes conjugués L e( X tourne autour d'un point fixe, l'autre reste dans un même pUm. .) 123. La droite qui mesure la plus courte distance entre la droite X et la droite-milieu A relative aux deux L et L', rencontre [axe. central X et lui est perpendiculaire. » 124. L'une des deux droites X et A étant prise arbitrairement, l'autre est déterminée déposition au moyen des deux relations 1e Ie I , tang(A,X) I , tan2(>, X) dans lesquelles R et r sont les distances des deux droites A et X à l'axe central. » 123. Expression des projections orthogonales des cordes AA', BB', . . . qui joignent les points homologues de deux droites L, L' sur la droite-milieu A : AA'.cos(AA',A) = 2rRtang^U.sin(A,X)+^Ecos(A,X)l. » I2G. Expjvssion de la rotation O autour de la droite X, nécessaire pour placer la droite L sur son homologue L', tang-O ^E.tangiu r.lang-U.sin (i, X) + -E cos (>, X) r est la plus courte distance de la droite X à l'axe central X. » i27. Le dénominateur du second membre exprime !.i projection or- thogonale sur la droite X, des cordes qui ont leurs milieux sur cette • h'oife (123). Par conséquent, on peut diic que : ( 194 ) » La tangente de la demi-rotation autour d'une droite, midtipliée par la pro- jection ortlior/onale sur cette droite, d'une corde ayant son milieu en un point de In droite, donne un produit constant, égal à E . tang - U. B 128. Relations entre les deux rotations O elQ. autour de deux droites X et L par lesquelles on effectue le déplacement d'un corps : cos- U = cosO cosfi — sin O sin fl sin (ï., L), 2 et sin -U.sin (X, XA) = sin -Osin - û sin (X, L). (X, XA) désigne l'angle qu'un plan parallèle aux deux axes de rotation fait avec l'axe central X. » 120. Le sinus de cet angle est égal au cosinus de l'angle que la droite qui mesure la plus courte distance des deux axes de rotation fait avec l'axe central. Soit n cette droite. Sa projection par l'axe X est égale à - E (121.) On a donc n.sin(X,XA) = -E, et l'équation précédente devient - E.sin-U = 71. sin (X, Ll.sin - O sin -ii. 2 2 ^ ' ' 2 2 Elle exprime que : M Le jnoduit des sinus des demi- rotations autour de deux axes conjugués multiplié par le sinus de l'angle de ces deux axes et par leur plus courte distance, forme un produit constant (i). )) 130. Par conséquent : » Si l'on porte sur deux axes de rotation conjugués, tels (pie L et X, des lignes proportionnelles aux sinus des demi-rotations autour de ces axes, le tétraèdre construit sur (es lignes aura son volume conslcml. (i) M. Rodiigues a démontre ce thcorùine, ainsi que la composition de deux rotations finies autour de deux axes concourants (G!), dans son Mémoire intitulé ; Des lois géomé- triques qui régissent les déplacements d'un système solide dans l'espiiee, et de la variation des coordonnées provenant de ees déplacements. (Voir Journal de Mathématiques, t. V, année i84o, p. Sgo.) ( '9^ ) Piiiptictès diverses, relatives aux cordes qui joignent les points lininologaes, et aux droites d'intersection des plans liomologucs. » 131. Il résulte de la seconde |>;u'tie du théorème (67) que : M Si par un poinlfixe O on mène des droites Oa, Oh, . . . éi/ates el parciUèles à toutes les cordes AA', BB'. . . qui joicjnenl deux à deux les points lioinoloijues des deux corps, les extrémités de cei cordes sont sur un même plan perpendicu- laire à l'axe central commun aux deux corps. » Et si l'on ne considère que les cordes qui joignent les points homo- logues de deux droites homologues, les extrémités des droites O.i, Oh,. . . sont sur une même droite. » 152. Quand deux plans tiomoloc/ues lournenl autour de deux points fixes, leur droite d' intersection, qui csl toujours une corde (70), a ses extrémités sui deux SUI faces du troisième ordre. » 555. Par chacune des droites qui joignent les points homologues de deux plans homologues, passent deux plans homologues (7/)); » Ces pians sont l'ingents à deux surfaces de la troisième dusse, c'est— à-dire à deux siu'faces à chacune desc[uellos on peut mener trois plans tangents par une même droite. « 134. Quand des cordes AA', BB', . . . s'appuient su>- une dioite donnée D, les points A, B . . . ef A', B', . . . qu elles joignent deux à deux, sont situés sur deux ttyperholoïdes à une nappe, qui ont un point commun situé a l infini stir Idxe central. » l3o. Cas particulier. La droite D est à l'infini : « Quand des cordes sont parallèles à un même plan, leurs extrémités sont les points de deux plans homologues parallèles à iaxe central. » 136. Les points dun plan du premier corps tels, que les cordes qui les unissent à leurs homologues dans le deuxième corps s appuient sur une même dioite doimée, sont situés sur une conique ; » Et ces cordes forment une surface réglée du quatrième ordre ( 58 ). » 137. Le lieu des points du premier corps tels, que les droites qui les unis- sent à leurs homologues s'appuient sur deux droites données dans l'espace, sont surune courbe à double courbure du quatrième ofdie, à laquelle on peut mener huit plans tangents par une même droite ; » Celte courbe a une as/mptote parallèle à taxe central; » Et les droites qui joicjnent les points de cette courbe a leurs homobKiues dans le seoiid corps forment une surface réi/lée du septième ordre. » 158. Les plans du premier corps qui rencontrent leurs liomolo(/ucs suivimi ( 'qG) des dtoiles qui s'nppiiienlsur une droite donnéeU , sont tons tangents à un para- holonlc li^'perbolitpie. a Ce paraboloide passe pur lu droite L' et par la droite J^ qui est, dans le pre- luier (orj)s, l'Iioinoloijue de L' eonsidérée comme appartenant au second corps. » 159. Si autour de deux points homologues on fait tourner deux plans ho- mologues de manière que leur droite d'intersection s'appuie sur une droite I/, ces pl/ins enveloppent deux cônes du second ordre. Il 140. Quand des plans du premier corps rencontrent leurs homologues suiv:int des droites qui s'appuient sur deux droites fixes données' ces plans enve- loppent une développable du huitième ordre et de la quatrième classe (c'est-à- dire à laquelle on peut mener quatre plans tangents par un même point). » Cette développable a tin plan tangent « l'infini; » Et les droites suivant lesquelles les plans du premier corps rencontrent leurs homologues forment une surface réglée du septième ordre. » 14-1 . Les cordes qui joignent les points homologues de deux courbes égales, d'ordre m, à double courbure, placées d'une manié) e quelconque dans f espace, forment une surface réglée de l'ordre -im qui a m génératrices (réelles ou ima- ginaires) situées à iinfmi. » Les parallèles aux génératrices de cette surface, menées par un même point, forment un cône d'ordre m. » Si les deux courbes d'ordre m ont un point commun, c'est-à-dire un point qui, considéré comme appartenant à la première, est Ini-méme son homologue dans la seconde, la surface réglée est de tordre 2 m — i . » ii*2. On conclut de là que : 1) Quand une courbe à double courbure d'ordre m éprouve un mouvement infiniment petit dans l'espace, Ls trajectoires de ses points sont dirigées suivant les génératrices d'une surface réglée de l'ordre 2 m, et sont parallèles aux arêtes d un cône d'ordre m. » Et si le mouvement de la courbe est une simple rotation autour d'im de ses]>oints, la surface réglée est de l'ordre 2m — i. » 145. Quand deux surfaces dévcloppables de la classe m [c est-à-dire, (jui admettent m plans tangents passant par un même point) sont placées d'une ma- nière quelconque dans l'espace, les droites d intersection de leurs plans tangents homologues forment une surface réglée d'ordre 2 m; 1) Et ces droites sont parallèles aux arêtes d'un cône qui est aussi d'oi'dre 2 m. » Si les deux développables ont un plan commun, c'est-à-dire un plan qui, considéré comme appartenant à la première, est lui-même son homo- logue dans la seconde, la surface réglée est de l'ordre 2 m — J . '. 197 ) » t ii. On conclut de là que : » Quand une développable de la classe m éprouve un mouvement infiniment petit, les caractéristiques de tous ces plans tangents (i) forment une surface ré- glée d'ordre 2 m ; " Et ces droites sont parallèles aux aréles dun cône (jui est aussi d ordre 2 m. » 1 io. Des cordes qui joignent les points homologues de deux plans homo- logues, il rij en a qu'une qui se trouve située dans un plan donné. » 146. Des droites d'intersection de deux plans homologues tournant autour de deux pointS'homologues, il n'y en a qu'une qui passe par un point donné. « BOTANIQUE. — Huitième Centurie déplantes cellulaires nouvelles^ tant indigènes qu'exotiques ; par M . C. Moxtagxe. En présentant ce travail, l'auteur s'exprime en ces termes : " J'ai l'honneur de faire hommage à l'Académie de ma huitième cen- turie de plantes cellulaires, dont les différentes décades ont été insérées en lein- temps dans les Annales des Sciences naturelles. » Pour ne pas abuser des moments de l'Académie, je n'en dirni que peu de mots, et seulement pour fixer l'attention des cryptogamistes sur certains points qui peuvent les intéresser plus spécialement. » De même que dans ma septième centurie, j'avais fait connaître par une diagnose assez étendue les Hépatiques et les Champignons nouveaux, au nombre de plus de soixante, i-ecueillis par M. Weddell dans sa course à ti-avers l'empire brésilien ; de même dans cette huitième centurie, j'ai pris à tâche de signaler une douzaine d'Algues trouvées par le même botaniste dans les lacs et les ruisseaux de la chaîne des Andes péruviennes à une alti- tude remarquable de près de 5, 000 mètres, c'est-à-dire à une hauteur à peu près égale à celle du mont Blanc. La description de toutes ces plantes est réservée soit pour la Cldoris andina, en cours de publication, soit pour le Sertum Brasiliense. , >' Après une autre série d'Algues et d'Hépatiques d'origine fort diverse, j'ai eu à soumettre à l'analyse microscopique une centaine d'Hypoxylées ou Pyrénomycètes que j'avais reçues de feu mon confrère le docteur Wallroth, deNordhausen. Ces champignons signalés, en )83i-i833, dans le Compe/i- dium Florœ cijptogamicœ Germaniœ parleurs seuls caractères de végétation, exigeaient encore, pour être parfaitement connus, qu'on les scrutât intus et in cute, afin d'exposer au grand jour la structure de leur nucléus, ou les (i) Voir Comptes rendus, t. XVI, p. 1420. C. R., 1861, i<:r Semestre. (T. LU, N" o.) ( '98 ) organes de la frtictificafioii dont on ne tenait nul compte, il y a une tren- taine d'années. C'est ce que j'ai fait dans les sixième et septième décades. » Enfin j'ai passé en revue plusieurs eaux thermales de la France et de l'étranger, pour y rechercher et y constater la présence des Algues infé- rieures qui les habitent et quelquefois les caractérisent par leur seule pré- sence. C'est ainsi qne celles de Vichy le sont par les Ulolhrix et Naviculct inchiensis[i), et celles de Saint-Nectaire (Puy-de-Dôme), quoique analogues aux précédentes par la couqiosilion chimique et les vertus médicales, le sont par deux espèces différentes : V Àmpliora vitrea et VOscillaria nccla- riensis Montg. » J'ai donc eu à examiner successivement les eaux et les boues d.e Saint- \mand, communiquées par M. Davaine; celles de Vittel, par M. Boulou- mié; celles de Bagnères de Luchon, par iM. Cazin; celles de Luxeuil, par M. Chapelain; celles d'Ems,j)ar M. le docteur Becquerel ; celles de Valdien (Vaudier, en Piéiriont), par M. Garelli, et celles de Saint-Nectaire, par M. Basset. )) Les Algues ou les Mycophycées qui habitent ces différentes eaux, ont été décrites dans les décades huit et neuf de cette centurie, et celles trouvées dans la dernière localité, et qui sont propres à l'établissement, l'ont été dans une brochure de M. le docteur Basset, dont j'ai également l'honneur d'of- frir un exemplaire à l'Académie. » MEMOIRES PRÉSENTÉS. KCONOMIF. RURALti. — Noie sur l' observation microscopùiue des (jaunes de vers à soie avant el pemldiil l'incubation; par MM.. Lallemaxd f^ Sikodot. (Commissaires, MM. Quatrefages, Peligot, Decaisue.) (c Le- professeur Cornalia de Milan a publié tout récemment un aperçu sui In maladie des vers à soie, dans lequel il indique un moyen pratique de décider à l'avance si les graines doivent donner naissance à des vers sains ou malades. Ce jirocédé consiste essentiellement dans l'observation mi- croscopi{[ue des graines après une incidjalion plus ou moins prolongée, ou même des jeunes vers après l'éclosion. Cette méthode préventive a vivement excité l'intérêt des éducateurs du Midi, qui, forcés de s'approvisionner de graines provenant des pays non infectés par l'épidémie, n ont aucun moyen de contrôler leur origine, et sont souvent victimes de fraudes commerciales. Ce procédé d'investigation exigeant un fort grossissement et par suite une (i) Foir leur description dans mon Svttogr, p. 46i et 4^ ■ • ( '99 ) certaine habitude du microscope, quelques éducateurs du Midi nous ont envoyé des échantillons de graines de diverses provenances, avec prière de vérifier les assertions de M. Cornalia. » Cette étude nous a conduits à des résultats assez nets pour qu'il nous ait paru utile de les publier, et nous demandons à l'Académie la permission de les lui exposer. » D'après lesindications du micrographe italien, il suffit d'écraser quelques graines incubées entre deux lames de verre et.au sein d'une goutte d'eau ; d'observer ensuite à un grossissement de 5oo à 600 diamètres la pulpe gri- sâtre qui s'en échappe : au milieu de gouttelettes ou globules arrondis qui couvrent le champ du microscope, on constate la présence ou l'absence de corpuscules elliptiques d'apparence celluleuse, que M. Cornalia appelle corpuscules oscillants, probablement parce qu'ils sont doués du mouvement Brownien, commun du reste à toutes les particules très-ténues en suspen- sion dans un liquide. La présence de ces particules ovoïdes serait l'indice de graines déjà infectées et devant donner naissance à des vers malades. Dans le cas contraire, les graines produiraient des vers sains. » Les expériences nombreuses que nous avons faites pendant le mois de janvier nous ont montré que ces corpuscules allongés ont une densité su- périeure à celle de toutes les autres matières en suspension dans l'eau, et résident toujours dans la couche inférieure : c'est là seulement qu'on les observe. On les rechercherait vainement dans les couches moyenne et su- périeuro. Il arrive souvent que les granulations arrondies échappées des cellules organiques sont tellement abondantes, cju'elles masquent la pré- sence des corpuscules ovales. Il est alors avantageux d'introduire entre les deux lames de verre une goutte d'acide acétique concentré qui dissout la plus grande partie des matières en suspension, sans altérer d'une manière appréciable ces particules ovalaires qui apparaissent alors avec une grande netteté. » Dans une première série d'expériences, nous avons opéré sur des graines provenant de Bonnieux (département de Vaucluse), d'Odmich (Ana- tolie), d'Argalas et de Bodémio (Turquie d'Europe), après une incubation de douze jours à la température du corps humain. Nous avons reconnu que la graine de Bonnieux, où l'épidémie sévit depuis longtemps avec intensité, renfermait nu nombre considérable de ces corpuscides elliptiques qui nous ont d'autant plus frappés, que l'un de nous avait décrit et figuré (i) des cor- (i) Reclierclies sur les sécrétions chez les Insectes (J/ina les des Sciences naturelles, /^' série, t. X, pi. 20). 27.. ( 200 ) puscules tout à fait identiques dans les cellules des taches de la peau des vers à soie malades. Cette circonstance tendrait à prouver que la maladie, indéptMKlamment des influencés locales , se transmettrait aussi par les ii; Les graines d'Argalas et d'Odmich nous ont quelquefois offert des cor- puscules analogues, mais ils étaient toujours très-rares. Les graines de Bo- démio en ont toujoius été complètement exemptes. " Ces observations ont été répétées tous les jours jusqu'à l'éclosion des œufs, et ont confirmé les premiers résultats. » Dans une seconde série d'expériences, nous avons étudié les mêmes graines avant l'incubation. L'intervention de l'acide acétique devient ici nécessaire pour isoler et reconnaître ensuite les corpuscules toujours abon- dants dans les graines indigènes, moins nombreux toutefois qu'après l'in- cubation. Il nous a été impossible d'en voir dans les graines d'Argalas, Odmich et Bodémio. M Une troisième série d'observations microscopiques a porté sur de nom- breux échantillons de graines incubées pendant vingt-cinq jours à une température de 25" centigrades par les soins de quelques éducateurs du Midi. Quelques vers étaient déjà sortis de la coque. Les divers échantillons provenant du département de Vaucluse ont tous présenté un nombre con- sidérable de corpuscules ovoïdes; le chamj) du microscope en était couvert, l^arini les échantillons de la Turquie d'Europe ou d'Asie, quelques-uns nous en ont offert, et notamment ceux d'idia et du mont Taurus. » Mais ici l'inégalité des résultats obtenus dans les diverses épreuves auxquelles lui même échantillon a été soumis, nous a conduits à opérer sur un petit nombre de graines choisies. Nous avons alors reconnu que les graines d'iui aspect gris-bleuâtre étaient en général exemptes de corpus- cules, tandis qu'ils étaient plus nombreux dans les graines d'une teinte verdâtre et d'apparence huileuse. " Sans rien préjuger sur la nature de la maladie et celle de ces corpus- cules, nous avons cherché à nous rendre compte de leur distribution dans lœui. Nous sommes parvenus à les disluiguer paruii les graindations que ( 20I ) renferment les cellules des graines près d'éclore. Ils se distinguent du noyau des cellules par leur forme et leurs dimensions. » En opérant, comme nous l'avons fait, avec un excellent instrument d'Oberhaiiser, il est impossible de ne pas être frappé des différences bien tranchées que présentent les graines d'origines diverses. Tandis que les graines originaires des pays ravagés par la maladie renferment les corpus- cules décrits en nombre surprenant, ils sont très-rares ou font complète- ment défaut dans les graines exotiqnes provenant de contrées que le fléau a jusqu'ici respecté. Les résultats obtenus par quelques éducateurs du dé- partement de Vaucluse, dans la campagne prochaine nous permettront d'apprécier la portée de ces indications micrographiques, et l'intérêt qu il convient d'y attacher. Il serait à désirer que les éducateurs des départe- ments séricicoles de la France eussent recoins an microsco[)e pour con- stater l'état de leur graine. Les résultats obtenus dans leurs éducations partielles permettraient de contrôler sur une plus grande échelle la valeur de ce procédé préventif. » PHYSIOLOGIE. — De Cinfluence de la sensibilité sur la circalalioii pendant t'anesthésie chiturgicale ; par M. Vigouroux. (Extrait.) .4 (Commissaires, MM. Flourens, Cl. Bernard.) « Lorsqu'on parcourt les recueils périodiques publiés depuis douze ans, on est étonné de la place énorme qu'y tient la question des anesthésiques. En effet, cette question, envisagée surtout au pouit de vue des accidents qui coïncident avec leur emploi, a provoqué des discussions restées célèbres à l'Académie de Médecine, à la Société de Chirurgie. Elle a été traitée dans des ouvrages ex professa, dans de nombreux Mémoires et articles de jour- naux. Enfin l'an dernier elle figiu'ait dans le programme des prix de l'Aca- démie de Médecine. » Cependant les faits malheureux, cause de tant de travaux, ne se pro- duisaient pas moins presque périodiquement et entre les mains les plus expérimentées. A ce point qu'en i85g M. Hervet de Chégoin posa à la So- ciété de Chirurgie la question de savoir s'il ne vaudrait pas mieux renoncer au chloroforme que rester sous la menace d'un danger jusqu'à présent au- dessus de toute prévision. Depuis cette époque de nouveaux cas de mort se sont produits, et l'on peut dire encore que la science n'est pas faite sur ce point. Noire intention n'est pas de traiter sous toutes ses faces la question des anesthésiques, mais bien de remettre eu saillie une considération négli- ( 202 ) gée. Quelque lumière nous a semblé pouvoir résulter de l'examen des faits publiés jusqu'à ce jour. Nous donnons le tableau des cas suffisamment dé- taillés que nous avons trouvés dans la presse française, lis sont au nombre de trente et un (i). En jetant les yeux sur ce tableau, on ne peut man(]uer d'être frappé de plusieurs circonstances : » j" Dans plusieurs cas la mort a surpris l'opéré dans une attitude émi- nertuuent favorable à la syncope, c'est-à-dire assis. » 7° Le pouls a disparu au moment de l'opération qui eût été le plus dou- loureux si la conscience n eût pas été abolie. - « 3" Une circonstance qui donne à ces faits un caractère particulière- ment désastreux, c'est que les malades étaient atteints d'affections peu graves par elles-mêmes. Mais les opérations cju'elles nécessitaient sont de nature à produire une doideur intense et soudaine. Ainsi nous voyons trois cas d'ongle incarné, quatre extractions de dents, trois incisions superficielles, deux réductions de luxation de l'épaule : n'est-il pas probable que dans ce dernier cas il y aura eu un tiraillement du plexus brachial. Quoi qu'il en soit, les affections que nous venons de citer occupent dans les listes de morts une place qui n'est pas en rapport avec leur fréquence. On comprend au contraire que les opérations qu'elles motivent puissent être placées au premièV- rang parmi les plus douloureuses.... » On sait quel lien étroit unit la sensibilité et la circulation. La douleur a été de tout temps notée parmi les causes de la syncope. Bichat recom- mande d'explorer le pouls pour reconnaître si une douleur est simulée. Parmi les effets réflexes de la douleur, celui qui agit sur le pneumogas- trique peut être comparé à un courant galvanique qui, comme on le sait, arrête ou ralentit dans certains cas les battements du cœur. M. Claude Ber- nard a montré la relation qui existe entre les manifestations de la sensibi- lité directe ou récurrente d'une part, et la pression artérielle et les pulsa- tions du cœur d'autre part. » Fie rapprochement des faits cliniques et de ces notions physiologiques nous traçait la route à suivre pour apprécier le rôle de la douleur comme cause delà syncope pendant l'éthérisation ; il fallait déterminer si la douleur conservait son influence sur la circulation pendant l'abolition des facultés cérébrales. Nous avons fait dans cette vue quelques expériences dont on (i) M. Uarisson donne dans son excellent ouvrage le tableau de quinze cas de mort tattri- bués au chloroforme. Sur ces quinze cas, quatre sont déjà cités dans le lableau de I à XX. Nous avons mis les onze autres de XX à XXXI. ( 2o3 ) Irouvera le détail dans notre Mémoire — Dans ces expériences, notre but n'était pas d'analyser l'influence de la sensibilité sur le cœur, question qui a été traitée et éclairée par M. Claude Bernard, mais bien desavoir si cette influence, quelle qu'elle soit, se fait sentir aussi pendant le sommeil anes- thésique. Or l'expérience est affirmative sur ce point, et même cette in- fluence paraîtrait être plus marquée dans le cas de l'aneslhésie — » Quelques auteurs ont pensé que dans l'éthérismc la syncope recevait une gravité spéciale de l'impossibilité où l'on se trouvait d'employer la douleur pour réveiller le cœur. Cett(.' supposition n'est pas vérifiée, puisque, nous le répétons, l'action de la sensibilité sur le cœur est augmentée dans ce cas. Les moyens de prévenir cet accident pour le cas qui nous occupe résultent de son mécanisme et peuvent se résumer en deux indications : « 1° Atténuer l'impression douloureuse ; » 1° En intercepter la transmission. Pour obéir à ces deux indications, on opérera autant que possible sans attendre la résolution complète. Celle-ci n'est pas nécessaire pour que le malade n'ait pas conscience de la souffrance qu'il témoigne, et d'un autre côté les mouvements réflexes des membres sont une dérivation à la douleur, be cliirurgien devra donc compter avec la douleur, et éviter les manœuvres qui peuvent la déterminer soudaine et intense. » L'anesthésie locale nous offre des moyens variés de remplir la première indication : froid, électricité, application d'étheret cliloroforme ou de leurs vapeurs, compression des nerfs peut-être négligée à tort et aussi leurnarco- tisationau moyen desinjections hypodermiques. Pourquoi ne pas associer les deux méthode d'anesthésie locale et générale. Leurs effets se surajouteraient ainsi et elles n'auraient pas besoin d'être portées chacune à un point extrême. » îl est à peine nécessaire de dire que les précautions d'usage contre la syncope ne seront pas négligées pour cela — » Nous croyons pouvoir résumer ainsi notre travail : » 1° L'influence des nerfs de sensibilité sur le cœiu- existe pendant le sommeil anesthésique. » i" Cette influence paraît même augmentée dans l'anesthésie. 1) 3" Elle peut être portée au point d'arrêter les mouvements du cœur. » 4" Cet arrêt du cœur doit être considéré comme la cause de la plupart des cas de mort observés pendant l'anesthésie chirurgicale (ij. (i) On a jusqu'ici coulondu dans l't'tude de cette question le mécanisme de la mort chez ( 204 ) » 5° L'anesthésie locale doit être employée en même temps que l'autre. » 6° On doit opérer autant que possible avant la résolution complète. « CHIRURGIE. — Du champ d'action des instruments litlwtriptiques et de ses variations; par M. Heurtelol'p. (Extrait par l'auteur.) (Commissaires précédemment nommés : MM. Velpeau, J. Cloquet, Jobert de Lamballe.) « J'appelle champ d'action des instruments lithotriptiques la portion inférieure de la partie interne de l'organe vésical sur laquelle les corps étrangers qui se trouvent dans cet organe reposent lorsque la personne opé- rée est placée dans la position horizontale. Considéré en dehors des temps de contraction qui donnent des formes relatives à cette contraction, cet espace varie d'étendue et de formes absolues sous les deux principales in- fluences de l'élévation plus grande du bassin et des degrés de distension de l'organe par un liquide injecté. Ces différences sont donc importantes a signaler pour concourir à la perfection de la lithotripsie; car les corps à détruire ayant eux-mêmes des formes et des volumes différents, l'art con- siste à marier ensemble ces propriétés physiques pour les faire concorder avec les formes et l'action des instruments qui servent à exécuter la litho- tripsie. On trouvera, dans la Note que j'ai l'honneur de soumettre au juge- ment de l'Académie, des détails très-précis sur les différentes formes et capacités que donnent à l'urètre et à la vessie les quantités différentes d'eau introduite. Partant de l'état de vacuité absolue de la vessie, qui ressemble alors à un disque rond de 7 à 8 centimètres de diamètre placé derrière le jnibis, disque formé des parois accolées à la manière d'un porte-monnaie rond, je montre quelles formes prend la vessie après des injections de i5o, de 3oo et de 400 grammes, quantités d'eau qui, réunies en sphère, donnent des globes de 65, 85 et 100 millimètres de diamètre. J'estime ainsi la mesure absolue des champs d'action. >' Après avoir examiné l'effet des injections pour modifier les champs d'action, je passe à l'effet des instruments pour obtenir le même résul- tat. Je m occupe ensuite des différents degrés d'inclinaison du bassin depuis l'horizontale jusfpi'à son élévation à 45° : à l'horizontale, le point déclive correspond au coccyx; à 45°, il correspond au milieu de la les animaux qu'on éthérise à outrance et celui de la mort chez l'iiomme pendant une opéra- tion. Il n'y a de commun que l'anesthésie. ( 2o5 ) cavité du sacrum. Je démontre que dans les degrés intermédiaires de ces inclinaisons le point déclive change, et que conséquemment le champ d'ac- tion s'agrandit, et que le chirurgien peut ainsi, avec légèreté, étudier, remuer, poser, disposer et faire basculer les pierres pour les charger le plus favorablement possible. Quand il s'agit des fragments, ces positions dé- clives différentes permettent au chirurgien de vider une place pour venir ensuite verser ces fragments, ou sur V inst7ume7it à cuiller, ou sur le porte-à- faiix, suivant qu'il veut extraire ou pulvériser ces fragments. I) En résumé, les considérations présentées dans cette nouvelle Note permettent d'étabUr les propositions suivantes : » i" L'instrument ?v?ffo-ci(/i'(7<5ine fO((f/e' (le percuteur ) ne peut, en raison de sa forme, avoir d'autre champ d'action que la partie inférieure et posté- rieure de la vessie, en la déprimant. )i 2° Il vaut mieux, poiu- bien exécuter la lithotripsie, et surtout pour soulager le malade, que les pierres viennent trouver l'instrument, que l'in- strument n'aille chercher les pierres. » 3° 11 vaut mieux que le bassin puisse s'élever ou s'abaisser à volonté, ce qui s'obtient facilement avec le lit statique, que de laisser toujours le bassin dans la même position. )) 4*^ La quantité d'eau à injecter est, pour obtenir les meilleurs résvd- tats lithotriptiques, de i5o à aSo grammes. » 5° Le champ d'action pour prendre les pierres n'est pas le même que le champ d'action pour les briser. Le premier acte se passe sur la membrane, et le second se passe près de la membrane, ou au milieu de l'eau dont la vessie est emplie. On obtient invariablement cet important résultat au moyen du point fixe. » CHIMIE ORGANIQUE. — Composition chimique de la knvnhine ; par M. Ci'ZENT. (Extrait.) (Commissaires précédemment nommés : MM. Peligot, Moquin-Tandon.) « Dans la séance du 27 février 1860, j'ai eu l'honneur de faire hommage à l'Académie des Sciences de deux échantillons de kavahine, principe cris- tallin que j'ai isolé du kava, Piper metlij'stictim, en i854. Aujourd'hui je viens taire connaître la composition chimique de cette nouvelle substance. Des analyses multipliées, faites dans les laboratoires de l'école de méde- cine navale de Rochefort, me permettent d'affirmer que la kavahine ne C. R , 1861, I" SemesCre. (T. LU, N» S.) 28 ( 2o6 ) renferme aucune trace d'azote. Sa composition est la suivante : Carbone 65,847 Hydrogène 5,643 Oxygène 28,5io 100,000 " On le voit, ce principe cristallin n'est pas un alcali et je ne lui jamais considéré comme tel, quoique par inadvertance il ait été désigné sous ce nom dans l'article des Comptes tendus qui fait mention de ma présentation. Si j'ai tardé jusqu'à ce jour à soumettre à l'Académie la véritable compo- sition chimique de la kavahine, c'est que, M. Gobley ayant signalé la |)ré- sence île l'azote dans cette substance, j'ai été conduit à revoir et a multiplier mes analyses. Il sera aisé, en soumettant à l'analyse l'écliantillon de kava- hine que j'ai préparé et que l'Académie possède, de se convaincre que ce principe cristallin est neutre, et qu'il ne renferme pas d'azote. » Quant à la réclamation de priorité adressée par M. O'Rorke dans la séance du 19 mars 1860, au sujet de la découverte de la kavahine, M. Jou- vin y a complètement répondu depuis longtemps, et a démontré le peu de fondement de cette réclamation (i). M. O'Rorke dit avoir trouvé le mé- thysticin en août 1856; mais dès i854 j'aurais pu lui montrer un échantil- lon de kavahine. M. O'Rorke ignore sans doute que c'est moi qui lui ai fait récolter et parvenir de Taïti les deux caisses de racines de kava qu'il a reçues du Ministère de la Marine et des Colonies au commencement de 1 856. L'Académie trouvera, dans un livre intitulé O'Taïli, dont je lui adresse au- jourd'hui deux exemplaires, une monographie du kava [Piper meUiyslicum], avec des détails chimiques sur la kavahine (p. 85) et (p. 238) une note où sont rappelés quelques-uns de mes droits à la découverte du prin- cipe cristallin neutre qui nous occupe. -■ M. JoBAKD adresse une Note sur un nouveau cas d'explosion de rlian- dières a vapeur qui vient d'avoir lieu à Maestricht. (( Cette explosion, dit l'auteur de la Noie, a tué le propriétaire et l'in- génieur au moment où ils profitaient de l'arrêt des travaux pour aller pren- dre dans le foyer des mesiu'es pour une nouvelle grille : voici l'explication probable de cet accident. » Au moment où les ouvriers vont dîner, le chauffeur couvre la grille de menu de charbon, ferme le registre de la cheminée, la porte du foyer, (1) Voir le Cosmos, n° ilii i'^'' juin 1860, p. 526. ( 207 ) et souvent pose une plaque de tôle devant l'ouverture du cendrier, pour conserver son feu en arrêtant le tirage. Au premier coup de la cloche de rappel, le chauffeur doit soulever d'abord le registre de la cheminée pour faire évacuer les gaz qui se sont produits dans cette espèce de cornue; l'air du cendrier ne tarde pas à s'endosmoser au gaz hydrogène qui rem[)lit le foyer, les carneaux et tous les espaces parcourus par la flamme. C'est ce mélange d'air et de gaz hydrogène qui constitue un grisou peut-être plus dangereux que celui des mines, puisqu'd est échauffé. L'ingénieur aura négligé de le faire évacuer avant d'ouvrir la porte du foyer, une lampe à la main; de là l'explosion qui a soulevé la chaudière et fait éclater un bouilleur à l'endroit le plus faible. » J'ai tout lieu de croire que la majeure partie des explosions n'a pas d'autres causes que celle que je viens d'expliquer; car presque toutes les narrations faites par les journaux commencent par ces mots caractéris- tiques : « Au moment où l'on allait reprendre les travaux dans la fabrique » deX..., une terrible explosion s'est fait entendre; heureusement que )) les ouvriers n'étaient pas encore rentrés » » Qui ne voit qu'au premier coup de cloche le chauffeur s'en va rin- garder son foyer, pour mettre sa machine en train, en oubliant d'ouvrir au préalable le registre de la cheminée, précaution qu'il croit indifférente, parce qu'il l'a souvent négligée sans en être la victime; car le mélange n'est pas toujours dans les proportions explosives. La relation ne manque pas d'ajouter que la chaudière a été soulevée de son siège, chose qui ne saurait arriver si la première explosion ne se fût pas faite dans le foyer; la seconde, qui se confond avec la première, est celle de la chaudière elle-même, déter- minée par le choc de la première. » Quand le travail cesse le soir, les chauffeurs, pour n'avoir pas à rallu- mer leur feu le matin, couvrent d'ordinaire le charbon restantd'une épaisse couche de menu et ferment le mieux possible toutes les issues extérieures ; de sorte qu'ils n'ont plus qu'à soulever le matin, avec un ringard, la croûte épaisse de charbon formée sur la grille, pour mettre leur machine en train. Ils ne se doutent pas qu'ils produisent de la sorte une grande quantité de gaz qui a tout le temps de s'endosmoser à l'air, pour produire un mélange explosif. Il faudrait donc que la porte du foyer fût reliée au registre de la cheminée, de manière à ne pouvoir s'ouvrir l'un sans l'autre, ou plutôt que l'une après l'antre. » La Note de M. Jobard, reproduite ici par extrait, est renvoyée à I exa- men d'une Commission composée de MM. Clapeyron et Seguier. 28.. ( 208 ] M. Carré adresse une réponse à une réclamation de priorité récemment produite devant l'Académie relativement à sa méthode de prodiulion du froid par l'absorption et la liquéfaction alternatives de ijaz ou vapeurs et particu- lièrement du (jaz ammoniac. le Je crois, dit M. Carré, devoir protester contre cette réclamation, dont j'ai d'autant plus lien de m'étonner, qu'elle argue d'tnie priorité résultant d'un brevet en date du a5 juillet 1860, tandis que mon brevet sur cette matière date du 24 août iSSg. » (Renvoi à l'examen des Commissaires nommés à l'occasion de cette récla- mation : MM. Pouillet, Regnault, Balard.) M. GuiLLo.v adresse un supplément à sa réclamation de priorité à l'égard de M. Heurteloup. (Commissaires précédemment nommés ; MM. Velpeau, J. Clocpiet. Jobert de Lamballe.) M. Di'Bois adresse de Brest un Mémoire ayant pour titre : " Mémoire sur la détermination des états magnétiques des aiguilles aimantées ». (Commissaires, MM. Pouillet, Duperrey, Laugier.) M. Pas*h'et soumet au jugement de l'Académie la description et la figure d'un appareil aéionautique dirigeable à volonté par le jeu combiné d'une hélice et d'un gouvernail. (Ren\oi à l'examen delà Commission des Aérostats. CORRESPONDANCE. Le Collège ROYAL des Chirurgiens d'Angleterre remercie 1 \cadémie pour l'envoi du t. \A des Comptes rendus. L'Université royale de Christiania adresse pour la bibliothèque de l^'Institut plusieurs nouveaux volumes publiés par elle ou sous ses auspices, La Société impériale d'' Agriculture de Moscou tait hommage à 1 Académie d'un exemplaire du Rapport sur ses travaux pendant l'année 1859. ( ^o9 ) M. LE Secrétaike perpétuel signale, parmi les pièces imprimées de la cor- respondance, un exemplaire du discours prononcé par M. FanBenedenk la séance publique de l'Académie royale de Belgique le i6 décembre 1860. Dans cette dissertation intitulée : « Les grands et les petits dans le temps et dans l'espace », le savant naturaliste considérant le rôle des plus grandes et des plus petites espèces du règne animal à l'époque actuelle et aux époques géologiques, y a trouvé matière à d'intéressants et importants rap- prochements. <> M. CnASLES fait hommage à T Académie, de la part de M. le duc D. Mario Mcissimo, président de l'Académie pontificale des Nnovi Lincei, d'un écrit sur l'éclipsé de soleil du 18 juillet 1860, observée à Rome et calculée par l'auteur. De la comparaison des résultats du calcul avec les obser- vations faites tant à Rome qu'à Greenwich (celles-ci ayant été commu- niquées par M. Airy ), M. le duc Massimo conclut que les petites différences qu'il trouve ne doivent être attribuées qu'en minime partie aux erreurs des Tables dont il s'est servi , et qu'elles proviennent principalement de l'erreur personnelle de l'observateur, et de l'aplatissement de la terre, qui altère sensiblement (et peut-être inégalement, selon le méridien sur lequel on se trouve) la parallaxe et la latitude géocentrique. « PHYSIOLOGIE. — Sur les cuHvulsions des iiniscles de la vie animale et $ui les signes de sensibilité produits chez le cheval par l' excitation mécanique localisée de la surface de la moelle épinière ; par 31. A. Chal've.4u. « Les expériences dont j'ai l'honneur de communiquer les résultats à l'Académie ont été faites sur des chevaux, à cause du volume considérable que présente la moelle épinière chez ces animaux, et de la facilité qu'on a. grâce à cette disposition, de pouvoir localiser très-précisément l'action excitatrice que l'on veut exercer sur les diverses parties constituantes de l'organe. Pour être absolument sûr de cette localisation, j'ai excité la moelle en la piquant superficiellement ou en la grattant avec la pointe d'une fine aiguille promenée délicatement à la surface de l'organe, de manière à rendre l'excitation aussi physiologique que possible, et à écarter tous les troubles qui auraient pu résulter du traumatisme de la moelle elle-même. « Ces excitations superficielles ont été pratiquées sur deux séries d'ani- maux. Ceux de la première série avaient la moelle séparée de l'encéphale, soit par une section dans la région du dos, soit par une section occipito-atloi- ( 210 ) dienne, qui nécessitait, bien entendu, l'insufflation pulmonaire pour l'en- tretien artificiel de la respiration ; dans les deux cas, la moelle était décou- verte et excitée vers l'origine de la région lombaire. Chez les animaux de la seconde catégorie, la moelle avait conservé ses connexions avec l'encéphale, et elle était découverte et excitée tantôt dans la région dorso-lombaire, tantôt à l'origine de la région cervicale, au niveau de l'espace occipito- atioïdien. » Voici les résultats des expériences de la première catégorie : » i*^ Si on gratte la face antérieure du cordon médullaire, soulevé et un peu renversé au moyen de pinces qui saisissent l'insertion du ligament dentelé préalablement détachée de la dure-mère, on ne provoque jamais le moindre effet, ni contractions, ni signes de douleur. Cependant, pour peu qu on touche les racines antérieures, on détermine de belles contractions locales dans les muscles animés par les racines excitées. )) 2° Quand l'aiguille est promenée sur les j aces latérales de l'organe, les résultats de l'excitation sont encore absolument négatifs. » 3° Lorsque l'instrument touche là face postérieure de la moelle, même avec la plus grande légèreté, il survient aussitôt dans les muscles de l'ani- mal des contractions involontaires tout à fait semblables à celles qui se manifestent quand on excite les racines postérieures, c'est-à-dire des con- tractions réflexes. Ces contractions peuvent, suivant l'intensité de l'ex- citation, se montrer seulement en regard du point excité, ou bien encore au-dessus et au-dessous dans toute la longueur de l'animal, surtout dans le peaucier, le diaphragme et les muscles de la région génito-anale, dont les nerfs paraissent particulièrement propres à recevoir l'excitation propagée et réfléchie par la moelle. L'excitation sur un des côtés de la ligne médiane dé- termine le plus souvent des mouvements exclusivement de ce côté ; les mouvements peuvent se montrer cependant des deux côtés du corps, tout en restant plus énergiques du côté excité. )■ 4" E'i excitant la face postérieure de la moelle par une série de piqûres superficielles pratiquées de dedans en dehors à partir du sillon médian, on voit généralement les convulsions devenir d'autant plus vives qu'on s'éloigne davantage de ce sillon. Mais quand Taiguille arrive en dehors de la ligne d'émergence des racines sensitives, sur le cordon latéral, ces signes d'excita- bililé cessent tout à coup de se muntrer : il ne faut qu'un déplacement im- |)erceplible de l'instrument pour qu'ils passent de leur maximum à une disparition complète. 4) 5*^ L'excitabitité de la face postérieure de la moelle est toujours exquise, ( 211 ) même aux environs du sillon médian, au moment où l'organe vient d'être découvert. Le plus souvent cette grande excitabilité diminue beaucoup quand la moelle reste longtemps exposée à l'air ; et le bord interne des cordons postérieurs peut devenir alors complètement inexcitable. » Quant aux expériences de la seconde catégorie, celles qui ont eu pour but d'observer les effets de l'excitation de la moelle l'organe étant en com- munication avec l'encéphale, elles ont permis de constater : 1) 1° La même impossibilité absolue de provoquer la moindre contraction des muscles volontaires en excitant les colonnes antéro- latérales de la moelle; n 2° La même excitabilité exquise des colonnes postérieures; seulement la mise en jeu de cette excitabilité provoquait à la fois des convulsions réflexes involontaires et des signes de douleur violente : celles-là faciles à démêler parmi ceux-ci, surtout lorsqu'on excitait près de la ligne médiane, et qu'on agissait dans la région occipito-atloïdienne ; elles apparaissent dans ce dernier cas avec une extrême vivacité dans les muscles animés par le facial et le spinal. » Sur plus de quatre-vingts animaux solipèdes consacrés spécialement à ces expériences, les faits que je viens de signaler ont été constatés avec la plus remarquable unanimité. Selon toutes probabilités, ces faits doivent se reproduire sur tous les Mammifères et peut-être aussi sur les Oiseaux. Mais quoique je sois déjà autorisé à le penser par mes expériences personnelles en ce qui regarde le mouton, la chèvre, le lapin, je ne veux pas poser à ce sujet de conclusions générales. ') J'ajouterai que les faits observés avant moi par les physiologistes qui ont expérimenté sur les animaux à sang chaud sont, plus qu'on ne serait tenté de le croire au premier abord, en accord avec les miens propres. » M. Flourens, qui a fait ses expériences sur la moelle épinière avant Ch. Bell, c'est-à-dire à une époque où la moelle était regardée comme un organe simple, a cependant signalé des faits qui ont une grande valeur au point de vue de la distinction physiologique à établir entre les diverses par- ties constituantes de l'organe; il découvrait et excitait la moelle en arrière, c'est-à-dire que les effets qu'il obtenait étaient ceux de l'excitation des cor- dons postérieurs seulement : or ces effets sont, en principe, ceux que j'ai obtenus moi-même. » M. Longet, dans ses expériences qui ont eu un si long et si juste reten- tissement, a vu l'excitation de l'extrémité du tronçon céphalique d'une moelle coupée agir sur les cordons postérieurs et ne rien produire du tout ( 212 ) sur les cordons antéro-latéraux. Il est vrai que les résultats des excitations qu'il a pratiquées sur le tronçon caudal ne sont plus en accord parfait avec les miens. Mais ces résultats , très-exactement observés du reste par M. T.onget, ne s'obtiennent (M. Longet a soin de le dire lui-même) qu'à un moment où les propriétés de la moelle ne sont plus tout à fait à l'état plivsiologique >■ Magendie a signalé les convulsions réflexes et les signes de douleur pro- duits par l'excitation des cordons postérieurs, et l'inexcitabilité absolue des colonnes latérales. Il parle, il est vrai, des contractions localisées et de la douleur provoquées par l'excitation des cordons antérieurs; mais il n est pas prouvé que Magendie n'ait pas obtenu ces effets en piquant l'origine des racines motrices plutôt que les cordons antérieurs eux-mêmes. )) M. Bernard et M. Brown-Sequard ont décrit des effets analogues à ceux de Magendie. Ce dernier signale même des différences d'excitabilité dans les divers points des cordons postérieurs. » THÉORIE DES NOMBRES. — Addition à la Noie insérée dans le précédent Compte rendu (*); par M. Sylvester. « Dans la Note que j'ai eu l'honneur de présenter lundi dernier à l'Aca- démie et qui a été insérée au Compte rendu, j'ai fait connaître le résidu du nombre E„ par rapport au module /j'"*^', pour le cas où n contient le fac- teur [p — i)p', p étant un nombre premier impair. Il restait à exprimer ce même résidu dans le cas de y? = 2, c'est-à-dire dans le cas où n contient le facteur s>.'. Je trouve alors que E„ est congru à i suivant le module 2'^'. >) Mais j'ai obtenu en même temps un autre théorème très-général et très-utile pour ce genre de calculs; voici en quoi il consiste. Si n et n' sont des nombres entiers différents de zéro, et que in et 2n' soient congrus sui- (*) Il me paraît essentiel d'indiquer ici quelques fautes qui se sont glissées dans cette ?Iote : Page 161, avant-dernière ligne, nu lieu de sent, lisez peut. Page 162, ligne 9, au lieu de ^ H- . . . , lisez — ■=-{-.... Page 162, ligne 12, au lieu de ^ p^, lisez ^o^; Page i63, ligne 3, au lieu de p', lisez p'. Pîige i63, ligne 16, supprimez le mot /es qui commence la ligne. (ai3) v;int le module (/; — i)//, on aura i^^ (-VTi„ = (-)"'E,/ (rnotl //+'), lorsque /? sera un nombre premier impair, 2° E„ ^E„' (morl. 2'), lorsque l'on aura p = 2 , c'est-à-dire lorsque n et n' seront congrus par rapporta 2'""' (*). » Si l'on se rappelle que E, = i et que l'on combine la dernière partie de ce théorème avec celui qui se trouve énoncé plus haut, on arrive immé- diatement à cette conséquence remarquable, que : Tout nombre d'Euler est de la forme l\k-\- i. Cette loi si simple paraît avoir échappé à l'illustre in- venteur de ces nombres puisque la valeur qu'd a donnée pour E, est de la forme 4 A — I. En se reportant aux théorèmes que j'ai obtenus, on ne peut guère commettre d'erreurs, sans les reconnaître, dans le calcul des nom- bres E. Par exemple, en partant des quatre valeurs E, =: I, E2 = 5, E3 = Gi, Ej = i385, on peut affirmer à priori que Eg appartient à toutes les formes linéaires 5 A- + I , \ik -h \, 1 3 /i- + 9, I G X: + I , i -^ A- -t- 1 ; en outre, à cause de la forme du double 18 de l'indice g, lequel contient les facteurs 6, 2 X 3, 18, on sait que Eo appartient encore aux formes linéaires '] k — 2, 9 A— 2, 19 A' — 2. » La valeur 24048 79661 671 obtenue par Euler ne satisfait à aucune de ces huit conditions; celles-ci, au contraire, sont toutes vérifiées par la va- leur 24048 79675 44 1 donnée par M. Rothe. Ainsi on peut non-seulement affirmer que la première valeur est erronée, mais encore on a tout lieu de ! * ) Un théorème tout à fait analogue doit avoir lieu pour les nombres de lieinoiilli du 2'"= ordre, c'est-à-dire pour les nombres qui multiplient dans le développement I . 2 ... 2 « 1 ' . • s pionnucf- par M. Van Beneden. Bruxelles, 1860; br. in-8". Mémoire pour servir de correction et de supplément à la théorie mathéma- ti(jue du mouvement des fluides; par M. Ramsing. Copenhague, iSÔ! ; bi-. in-S". De novis mjcrophyceis comitissiv Elis;ibethae|^FiORRiNl-MAZZANTi : Extrait des j/cles des Nuovi Lincei. ^ feuille in-8". (Présenté, au nom de l'auteur, par M. Montagne. ) Description... Description de lécliappement isodynamicjue de Bond pour les horlocjers astronomiques. \ feuille d'impression avec figures. Boston, 1860. Teorica... Théorie de la compensation des pendules; par M. VOLPiCELLi : Extrait àe^ Jctcs de l'Académie des Nuovi Lincei; T. XllI. Rome, 1860: in-4''. Eclisse... Eclipse solaire du 18 juillet 1S60, observée à Rome et calculée par M. Massimo : Extrait des Actes de l'Académie des Nuovi Lincei. Rome, t856: br. in-40. Kaspische. . . Etude sur la Caspienne n" 8 : de la loi générale qui préside à la formation du Ut des fleuves; par M. R. DE Baer. 1860; 1 vol. in-8°. Beretning. . . Rapport dun vojacje zoologique exécuté dans fêté de 1 85^ ; pai M. D.-C. Danielsen. Christiania, 1869; in-8''. Beretning... Rapport d'un voyage zoologique exécuté dans l'été de i858; par le même; avec planches. Trondheim; in-4°. Forhandlinger... Mémoires de [Académie des Sciences de Christicmia pour 1 858. Christiania, i859;in-8°. Fortegnelse... Catalogue de modèles des instruments agricoles de la ferme- modèle de Ladegaardsoen, près Christiania. Christiania, iSSg; br. in-8°. PUBLICATIONS PÉKIODIQDES REÇUES PAR l'aCADÉMIE PENDANT LE MOIS DE JANVIER 1861. Annales fie Chimie et de Ph/sique; par MM. Chevreul, Uumas, Pelouze, BoussiNGAULT, Regnault, DE Senarmont, avec une Revue des travaux de Chimie et de Physique publiés à l'étranger; par MM. WuRTZ et Verdet: 3" série, t. LXI, janvier 1861. Annales de V Agriculture française ; t. XVI, n°' 10 à 12, et t. XVII, n° i. ( 2l8 ) Annales de [Agriculture des colonies [Algérie et Colonies) et des régions inter- tropic'des, a* année, n'^' i; in-8°. Annales forestières et métnllun/ujuesi décembre 1860; in-M*^'. Annales médico-psychologiques, par MM. Baillarger, CkkiSE et MOREAU: t. VIT, janvier 1861: in-S". . Annales de la Société d' Hydrologie médicale de Paris; Comptes rendus des séances; t. VII, 4* f^t 5^ livraisons; in-8°. Atti... Actes de l' Amdémie pontificale des Nuovi Lincei; i3* année, ses- sion 6 et 7, 6 mai et 10 janvier; in-4°. Bulletin de la Société Géologique de France ; décembre 1860. Bibliothèque universelle. Bévue suisse et étrangère; 66' année. — Nou- velle période, t. X,n°3r); 20 janvier 1861; in-8''. Bulletin de l Académie impériale de Médecine ; t. XXVI, n"* 6 et 7 ; ui-8". Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse; décembre; in-S". Bulletin de la Société de Médecine de Poitiers; 4* série, n" a8. Bulletin des séances de la Société impériale et centrale d'agriculture de France; •2' série, t. XV, n" 7; m-S". Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des Sciences ; i" se- mestre 1861, n"'' I, 2, 3, 4; 111-4"- Cosmos. Bévue encyclopédique hebdomadaire des progrès des Sciences et de leurs applications aux Arts et à l'Industrie, t. XVIII de i86i; i'^'', 2', 3' et 4' livraisons. Edinburgh. . . Nouveau journal physiologique d'Edimbourg; nouveile série, n'^ 25; vol. XIII, n" 1; janvier 1861. .Journal d' Agriculture pratique ; nouvelle période; t. II, n°* 1,2. de 1861; in-8r Journal de Chimie médicale, de Pharmacie et de Toxicologie; yAnvieA' 1861; in-8°. Journal de la Société impériale et centrale d' Horticulture; décembre 1860; in-8°. Journal de Pharmacie et de Chimie; janvier 1 86 1 ; in-8''. Journal des Vétérinaires du Midi; novembre et décembre 1860, et jan- vier 1861; in-8". Journal des Connaissances médicales et pharmaceutiques ; n"* 1 , a et 3 de 1861, La Boimjorpie; ib" livraison ; in-8°. La Culture; n°' i3et 14. L Agriculteur praticien ; 3* série, n"' 7, 8; in-S", ( »'9 ) La Médecine conlempormnc ; y année, n" 4; in-S". L'Art médical; janvier i86r; in-8°. L'Art dentaire; décembre 1860 et janvier 1861. Le Moniteur scientifique du chimiste et du manufacturier; 9^*, 98*, 99" livr.; in-4". Le Teclmoloc/iste ; jAn\ier 1861; 111-8". Magasin i)ittoresque ; janvier 1861 ; in-8''. Montpellier médical: Journal mensuel de Médecine; janvier 1861; ui-8'. Nouvelles Annales de Mathématiques ; janvier 1861; in-8*'. The proceedings... Journal de lu Société Zooloyique de Londres; partie i, janvier. Presse scientifique des deux mondes; n"^ i et 2 ; in-8°. Répertoire de Pharmacie; janvier 1861 ; in-8". Revue de Thérapeutiijue inédico- chirurgicale ; n"' 1,2; in-5°. Gazelle hebdomadaire de Médecine et de Chirurgie; n" i de i86i. Gazette médicale de Paris; n"' i, 1, 3, 4 et 5. Gazette médicale d'Orient ; janvier 1861. L'Abeille médicale; n"* i, 2, 3 et 4- La Coloration industrielle; n"* 23 et 24 de 1860, et n" i de 1861. La Lumière. Revue de la Photographie; n"* i et 2 de 1861. L Ami des Sciences; n"^ i à 4 de 1861. La Science pittoresque ; n°* 36, 37, 38, 39. La Science pour tous; n"* 6, 7, 8, 9. La Médecine contemporaine., n" i . COMPTE RENDU DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES SÉANCE DU LUNDI II FÉVRIER 1861. PRÉSIDENCE DE M. MILNE EDWARDS. 1>IEM0IRES ET COMMUNICATIONS DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. MÉTÉOROLOGIE. — Sur la formule barométrique pour les petites hauteurs; par M. Babinet. « La formule barométrique de Laplace est h = iSSgS-^log y I -I- 2 ^/.^ T_if\ 1000 r h étant la hauteur de la station supérieure au-dessus de la station inférieure, B la hauteur du baromètre réduite à zéro à cette dernière station, et T la température de l'air, tandis que h et t sont la hauteur du baromètre et la température de l'air à la station supérieure. Pour des hauteurs qui ne dé- passent pas looo mètres ou laoo mètres, j'ai transformé cette formule dans la suivante, qui est d'une remarquable simplicité et qui n'exige pas l'emploi des logarithmes, h = ,6ooo- ^? ( I + 2 '^^] r). looo/ ■ ' (*) Plusieurs personnes m'ont écrit pour savoir comment on passe de la formule de La- place à la mienne ; le voici : Si l'on fait S = B+6 et D = B — b, C. R., iSGi, i" Semestre. [T. LU, îi° Q.) 3o ( 222 ) On sait qu'une différence de niveau égale à un mètre est une quantité qui surpasse de beaucoup la précision que l'on peut atteindre par des mesures donc Mais on a B=-S + -D et è=-S— -D; a 2 2 2 — S D I „ 2 2 S '-(-s-)-[t-j|'- •]■ et en négligeant le carré de - ? de même donc , B ,D B-i loe — = 2 A- - = 2 / 6 S B-t-^ Or ces logariilimes sont ceux de tables ordinaires pour lesquels on a / := 0,4342(^)448) alors 2 /• X 1 8393 = 1 5976 ; 01; 1 peut donc remplacer 1839310g? par 15976 .B-b ' B-i-b et plus siui iplenient par fi B — /. ibooo- 7- Re ■stituani le coefficient de température, il vient A = 16000 — B ^( 1 + 2 T + A 1000 / ( 223 ) de ce genre et, pour la météorologie surtout, la formule de Laplace, dont le coefficient a été déterminé par Ramond et vérifié de mille manières, doit faire autorité définitive ainsi que la formule algébrique que j'y ai sub- stituée. V Un des grands avantages de la formule algébrique B — b/ T-l-A I oooo r 1 + 2 î c'est de pouvoir s'intervertir et de donner h en fonction de h; ainsi, en négligeant le coefficient de température, on a h = 16000 B + b d'où (pour des hauteurs peu considérables) /( , 16000 — /i _ 16000 TJ / ''' \ R 16000 -h h k \ 8000/ 16000 Cette valeur me servira plus tard dans la théorie physique des réfractions terrestres, qui jettent tant d'incertitude sur les nivellements géodésiques. » Le coefficient 16000 de ma formule est un peu trop fort, car la théorie donne 15976, comme on le voit dans la note; mais dans les petites hau- teurs ladifférence entre ce coefficient et 16000 est toutà fait insignifiante, et comme la fonction log y croît un peu plus rapidement que la fonction - — 7 ? il y a de l'avantage à forcer un peu la valeur du coefficient 15976 en le portant à iGooo. Pour b = 665 millimètres quand B ^ 760 millimètres, la hauteur donnée par ma formule s'accorde avec la hauteur donnée par la formule fondamentale de Laplace : l'une et l'autre donnent h — 1066'", 7. Pour des hauteurs plus grandes la différence est encore fort petite (*). (*j Avec B = 760 millimètres, si B — b est au plus égal à 100 millimètres, ladifférence des deux formules est négligeable. Pour des différences plus grandes, par exemple de 200 milli- 3o.. { 224 ) TRÉPANATION CRANIENNE. — Extraction d'un projectile et oblitération en cjrimde partie de l'ouverture osseuse par la peau renversée; par M. Jobert DE LaMBALLE. a J'ai l'honneur d'appeler l'attention de l'Académie sur une observation intéressante de plaie par arme à feu, à laquelle je n'ai pas voulu faire voir le jour avant de mètre rendu un compte exact des phénomènes remar- quables qui ont eu lieu dans cette circonstance, et des phases diverses qu'a présentées le fait dont il va être question. « Les particularités que j'ai à exposer à ce sujet me paraissent dignes de l'intérêt des physiologistes et des pathologistes. Les plaies d'armes a feu offrent tant de variétés dans leurs effets, dans leurs manières d'agir sur nos tissus, soit que les projectiles les traversent, soit qu'ils subissent une ré- flexion à leur surface, que je crois ne pas devoir négliger une occasion de signaler quelques données scientifiques sous le rapport de la thérapeutique et des changements qu'amène leur présence au sein des tissus. Plaie d'arme à feu. — Balle au milieu du front un peu à droite de la ligne médiane. — Séjour de vingt-deux mois du projectile. — Extraction. — Trépan. » Le nommé Gustin (Jules), âgé de 21 ans, est entré à l'Hôtel-Dieu le 19 février 1857. C'est un homme de moyenne taille et de bonne consti- tution. w II faisait partie d'un poste français devant la tour Malakoff, lorsqu'il fut atteint d'une balle. Avant de frapper le front, elle avait rencontré la face externe de la visière et contourné le bord antérieur, en y faisant une dépres- sion semi-lunaire ou en forme de croissant. Elle venait des avant-postes russes (8 avril i855). Il ne fut pas plutôt frappé, qu'il tomba à sept pieds de profondeur, du haut du parapet dans la tranchée à troisième parallèle. mètres, on déduira une première hauteur et une seconde h = I bOOO —r. Trrr- ^= I I 20'" , 8 700 ■+■ fabo h' = 16000 -T-: =7;- = l3l I"" ,5. bbo -H 56o La somme h ■+- h' est 2438™, 3, tandis que la formule de Laplace donne 2439,3. ( 225 ) On le porta dans une ambulance voisine, où il resta sans connaissance pen- dant vingt-quatre heures ; huit jours après on le dirigeait sur Constantinople. Il y séjourna dans un hôpital militaire pendant quatre mois. » Après ce séjour, il demande et obtient de repartir pour la Crimée, mal- gré la persistance de la suppuration qui n'a jamais cessé. Il se bat à Traktir le i6 août i855, et repart pour la France le ii novembre de la même année. Arrivé à Paris au mois de décembre suivant, il reste encore pendant six mois sous les drapeaux; mais il ne fait pas de service actif, attendu que des crises l'obligent de gagner l'hôpital à trois reprises; chaque fois il y est demeuré une moyenne de quarante-cinq jours. » La suppuration n'a jamais cessé; l'abondance n'en a pas toujours été la même. » Les phénomènes étaient à peu près les mêmes depuis les premiers mo- ments de l'accident; c'étaient des lourdeurs de tète, quelque chose de va- gue et d'incertain dans les attitudes ordinaires : lorsqu'il se baissait, il lui semblait que le front se détachait de la tète. » Quant au traitement, sauf la diète obligée de trois jours après la bles- sure, il s'est borné à l'application, ch